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Chevreuil
Chevreuil




Le chevreuil est un petit cervidé, plutôt sédentaire sur son territoire de quelques dizaines d’hectares de bois, de prairies, de cultures ou de marais et sur lequel il développe des habitudes fortes quant à ses déplacements, ses viandis, ses laissées, ses couchettes, etc.

Le plus souvent, le chevreuil vit en petite troupe familiale : femelle (ou bique) et ses deux (ou trois*) jeunes de l’année, accompagnée parfois du mâle (ou brocard), quoique celui-ci se montre volontiers solitaire.

Un brocard sur la piste de sa femelle en chaleur


Les jeunes de l'année précédente sont chassés du groupe, de facto, vers 14 mois, au moment du rut.



[* Ce sont les femelles âgées, peu dérangées et sur des territoires riches qui semblent pouvoir avoir trois jeunes]

Le chevreuil est souvent décrit comme un animal crépusculaire ou nocturne… C’est vrai quand ces animaux sont dérangés ou chassés. Quand ils ne le sont pas, les chevreuils sont, à l’instar des antilopes, des animaux diurnes, passant beaucoup de temps à se nourrir et à se déplacer à la vitesse de 300 à 500 mètres à l’heure.En effet, contrairement aux cerfs qui pâturent des graminées, le chevreuil prélève de-ci, de-là, une herbe, une feuille de ronce, un fragment d’écorce, une bouchée dans un fruit, etc. Quand les chevreuils sont souvent dérangés et qu’ils n’ont alors pas le temps nécessaire à consacrer à leur prise alimentaire (dont il faut préciser qu’elle est peu énergétique et par conséquent qu’elle doit être abondante), le chevreuil se rabat sur des sources alimentaires concentrées. C’est de cette façon que l’on peut constater les dégâts qu’il commet, par exemple en abroutissant des jeunes arbres dans les plantations forestières.

Couchette typique du chevreuil
Moquettes (crottes) de chevreuil


Un peu nos voisins...

À trois cents mètres à peine de la maison et sur un territoire d'une dizaine d'hectares, vit une petite famille de chevreuils qui se montre volontiers, le soir, malheureusement parfois un peu tard pour la photographie :

Le père (22 juillet 2004 / 21 h 41), en pleine période de rut, sur la piste de sa femelle qui avait préalablement pris grand soin de marquer souvent son passage avec des petits pipis… mais qui va pourtant repousser ce brocard pendant une bonne heure avant de faire des huit sous les pommiers. (Avant d'accepter le coït, la femelle de chevreuil court longuement devant le mâle en faisant des ronds ou de huits d'une dizaine de mètres de diamètre).

La mère (13 juillet 2004 / 21 h 00), inquiète ou attentive à la sortie du mâle. Elle est en chaleur et vient de marquer toute la lisière du bois de ses odeurs. Aussitôt qu'elle apercevra le mâle, elle ira à sa rencontre et le fera courir pendant un bon moment avant de s'éclipser dans les bois pour une saillie. Cette femelle a eu trois chevreaux au mois de mai. Elle nous les présentera le surlendemain. J'avais rencontré un des jeunes au cours du mois de juin en observant des engoulevents.

Le fils de l'année précédente (16 juillet 2004 / 21 h 18) et (17 juillet 2004 / 21 h 47). Sa sœur a été braconnée au mois de juin, exactement à l'heure où les engoulevents commencent à ronronner et cela à moins de deux cents mètres de nous.

Brocard (le père)
Femelle (la mère... sans ses trois petits de l'année, restés dans le bois)
Jeune mâle d'un an
Jeune mâle d'un an (le même, sinon son frère)


Vous avez dit régulation…

Chaque année, et conformément au plan de chasse établi pour une population de chevreuils sur un territoire donné, un certain nombre d'individus sont tués au cours de battues. Ce mode de chasse est le plus souvent pratiqué. Il consiste à faire courir des animaux afin qu'ils traversent une ligne de tir.

En général, les plans de chasse privilégient le tir des mâles et / ou des femelles bréhaignes. Le tir sélectif est toujours possible sur des animaux arrêtés et parfaitement identifiables, à la condition de disposer d'une bonne paire de jumelles ou d'une lunette. En effet, il est toujours difficile d'identifier le genre d'un chevreuil distant d'une centaine de mètres, même à l'arrêt.

