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Énergie nucléaire
De l'énergie nucléaire à la transition énergétique...



L'énergie nucléaire est une énergie propre :

- Les formidables quantités de CO2 émises par les engins qui servent à l'extraction du minerai : c'est au Niger...
- Les déchets stockés dans des barils : c'est en Sibérie...
- Et si une centrale tchernobyle, c'est en Province ou au Japon ! Et c'est les Corses qui sont malades...


Sommaire de la page (Articles, Dossiers, Études...) : Généralités / I - UN PEU DE PHYSIQUE / 1. Atomes, isotopes / 2. Radioactivité / 3. Fission / II - LES RÉACTEURS NUCLÉAIRES / 1. Fonctionnement du réacteur et pollutions / 2. Accidents / 3. Risques et prévention / III - LA CHAINE DU COMBUSTIBLE NUCLÉAIRE / 1. De la mine d'uranium au réacteur / 2. Le combustible irradié, son traitement et ses dangers / 3. Les déchets nucléaires / IV- NUCLÉAIRE CIVIL ET NUCLÉAIRE MILITAIRE / 1. Techniques nucléaires civiles et militaires / 2. Les risques de prolifération des armes nucléaires / V - PEUT-ON SORTIR DU NUCLÉAIRE ? / 1. Les principaux problèmes que pose l'énergie nucléaire / 2. Pour une autre politique énergétique / La radioactivité : le phénomène physique (dossier) /

Sites Internet et articles / Tableau des articles archivés (.docm) / Corrélats

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L'énergie nucléaire fut " maîtrisée " pour la première fois, en 1942, dans un réacteur construit à Chicago par Fermi. Notons que le premier brevet pour un réacteur nucléaire à l'eau lourde avait été déposé en 1938 par F. Joliot-Curie.



La " maîtrise " de cette énergie fut dévoilée au monde lorsque la première bombe atomique explosa au-dessus d'Hiroshima.



À partir de ce moment, la maîtrise de l'énergie nucléaire fut surtout celle du secret qui entoura sa production ou son utilisation par des groupes militaro-industriels et des États peu enclins à informer ses populations ou répondre à ses inquiétudes dont beaucoup étaient justifiées et quelques autres, qui le seront inévitablement…

Par exemple, en ce qui concerne le lâcher des bombes atomiques au-dessus du Japon, des doutes subsistent sur cette " nécessité " que l'on justifie par une " économie de vies humaines " rarement par ce qui était déjà la guerre froide… et / ou la continuation d'un comportement souvent qualifié " d'impérialiste ". Il se peut que dans une cinquantaine d'années, quiconque écrira qu'il n'y avait pas d'armes de destruction massive en Irak passe pour un dangereux révisionniste.




Un dossier publié sur le site des "Amis de la Terre" (http://www.amisdelaterre.org/)L'énergie nucléaire / par Pierre SAMUEL / Directeur scientifique des Amis de la Terre / juillet 1996

I. UN PEU DE PHYSIQUE


1. Atomes, isotopes

Malgré l'étymologie de leur nom ("insécable"), les atomes ne sont pas les plus petites particules. Un atome est formé d'un certain nombre d'électrons (charge négative) qui gravitent rapidement autour d'un noyau formé de protons (charge positive ; il y en a autant que d'électrons) et de neutrons (charge nulle). La masse d'un proton ou d'un neutron est environ 1.800 fois plus grande que celle de l'électron.

La masse d'un atome est proportionnelle au "nombre de masse", nombre total de protons et neutrons. On appelle "nombre atomique" le nombre de protons ou d'électrons.

Deux corps simples (ou atomes) sont dits isotopes s'il ont le même nombre atomique et les mêmes propriétés chimiques, mais des nombres de masse différents.

Exemple : hydrogène, deutérium et tritium (nombre atomique 1 ; nombre de masse : respectivement 1, 2 et 3).

