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Abysses
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Sommaire de la page (Articles, Dossiers, Études...) : Définitions et généralités / La pêche dans les fonds abyssaux / La disparition programmée des espèces abyssales / Vers une réduction drastique des prises en grande profondeur /

Premier recensement de la vie sous-marine : un monde riche, méconnu et fragile /
Thalassa : flagrant délit de propagande et de désinformation pour la pêche profonde /
La pêche profonde sera-t-elle un jour durable ? /
Dossier : les abysses, gardiennes de l'origine de la vie ? /
On pêche (toujours) trop dans les grands fonds /
Grands fonds marins : vers une nouvelle frontière ? /
Des espèces de poissons menacées au menu des cantines /
Les ressources minérales marines profondes : nodules polymétalliques, encroûtements et sulfures hydrothermaux /
Pêche en eaux profondes : la bataille entre pêcheurs et ONG continue /
Pêche profonde : un meilleur encadrement des pratiques, mais pas d'interdiction en Europe /
Scapêche : aux abysses ! Boycootons Intermargoulin /
Le Parlement européen rejette l’interdiction du chalutage profond /


Sites Internet et articles / Corrélats /


Grenadier (Macrourus berglax)
Les abysses correspondent aux régions de l'océan comprisesentre 3000 et 6 - 8000 mètres de profondeur.


L'absence de lumière, sauf celle délivrée par la bioluminescence des bactéries et de certains poissons,des températures comprises entre 4° C et 0.5° C, une salinité constante (34.7 pour mille), un tauxd'oxygène (4 ml/l) juste suffisant pour assurer les fonctions respiratoires des grands organismes, une formidablepression hydrostatique, des courants faibles et le plus souvent absents, l'absence de carbonates, doncde tests calcaires ou de squelettes (à ces profondeurs, ils sont totalement et rapidement dissous),caractérisent les biotopes abyssaux.

Les biocénoses abyssales normales sont caractérisées par leur très faible productivité. Les seules sources de nourrituresont constituées, en effet, de cadavres qui profitent essentiellement à des poissons (requins et chimères)et des crabes et de pelotes fécales qui sédimentent depuis les zones photiques d'où elles sont émisespar les organismes planctonophages et les différents autres participants aux réseaux trophiques.Ces pelotes fécales sont utilisées par des organismes limivores qui consomment les sédiments et en retirentles éléments nutritifs.

En certains points des zones abyssales, plus particulièrement à proximité des sources hydrothermales oule long de suintements froids riches en méthane et en hydrogène sulfuré, une forte production primaireassurée par l'activité des bactéries chimiolithotrophes permet à une forte biomasse de polychètes, gastéropodeset crustacés divers de se maintenir.

Les biotopes marins les plus profonds, c'est-à-dire ceux correspondant aux fosses océaniques depuis - 8000 mètres jusqu'aux plus profondes comme la fosse des Marianes (- 11020 mètres) reçoivent le qualificatif de hadal. Les animaux qui fréquentent ces biotopes sont dits hadopélagiques.




Pêche. Selon deux études, leurs poissons auraient disparu à plus de 98% en vingt ans.

Grands fonds en voie de désertification

par Denis DELBECQ / Libération / QUOTIDIEN : lundi 09 janvier 2006

Il aura fallu moins de vingt ans. Dix-sept exactement, pour conduire plusieurs espèces de poissons des grands fonds du nord-ouest de l'Atlantique au bord de l'extinction. Une étude canadienne publiée jeudi dans Nature montre que les populations de hoki (Antimora rostrata), de grenadiers de roche (Coryphaenoides rupestris), de berglax (Macrourus berglax), de tapir à grandes écailles (Notocanthus chemnitzi) et de raie à queue épineuse (Bathyraja spinicauda) ont chuté de 87 % à 98 % entre 1978 et 1994. Pire, en agglomérant ces résultats avec ceux d'une autre étude portant sur 1995-2003, la population du grenadier de roche aura chuté de 99,6 % entre 1978 et 2003... L'étude suggère que les cinq espèces répondent désormais aux critères qui permettent à l'Union internationale pour la protection de la nature de placer un animal (ou un végétal) sur sa liste rouge, et donc d'interdire son exploitation. Elles seraient, dans l'Atlantique Ouest, en situation plus critique que le panda.

Hécatombe. La pêche en eau profonde s'est fortement développée depuis les années soixante-dix au fur et à mesure de la réduction des prises en surface... et de l'amélioration des techniques de pêche. Les grenadiers sont généralement pêchés entre 600 et 800 mètres de profondeur, quand d'autres prises sont capturées jusqu'à 2 500 mètres, rappelle Jennifer Devine, de la Memorial University (Terre-Neuve), et coauteure de l'étude. Une profondeur qui explique le peu de données disponibles sur les stocks de poissons qui y vivent, souligne David Griffith, le secrétaire général du Conseil international pour l'exploration de la mer (ICES), un organisme scientifique qui conseille les institutions européennes en matière de pêche (1). Mais les spécialistes avaient prévenu il y a longtemps : la pêche massive des espèces de grande profondeur provoquera rapidement une hécatombe dont les effets se feront sentir pendant des décennies. Pour une raison très simple : ce sont des poissons à croissance lente et de grande durée de vie, et aussi à maturité sexuelle tardive. De plus, les espèces profondes ont une faible fécondité.

"Contrairement aux morues, dont les générations se renouvellent au bout de sept-huit ans, rappelle Jennifer Devine, les espèces que nous avons étudiées voient leurs générations se régénérer entre dix-sept et vingt et un ans..." Ce qui ne rend pas la scientifique très optimiste sur l'avenir de ces poissons. "Le moratoire sur la morue, décrété en 1992 à Terre-Neuve, n'a pas permis de rebond depuis. Si on décrétait un même moratoire sur la pêche profonde, on ne verrait donc pas d'amélioration pendant au moins cent ans !"

