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Anguille
Anguille




Tamis réglementaire utilisé pour la pêche des civelles
L’anguille est le type même du poisson thalassotoque, c’est-à-dire un poisson qui vit pratiquement toute sa vie dans les eaux douces, mais retourrne se reproduire en mer. Les migrations qu’effectuent ces poissons sont dites catadromes.


Les anguilles se reproduisent dans la mer des Sargasses laquelle se situe dans le golfe du Mexique. Les sargasses sont de grandes algues de plusieurs dizaines de mètres de longueur formant un lacis quasi impénétrable dans les eaux où elles pullulent. Les jeunes anguilles (diverses écophases larvaires) vont migrer en se laissant porter par les courants marins.

Du golfe du Mexique, deux courants principaux vont entraîner ces larves, soit vers les côtes américaines, soit vers les côtes européennes (Gulf Stream). Normalement les leptocéphales (nom de l’une des écophases larvaire de l’anguille) de l’espèce américaine devraient être dirigés vers les côtes américaines. Il devrait en être de même pour les leptocéphales de l’espèce européenne qui devraient être entraînés vers les côtes de l’Europe. Dans la réalité, une faible proportion des larves de l’espèce américaine est entraînée vers l’Europe. Malheureusement pour ces larves, elles subissent une métamorphose trop loin en pleine mer pour espérer atteindre les côtes et elles meurent. Il en va de même pour l’espèce européenne quand elle est entraînée vers les côtes américaines, car les larves se métamorphosent avec du retard et meurent pareillement.

Lorsque les leptocéphales européens se retrouvent au-dessus du plateau continental, à proximité des côtes européennes, ils se métamorphosent en civelles ou pibales. C’est sous cette forme qu’elles vont, nuitamment, remonter les estuaires et les deltas et coloniser les rivières et les étangs où elles vivront la majeure partie de leur existence.

Des mouettes rieuses par dizaines tentant de capturer des civelles/anguilles
(Saline de Suscinio / 20 novembre 2005)
Les civelles arrivent sur nos côtes depuis la mi-novembre jusqu'aux mois de février - mars, environ.

Les bancs de civelles ou de jeunes anguilles donnent fréquemment lieu à des pêches collectives de la part d'oiseaux opportunistes comme les mouettes, probablement aussi les spatules ou les avocettes.

Il serait temps, je crois, que les pêcheurs demandent que l'on éradique ces oiseaux pour les dégâts qu'ils causent * !


C’est aussi à ce moment que les pêcheurs les capturent en grande quantité pour les revendre un peu légalement et beaucoup illégalement aux Espagnols ou aux Japonais qui en sont très friands et qui sont prêts à payer des fortunes pour ces animaux.

Dans les années 70, j’avais fait une enquête sur cette « pêche » de l’Adour à la Vilaine. Je n’avais pas eubeaucoup de mal à découvrir l’ampleur des dégâts que cette pêche pouvait occasionner sur les futures populationsd’anguilles de nos ruisseaux. Pas davantage qu’il ne me fut difficile de découvrir à quel point mareyeurs, pêcheursayant un rôle (inscrits) ou braconniers étaient complices dans un marché déjà très juteux. Je doute que les chosesaient beaucoup changé si j’en juge par le prix que l’on paye pour un kilo de civelles. Une de rares choses à laquelleon avait abouti à la suite de cette enquête, c’est que l’on avait régularisé la taille et le nombre des pibalours (nom du tamis servant à la capture) par bateau.Pour le reste, les arguments électoralistes l’avaient largement emporté sur les arguments scientifiques ou écologiques. Il est vrai que lorsque l’on évoquait, auprès des responsables politiques, la notion de développement durable, ils levaient les sourcils en signe d’interrogation, nous demandant ce que les lapins pouvaient bien avoir à faire avec les civelles.