2. Radioactivité

Certains noyaux sont instables. Ils se scindent spontanément en plusieurs parties. Ils émettent ainsi des rayonnements dits "ionisants". Cette émission est appelée radioactivité. Il y a trois types de rayonnements :

» les rayons alpha : ce sont des noyaux d'hélium (2 protons et 2 neutrons). Ils sont très dangereux pour la matière vivante, mais peu pénétrants. Exemple : l'uranium-238 (nombre de masse) se scinde en deux : rayons alpha et en thorium-234.

» les rayons bêta : ce sont des électrons. Un neutron se scinde en un électron et un proton. L'électron émis est alors appelé rayon bêta.

» les rayons gamma : c'est un type de rayonnement électromagnétique comme la lumière et les rayons X, avec une faible longueur d'onde, une très forte énergie et un grand pouvoir pénétrant.

Ces émissions de rayonnements se font au hasard des noyaux instables présents. La durée au bout de laquelle la moitié des noyaux auront émis leur rayonnement est fixe et parfaitement connue. On l'appelle la période (ou période radioactive) de ce type de noyau. Cette période dépend du type de noyaux instables : elle va de quelques microsecondes à plusieurs millions d'années.

Il n'y a aucun moyen d'arrêter ces émissions de rayonnements ionisants. Au mieux, des obstacles peuvent les empêcher d'atteindre la matière vivante et de provoquer cancers, leucémies et malformations génétiques.

La radioactivité se mesure en Becquerels (Bq), nombre de désintégrations par seconde. La Curie (Ci), ancienne unité, vaut 37 milliards de Becquerels.

Plus significatives des effets biologiques de la radioactivité est la notion de dose (ou de débit de dose) qui mesure l'énergie absorbée par gramme de matière vivante (modifié par des facteurs dépendant du type de rayonnement). L'unité actuelle est de Sievert (Sv). La radioactivité naturelle est de l'ordre du milli sievert par an. L'ancienne unité est le Rem: 1 Sv = 100 Rems.

3. Fission

Certains noyaux lourds, comme l'uranium-235 et le plutonium-239 peuvent, sous l'impact d'un neutron, se scinder en deux (ou plusieurs) morceaux, avec perte de masse et dégagement correspondant d'énergie (ici, l'énergie cinétique des morceaux). Ces noyaux sont dits "fissiles". L'énergie produite est énorme : la fission d'un gramme d'uranium-235 pourrait soulever de 8,20 m une masse d'un million de tonne !

Une fois démarrée, la fission produit des neutrons qui, en heurtant d'autres noyaux fissiles, les cassent à leur tour. C'est la "réaction en chaîne" qui n'est possible que si les noyaux fissiles sont assez nombreux (masse critique, dépendant de ce qui entoure ces noyaux). Les neutrons émis ne sont pas tous capturés. S'il y a moins de neutrons capturés que de neutrons émis, la réaction de fission finit par s'arrêter, sinon :

» ou bien il y a davantage de neutrons produits qu'initialement émis : le nombre de fissions croit exponentiellement, provoquant une explosion et c'est la "bombe".

» ou bien l'on s'arrange pour qu'il y ait autant de neutrons de seconde génération que de neutrons de première génération: alors on a un débit stable d'énergie et c'est là le principe des réacteurs nucléaires.

II - LES RÉACTEURS NUCLÉAIRES


1. Fonctionnement du réacteur et pollutions

La réaction de fission a lieu dans ce qu'on appelle le cœur du réacteur, la matière fissile (dite aussi "combustible nucléaire") étant dans des gaines d'alliages variés. Dans le cas du REP, "réacteurs à eau sous pression", les plus courants en France, ce sont des gaines cylindriques en zircalley, verticales, de 10 mm de diamètre de 4 m de haut.

Ce combustible est, en général, entouré par une substance qui ralentit les neutrons et leur donne plus de chances d'être capturés. Elle est appelée le "Modérateur". Ce peut être le graphite, l'eau lourde ou (dans les REP) l'eau ordinaire.

