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Caprimulgidés
Caprimulgidés


Les engoulevents sont des oiseaux crépusculaires et nocturnes, au plumage couleur d'écorce qui les camoufle admirablement lorsqu'ils sont posés sur leur nid, à même le sol ou sur les branches des arbres sur lesquelles ils se reposent dans le sens de la longueur.

Ces oiseaux passeraient tout à fait inaperçus si, une demi-heure environ après le coucher du soleil, ils ne se mettaient pas à chanter, pousser des cris au vol ou claquer des ailes.
Engoulevent d'Europe (Caprimulgus europaeus)


Ces manifestations précèdent la chasse de gros papillons et d'insectes forestiers.


En Europe, on peut observer l'engoulevent d'Europe (Caprimulgus europaeus) jusqu'aux hautes latitudes, et l'engoulevent à collier roux (Caprimulgus ruficolis) dans les régions péri méditerranéennes.

Le chant de l'engoulevent d'Europe est une sorte de ronronnement soutenu, sur deux tons et pouvant durer plusieurs minutes. La localisation précise de l'émetteur du chant est assez difficile. En effet, ce chant peut paraître très proche ou, brusquement très lointain, sans que l'oiseau ait bougé, sauf la tête qu'il a orienté différemment. Il arrive fréquemment que deux oiseaux, placés à quelques dizaines de mètres l'un de l'autre, chantent en même temps. Je ne saurais pas toujours dire s'il s'agit de deux mâles en limite de territoire, car la femelle chante aussi. L'engoulevent émet ce ronronnement uniquement quand il est posé. Sa tête est relevée à 45°. À la fin de ce chant, si l'oiseau s'envole, pendant les deux ou trois secondes du début de ce vol plané, les ailes en V, il émet une série de gloussements très particuliers, puis trois ou quatre claquements d'ailes.

Le vol de l'engoulevent est particulièrement spectaculaire quand il chasse : planés, glissades, vol sur place, crochets et zigzags brusques et inattendus, chute brutale vers le sol, plus ou moins entrecoupés de cris aigus (grrouik, grouikk). C'est aussi le cas au moment des pariades nuptiales quand un ou deux mâles poursuivent une femelle (ou plus exactement sont poursuivis par une femelle) et surtout si les deux ou trois oiseaux se laissent aller à planer avec les ailes très relevées en chaloupant d'un côté sur l'autre.

Mais l'engoulevent chasse aussi en guettant depuis le sol les insectes qui passent dans le ciel et vers lesquels il s'envole brusquement avant de revenir se poser, souvent au même endroit (les postes de guet de l'engoulevent sont presque toujours avec un léger relief : caillou, bombement sur un chemin, branches cassées sur lesquelles, malgré leurs pattes très courtes, ils savent parfaitement se tenir sur l'extrémité).

Si les engoulevents et leurs mœurs sont encore assez mal connus, même des ornithologistes, ce n'est pas parce que ce sont des oiseaux farouches, au contraire, mais parce que ce sont des oiseaux dont l'activité est strictement nocturne et que l'homme ne voit pas grand-chose la nuit. Fort heureusement, les engoulevents sont des oiseaux assez peu farouches, voire curieux en certaines occasions.

C'est ainsi qu'ils nous donnent quelques occasions de les observer.
Comme je m'installe sur son territoire, l'engoulevent
vient me " saluer " en claquant des ailes...


Par exemple, très souvent, ces oiseaux viennent tourner très près d'un intrus (homme, chevreuil, etc.) aussitôt qu'ils l'aperçoivent sur leur territoire. Puis après quelques cris et quelques claquements d'ailes, ils s'en éloignent définitivement. Quand on prend l'habitude d'observer, tous les jours, les mêmes oiseaux, rapidement, ils ne semblent plus s'intéresser à l'observateur, mais reviennent le voir si celui-ci laisse passer trois ou quatre jours sans visite sur le terrain.

Par ailleurs, la présence d'un observateur habituel ne semble pas perturber les activités de ces oiseaux.


Ainsi, quand on a la chance de repérer un poste de chant et qu'on s'installe à proximité, sans même se camoufler, l'oiseau revient régulièrement l'occuper, pour chanter, glousser, claquer des ailes et à l'occasion, pour chasser.

La question du claquement d'aile n'est pas vraiment résolue pour cette espèce. Pour ma part, je crois que des plumes du poignet interviennent dans ce claquement. Mais je ne sais pas comment. J'ai eu quelquefois l'impression (observations faites à l'aide d'un amplificateur de lumière) qu'elles s'accrochaient avant de claquer. Mais ce claquement pourrait tout aussi bien se produire au moment où l'oiseau rabat les ailes, ce qui imprimerait une torsion brutale sur cette plume (?).

Sur la photo ci-dessus montrant un oiseau paradant,* on aperçoit nettement une plume de poignet qui se détache alors qu'il vient de claquer des ailes et qu'il se prépare à le refaire.

[* L'oiseau se trouve à la limite de la portée du flash, soit environ 10 mètres, cela explique la médiocre qualité du document]

Surpris, de jour, l'engoulevent se fige, comptant sur ses couleurs homochromes pour échapper à la vue. Dérangé sur son nid, il peut imiter un oiseau blessé, attirant et entraînant, de cette manière les hommes, leurs chiens ou tout autre bestiole loin du nid, avant de s'envoler, d'aller se poser et, fâché (?), de pousser son ronron !