Pour Jennifer Devine et ses collègues, la question d'un moratoire n'est donc pas à l'ordre du jour. Ils préfèrent mettre en avant l'idée de "sanctuaires pour protéger leurs forêts coralliennes et les zones qui servent de nurserys aux poissons menacés". Mais la chercheuse estime qu'une "pêche soutenable" de ces espèces n'est peut-être pas viable économiquement. "Compte tenu de leurs caractéristiques biologiques, une pêche raisonnable donnerait trop peu de prises pour être rentable."

Exploitation. Compte tenu aussi que l'hécatombe se produit à l'échelle d'une seule génération de ces espèces d'eau profonde, l'ICES penche pour une quasi-interdiction de leur pêche. "Notre dernier avis adressé à la Commission européenne, en octobre dernier, recommande des quotas très bas jusqu'à ce que la preuve soit faite qu'on peut exploiter ces espèces de manière durable", affirme David Griffith, qui ajoute qu'il faut interdire toute nouvelle exploitation d'espèce d'eau profonde. Beaucoup sont d'ailleurs des pêches sans véritable valeur commerciale, des victimes collatérales de la quête de flétan du Groenland et du sébaste, par exemple. En Atlantique Est, l'ICES s'avoue très inquiet pour les populations de certains requins d'eau profonde.

(1) http://www.ices.dk




La raison essentielle qui fait que les espèces des grands fonds sont facilement menacées tient à trois facteurs propres à leur biologie. Ce sont des poissons qui ont une croissance très lente, c'est une des raisons pour laquelle ils vivent souvent vieux, 20 à 30 ans pour la lingue ou le sabre noir ; très vieux 60 ans et plus pour le grenadier, divers squales et chimères et même 150 ans pour l'empereur !

Ces deux facteurs physiologiques ont une conséquence directe sur l'âge à partir duquel la maturité sexuelle intervient, autrement dit l'âge à partir duquel ces poissons commencent à se reproduire. D'une manière générale, ces poissons se reproduisent très tardivement, à plus de 10 ans pour les espèces à longévité moyenne, à plus de 30 ans pour les espèces à longévité forte.

Autrement dit, la plupart des poissons qui arrivent massivement sur les étals des poissonniers ne se sont jamais reproduits. Rien d'étonnant que les stocks aient fondus drastiquement. Pour certaines espèces, on parle de 90 % des stocks qui auraient été pêchés en une petite dizaine d'années.

Jean Marie Pelt, récemment, évoquait la sixième vague d'extinction massive dont nous serions les témoins (j'ajouterai bien : très probablement les acteurs et sûrement les victimes aussi), mais il évoquait surtout des espèces terrestres pour lesquelles il avait fallu quelques centaines d'années à disons un demi siècle pour disparaître. Pour ces espèces des grands fonds, ce serait en quelques années, à peine une dizaine. Quelle folie et durable qui plus est !




Vers une réduction drastique des prises en grande profondeur / 02/10/2006 /
http://www.meretmarine.com/article.cfm?id=102458

La Commission européenne a adopté, jeudi dernier, une proposition visant à réduire de manière drastique la pêche de poissons de grande profondeur. Bruxelles souhaite une réduction de 33 % des prises dès 2007 et une nouvelle réduction d’un tiers l’année suivante pour les stocks dont l'avis scientifique recommande une fermeture de la pêche immédiate. Cette proposition fait suite aux recommandations du Conseil international pour l’exploration de la mer (CIEM), estimant que les stocks sont surexploités. Les hoplostètes orange, lingues bleues, requins des grands fonds, sabres noirs et brosmes sont concernés.

Selon la Commission européenne : « Ces espèces, dont la croissance est lente et la reproduction tardive, sont particulièrement vulnérables à la surexploitation et, selon les scientifiques, elles sont soumises à une pêche dont le caractère n'est pas durable. En raison du risque élevé de destruction des écosystèmes démersaux, la Commission propose des réductions significatives des Totaux Admissibles de Captures pour les stocks les plus menacés. Dans la plupart des cas, le niveau effectif des captures pour les stocks concernés a été largement inférieur aux possibilités de pêche et la Commission a donc décidé d'appliquer l'avis scientifique aux captures réelles plutôt qu'aux TAC actuels ». La proposition sera examinée lors d’un conseil des ministres européens le 24 octobre prochain, au Luxembourg.




Les abysses :
http://www.astrosurf.org/luxorion/bioastro-adaptation3.htm

Abysses :
http://www.unites.uqam.ca/juniper/francais/ecosystemes/sources/faune/sourcefauneintro2.html

La vie dans les abysses :
http://www.futura-sciences.com/comprendre/d/dossier458-1.php

La pêche profonde
http://www.ifremer.fr/exploration/enjeux/peche/

PÊCHE EN EAU PROFONDE : un trésor dilapidé ?
http://www.cite-sciences.fr/francais/ala_cite/science_actualites/sitesactu/magazine/article.php?langue=fr&id_article=5783&id_mag=3

Pêche. Selon deux études, leurs poissons auraient disparu à plus de 98% en vingt ans.
http://www.coordmareenoire.net/article.php3?id_article=3077 (nbx autres articles)

CAPTURES PAR UNITÉ D’EFFORT DES ESPÈCES PROFONDES...
http://www.mnhn.fr/sfi/cybium/numeros/pdf/243rifpdf/11.girard.pdf








[ Corrélats : Océan / Cœlentérés / Crustacés / Poissons / ...]

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