La réaction de fission peut être freinée (ou même arrêtée) par l'insertion dans le cœur des "barres de commande" formée de matières qui absorbent les neutrons (cadmium, argent, indium). Il y a aussi la possibilité d'injecter dans l'eau du cœur des REP un autre absorbeur de neutrons, le bore.

Le cœur est parcouru par un fluide, dit "caloporteur" (gaz carbonique, eau lourde, hélium, eau dans le cas des REP) qui est chauffé par la réaction de fission et qui circule dans ce qu'on appelle le "circuit primaire". Il est assez radioactif.

En général, ce fluide transmet sa chaleur, via des échangeurs de chaleur, dits aussi "générateur de vapeur", à de l'eau qui circule dans un autre circuit "secondaire". Elle est transformée en vapeur sous pression, qui actionne une turbine, laquelle produit de l'électricité.

Les générateurs de vapeur sont des structures métalliques dont les formes permettent aux deux fluides d'être, sur des très grandes surfaces, très proches l'un de l'autre afin de maximiser la transmission de chaleur de l'un à l'autre. Mais cela a comme inconvénient que ces surfaces métalliques se fissurent facilement ; il faut alors, soit boucher les tubes fuyards, soit même remplacer tout le générateur de vapeur. Sinon l'eau du circuit secondaire entre en contact avec celle du circuit primaire et devient radioactive.

En fonctionnement normal, les réacteurs rejettent des effluents radioactifs liquides et gazeux. Les quantités autorisées sont fixées par un décret qu'on peut juger laxiste. Des incidents, comme des fuites sur les générateurs de vapeur, augmentent ces effluents.

2. Accidents

Plus graves seraient des accidents majeurs, entraînant la fusion du cœur du réacteur. En effet, même si l'on parvient à arrêter la réaction de fission (par insertion de barres de commande ou injection de bore), la partie du combustible qui a subi la fission est très fortement radioactive et produit de la chaleur ; cette puissance résiduelle est importante, de l'ordre de 7% de celle du réacteur en état de marche, et il faut évacuer cette chaleur, ce qui peut être difficile dans des conditions accidentelles. Sinon le cœur fond et peut faire fondre la cuve et les tuyauteries qui l'entourent.

Les séquences de mal fonctionnements pouvant aboutir à un tel accident sont nombreuses. Il peut y avoir des difficultés d'insertion des barres de commande (c'est arrivé à petite échelle) ou des pertes de refroidissement du cœur. Ces dernières peuvent être provoquées :

» par des erreurs de manipulation d'une des nombreuses valves ou soupapes du circuit primaire (ce fut la cause de la fusion du cœur de Three Mile Island, USA, en 1979) ;

» par des pannes des pompes qui font circuler l'eau du circuit primaire ;

» par une dépressurisation de ce circuit, provoquée par la rupture d'une tuyauterie (l'acier peut être fragilisé par les flux de neutrons ou par des refroidissements intempestifs ; des fissures sont détectées de temps à autre) ou par une grosse fuite sur un générateur de vapeur.

On peut se demander si une radiolyse de l'eau du circuit primaire ne créerait pas une bulle d'hydrogène qui entrerait en réaction explosive avec le zirconium des gaines de combustible.

Précisons que l'eau du circuit primaire d'un REP est à plus de 320ºC et à une pression de 150 atmosphères, et qu'un REP contient mille fois plus de radioactivité que n'en a produit la bombe d'Hiroshima.

3 : Risques et prévention

Les techniciens du nucléaire essaient de prévenir de tels incidents et accidents par des mesures de sécurité "active" (système d'injection de secours d'eau de refroidissement de surveillance, remplacement de pièces devenues défectueuses...) et de limiter leur conséquences par une "sécurité passive qui consiste à interposer 3 "barrières" entre le combustible nucléaire et l'extérieur.

Ce sont:

» Les gaines entourant le combustible;

» la cuve et les tuyauteries qui contiennent le circuit primaire;

» une enceinte de confinement en béton.

