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Crues et décrues
Crues et décrues




Un banc de canards...
Une crue se définit comme l'augmentation plus ou moins brutale du débit et par conséquent de la hauteur d'un cours d'eau.



En général, on distingue deux types de crues : les crues fluviales, d'une part et les crues torrentielles, d'autre part, même si le passage de l'une à l'autre se fait de façon continue.

Les crues fluviales, souvent saisonnières, affectent les cours d'eau importants aux vastes bassins versants; en général la montée des eaux y est lente.

Les crues torrentielles ou rapides, subites, brutales, soudaines ou encore qualifiée d'éclair (sous-entendu qui surviennent comme un éclair, à la vitesse d'un éclair, et qu'une simplification langagière me fera écrire " éclair") affectent n'importe quelle partie du réseau hydrographique ; elles sont souvent dues à des pluies de caractère convectif très violentes et localisées ; elles sont caractérisées par une évolution très rapide, la montée des eaux étant très brutale.

Le concept de "crue pluviale" est parfois employé pour des crues torrentielles dues à une pluie très intense et localisée. On parlera de "crue simple ou élémentaire" pour une crue qui est le résultat d'un seul épisode pluvieux.

Les causes de l'augmentation du débit peuvent être diverses : précipitation atmosphérique, fonte des neiges, débâcle glaciaire, vidange de réservoir... Elle se caractérise par son hydrogramme, graphique qui représente les variations de débit en un point en fonction du temps. C'est la partie montante de cet hydrogramme qui est appelé crue, la partie descendante étant la décrue.

Cependant certains hydrologues désignent par " la crue" l'épisode complet de crue et décrue jusqu'au retour à un régime non influencé. Cette interprétation, même si elle se justifie parfois dans la pratique, paraît en opposition avec la définition même du mot.

Une crue se définit par différents critères : sa genèse, sa durée, sa fréquence, son "débit de pointe", son volume.

Une crue décennale, centennale… est une crue qui a 1 chance sur 10, 100... d'être dépassée au cours d'une année dans les conditions de climat actuel.

La crue de projet est une crue de récurrence donnée (fonction de l'environnement et d'impératifs technologiques) servant à calculer la résistance des ouvrages de génie civil : ponts, barrages...

On parle aussi de " crue de source " pour désigner l'augmentation du débit d'une source en régime influencé.

Les mots sont importants : l'écoulement (superficiel) des eaux en se concentrant dans le réseau hydrographique produit la crue qui peut produire des inondations (dans des " zones inondables ") et/ou des débordements (dans des " zones submersibles ").



Les crues " éclair "

Chaque année, ou presque, les régions françaises principalement situées dans l'aire d'influence de la Méditerranée connaissent des épisodes pluvieux très intenses plus connus sous le nom de pluies cévenoles.

Ces fortes pluies, surtout quand elles s'abattent sur des sols déjà gorgés d'eau, provoquent des crues subites, " éclair ", génératrices de très gros dégâts sur le bâti, les biens, les récoltes, etc. et d'un nombre, parfois élevé, de victimes.

Le moindre ruisseau, même réputé tranquille, peut devenir brutalement un torrent impétueux charriant de la boue, des blocs de pierre, des troncs d'arbres, etc. et monter de plusieurs mètres, sinon dizaines de mètres au-dessus de son niveau de crue normale. Ainsi, dans les gorges de l'Hérault, en 2002, une route pourtant située à 17 mètres au-dessus de la rivière a été recouverte de plus de 3 mètres d'eau. L'Hérault, en cet endroit plus resserré aurait donc monté de plus de 20 mètres !

En septembre 2005, c'est ce caractère soudain, mais surtout improbable qui a prévalu dans les commentaires que la presse ou la télévision rapportaient des crues qui avaient touché les départements du Gard et de l'Hérault. De gros caniveaux, à peine des ruisseaux, avaient laissé passer une vague de plusieurs mètres de hauteur qui avait tout emporté avec elle.

a) La prévision de l'événement

Apparemment, personne ne sait vraiment prédire la survenue d'une crue " éclair ". En septembre 2005, Météo France avait publié un bulletin d'alerte rouge à la suite duquel les écoles avaient été fermées, les transports scolaires interrompus, les usines avaient débauché plus tôt, etc. Les pluies annoncées avaient été très importantes, mais n'avaient pratiquement causé aucune crue, ni aucun dommage notable. Trois jours plus tard, Météo France n'avait émis qu'un bulletin d'alerte orange… alors personne n'avait pris de précaution particulière. Les sols gorgés d'eau n'avaient pas pu absorber les pluies et il y avait eu des crues dévastatrices !

b) La culture du risque

Apparemment, la culture du risque crue " éclair " s'est beaucoup estompée dans les départements du Gard, de l'Hérault et de l'Aude, pour ne citer que ceux qui sont les plus souvent confrontés à ces phénomènes. J'en ignore les raisons. Je peux faire l'hypothèse que la demande de mobilité accrue des populations amène des personnes à résider sur des territoires dont ils ignorent tout, y compris les caractéristiques climatiques. Je ne peux pas passer non plus sous silence d'autres éléments comme, par exemple, l'explosion des prix dans le foncier qui amènent un nombre considérable de personnes à rechercher, au prix d'un éloignement toujours plus important, une résidence encore dans leurs moyens financiers, serait-elle en zone submersible !

