Entrez un mot-clé
Dunes littorales



Erdeven - Sud Morbihan
Les formations dunaires littorales montrent une succession d'habitats depuis la plage vers l'intérieur des terres.



Ces habitats sont largement conditionnés par des facteurs écologiques comme le vent, la mobilité du sable, la salinité dont les intensités décroissent du rivage vers l'intérieur.

Le vent joue un rôle particulier puisqu'il assure le transport du sable lequel mitraille plus ou moins violemment la végétation et provoque son enfouissement plus ou moins rapide. Le vent entretient aussi une forte salinité sur les zones vers lesquelles il pousse des embruns. Enfin, le vent s'oppose à la croissance verticale des végétaux (anémomorphose).

La nature sableuse des sols des dunes a aussi une grande influence sur les peuplements végétaux qui doivent résister à de forts écarts thermiques en surface (albédo) et à une migration très rapide de l'eau à travers le substrat vers les profondeurs. De plus, ces sables sont souvent pauvres en éléments nutritifs (lessivage et absence de colloïdes) et en matières organiques rapidement oxydées. Bien qu'étant largement constitués de grains siliceux, les sables des dunes contiennent aussi des grains calcaires (fragments coquilliers, tests et carapaces). Les espèces végétales des dunes sont, pour ces raisons, souvent xérophiles à mésoxérophiles, calcicoles ou calcaricoles. Les espèces silicoles seront bien représentées dans les endroits où, principalement, les eaux de pluie (acide carbonique) auront provoqué une forte décarbonatation du substrat.

Tous ces facteurs écologiques très limitants concourent à créer des habitats originaux, à haute valeur patrimoniale, principalement à cause des espèces qu'ils abritent ; habitats malheureusement souvent menacés par les pressions touristiques, partout croissantes jusqu'à l'intolérable.

Depuis la mer jusqu'aux franges forestières (ou les agrosystèmes qui les ont remplacées), les complexes dunaires comportent successivement la plage, le haut de plage, la dune embryonnaire, la dune vive ou blanche, la dune grise ou dune fixée, les fruticées des écotones forestiers, les zones pionnières forestières et les dunes boisées. Chacune de ces formations peut ne pas exister et/ou connaître des développements variés.

Les plages de sable sont formées par l'action des vagues. Elles sont totalement dépourvues de végétation (ce sont des déserts), mais abritent souvent une faune variée d'invertébrés qui font les délices de différents prédateurs (oiseaux).

Les hauts de plage ne sont jamais recouverts sauf par les fortes marées (vive eau et équinoxe). Ces fortes marées y laissent des cordons d'algues arrachées aux côtes rocheuses. Ces algues en se décomposant libèrent de l'azote qui permet à différentes halophytes annuelles de se développer. Parmi ces plantes très spécialisées, on peut citer Cakile maritima (Cakile), Atriplex laciniata (Arroche maritime), Salsola kali et Salsola soda (Soudes), Betta maritima (Betterave maritime). Ce milieu est doublement menacé par la pression touristique : directement par les personnes qui fréquentent les plages et qui piétinent cette zone et par les responsables, élus ou non, des communes qui, pour attirer des touristes, " nettoient " ces hauts de plage en enlevant systématiquement les laisses de mer au prétexte que cela fait sale.

La dune embryonnaire est la zone où le sable est très mobilisable par le vent. Cette zone n'est jamais directement affectée par l'eau de mer, même aux plus fortes marées, mais seulement par les embruns. Le sable, très mobile, dépourvu de réserves et d'eau douce, oblige les plantes à des adaptations particulières (chevelu racinien, port, résistance à l'enfouissement, succulence, etc.). Ces plantes des sables mobiles sont souvent qualifiées de psammophiles.Les banquettes de sable, premiers remparts de la dune embryonnaire, sont souvent colonisées par Elymus farctus (Chiendent des sables) qui participe largement à sa fixation (réseau dense de racines, de stolons et de tiges souterraines enchevêtrées dans la masse sableuse). Cette fixation autorise l'implantation d'autres espèces comme Calystegia soldanella (Liseron des sables), Euphorbia paralias (Euphorbe maritime) ou Eryngium maritimum (Panicaut des dunes).

La dune mobile ou vive, encore appelée dune blanche correspond à un habitat où le sable, encore très mobile, est davantage retenu par une plus grande diversité de plantes psammophiles dont l'oyat (Ammophila arenaria), les espèces précédemment citées pour la dune embryonnaire, Festuca juncifolia (Fétuque junciforme) et Galium arenarium (Gaillet des sables) ; ces deux dernières espèces préfigurant sinon une forme de fixation déjà avancée de la dune blanche, au moins indiquant une zone où l'apport de sable nouveau est réduit.