Les civelles se transforment en anguilles. Cela ne va pas sans profondes modifications physiologiques puisque ces animaux ayant vécu dans l’eau salée doivent pouvoir vivre dans l’eau douce. Une des transformations parmi la plus notable concerne la glande thyroïde de ces animaux.

Remarquablement (d’autant plus que nous n’en avons pas la plus petite explication, sauf ignorance de ma part) les anguilles ne se répartissent pas identiquement, en fonction de leur sexe, dans les rivières qu’elles remontent. Il semblerait que les mâles soient plus nombreux dans les estuaires et le potamon alors que les femelles seraient plus nombreuses dans le rhitron et les eaux stagnantes de l’intérieur.

Après une dizaine d’années et plus de vie dans les eaux douces, les anguilles dévalent. Elles subissent des transformations physiologiques importantes, inverses de celles qu’elles avaient connues quand elles étaient jeunes. Leur couleur passe du brun jaunâtre à un joli argenté.

Les anguilles, au terme d’un voyage de plusieurs mois, se retrouvent dans la mer de Sargasses où elles sont nées, pour s’y reproduire et mourir.

Les populations d’anguilles de nos rivières ont beaucoup diminué ces quarante dernières années. La surpêche aux civelles en est la raison principale, sinon la seule.

Je ne puis faire qu’une triste constatation, c’est qu’il en va des civelles comme des ortolans. À 50 euros et plus la portion, seuls les nantis peuvent se l’offrir, ceux-là même qui préconisent le RMA pour les autres. Ou ceux-là mêmes qui s’assoient sur les législations qu’ils font voter. Quand Mitterrand ou Juppé et tant d’autres… se coiffent d’une serviette pour déguster, dans la plus totale illégalité, des ortolans*, nom d’un oiseau (bruant) protégé qui, une fois cuit, ne permet plus de savoir si à l’origine ce n’était pas un moineau ou un rougegorge, je mesure sans peine la distance qui sépare le discours de ces gens, toujours prompts à nous tenir des propos moralisateurs, avec leurs propres comportements, parfois même délictueux. Il est vrai qu’ils croient en la justice de leur pays dont je pense qu’elle saura relaxer ce braconnier du sud-ouest, pourvoyeur de grands restaurants, pris la main dans le sac à piéger des rougegorges dans le Finistère (Novembre 2003).

Il arrive même que ces fins gourmets "désinélligibilisés" soient nommés ministre de l'écologie et du maintien durable de la main dans la caisse ! On a les empapaoutés qu'on mérite, non ?

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* En date du 20 septembre 2006 : Braconnage du bruant ortolan
http://www.futura-sciences.com/news-braconnage-bruant-ortolan_9604.php

http://www.lpo.fr/comm/2006/cpbraconnageortolan.shtml






Réglementation :

RÈGLEMENT (CE) No 1100/2007 DU CONSEIL du 18 septembre 2007 instituant des mesures de reconstitution du stock d’anguilles européennes
http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/site/fr/oj/2007/l_248/l_24820070922fr00170023.pdf

Circulaire interministérielle DPMA/SDPM/C2005-9606 du 24/03/2005 / Protection des anguilles
http://agriculture.gouv.fr/spip/IMG/pdf/dpmac20059606z.pdf

Décret no 94-157 du 16 février 1994 relatif à la pêche des poissons appartenant aux espèces vivant alternativement dans les eaux douces et dans les eaux salées
http://www.droit.org/jo/19940223/ENVE9310098D.html






Conseil supérieur de la pêche / Spécial anguille :
http://www.csp.environnement.gouv.fr/pages/publications/bfpp/Sommaire/f349.htm
http://www.csp.environnement.gouv.fr/pages/publications/bfpp/Sommaire/f368.htm

* L'impact du cormoran sur les poissons en pisciculture (contribution de P. Renard / forum) :
http://ornithologie.fr/protection/cormoran_peche.html






[Corrélats : Principe de précaution / Développement durable / Charte de l'environnement / Espèces protégées / Faute inexcusable / Thalassotoques / Catadromes / ...]

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