Toujours est-il qu'il semble que beaucoup personnes interrogées après des épisodes de crues éclair croyaient que ces phénomènes ne pouvaient plus survenir.

c) L'évaluation du risque crue " éclair "

Généralement quand des épisodes pluvieux importants et surtout durables (plusieurs jours) se produisent, tout le monde sait bien que le risque inondation est réel.

Mais ce qu'on ignore souvent, c'est qu'une crue " éclair " peut survenir au terme d'un épisode de pluies, certes diluviennes, mais souvent court (quelques heures seulement).

De plus, la localisation et l'intensité de l'épisode pluvieux est très difficile à prévoir avec certitude. Enfin et surtout, personne, pas même Météo France, ne dispose d'un modèle fiable qui associe les caractéristiques d'un épisode pluvieux et la probabilité de crue " éclair ". Par exemple, personne ne sait bien faire encore une corrélation entre la probabilité d'une crue avec l'état d'engorgement des sols suite à des pluies antérieures.

d) La prévention et la protection

Comme pour n'importe quel autre risque naturel, la prévention et la protection sont le résultat de la meilleure connaissance, par les acteurs concernés, d'abord de l'aléa, puis des enjeux humains et matériels.

1) Les acteurs sont bien entendus les responsables politiques, les personnels de la sécurité civile, les professionnels de santé, les intervenants dans les domaines des transports, du déblaiement, etc. mais aussi les notaires, les agents immobiliers, etc. (cf. culture du risque).

Parmi les acteurs, il y a aussi les habitants réguliers qui peuvent être à la fois des intervenants dans les domaines de la prévention protection, mais aussi des enjeux / victimes / possédants. Les habitants irréguliers ou de passage, particulièrement les touristes, sont surtout des enjeux / victimes.

2) L'aléa n'est jamais assez bien connu ou évalué, c'est une évidence. Le passage récent du cyclone sur La Nouvelle Orléans l'a démontré. Mais la communauté scientifique, la météorologie nationale ou les acteurs préposés aux secours s'emploient, surtout à partir des analyses des retours d'expérience, à mieux connaître les phénomènes et leurs possibles conséquences.

Dans le domaine particulier des crues " éclair ", la connaissance fine du réseau hydrographique et particulièrement de la réponse hydrologique des petits cours d'eau affluents au cours d'un épisode pluvieux significatif est une donnée très importante, mais qui fait le plus souvent défaut. Car un des facteurs aggravant l'ampleur des crues " éclair ", c'est la taille des bassins versants. En effet, plus un bassin versant est petit et plus la réponse qu'il fournit en terme de crue est rapide.

3) Les enjeux sont humains et matériels. Les enjeux sont d'autant plus préoccupants que des vies humaines sont en danger. Il devient vite important de définir des priorités et des hiérarchisations en matière de prévention, de protection ou d'intervention. On peut, par exemple, s'aider de différents indices comme ceux qui caractérisent la vulnérabilité d'un site. On comprendra aisément que la vulnérabilité, la nuit, d'un camping quand tout le monde dort et a abandonné une grande part de sa vigilance est plus important que celle d'un supermarché qui en théorie sera vide.

D'une façon pragmatique, on considérera que la vulnérabilité d'un site est d'autant plus grande que ce site est fréquenté par des personnes fragilisées : personnes âgées, jeunes enfants, personnes malades, personnes dont la vigilance est diminuée (personnes endormies, etc.). A contrario, la vulnérabilité sera faible quand seuls des biens matériels seront menacés. Cela écrit, il arrive souvent que la défense des infrastructures (routes, systèmes de communication, fourniture d'énergie, etc.) soit très importante pour la sauvegarde des personnes et mérite une attention particulière.

e) Les interventions

Il est important en premier lieu de privilégier l'alerte *. En matière de crue " éclair ", nous savons que Météo France sait bien évaluer le degré prévisible d'intensité des orages ou des pluies cévenoles, mais Météo France ne sait ni prévoir où va se produire un orage, ni sur quel petit bassin versant vont se déverser les pluies diluviennes. En outre, Météo France ne possède pas encore de modèles fiables pour corréler la quantité d'eaux précipitées et l'ampleur de la crue résultante. Il lui faudrait, par exemple, des données sur les capacités de rétention et d'absorption de sols, ce dont elle ne dispose pas.