Les dunes grises et les lettes grises (Gironde) correspondent à des habitats épargnés par les embruns et où le sable est fixé, au moins temporairement sauf intervention humaine.

Tout le long des côtes françaises, les peuplements végétaux des dunes grises varient schématiquement du nord au sud.Ces dunes ont toutes en commun de se présenter comme des pelouses riches en mousses et en lichens. Les plantes annuelles prédominent largement sur les vivaces. Cette richesse en annuelles est à corréler avec les fortes chaleurs estivales associées à une sécheresse très marquée sauf dans les points bas ou pannes où se développent des habitats humides (bas marais, roselières, étangs et lagunes, prairies humides, etc.) souvent remarquables.

Les dunes grises ont cette couleur à la fois à cause des lichens et des mousses qui la recouvrent et qui ont cette tonalité, mais aussi à cause d'une plus grande richesse en humus mélangé intimement au sable. L'espèce dominante* est très souvent Helichrysum stoechas (Immortelle des sables) dont les essences volatiles, surtout au cours des chaudes journées, donnent une fragrance caractéristique à cette zone. Parmi les autres espèces fréquemment observées, on peut citer : Matthiola sinuata (Giroflée des dunes ou Violier), Dianthus gallicus (Œillet des sables), les graminées Koeleria albescens (Kœlérie blanchâtre) et Phleum arenarium (Fléole des sables), Silene conica et Silene otites (Silène conique et Silène à petites fleurs), Armeria maritima (Gazon d'Olympe), Medicago littoralis (Luzerne du littoral), Ephedra distachya (Raisin de mer), Rosa pimpinellifolia (Rosier très épineux). Dans les parties plus humides, on trouvera le saule des dunes (Salix arenaria), divers scirpes (Scirpus sp) et le rare Schoenus nigricans, Cladium mariscus, des orchidées, etc.

[* Cette liste vaut plutôt pour les dunes dans le Morbihan].

En France, les fruticées et les zones pionnières forestières sont également variables du nord au sud. Dans le Morbihan, les fruticées et les groupements pionniers présentent des peuplements très variables largement déterminés par l'arrière-pays avec lesquels ils sont en contact. L'ajonc, le genêt à balai et diverses bruyères formeront, le plus souvent, les groupements les plus typiques parmi lesquels des saules, des troènes, des prunelliers, des ormes, quelques chênes verts, des pins maritimes se disputeront au Baccaris envahissant. L'iris fétide (Iris foetidissima), le chèvrefeuille, la garance voyageuse sont présents çà et là, ainsi que diverses orchidées**.

D'une manière générale, les dunes, chaque dune, devrais-je écrire, est un écosystème particulier sur lequel on peut observer de nombreuses sous-espèces, des écotypes, des écomorphes, voire des éthotypes animaux, qui les rendent, à chaque fois, originales et pourraient justifier, à leur égard, de mesures conservatoires drastiques. Mais qui s'en soucie ?

[** Pour avoir une idée de la richesse en Orchidées en Bretagne, on pourra lire le numéro de Penn ar bed (SEPNB) qui leur est consacré]




Pour information, des extraits de la page Natura 2000 consacrée au complexe dunaire de Gâvres-Erdeven-Quiberon :

MASSIF DUNAIRE GÂVRES-PLOUHINEC ET ZONES HUMIDES ASSOCIÉES / Code : FR5300027

Description

Pas moins de dix habitats composent cet ensemble exceptionnel de dunes, parmi lesquels trois habitats prioritaires dont les ourlets thermophiles, présents uniquement en France et au Royaume-Uni, et les groupements de l'Euphorbio-Helichrysion à arbustes nains.

Les apports d'eau douce continentale qui viennent buter sur le massif dunaire ont donné naissance à un complexe d'habitats des zones humides intradunales tout à fait exceptionnel puisque la totalité des sous-types des dépressions humides intradunales de la façade atlantique sont présents : pelouses pionnières, bas-marais, prairies, roselières et saulaies. De plus, la présence simultanée de marais neutro-alcalins (habitat prioritaire) et de tourbières basses alcalines constitue une rareté pour la Bretagne.En situation arrière-littorale, on trouve à la fois des landes sèches, et des landes humides tourbeuses à sphaignes (habitat prioritaire).

Sur les replats vaseux de la mer de Gâvres, notamment, se développent des prés-salés atlantiques accompagnés de végétation annuelle à salicornes et de fourrés halophiles thermo-atlantiques.

Les falaises maritimes de la Côte Sauvage (ouest presqu'île de Quiberon), abritent notamment l'Oseille des rochers, espèce d'intérêt communautaire à distribution exclusivement atlantique.