Les mâles d'engoulevent disposent de marques blanches sur les ailes
et sur la queue qui sont clairement utilisées comme marques de
positionnement (cf. plages de poils clairs chez les mammifères)
_
Les femelles ne disposent pas de ces plages blanches.
On voit très bien sur cette photo, qu'à l'instar des autres oiseaux qui
chassent des insectes au vol, les engoulevents chassent le bec fermé.Cette femelle s'apprête à capturer un papillon devant elle.


Si le site que l'engoulevent a choisi pour nicher est relativement aisé à localiser au moins approximativement, la situation exacte du nid est plus difficile à préciser.

Le site du nid est probablement suggéré à la femelle par divers comportements du mâle. C'est au cours de ces manifestations que la femelle suit le mâle** qui parade avec les ailes relevées et se laisse brutalement choir dans l'emplacement dégagé où l'on trouvera le nid ultérieurement.Parfois le nid est totalement à découvert, mais le plus fréquemment, le nid est situé sous une touffe lâche de végétation (pour avoir de l'ombre ou pour jouer avec et être davantage homochrome encore ?).

[** Remarquablement, c'est la femelle qui suit le ou les mâles. C'est probablement à faciliter cette poursuite que servent les marques blanches des ailes et de la queue des mâles, taches claires qui flashent parfaitement la nuit, en particulier quand on utilise un amplificateur de lumière puisqu'on ne possède pas des yeux d'engoulevent. Les mâles planent avec les ailes très relevées d'un vol qui rappelle un peu celui des vanesses ou des machaons (papillons) quand ils planent.]

Les jeunes, dès les premiers jours (3 ou 4 au maximum), quittent le nid découvert pour se glisser à l'abri de la végétation lâche où il est pratiquement impossible de les voir sans apporter un dérangement qui finirait par être préjudiciable à la réussite de la couvée.

Dans la friche près de Kerpotence / Hennebont, où je suis, depuis quatre années maintenant, deux couples d'engoulevents, les oiseaux ne se sont jamais installés très tôt (3e semaine d'avril) et n'ont jamais commencé à couver avant la deuxième quinzaine de mai. Je n'ai jamais observé aucun de ces deux couples procéder à une seconde nichée***. Mi-juillet, bien que les oiseaux soient devenus très discrets et très silencieux, on peut voir parfois les jeunes poursuivre un adulte. Tous les oiseaux semblent partir vers la fin juillet, en même temps que les martinets d'ailleurs !

[*** Mais en d'autres emplacements (par exemple, Languidic 15 juillet 2006) une seconde couvée peut très bien être entreprise. J'igore totalement les raisons pour lesquelles à Kerpotence, les oiseaux n'entament pas une seconde couvée... C'est peut-être tout simplement parce que la première a toujours bien réussi (?). Depuis que je suis ces oiseaux, il y a eu successivement, pour les deux couples : 3 jeunes (2002), puis 5 (2003), puis 4 (2004) et enfin 3 (2005) / Au moment où j'écris ces lignes, les jeunes de 2006 ne volent pas encore.]

5 années maintenant ! (2006)
Cette photographie a été faite le soir du 8 mai 2006… probablement le soir où les oiseaux sont arrivés sur cette friche qu'ils fréquentent maintenant très régulièrement depuis cinq ans. Très rapidement, je me suis rendu compte que certains oiseaux (probablement les quatre) étaient les mêmes que ceux qui étaient là l'année précédente. L'utilisation de certains perchoirs, bien trop particuliers pour avoir été aussi rapidement découverts et exploités, en atteste.


Mais ce soir d'arrivée probable a été l'occasion pour moi d'entendre toute une série de manifestations vocales (des tac tac et des goûh goûh) que l'on entend plutôt vers la fin de l'été quand les jeunes poursuivent les parents, mais jamais encore aussi tôt dans la saison. Le lendemain, d'ailleurs, ces manifestations ne furent pas du tout employées.

L'engoulevent sur son nid
C'est sans doute sur son nid que l'engoulevent montre combien son homochromie le rend pratiquement invisible.

L'oiseau photographié ci-contre avait choisi un emplacement légèrement en creux entre une souche et un rocher, un peu à l'ombre d'un pin maritime, dans une lande mésophile, à un endroit qui lui ménage un emplacement sans ajoncs ou bruyères envahissants.En plein jour, le jeu des rais de lumière au travers des aiguilles du pin crée des conditions telles qu'associées aux coloris de l'oiseau, celui-ci devient tout à fait invisible.
Les œufs de l'engoulevent
Apparemment, et au moins sur la photographie ci-contre, ça ne semble pas le cas des œufs dont le fond clair a l'air de les exposer à la vue de tous les renards ou de toutes les pies en maraude.

En réalité, les œufs ne sont pas tant que cela faciles à apercevoir, au moins la première fois… et ce nid serait probablement resté ignoré si des circonstances très exceptionnelles ne l'avaient fait découvrir.





Engoulevent :
http://mrw.wallonie.be/dgrne/sibw/especes/ecologie/oiseaux/caprimulgus.europaeus.html
http://europa.eu.int/comm/environment/nature/directive/caprimulgus_europaeus_fr.htm
http://www.oiseaux.net/oiseaux/caprimulgiformes/engoulevent.d.europe.html

Deux histoires d'engoulevent :
http://www.ecritsdesbetes.fr/engouleurope.html
http://www.ecritsdesbetes.fr/engoulcollroux.html





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