Il est fort probable qu'un réseau d'alerte sur le terrain reste à inventer. On n'oubliera pas qu'une crue " éclair " laisse quelques heures à peine pour réagir.

Souvent on annonce, qu'en matière d'alerte, il faudrait veiller à ce que les niveaux d'alerte annoncés soient les mieux corrélés possible avec l'ampleur de l'aléa. Je crois que c'est là une manière de céder un peu vite aux désirs d'obtenir des informations dont personne ne peut raisonnablement disposer. La presse et la télévision sont promptes à fustiger quiconque ne peut les renseigner sur l'ampleur d'un phénomène, en oubliant plusieurs choses : d'abord qu'un aléa météorologique donné comme important peut se dégonfler rapidement ou qu'un autre apparemment faible peut se renforcer subitement… Dans les deux cas, ces renforcements ou ces affaiblissements dépendront de conditions très locales que personne ne peut prévoir ou connaître.

L'alerte doit surtout servir à mettre les personnels pressentis pour les interventions au niveau de vigilance le plus adéquat. En deuxième lieu, l'alerte peut, par exemple pour un niveau élevé de risque, justifier de décisions particulières comme des évacuations préventives ou la mobilisation de moyens exceptionnels.

On comprend aisément qu'il y a lieu de réfléchir à des plans d'intervention pour lesquels la mobilisation des moyens et des personnels sera graduée en fonction de l'intensité prévisible de l'aléa.

f) Les plans d'interventions graduées (PIG)

Les plans d'interventions graduées sont établis pour une commune. Ils tendent à définir quelles pourraient être les actions prévisibles à mettre en œuvre pour un niveau d'alerte donné de crue " éclair ".

Ce sont des documents le plus souvent établis à partir de données SIG (Système d'Information Géographique). Ils doivent être les plus synthétiques possibles, autrement dits lisibles.

Ils comporteront divers renseignements cartographiés, par exemple, sur les zones inondables, les zones submersibles, sur la fiabilité des réseaux de communication (route, chemin de fer, téléphone, fourniture d'énergie, etc.).

Ils indiqueront aux intervenants potentiels (pompiers, médecins, ambulances, conducteurs d'engins, policiers, etc.) les problèmes qu'ils risquent de rencontrer en matière d'accessibilité aux zones inondées ou isolées du fait de la montée des eaux.

Ils établiront la liste et la localisation des zones de vulnérabilités particulières.

D'une manière générale, les PIG respecteront des codes de couleur correspondant aux niveaux de vulnérabilité des zones répertoriées : rouge : niveau de vulnérabilité le plus fort (camping, écoles, hôpitaux, maisons de retraite, lotissements, voies de communications stratégiques, etc.) / orange : niveau de forte vulnérabilité (ERP ou Établissements Recevant du Public, habitations isolées, ponts submersibles, etc.) / et jaune : vulnérabilité moyenne (zones industrielles, supermarchés, etc.).

Les PIG comporteront enfin des indications sur la graduation prévue des interventions en fonction du niveau d'alerte émis ou des constats faits sur le terrain. Par exemple, pour un niveau d'alerte donné, il pourra être décidé de donner la priorité à la surveillance pour une bonne évaluation du risque afin de décider opportunément quand le danger se précise s'il faut évacuer ou s'il faut seulement protéger.

Les PIG, à l'instar de beaucoup de documents " sécuritaires " contiendront un maximum de données pratiques (n° de téléphone, adresses, plans de localisation ou d'accès, etc.) sur les personnes à prévenir ou les moyens pouvant être mis en œuvre dans le cas d'une crue " éclair ".

Normalement, la réalisation, pour les communes concernées, de leur PPRI devrait très largement faciliter la réalisation des PIG. La mise à jour des PIG devra se faire pratiquement tous les ans, au moins en ce qui concerne les données les plus susceptibles de changer souvent (personnes à prévenir, n° de téléphones, type de matériels disponibles, lieux de stockage, etc.).

g) Conclusions et critiques

Les différents acteurs qui ont œuvré pour mettre en œuvre des PIG, particulièrement dans le département de l'Hérault, s'accorde pour dire que les PIG ne sont certainement pas la panacée grâce à laquelle les problèmes de crues " éclair " ont été définitivement résolus. Ils avaient très certainement raison de le penser puisque les PIG conçus après 2002 ne se sont pas révélés bien efficaces lors du deuxième épisode pluvieux de septembre 2005.

Il apparaît néanmoins que les analyses que ces acteurs avaient faites à l'époque étaient très pertinentes, à savoir, que si l'on disposait de bonnes informations sur le cours principal d'un bassin versant, cela ne suffirait pas, car tant que l'on ne maîtriserait (connaîtrait) pas la dynamique hydrologique des affluents mineurs, aucune stratégie d'intervention graduée ne serait satisfaisante.