Pas moins de 34 espèces végétales à forte valeur patrimoniale ont été inventoriées sur ce site ; parmi celles-ci, 13 espèces protégées au niveau national, et 5 espèces bénéficiant d'une protection à l'échelle européenne : le Chardon vivipare (unique station française), l'Omphalode du littoral (endémique du littoral atlantique français), le Liparis de Loesel (présent, pour la Bretagne, dans le Léon -29- et le sud-ouest du Morbihan), l'Oseille des rochers, le Flûteau nageant (toutes ces espèces figurent en annexe II de la Directive 92/43/CEE), et la Spiranthe d'été (annexe IV de la Directive 92/43/CEE).

Les zones humides arrière dunaires accueillent une faune odonatologique très riche, avec 26 espèces dénombrées.

Le plus vaste ensemble dunaire de Bretagne (dunes de Plouhinec, d'Erdeven, et dunes perchées de la Côte Sauvage à l'ouest de la presqu'île de Quiberon), entrecoupé en son centre par la rivière d'Étel et limité au nord par la "mer de Gâvres", vaste lagune située à l'abri d'un tombolo. Le site comprend également les zones humides et étangs arrière-dunaires ainsi que les prairies et landes tourbeuses de Belz-Erdeven-Ploemel.

Composition du site :

Mer, Bras de Mer 39 %

Dunes, Plages de sables, Machair 30 %

Rivières et Estuaires soumis à la marée, Vasières et bancs de sable, Lagunes (incluant les bassins de production de sel) 13 %

Marais salants, Prés salés, Steppes salées 3 %

Marais (végétation de ceinture), Bas-marais, Tourbières, 3 %

Landes, Broussailles, Recrus, Maquis et Garrigues, Phrygana 3 %

Prairies semi-naturelles humides, Prairies mésophiles améliorées 3 %

Galets, Falaises maritimes, Îlots 2 %

Eaux douces intérieures (Eaux stagnantes, Eaux courantes) 2 %

Forêts caducifoliées 1 %

Forêts de résineux 1 %

Types d'habitats présents % couv.

Bancs de sable à faible couverture permanente d'eau marine 34 %

Dunes côtières fixées à végétation herbacée (dunes grises)* 20 %

Replats boueux ou sableux exondés à marée basse 13 %

Récifs 7 %

Dépressions humides intradunales 6 %

Dunes mobiles embryonnaires 3 %

Dunes boisées des régions atlantique, continentale et boréale 3 %

Grandes criques et baies peu profondes 3 %

Végétation annuelle des laisses de mer 1 %

Falaises avec végétation des côtes atlantiques et baltiques 1 %

Végétations pionnières à Salicornia et autres espèces annuelles des zones boueuses et sableuses 1 %

Prés à Spartina (Spartinion maritimae) 1 %

Prés salés atlantiques (Glauco-Puccinellietalia maritimae) 1 %

Fourrés halophiles méditerranéens et thermo-atlantiques (Sarcocornetea fruticosi) 1 %

Marais calcaires à Cladium mariscus et espèces du Carex davallianae* 1 %

Tourbières basses alcalines 1 %

Dunes mobiles du cordon littoral à Ammophila arenaria (dunes blanches) 1 %

Espèces présentes : Amphibiens et reptiles

Triton crêté (Triturus cristatus)

Espèces présentes : Plantes

Cynoglosse des dunes (Omphalodes littoralis)

Flûteau nageant (Luronium natans)

Liparis de Loesel (Liparis loeselii)

Oseille des rochers (Rumex rupestris)

Panicaut vivipare (Eryngium viviparum)






Physique des dunes et des tas de sable :
http://www.lps.ens.fr/~hersen/data_html_french/dunes.html

LA LUTTE CONTRE L'ENSABLEMENT ET POUR LA STABILISATION DES DUNES
http://www.isesco.org.ma/pub/FR/Ensablement/page13.htm

Les dunes de Plouhinec :
http://www.conservatoire-du-littoral.fr/front/process/Content.asp?rub=8&rubec=125&site=1880&entite=125

Les dunes du Perroquet (Nord Pas de Calais) :
http://www.conservatoire-du-littoral.fr/front/process/Content.asp?rub=8&rubec=203&site=1350

La côte flamande :
http://dekust.org/FR/generalit%E9s/Nouveaut%E9s/Dossiers/Les%20Dunes/

Les dunes littorales de Pologne :
http://www.watchtower.org/languages/francais/library/g/2004/3/22a/article_01.htm

Rasage des dunes bordières et inondations littorales :
http://www.notre-planete.info/ecologie/articles/alger_dunes.php

Dunes mobiles embryonnaires :
http://natura2000.environnement.gouv.fr/habitats/HAB2110.html

Les dunes atlantiques :
http://dunesatlantiques.fr/index2.php?page=dune
http://dunesatlantiques.fr/index2.php?page=famlist&fam=Ast%C3%A9rac%C3%A9es




[ Corrélats : Habitat / Corine / ...]

Retour