Les deux premières souffriraient en cas d'accident grave. La 3ème n'est pas absolument étanche et, en cas d'une forte accumulation de radioactivité en surpression (probable si les deux premières barrières flanchent), il faudrait peu à peu la faire sortir travers des filtres à sable.

Un bon nombre de réacteurs de conception soviétique (Par exemple Kosloduy 1 à 4 en Bulgarie) n'ont pas d'enceinte de confinement. Mais une enceinte de confinement de type occidental n'aurait pas résisté à l'explosion de Tchernobyl.

D'après les calculs des autorités de sûreté, la probabilité de fusion d'un cœur se situe entre un dix millième et un cent millième par année/réacteur (donc entre un centième et un millième par an pour un ensemble de 100 réacteurs).

III - LA CHAÎNE DU COMBUSTIBLE NUCLÉAIRE


1. De la mine d'uranium au réacteur

La seule matière fissile présente dans la nature est l'uranium-235 (U-235) qui forme 0,7% de l'uranium naturel (le reste, 99,3%, étant de l'U-238). Les meilleurs minerais contiennent à peine quelques pourcents d'uranium, qu'il faut d'abord séparer de sa gangue, une opération chimique polluante.

Certains réacteurs, ayant le graphite ou l'eau lourde comme modérateur, peuvent fonctionner à l'uranium naturel. Mais les autres, notamment les REP, demandent un pourcentage plus élevé d'isotope fissile 235. On doit donc "enrichir" l'uranium, ce qui, puisque les isotopes ont les mêmes propriétés chimiques, demande une séparation de nature physique, jouant sur la minime différence de masse (3/238). Plusieurs procédés sont utilisés: la diffusion gazeuse (pratiquée à l'usine de Tricastin, Drôme, qui consomme du courant de 3 réacteurs voisins), l'ultracentrifugation, le fluorure UF, qui est très corrosif : gare aux fuites !

Pour l'utilisation dans les REP, l'uranium est enrichi jusqu'entre 3% et 4% (soit 3% à 4% d'isotope 235). Les bombes à l'uranium demandent un enrichissement à plus de 90%, effectué dans "l'usine haute" de Pierrelatte.

Après enrichissement, l'uranium est remis sous forme d'oxyde dont on fabrique les pastilles de combustible.

2. Le combustible irradié

Lorsqu'il est devenu impropre à la fission, le combustible, dit alors "irradié", est sorti du réacteur (soit à intervalles réguliers, de 12 à 15 mois, soit plus rarement, en continu). Il contient alors approximativement :

» 96% d'uranium dit "appauvri", moins riche en U-235 ;

» 1% de plutonium (Pu), une autre matière fissile ;

» 3% de produits de fission et d'atomes lourds ("transuraniens"), tous très radioactifs, les seconds ayant souvent des périodes de plusieurs milliers (ou millions) d'années.

Les aiguilles de combustible irradié, qui sont très chaudes, sont temporairement placées dans des "piscines" proches du réacteur. Deux options sont possibles: Le non retraitement : après séjour en piscine, le combustible irradié est entreposé dans d'autres installations refroidies (à l'air). Il peut y rester plusieurs décennies avant un stockage en couches géologiques profondes ou un autre mode de gestion à long terme. Plusieurs pays (Suède, USA,...) préfèrent cette option. Ses avantages sont :

» Moindre volume de déchets;

» La gaine du combustible est une "barrière" qu'il vaut mieux garder ;

» L'uranium constitue une matrice qui empêche le Pu et les transuraniens de migrer ;

» On évite les problèmes liés au Pu, que l'intense radioactivité protège des détournements ;

On ne fait rien d'irréversible pendant plusieurs décennies.

Le retraitement consiste à sortir le combustible irradié de sa gaine et de le soumettre à un traitement chimique séparant ses 3 composantes: une opération difficile et dangereuse vue l'intense radioactivité, pratiquée surtout à l'usine de la Hague (Manche).

