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Enrésinement
Enrésinement


Sommaire de la page (Articles, Dossiers, Études...) : La politique forestière s’englue dans la production industrielle de bois / Sites Internet et articles / Corrélats /


Douglas (Pseudotsuga menziesii )


La question de l’enrésinement que beaucoup, et en première approximation, considèrent comme négatif, n’est pas nouvelle.


La relation que les hommes entretiennent avec les systèmes productifs, tant agricoles que forestiers, est toujours sous-tendue au profit le plus immédiat possible.

C’est une des raisons qui fait que des cycles de reprise agricole associés à des déboisements, des défrichements, des « mises en valeur » de zones humides, etc. alternent avec des cycles de déprise agricole où les terrains abandonnés retournent à la lande ou à la forêt, naturellement ou plus souvent font l’objet de reboisement avec des arbres de rapport rapide comme le sont les peupliers ou les résineux.

Malheureusement, cette recherche de la rentabilité à court terme s'est révélée une fois de plus préjudiciable aux écosystèmes où cette sylviculture fut préconisée et encouragée. C'est surtout au niveau de l'impact pédologique que le recours systématique aux résineux s'est le mieux illustré.

L'ONF qui, dans les années 1950-1970, avait largement manifesté son approbation pour cette politique d'enrésinement, a très largement revu sa position. À l'heure actuelle, elle préconise plus fréquemment une sylviculture plurispécifique (mélange d'espèces caducifoliées et sempervirentes, dryades et post pionnières, à croissance rapide et à croissance lente, etc.) qu'une sylviculture monospécifique.




Dans notre département du Morbihan, on peut se rendre facilement compte de ces successions au cours de l’histoire.

Ainsi, vers la moitié du XIXe siècle, les riches propriétaires terriens optèrent pour une politique de boisement des landes avec du pin maritime sur la côte et du pin sylvestre plus à l'intérieur des terres. Ces deux espèces offraient alors de remarquables perspectives économiques (bois de chauffage, industries, marine, etc.). Pourtant paradoxalement, à cette époque, les surfaces boisées et de landes avaient plutôt tendance à diminuer, car pour des raisons essentiellement démographiques, la Bretagne avait des besoins accrus en produits agricoles (blé, seigle, sarrasin, lait, viande, etc.).

La première déprise agricole d’importance touche la Bretagne dans les années 1920. La première guerre mondiale a tué beaucoup de bretons et le « marché » a reculé. Dans le même temps, l’introduction de techniques agricoles « modernes » et surtout l’apparition des engrais éliminaient du même coup la nécessité de jachères tournantes et n’obligeaient plus à défricher des terres nouvelles. Enfin, les quelques landes bretonnes qui avaient survécu, trop isolées ou inaccessibles, ne valaient plus l’investissement d’une mise en valeur.

Des années 1930 jusqu'aux années 1980, avec une forte accélération tout de suite à la fin de la seconde guerre mondiale, la politique forestière dans notre département prit deux formes : dans les parties à fortes traditions forestières (Lanvaux, Florange, Camors, Lanouée, Quénécan, vallée du Blavet et vallée du Scorff, etc.), une accentuation des boisements, davantage encore avec la création en 1947 du Fonds Forestier National (les landes de Lanvaux ne présenteraient plus jamais des paysages de landes, même pas après la tempête de 1987 !) ; dans le reste du département et plus particulièrement à la côte, où la pression humaine se faisait de plus en plus forte, les boisements ne progressèrent guère.

À partir des années 1980, très certainement à cause du contexte agricole (déprise accrue, diminution du nombre d’exploitations) et surtout à cause d’une politique européenne de subventions au reboisement, la forêt morbihannaise gagne du terrain, particulièrement sur celui des landes traditionnelles (bientôt relictes ?). Mais si les plantations en résineux restent importantes, elles se font moins en peuplements purs et serrés. Les essences feuillues, davantage subventionnées, plus prisées par les écologistes (?), les élus (??) et plus rationnellement par les forestiers et l’ONF, apparaissent plus fréquemment dans les semis ou les plantations. Ce fut particulièrement visible au cours de la reconstitution des forêts dévastées par la tempête de 1987. C’est ainsi que le pin maritime (devenu de peu de valeur) ou le pin sylvestre ont régressé au profit du Douglas, du pin Laricio de Corse, du Vancouver, du mélèze du Japon ou de l’épicéa de Sitka. Mais surtout, les feuillus reviennent en force, outre nos arbres indigènes (chêne rouvre, châtaignier, hêtre, etc.), le chêne rouvre d’Amérique, divers érables et merisiers couvrent maintenant des surfaces significatives.

Depuis une trentaine d’années, les paysages ruraux de notre département ont beaucoup changé. Du point de vue des forestiers, les arbres conservent une fonction de rapport, mais du point de vue des populations de plus en plus urbanisées, le plus souvent entre la côte et la voie express Nantes Quimper, la forêt leur offre une valeur récréative indéniable, si j’en crois le nombre d’amateurs de champignons qui ont découvert tous mes bons coins en moins de cinq ans !




LA GESTION DURABLE EN FORÊT WALLONNE :
http://mrw.wallonie.be/dgrne/pedd/foret/c3f_evo1.htm

Enrésinement des taillis sous-futaie pauvres en réserves sur sol profond (type limon des plateaux) :
http://perso.wanadoo.fr/hubert.roussel/photologielivre/chapitre4/applicationssylvicoles/enresinementtaillis.html
dans Traité de photologie forestière : http://www.photologie.net/

Les paysages forestiers du Morbihan : du recul à la reconquête :
http://www.inra.fr/dpenv/mahauc34.htm

Déprise agricole et enrésinement :
http://www.correze.org/millevaches.htm


Tempêtes et dégâts aux forêts : évolution sur le XXe siècle :
http://www.cnrs.fr/cw/dossiers/dosclim/biblio/pigb15/09_tempete.htm

Vincent, François, Paul et les autres... Une histoire d'enrésinement :
http://www.foretpriveefrancaise.com/?IDINFO=106908

Inventaire forestier français :
http://www.ifn.fr/spip/

STRUCTURE FORESTIÈRE :
http://www.oreb.org/Indicateurs/Indic035nat/Indic035nat.htm






[Corrélats : Sylviculture / Dynamique des écosystèmes / Reboisement / Succession / Futaie / Gymnospermes / Bec-croisé / ...]

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