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Cerf
Cerf


Deux jeunes mâles en fin d'été
Le cerf est le seul grand animal sauvage que nous puissions encore observer dans nos forêts.



J’aurais dû ajouter avec le sanglier… mais mon expérience me laisse à penser qu’il est beaucoup plus facile d’observer des cerfs, même dans des massifs forestiers où ils sont peu nombreux ou dans des régions où ils sont très localisés (comme en Bretagne) que d’observer des sangliers, même quand on dit qu’ils pullulent (à moins que l’on ne rencontre ces hybrides de cochons domestiques et de sangliers, lesquels ne se cachent même plus et seraient même agressifs, comme cela devient fréquent dans certains départements du sud de la France).

Les femelles (biches) et les faons (jeunes de moins d’un an) sont les plus faciles à observer, surtout sur les gagnages (lieux où elles pâturent) auxquels elles accèdent à peu près toujours à la même heure le soir (le plus souvent entre 18 heures et vingt heures) et ce quelle que soit la saison, c’est-à-dire quand il fait encore grand jour en été et quand il fait déjà nuit noire en hiver.

Les mâles et surtout les grands mâles (dix-cors) sont beaucoup plus difficiles à observer, sauf pendant la période du rut (mi-septembre à fin octobre) au cours de laquelle ils perdent un peu de leur méfiance. En dehors de cette période, l’observation des cerfs est rendue plus facile quand on connaît leurs reposées ou leurs passes quand ils vont viander le soir. Contrairement aux biches qui sortent sur des layons herbeux ou sur des pâtures, toujours à peu près à la même heure, les cerfs ne sortent, au mieux au coucher du soleil, mais plus souvent au crépuscule établi.
Le soir, les cerfs se déplacent plutôt prudemment, prenant le temps de brouter çà et là, laissant le soin à des mâles plus jeunes (souvent des daguets ou des mâles de moins de quatre années) de traverser les laies forestières, ne laissant voir que leur tête couronnée au-dessus des fougères et passant beaucoup de temps à humer l’air*.

Sur les gagnages et tant que l’on reste bien caché, à bon vent, les cerfs se comportent comme des vaches quand elles broutent. Au petit matin, souvent quand il fait encore nuit, les mâles regagnent leurs reposées, le plus souvent sans aucune prudence et au grand galop.

* Le feraient-ils si nous ne l’observions pas et par conséquent, s’ils ne sentaient pas notre odeur ?
Sur leurs reposées, on peut observer des cerfs pendant de très longs moments, tant que l’on reste à bon vent… mais que celui-ci change de direction et dans les dix minutes qu’il faut pour que notre odeur humaine franchisse la cinquantaine de mètres qui nous séparent, les cerfs se lèvent, s’agitent, hument l’air et s’éloignent prudemment jusqu’à se cacher plus ou moins longtemps derrière des halliers depuis lesquels ils observent l’endroit où ils sentent que nous sommes… Ils finissent toujours par s’éloigner définitivement, au moins jusqu’au lendemain où on les retrouvera si l’on sait prendre quelques précautions pour les approcher.

D'une manière générale, ces animaux sont difficiles à observer et leur observation ne ménage guère de surprises, hors de la saison des amours, s'entend, et encore, puisque seuls les grands mâles font les intéressants pendant que leurs belles, parfois les trompent sans vergogne avec des petits jeunots qui passent en prenant soin de ne pas se mêler des combats des grands, quand il y a combat, ce qui n'est pas toujours le cas.

La plupart du temps que j'ai passé avec des cerfs, je les ai vus brouter, brouter et encore brouter, agiter les oreilles, se gratter avec un sabot, s'interroger à propos d'un bruit de volucelle dans la canopée ou d'un glissement de limace sur un cèpe, se remettre à brouter et quelquefois prendre la poudre d'escampette quand rien ne le laissait prévoir.

Pourtant, à chaque fois que l'occasion nous est donnée de rester de longs moments en leur compagnie, on ne s'ennuie jamais.

À l'instar de beaucoup d'animaux obligés de vivre plutôt la nuit, les cerfs et les biches sont dotés d'une vision nocturne remarquable quand il y a de la lune ou que le ciel est seulement clair et que nos amplificateurs de lumière nous restituent des images acceptables pour faire des observations. À la moindre erreur de notre part, ils nous verront et fuiront, parois de très loin.

Mais qu'il fasse très sombre, sous des couverts denses par exemple, alors ils ne voient rien. Nos amplificateurs ne nous restituent rien non plus. Ces conditions très difficiles, voire impossibles pour réaliser des observations visuelles, nous donnent l'occasion de constater que ces animaux peuvent manquer totalement de vigilance à l'égard de l'homme et s'en approcher très près en continuant de viander comme si nous n'étions pas là. Remarquablement, nos odeurs, parce que nous devons bien en avoir, ne semblent pas les distraire de leur prise de nourriture.

Si la vision de ces animaux dans la nuit complète est médiocre, leur vision pendant les heures de grande clarté n'est pas non plus excellente. Il est relativement facile de faire des approches ou des affûts sur des reposées de grands cerfs ou de petites hardes de biches aux heures de midi. Cela écrit, nos odeurs finissent toujours par nous trahir et les animaux, après quelque hésitation, se relèvent et finissent toujours par s'éloigner derrière des halliers desquels ils continueront à observer dans notre direction avant de disparaître jusqu'à une prochaine fois. Quand on ne respecte pas un " délai d'amnésie " suffisant entre deux visites, c'est-à-dire qu'on ne laisse pas plusieurs jours, au moins une semaine, s'écouler entre deux visites, les cerfs davantage que les biches et leurs jeunes quittent définitivement la place. Les animaux sont dès lors difficiles à resituer.

Un dernier détail : s'il arrive parfois que les cerfs reposent dans des endroits reculés dans une coupe forestière, ce n'est pas la règle. Il leur arrive aussi, un peu comme le chevreuil chez qui c'est pratiquement la règle, de se poster à faible distance des laies forestières où ils observent à loisir les randonneurs, les promeneurs et autres mycologues plus ou moins bruyants qui ne voient ni les animaux, ni ceux qui les observent, lesquels se gardent bien de se faire remarquer. Ces promeneurs-là ne provoquent que très rarement la fuite des animaux …

J'avoue que j'éprouve une intense jubilation quand, à quelques dizaines de mètres d'un grand cerf, j'entends, puis je vois, quelque promeneur bruyant qui ne nous verra pas, ni le cerf, ni moi...




Sélection des sites de repos / cerfs / Chevreuils / Sympatrie /
http://pastel.paristech.org/archive/00000464/01/these_BALTZINGER.pdf

Où quand un chasseur admet qu'en matière de régulation... Bof !
http://users.swing.be/nh/rubriques/ncerf.htm

Biologie du cerf :
http://www.chassenature.ch/faune/f_cerf_elaphe.htm

La situation du cerf élaphe en France Résultats de l’inventaire 2005.
http://www.oncfs.gouv.fr/events/point_faune/mammifere/FS280_pfaff.pdf




[ Corrélats : Mammifères / ...]

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