Sa composition isotopique rend l'uranium appauvri très difficile à ré-enrichir. (seuls les Russes s'y risquaient). Les produits de fission et les transuraniens sont des déchets qu'il faudra gérer. Reste le plutonium, dont la production a motivé le choix du retraitement par la France.

Il était primitivement destiné à alimenter des surgénérateurs, réacteurs à neutrons rapides refroidis au sodium liquide où la transformation d'uranium naturel (238) en Pu-239 permet d'avoir davantage de Pu à la sortie qu'à l'entrée (d'où en théorie, une meilleure utilisation énergétique de l'uranium naturel). Mais ce sont des machines complexes et dangereuses et les nombreux déboires de Super Phénix (qui n'a guère fonctionné plus de 200 jours depuis son entrée en service en 1985), joints à l'abondance d'uranium sur le marché mondial, font que le développement industriel de cette filière (fort coûteuse, Super Phénix coûte plus de 30 milliards) est remise à bien plus tard.

Ainsi une partie des stocks de Pu français est utilisée pour alimenter certains REP (7, puis 16, sur environ 50) en un combustible mixte U-Pu (dit MOX, mixed oxyde). D'où des transports de PU depuis la Hague vers les usines de fabrication du MOX (Cadarache, MELOX à Marcoule), puis vers les réacteurs : accidents et détournements sont possibles. Les REP chargés au MOX sont plus difficiles à piloter (et sont impropres au "suivi de charge") et plus enclins aux accidents. Leur combustible irradié est particulièrement difficile à retraiter (au plus une fois) et il est entreposé tel quel.

De plus le combustible irradié classique, produit au rythme de 1.500 t/an, ne peut pas être totalement retraité car la capacité de la Hague, qui doit aussi, par contrats, retraiter des combustibles étrangers, est de 800 t/an. Donc, malgré la doctrine officielle, la France est de plus en plus obligée de recourir au non retraitement, mais, à part l'agrandissement des piscines, elle tarde (à cause de cette doctrine), à se doter d'installations d'entreposage de plus longue durée.

3. Les déchets nucléaires

Il y a de nombreuses espèces de déchets nucléaires et leurs origines sont très variées (réacteurs et autres installations, mines, industrie, hôpitaux, laboratoires,...). Il y a des controverses sur les déchets à très faible activité : y a-t-il un seuil au-dessous duquel ils ne demandent pas de gestion spéciale ? Les déchets à très faible et moyenne activité qui ne contiennent pas de corps à très longue période sont maintenant stockés au centre de Soulaines (Aube), dans des conditions qui semblent acceptables : leurs périodes ne dépassant pas 30 ans, leur radioactivité sera divisée par mille en 300 ans et un par un million en 600 ans.

Le plus gros problème est celui des déchets à haute activité (qui émettent donc aussi beaucoup de chaleur) et de ceux qui contiennent des corps à très longue période (24.000 ans pour le Pu-239). Ils proviennent surtout des combustibles irradiés.

Après insertion dans des verres ("vitrification") et mise dans des conteneurs spéciaux, la France envisage leur stockage définitif dans des couches géologiques profondes. Encore faut-il être sûr que les corps radioactifs y resteront pendant les milliers ou des millions d'années nécessaires à une décroissance radioactive suffisante.

Face à l'opposition des riverains des sites envisagés, une loi de décembre 1991 prévoit l'installation d'au moins deux laboratoires souterrains, dont les qualités géologiques et hydrogéologiques étudiées pendant des dizaines d'années sans qu'on y mette des déchets nucléaires. Alors, en théorie, on choisira le meilleur de ces sites et le Parlement devra donner son feu vert au stockage des déchets. Mais il reste des problèmes :

» le cas où aucun site ne serait adéquat ;

» celui où le site serait choisi à cause de l'absence d'opposition locale plutôt qu'en fonction de ses qualités géologiques ;

» celui où d'autres modes de gestion apparaîtraient plus sûrs.

