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Bocage
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Goûtez à la Mayenne !
Le bocage désigne les régions où les champs sont entourés de haies vives.

Une telle définition convient donc aussi pour les grandes plaines céréalières de la Beauce et même de la Champagne pouilleuse où l'on finit toujours par rencontrer une haie…

En réalité, la notion de bocage est sous-tendue non seulement au fait que les champs soient entourés de haies, mais aussi au maillage bocager.


Les bocages sont apparus avec les défrichements forestiers. Jules César signale des structures bocagères dans sa " Guerre des Gaules ".

Remarquablement, le bocage n'est pas propre à la Normandie, à la Bretagne ou à la Bourgogne, puisqu'on trouve des bocages en Afrique, en Asie du Sud-est ou en Amérique du Sud.

Le bocage et le maillage que les hommes en font sont une conséquence du défrichement forestier et surtout des outils et des énergies dont disposent les hommes défricheurs. Les bocages apparaissent plutôt là où l'usage du feu est peu efficace.

Lorsque les hommes n'ont pas de moyens et sans doute peu de temps, le défrichage donne naissance à un maillage serré. On peut le comprendre en imaginant les hommes transportant de lourdes pierres ou des souches vers la périphérie des parcelles qu'ils voulaient cultiver. La fatigue aidant, les transports se faisaient probablement sur de courtes distances. Les talus ou les accumulations de déblais tout autour des parcelles s'expliquent par un comportement centrifuge.

Lorsque les hommes disposèrent de davantage de moyens et surtout de la traction animale, le maillage s'élargit. Et tant mieux si ce maillage tel que nous l'avons connu avant le remembrement des années 55 - 75 se soit révélé bénéfique pour les cultures ou les animaux, pour le climat ou l'économie d'eau.
Une autre forme de bocage en Andalousie ?


Finalement, il n'y a rien d'étonnant à ce que ce maillage devienne de plus en plus important avec la montée en puissance* des machines agricoles et des bulldozers... jusqu'au moment où toutes les haies sont totalement arasées.

Les conséquences, partout où le remembrement a été conduit avec force travaux connexes de destruction des haies et des talus, de rectification des cours d'eau, de destruction des mares, des zones humides, des prairies hygrophiles, etc. ont été catastrophiques.

[* Il est maintenant clair qu'avec le pétrole, l'homme en se croyant puissant a surtout été stupide, stupide surtout d'avoir cru pouvoir introduire des flux énergétiques supplémentaires quand ils n'étaient ni contrôlés, ni compensés (cela vaut aussi pour les flux économiques).]




Le bocage a énormément d'effets sur le microclimat local des régions qui en possèdent encore. Le bocage introduit une forte rugosité dans le paysage des campagnes ce qui a pour effet d'influer notablement sur les effets du vent, sur le rayonnement, sur la température et sur l'hygrométrie.

Effet sur le vent :

Les haies dans le bocage servent de brise-vent. On sait que la vitesse du vent est davantage ralentie par un brise-vent isolé imperméable que par un brise-vent isolé perméable (60 à 75 % pour les premiers ; 50 à 60 % pour les seconds). Mais paradoxalement, la surface protégée par un brise-vent perméable est plus étendue que celle qui est protégée par un brise-vent imperméable (de 1/3 à 1/2 fois plus).

L'avantage du bocage est d'être constitué de brise-vent plus ou moins perméables dont le maillage s'il est assez serré, ralentit le vent de 30 à 50 %.

Naturellement, la vitesse du vent au-dessus des haies et des bosquets est déterminée par la météorologie locale du moment. C'est la valeur de la dépression qui détermine la vitesse du vent. Naturellement aussi, dans une maille bocagère large (plus de 20 fois la hauteur des haies), la vitesse du vent reprend sa valeur normale au bout d'un certain temps. On estime justement que la vitesse du vent est ralentie jusqu'à une distance égale à 20 fois la hauteur des haies. Ainsi un brise-vent isolé va ralentir un vent de 20 m/s de moitié environ (8 à 10 m/s). Au-delà d'une distance 20 fois égale à la hauteur des haies, le vent reprend sa vitesse. Mais si le vent est ralenti par un maillage bocager, il n'aura plus le temps de retrouver sa vitesse et sa vitesse va se situer entre 6 et 8 m/s sous couvert de la haie et entre 10 et 12 m/s dans le milieu des champs, hors de l'influence des haies.