Squelette d'un chevreuil blessé par balle**... probablement
au cours d'une battue et perdu... [** un genou pulvérisé]
Mais lorsque les animaux courent et sautent, quand les mâles ont perdu leurs bois, il devient tout à fait faux de dire que l'on peut en trois ou quatre secondes identifier le sexe et l'âge de l'animal qui passe à portée de tir, l'ajuster et le tirer.


Dans la réalité, les chasseurs sur la ligne de tir lâchent leurs coups de fusils sur les animaux qui passent, indifféremment sur les mâles ou les femelles, les jeunes ou les vieux.

L'émotion aidant, bien des chasseurs ne disposent pas du sang-froid qu'il leur faudrait pour bien viser. Il ne faut pas s'étonner quand après ces battues, on retrouve des blessés agonisants, des morts et, beaucoup plus tard, des squelettes.






Antilopisation :

Maintenant que les animaux que j'observe sont 9 sur leur territoire, je remarque des modifications intéressantes de leur comportement de groupe, en particulier, alimentaire et de nuit. En effet, plusieurs fois, j'ai pu assister à des pâturages collectifs dans une prairie sur laquelle les animaux, distants les uns des autres d'une dizaine ou d'une quinzaine de mètres, se disposent en ligne en avançant. Pendant que les uns broutent, d'autres surveillent. La désynchronisation instaurée dans le broutage fait qu'il y a toujours ou presque un animal qui surveille. Si d'aventure, tous les animaux broutent en même temps, alors d'un coup tous les animaux relèvent la tête et passent un bon moment à surveiller leur environnement. Puis les animaux se remettent à brouter, les uns après les autres assurant ainsi une désynchronisation dans les phases de broutage et surveillance, désynchronisation favorable au groupe tout entier. Parfois, mais c'est plus rare, le mâle dominant reste de longs moments sans s'alimenter, assez en retrait de la ligne des animaux qui pâturent et assure alors à lui seul la surveillance du groupe.




De retour !

Deux ans plus tard, le jeune (photographié ci-dessus)
est devenu un joli brocard
Notre petite famille a connu bien des vicissitudes. D'abord la chasse. Le père a sans doute été tué, même s'il ne figure pas sur la liste des animaux abattus ! Vous avez dit régulation ? Puis nous avons été souvent très dérangés.


Le calme est revenu. Nous en profitons pour sortir des bois. Il faut dire qu'il pleut tellement, ce lundi 8 mai 2006, qu'on ne s'entend même pas mastiquer sous les bois, avec les gouttes qui ne cessent de tomber. Alors prudence, on est mieux vigilants en plein champ.

Dommage pour le photographe auquel il manquera beaucoup de lumière pour ses clichés.

Le même occupé à brouter
Deux femelles sous la pluie





Quelque part près de la ria d'Étel, c'est aujourd'hui dimanche 8 janvier 2012, il est 16 heures... Il y a des coups de fusils partout, sur les bécasses, sur les siffleurs, sur les courlis... Nous nous sommes installés au beau milieu d'un pré, à l'abri des coups de fusils, sauf peut-être des snipers... Ce ne sont pas les assassins qui manquent sur cette terre. Nous sommes quatre. C'est l'heure de la digestion ruminatoire... Pourquoi pas cette formule : vous avez bien la collation soupatoire ! Je suis le n° 4... Profitez bien de cette courte histoire de vie... Elle demeure bien rare, même pour vous !
n°1 et n° 2
n° 4 : moi...et n°3
Bien décidé, je me lève...
et m'arrête !
ça me gratte...
et m'alerte ?
Mais, ça n'est que vous...
Alors, je mange un peu...
Je me couche,
et surveille, alentour
La torpeur qui me gagne
Tant pis, je dors un peu...





Listoir 56 / 17 juin 2012
Étonnamment, cette femelle n’a qu’un jeune. Nous allons pouvoir les observer une dizaine de minutes, à environ 3-400 mètres de distance. Le jeune reste longtemps couché dans les hautes herbes d’une plantation de jeunes pins maritimes. C’est sans doute ce qui a incité la mère à patienter un peu et ne pas s’éloigner davantage immédiatement. Mais son insistance va finir par convaincre son jeune de la suivre et gagner le couvert deux ou trois cents mètres plus loin encore.
Listoir 56 / 17 juin 2012
Listoir 56 / 17 juin 2012





Sous le crachin, exactement, pas à côté, pas n'importe où...