Les Amis de la Terre sont donc d'avis de ne faire aucun stockage irréversible prématuré et, au contraire, de procéder à des entreposages en surface, surveillés, réversibles, valables pour plusieurs décennies et permettant, d'ici là :

» soit de concevoir de meilleures méthodes de stockage définitif ;

» soit de développer des procédés de séparation des transuraniens à très longue période ("retraitement poussé") ;

» éventuellement de trouver des moyens de transformer ceux-ci en éléments de période plus courte.

Face au fiasco de Super Phénix comme producteur de plutonium et d'électricité, le gouvernement envisage de l'utiliser comme "incinérateur" de transuraniens à partir de 1996 ou 1997 (s'il n'est pas en panne). C'est là de la poudre aux yeux, car Super Phénix n'a pas été conçu pour cela, de sorte que les quantités de plutonium et de transuraniens qu'il pourrait mettre sous forme moins offensive sont minimes.

Mieux vaudrait l'arrêter une fois pour toute.

IV - NUCLÉAIRE CIVIL ET NUCLÉAIRE MILITAIRE


1. Techniques nucléaires civiles et militaires

Une grande partie du nucléaire civil est d'origine militaire. L'enrichissement de l'uranium et l'extraction du plutonium du combustible irradié datent du "Projet Manhattan" (1941-1945). En France, les réacteurs plutonigènes de Marcoule sont à l'origine des vieux réacteurs graphite / gaz qui, convenablement pilotés, peuvent fournir à la fois de l'électricité et du Pu de qualité militaire ; idem en Grande Bretagne. Seuls les réacteurs à eau lourde sont d'origine purement civile ; ils fournissent peu de Pu et il est frappant qu'il n'aient été bien développés que par un pays sans ambitions militaires, le Canada.

» Pour fabriquer une bombe à l'uranium, il faut disposer d'une dizaine de kilos d'uranium hautement enrichi à une grande puissance nucléaire (plus de 90% d'U-235), donc avoir accès au marché de l'uranium naturel et disposer d'un système d'enrichissement, même primitif (Irak). On peut aussi, sous prétexte d'alimenter des réacteurs de recherche, tenter d'acheter de l'uranium hautement enrichi à une grande puissance nucléaire (Irak et France).

» Pour fabriquer une bombe au plutonium, il en faut environ 5 kg, qui doivent être extraits d'un combustible irradié. Ce Pu est dit de qualité militaire s'il contient au moins 90% d'isotope 239 ; il permet alors de produire des bombes sophistiquées. Cependant celui d'un REP (voir la partie "réacteurs nucléaires") normalement piloté contient trop d'autres isotopes (U-240, -241, -242), ce qui conduirait à des bombes peu fiables, à moins de décharger fréquemment le combustible du REP, ou de disposer d'un procédé de séparation isotopique (laser par exemple). Aussi d'autres types de réacteurs, en particulier de recherche, peuvent fournir du Pu de qualité militaire (Israël).

2. Les risques de prolifération des armes nucléaires

Les installations nucléaires "proliférantes" sont donc les unités de séparation isotopique, les usines de retraitement et certains réacteurs. L'Agence Internationale de l'Énergie Atomique (AIEA) est censée surveiller ces installations, mais il lui faut l'autorisation des États concernés ! En plus des 5 membres permanents du Conseil de Sécurité, il est sûr que l'Inde, l'Israël et le Pakistan ont des bombes et bien d'autres pays sont, ou ont été, très près d'en avoir (Irak, Iran, Afrique du Sud, Corée du Nord,...).

La situation s'est aggravée avec la désintégration de l'URSS, qui pourrait livrer au marché noir des matières fissiles militaires, des techniques proliférantes et des techniciens de haut niveau. Pour freiner la prolifération il faudrait à la fois renforcer les contrôles de l'AIEA et interdire les exportations de matériels utilisables dans la fabrication des bombes. De plus, les 5 puissances nucléaires "officielles" (Chine, France, Grande Bretagne, Russie, USA) devraient donner le bon exemple en cessant définitivement les essais nucléaires et par un désarmement multilatéral progressif (problème : que faire alors de l'uranium ou du plutonium des bombes démantelées?). Même en ce cas, il serait fort possible que des États ou des groupes "Fous" disposent bientôt de bombes.

