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Habitus
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Sommaire de la page (Articles, Dossiers, Études...) : Sexes, mensonges et vidéo : Baron-Cohen et le modèle norvégien /

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Un habitus de turdidés : des grives draines (Turdus viscivorus)
Le terme d’habitus désigne, en premier lieu, l’aspect général d'un sujet (ou plus largement des individus d’une espèce), c’est-à-dire ses attitudes, ses comportements, sa démarche, ses mimiques, etc.




En second lieu, l’habitus désigne l’aspect général d'une plante, dû à sa nature d'herbe ou de végétal ligneux, à sa ramification, à sa phyllotaxie, etc.

Enfin, par extension, ce terme est utilisé en sociologie humaine pour désigner l’ensemble des dispositions (comportement, style de vie) acquises au sein du milieu social d'origine et qui vont par la suite structurer les pratiques quotidiennes. On parlera d’habitus linguistiques, vestimentaires, culturels, professionnels, ludiques, etc. selon que l’on adoptera un langage châtié ou qu’on enverselisera, que l’on portera des « Nike » ou des escarpins italiens (même si les deux sont "made Asie du Sud-Est"), qu’on ira à un concert de rap, que l’on sera médecin, procureur de la République ou O.S. à Metal Europe, qu’on jouera au polo avec le Prince ChÂÂrles ou qu’on polira son « O'but »… Toute référence à Fuckingham palace serait injustifiée, il n'est question que de boules de pétanque !

En ornithologie, on se sert largement de cette sensation subtile que l’on qualifie de « jizz ». Ce terme est dérivé du GIS (General Impression and Shape) des aviateurs anglais, quand pendant la seconde guerre mondiale, ils se fiaient à quelques impressions générales de la silhouette ou du comportement au vol des avions pour reconnaître ceux qui se révéleraient ennemis et donc anticiper leur attaque.

Le jizz ne se décrit pas. Il s’apprend sur le terrain. Il dépend probablement davantage du cerveau droit que du gauche. J’ai toujours un peu honte d’avouer qu’après plus de cinquante années de pratique naturaliste, je ne sois pas devenu un bon observateur, de ceux qui décortiquent le moindre détail et qui les retiennent. Je suis mieux doué pour « sentir » beaucoup des intentionnalités dans les comportements des animaux qui possèdent un cerveau. Sentir ne veut pas dire interpréter, le plus souvent, cette « intuition » permet d’anticiper sur la prévisibilité des comportements à suivre.

Il arrive parfois que j'utilise le terme d'éthotype. Il est fort possible que je sois le seul encore à utiliser ce néologisme (et le reste d'ailleurs et à jamais). J'ai construit ce mot par imitation avec le mot écotype.

Pour moi, l'éthotype désigne un ensemble de petits traits comportementaux propres à un individu, une population, une espèce ou encore aux individus d'un même sexe, d'une même tranche d'âge, d'une même famille ou parentèle, d'une même culture, d'un même territoire, etc.

Ces petits traits comportementaux m'aident souvent à repérer des individus dans un groupe. C'est bien pratique, par exemple, quand on suit une famille de chevreuil pour distinguer entre eux les deux ou trois jeunes de l'année.

Mais si ces distinctions subtiles aident un peu les observateurs, il est clair que les éthotypes servent d'abord dans les groupes animaux à parfaitement personnaliser les individus, à leur permettre de se distinguer, mais aussi de se reconnaître, à éviter des hybridations sans lendemain.

Je sais aussi que l'on me reprochera mon anthropomorphisme puisqu'à l'évidence, je semble donner aux bêtes qui possèdent un cerveau, des potentialités que le genre humain leur nie le plus souvent. Tant pis ! Voiture, au siècle de Louis XIV disait déjà la même chose ou presque, puisqu'il s'étonnait que l'on déniât la capacité de penser aux animaux qui possédaient un cerveau très proche du nôtre,... comme si la parole ou plus exactement le langage articulé n'étaient les seules manières possibles d'exprimer une pensée !

Je suis tout à fait certain que les oiseaux et les mammifères manifestent clairement / émettent, au moins pour leurs congénères, des intentions / intentionnalités qui sont parfaitement comprises par les récepteurs, sinon par nous, observateurs humains, qui devrions rester plus souvent plus modestes. Il est sûr que la traduction en langage humain de l'intention animale est le plus souvent très difficile, sinon impossible... ce qui prouverait, s'il le fallait, que le langage articulé est aussi très limité dans certains domaines. Mais après tout, il en va de l'intention animale difficilement traduisible comme du froncement de sourcil que j'émets vers un enfant qui le comprend parfaitement et sait s'abstenir de faire la bêtise irréparable qu'il allait commettre !

Remarquablement, quand je fronce les sourcils en direction de ma petite fille... le (mon) chien Ruben, s'il nous observe, réagit toujours fortement à ce signal.

Tinbergen, il y a plus de quarante années maintenant avait montré que les signaux du visage humain (position des sourcils, ouverture de la fente palpébrale) étaient parfaitement reconnus par n'importe quel individu du genre humain, n'importe où sur la planète et quelle que soit sa culture ou sa langue...

Je ne suis pas sûr que ces signaux ne soient pas perçus aussi par d'autres espèces animales. Et puis, à y regarder de très près, les loups ne communiquent pas qu'avec les dents et les oreilles, mais aussi avec les yeux et les " sourcils "... les renards, les chevreuils, les chiens et les chats aussi.

J'ajouterai que les chevaux (même si on ne leur murmure pas à l'oreille) semblent sensibles à des signaux du visage humain, surtout (seulement ?) quand ils sont exagérés. Je ne sais pas s'il l'on ne devrait pas les emmener au théâtre No ? Mais ce qui est certain, c'est qu'ils réagissent toujours très fortement à notre odeur, surtout quand ils ne nous connaissent pas encore et apprécient qu'on fasse semblant de nous intéresser à la leur !




Des gènes au comportement
http://ethologie.unige.ch/etho2.now/par.date/2004_11_26.htm

Sélection et communication
http://ethologie.unige.ch/etho2.now/par.date/2004_11_19.htm

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Habitus / Sociologie :
http://www.macrosociologie.com/macrosociologie/tome_6b.htm

http://www.homme-moderne.org/societe/socio/bourdieu/questions/133-36.html

http://www.barbier-rd.nom.fr/NetBourdieu.html

http://www.sociotoile.net/article51.html


Compétences, habitus et savoirs professionnels :
http://www.unige.ch/fapse/SSE/teachers/perrenoud/php_main/php_1994/1994_15.html






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