 
Dimanche 3 février 2013, quelque part au même endroit près de la rivière d'Etel... Il y a toujours des chasseurs qui aboient plus fort que leurs chiens, qui sonne du cor et de l'olifan, des chiens qui doivent être trempés et dégouttés de la chasse et deux chevreuils qui broutent, pissent, s'ébrouent, se grattent, écoutent, surveillent... et ne font pas attention à nous qui allons les regarder pendant pas mal de temps et faire pas mal de photos avec du grain pour raison d'absence de lumière et de sensibilité poussée à 1600 asa. Faut savoir s'en contenter !
   
   
   




 
Dimanche 10 février 2013.

Nous étions pourtant bien partis pour une fin de soirée tranquille… Il ne pleuvait pratiquement pas. Il faisait plutôt doux pour une fin d’hiver. Pourtant, et bien que nous soyons sur une réserve où la chasse est interdite, enfin pour le moment, nous avons quand même préféré déguerpir pour la raison que dans les bois voisins des braillards avec force cors, chiens, trompes, cris, tirs et autres vacarmes, se sont véritablement approchés trop près pour que nous préférions foutre le camp ! Maudits soient-ils… Il paraît qu’aujourd’hui même, dans un département voisin du nôtre, il y en aurait un (braillard) sur qui on aurait tiré… Pas sûr qu’il aura apprécié de savoir ce que ça fait… Est-ce qu'on les achève aussi ?
   
   
   





  Dimanche 17 février 2013

J’ai cru que nous ne vous verrions pas et que vous vous seriez lassé de nous observer à ne rien faire sinon pâturer, ruminer, dormir et nous sauver bien vite à la première alerte…

Comme vous l’avez vu, j’ai passé presque une heure à brouter… Ce qui est assez peu fréquent chez notre espèce dont on dit que nous serions gourmet… Peut-être ! Mais quand on peut, le moindre effort nous convient parfaitement. Voulez-vous que je vous parle de thermodynamique ?

Sinon, à peine couché et démarrant ma digestion ruminatoire, j’ai eu la visite de Monsieur Rougegorge familier, et surtout opportuniste, qui est probablement venu pour gober quelque insecte que mes déplacements auraient dérangés.

Juste derrière un petit talus qui le cache à moitié, mon papa, sans doute ( ?), qui n’est plus en velours comme je le suis encore et dont il va falloir que je commence à me méfier quand les belles vont vouloir nous séduire…
   
Dimanche 25 janvier 2015

Toujours le même famille, et maintenant une petite harde, puisque les animaux sont maintenant 9... Mais aujourd'hui seuls 7 étaient visibles, deux mâles en velours, trois femelles et seulement deux jeunes de l'année précédente, un mâle dont le jeunes bois commencent à se voir et une femelle.
   
 
22 novembre 2015 :

Après une assez longue éclipse (naissance, amours et maïs, entre autres) revoilà notre petite harde. Le jeune mâle dont les bois se voyaient à peine au mois de janvier a maintenant deux dagues bien effilées qui le rendent sûrement très dangereux, surtout pour ses congénères...

Un jeune du printemps accompagne są mère.

Les animaux sont inquiets à cause des nombreux tirs de fusils qui pétaradent de partout. Un quatrième individu s'est d'ailleurs éclipsé rapidement vers les bois humides et les phragmites qui bordent l'étang.





Biologie du chevreuil / Thèse sur les causes de mortalité et de morbidité de l'espèce /
http://wwwbibli.vet-nantes.fr/theses/2004/euzenat4/frame.htm

Sélection des sites de repos / cerfs / Chevreuils / Sympatrie /
http://pastel.paristech.org/archive/00000464/01/these_BALTZINGER.pdf

MONDES ÉMERGENTS ET ÉVOLUTION DES SYSTÈMES VIVANTS :
http://www.intervivos.fr/index0303.php




[ Corrélats : Abroutissement / Affouragement / ...]

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