Enfin, s'ils parviennent à s'en emparer, des terroristes pourraient, sans technique pointue, répandre des particules radioactives dans un métro ou du plutonium dans un réservoir d'eau potable (au contact des muqueuses, de toute petites particules de Pu peuvent provoquer un cancer). Plus technique et délicat serait de placer des explosifs en des points bien choisis d'une usine nucléaire.

V - PEUT-ON SORTIR DU NUCLÉAIRE ?


1. Les principaux problèmes que pose l'énergie nucléaire

Ce sont la probabilité non nulle d'accidents très graves (accrue lorsque les réacteurs vieillissent) et les incertitudes sur le devenir à long terme des déchets (y compris les déchets militaires et ceux qui proviennent du démantèlement des installations venues à bout de course). S'y ajoutent la radioactivité des effluents liquides et gazeux, les risques de la prolifération de bombes à partir d'installations civiles et la nécessité d'une grande stabilité politique et sociale dans les pays nucléarisés.

Ces problèmes croissent avec le nombre des usines nucléaires et avec la durée de la période de recours à l'énergie nucléaire. Ceci a été compris par les 72% de français qui, en 1993, étaient d'avis de laisser fonctionner les réacteurs actuels mais de ne pas les remplacer.

Les Amis de la Terre sont assez proches de cette position majoritaire et y ajoutent :

» Une exigence de vigilance et de transparence accrues en matière de sûreté des installations ;

» L'arrêt des opérations irréversibles (retraitement, stockage prématuré des déchets en couches géologiques profondes) ;

» Des recherches tous azimuts sur la gestion des déchets ;

» L'arrêt de Super Phénix et le renoncement à la filière des surgénérateurs, qui est particulièrement dangereuse (sodium, plutonium, possibilité de fissions explosives) et qui, sur le plan énergétique, n'a de sens que poursuivie sur au moins un siècle ;

» L'arrêt de l'exportation de technologies proliférantes ;

» L'adoption d'une politique de l'énergie permettant de se passer un jour du nucléaire.

2. Pour une autre politique énergétique

Une telle politique de l'énergie doit tenir compte des faits suivants :

» 1. Le nucléaire fournit actuellement 75% à 80% de l'électricité en France.

» 2. les combustibles fossiles (charbon, pétrole, gaz) ont des inconvénients sérieux sur le plan de la pollution de l'air et de l'accroissement de l'effet de serre (qui provoquerait des changements climatiques redoutables). Donc : sortir du dilemme "nucléaire ou effet de serre".

» 3. l'évolution des techniques a déjà permis un début de "maîtrise de l'énergie", c'est-à-dire d'obtenir autant ou plus de biens et les combustibles fossiles, peuvent progressivement en prendre le relais.

Les objectifs à atteindre sont ainsi :

a) Réduction de la consommation d'électricité par :

» Inversion de la tendance au développement du chauffage électrique (l'électricité est une énergie trop "noble" pour être galvaudée dans la fourniture de chaleur à basse température)

» la promotion des appareils à faible consommation d'électricité, ampoules en particulier, par le biais de primes, étiquetage, modulation de la TVA, etc.

b) Les meilleurs choix pour les combustible fossiles

Les combustibles fossiles prendraient partiellement le relais du nucléaire par des voies dont le rendement est élevé : turbines à gaz cogénération (= production conjointe de chaleur et d'électricité).

c) Les économies de combustible fossiles viendraient de

» L'amélioration des processus industriels ;

» L'isolation thermique ;

» Le passage à l'habitat solaire ;

» Et surtout du secteur des transports : véhicules à faible consommation, jusqu'à 3 litres/100 km ; urbanisme favorisant les transports en commun, le vélo, la marche ; transport combiné des marchandises ; "autoroutes ferroviaires" ; substitution du T.G.V. à l'avion et à la route...

d) les énergies renouvelables

Le potentiel hydraulique étant déjà très largement exploité, les énergies renouvelables le plus rapidement disponibles sont le chauffage solaire, la filière bois et le biogaz (la fermentation anaérobie de tous nos déchets organiques, et de plantes cultivées à cet effet fournirait autant de méthane que nous en consommons actuellement sous forme de gaz naturel). Puis viendraient les électricités éolienne et photovoltaïque.