Pour disposer de ces données, il faudrait mettre en place des réseaux de surveillance locaux, sans doute assuré par des riverains de ces affluents. Malheureusement, il n'y aura jamais beaucoup de volontaires et surtout, ces observateurs ne disposeront sans doute jamais complètement des outils d'appréciation d'une situation météorologique locale faute de connaissances, sûrement, mais aussi parce qu'elles ne disposeront pas de critères d'évaluation fiables pour juger d'un épisode pluvieux… D'ailleurs, il n'est pas certain que ces moyens fiables d'appréciation existent vraiment, du moins à l'échelle locale. Il est évident qu'à l'heure actuelle, c'est encore la couverture radar de Météo France qui donne la meilleure appréciation de l'intensité des pluies en un endroit donné. Partant de ces données, à la condition qu'elles soient transmises à une cellule de crise, il devrait être possible de décider du niveau d'intervention à mettre en œuvre raisonnablement pour protéger les personnes et les biens.

On peut espérer que personne, et surtout pas les médias, ne viendra trop vite reprocher que l'on ait surévalué le degré d'intervention…

[* On remarquera que lorsque l'alerte et la communication de l'alerte ont été bien faites et à temps, les conséquences de la catastrophe seront ressentis, dans la mémoire collective, avec beaucoup de fatalisme, même si des manquements importants ont existé dans la gestion de la crise ou de l'après crise.

C'est assez normal dans la mesure où la population quand elle reçoit l'information de l'alerte est psychologiquement "normale" et peut donc analyser et mémoriser les informations sereinement. Alors que cette même population, pendant la crise ou après la crise, est en état de choc plus ou moins important. Les personnes reçoivent et analysent alors les informations en fonction de leur état émotionnel et de la plus ou moins grande confusion mentale qui accompagne toute situation de stress...

À ce sujet, on peut se demander s'il n' y a pas, de la part des responsables, des élus bien souvent, des stratégies de communication privilégiant l'alerte dans le but conscient ou non de masquer une certaine forme d'impuissance face aux événements naturels, sinon de se dédouaner quelquefois d'une incurie notoire... D'aucuns vont même jusqu'à parler de principe de précaution !]




Le risque inondation en France :
http://www.alertes-meteo.com/divers_pheno/catasrophe_fran/inondation.htm

http://www.ac-grenoble.fr/CARMI-Pedagogie/itindex.htm#CRUES (crues)

Pluies extrêmes et crues :
http://www.cnrs.fr/cw/dossiers/dosclim/biblio/pigb16/01_pluies.htm

À propos de quelques crues dévastatrices : folie des eaux ou folie des hommes ?
http://www.cnrs.fr/cw/dossiers/dosclim/biblio/pigb16/03_crues.htm

Crues " éclair " :
http://www.lthe.hmg.inpg.fr/OHM-CV/Documents/actesAMA01/ama2001_Borrell.doc

http://www.h2o.net/magazine/urgences/catastrophes/inondations/crues_eclair/francais/e_gaume_0.htm

http://www.rhea.tm.fr/rhea2/PgNiv2/se-crue-rapide.htm

http://www.rhea.tm.fr/rhea2/PgNiv3/la_probl%E9matique_des_crues.pdf

http://www.prim.net/risqnat/chap4/doc/4-6-2.htm

http://www.brgm.fr/Fichiers/SIRNAT/sirnat16.pdf

http://www.enpc.fr/cereve/HomePages/gaume/these/synthese2.pdf

http://www2.cnrs.fr/presse/journal/971.htm

http://www.isted.com/pole-ville/sig/gestion_risque.pdf

http://org.eea.eu.int/documents/newsreleases/climate_report-fr

Les crues " éclair " provoquées par les embâcles de glace :
http://www.crsng.gc.ca/news/stories/041015_f.htm

Observatoire de recherche sur les processus hydrologiques et érosifs en montagne :
http://www.cnrs.fr/cw/dossiers/dosclim/biblio/pigb18/05_draix.htm

____________________

MISSION D'EXPERTISE SUR LES CRUES DE DÉCEMBRE 2000 ET JANVIER 2001 EN BRETAGNE :
http://www.ecologie.gouv.fr/IMG/pdf/0619-cruesbretagne.pdf

Prévision des crues :
http://www.lyon.cemagref.fr/hh/stages/HHLY_analogues05.pdf

http://www.eaufrance.fr/rubrique.php3?id_rubrique=9






[ Corrélats : Inondations / Législation / Aléas / Culture du risque / Écoulement / Débit / Débit réservé / Débit solide / Bilan hydrologique / Réseau hydrographique / Lits des cours d'eau / Régime / Réservoirs / Zones de végétation / Zones piscicoles / Usages de l'eau / ...]

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