Effet sur le rayonnement :

On pourrait penser que les haies, en apportant de l'ombre, diminuent le rayonnement global. Ça n'est pas sûr, puisque les rayons qui se reflètent sur les champs frappent aussi les haies qui les reflètent à leur tour. Il semble donc au contraire que l'énergie radiative soit relativement piégée par les haies (effet de serre).

Quiconque a observé les animaux en hiver dans le bocage sait que les vaches et les chevaux stationne la nuit aux abords des haies où il fait plus chaud. C'est également vrai aussi des gibiers.Le rayonnement vers la haie ou de la haie est aussi perceptible quand on regarde où s'observent les gelées blanches dans les champs du bocage…ça n'est jamais auprès des haies, mais assez loin d'elles. Remarquablement, la ligne de gelée blanche est très fidèle au profil de la haie. Cette limite indique assez bien la surface protégée contre les pertes radiatives par les haies.

Un détail important : les haies semi perméables ou perméables sont, comme pour le vent, beaucoup plus efficaces contre les pertes radiatives. A contrario, les haies imperméables ont une fâcheuse tendance a augmenter les risques de gelées précoces et tardives.

Effet sur l'hygrométrie :

Puisque dans les zones bocagères, pendant la journée, l'air est plus chaud donc moins humide, on pourrait penser que l'évapotranspiration sera plus grande. En réalité, le ralentissement de la vitesse du vent compense très largement cette augmentation de la température et finalement l'EVTp est largement diminuée. Le bocage reste, même par grandes chaleurs, toujours plus frais qu'une plaine ouverte.

La nuit, le bocage favorise la formation de brumes de condensation. Certes, la chute de température est notable. Mais, par exemple, par nuit claire, cette baisse de température est limitée par les formations brumeuses alors qu'elle se poursuivrait en plaine ouverte. Évidemment, par temps couvert, le ciel ne se comporte pas exactement comme un corps noir. Dans ces conditions, les avantages du bocage sont plus réduits, sur ce plan au moins.

Tous ces effets sur le climat ont en commun d'être plutôt globalement bénéfiques d'abord sur le rendement des cultures, puis sur le bien-être des animaux d'élevage.

Les bénéfices sur le rendement des cultures sont souvent contestés par les tenant du tout pesticides et de la toute puissance du machinisme agricole. Le plus souvent, ils vous montreront les plans rachitiques qui poussent aux abords immédiats de la haie, c'est-à-dire ceux qui reçoivent moins d'énergie solaire et ceux qui sont obligés d'entrer en compétition avec les systèmes racinaires des plantes de la haie. Ils ne regarderont jamais les plantes sous protection de la haie. Pourtant, partout ou presque, on s'accorde généralement sur une augmentation de 20 % de rendement dans des parcelles de maille suffisante (2 à 3 ha) par rapport aux plaines ouvertes.

Pour ce qui est du confort des animaux, il n'y a pas photo ! Posez donc la question à une vache qui n'a comme abri contre la pluie qu'un pauvre fil électrique !






Zones tampons / Bocage / Zones humides / Zone hyporhéique :
http://www.rennes.inra.fr/umrsas/caxe3.htm

La haie bocagère :
http://didier.virion.fr/rouldeni/

La bourse aux arbres dans la Manche
http://www.inra.fr/Internet/Produits/dpenv/auge-c36.htm

Les haies / évolution du linéaire en France depuis quarante ans
http://www.inra.fr/dpenv/pointc46.htm

La participation des agriculteurs à l'amélioration du paysage :
http://www.inra.fr/dpenv/colsoc28.htm

L'échec des replantations de haies bocagères en Ille-et-Vilaine
http://www.inra.fr/dpenv/pericc48.htm

Mesures agri-environnementales et conservation des pelouses sèches : premier bilan en Seine-Maritime
http://www.inra.fr/dpenv/dutoc25.htm

L'impact socio-écologique de la recherche agronomique :
http://www.inra.fr/dpenv/charb23.htm

Diversité écologique, aménagement des agro-écosystèmes et favorisation des ennemis naturels des ravageurs : cas des aphidiphages
http://www.inra.fr/dpenv/chaubc18.htm

Paysages ruraux et activités agricoles
http://www.inra.fr/dpenv/baudrc20.htm

Jachères : laissez pousser
http://www.inra.fr/dpenv/terrac27.htm

Des éleveurs partenaires de l'aménagement du territoire
http://www.inra.fr/dpenv/guillc38.htm#4lel






[ Corrélats : Agriculture / Agrobiologie / Agrosystèmes / ...]

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