L'énergéticien B. Dessus, du CNRS, a établi un scénario où, en 2020, la France consommerait 150 Mtep de fossiles (au lieu de 130), 35 Mtep de nucléaire (au lieu de 70) et 35 Mtep de renouvelables (au lieu de 10).

De son côté, l'un des scénarios "DÉTENTE" de Pierre Radanne, un autre énergéticien, montre que la sortie du nucléaire en 2010 est possible, avec une croissance du PIB de 2,5% par an, et tout en stabilisant les émissions de gaz carbonique. Un autre diminue ces émissions tout en limitant le nucléaire à la fourniture d'électricité "en base".

Il n'y a donc pas d'obstacles techniques, ni même économiques, à la mise en œuvre de telles politiques. Il s'agit de montrer une réelle volonté politique et de surmonter les idées reçues, les partis pris et les routines de beaucoup de décideurs.




Sources d'énergie utilisables sur Terre : http://e.m.c.2.fr/sourcenergie.htm

Rapport Yves Cochet / propositions / idées / énergie /
http://dodosweb.fr/ecolo/rapport-cochet1-p.php

Sites portail nucléaire :
http://www.acro.eu.org/liens.html

RADIOACTIVITÉ - Liste des principaux textes réglementaires et législatifs
http://www.liste-hygiene.org/veillesannucl.htm

"Facture énergétique de la France en 2006"
http://www.industrie.gouv.fr/energie/statisti/pdf/facture-2006.pdf

"Bilan énergétique de l’année 2006 de la France"
http://www.industrie.gouv.fr/energie/statisti/pdf/bilan2006.pdf

"Résutats technique du secteur électrique en France – Bilan 2006"
http://www.rte-france.com/htm/fr/mediatheque/telecharge/rtse_2006.pdf

La France et le nucléaire : un flop économique
http://www.hns-info.net/IMG/pdf/flop-economique.pdf

Énergies renouvelables :
http://www.actu-environnement.com/ae/dossiers/energie_renouvelable_chiffre_2007/bilan_tendances_energie_renouvelable.php4

Le risque :
http://www.asn.fr/sections/rubriquesprincipales/publications/dossiers-controle/dossiers-controle-2006/risque/downloadFile/attachedFile_unvisible_1_f0/dossier168.pdf?nocache=1155205649.49




* EPR en Finlande : http://www.stop-epr.org/spip.php?rubrique7

http://www.dissident-media.org/infonucleaire/epr_finlande.html

http://www.unsa-energie-civaux.com/article-4235073.html

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article4557






Articles:


Faut-il de l’uranium fortement enrichi pour faire des bombes ? /
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Premières malfaçons sur le chantier de l'EPR à Flamanville
[*]/
De l’évolution de la doctrine de l’industrie nucléaire /
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[ Corrélats : Centrales nucléaires / Déchets nucléaires / Pollution thermique / Éolien / Géothermie / Électricité / Uranium / Ressources naturelles / Économie / Ressources pétrolières / Transports / Croissance économique / Décroissance soutenable / Industrie / Agriculture / Thermodynamique / Alimentation / Homéothermes / Nutrition des plantes / Photosynthèse / Soleil / Bilan radiatif / Lumière / Albédo / Flux solaire / Productivité primaire / Agrosystèmes / Céréales / Monoculture / Nuisances sonores / Évaluation de la charge de travail / Information / Territoire / Piscicultures / Séismes / ...]

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