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Haies
Haies


Un talus boisé
La haie et le talus sur lequel elle pousse le plus souvent, sont très caractéristiquement un avatar du défrichage.


Tant que l'homme n'a disposé que de moyens faibles pour se débarrasser du bois et surtout des cailloux qui encombraient les parcelles qu'il défrichait, il a dû se contenter de stocker ces matériaux à des distances relativement faibles du centre de la parcelle. Le maillage du bocage qui en résulta était de faibles dimensions.


Il est tout à fait intéressant d'observer que plus la charge en cailloux gênants du sol est forte et plus le maillage original du bocage est petit (ceci est en totale adéquation avec le principe thermodynamique qui précise qu'au-delà d'un certain effort, il n'y aura plus de bénéfice énergétique).

De même, il semble intéressant de noter que l'augmentation de la maille du bocage est toujours contemporaine aux facilitations techniques dont l'homme se dote (traction animale, tracteurs) au point même de constater la disparition pure et simple de la haie et des talus avec l'utilisation des bulldozers et autres tractopelles.

Originellement, les haies étaient le reflet des cortèges floristiques des forêts dont elles n'étaient que des reliques. Il n'est d'ailleurs pas certain que l'intérêt de la haie ait pu être apprécié, d'emblée, par les premiers agriculteurs défricheurs. Il n'est pas non plus certain que l'utilité des haies fût jamais comprise par les agriculteurs tant qu'ils n'eurent pas d'autres objectifs que de toutes les araser. Sans doute avaient-ils constaté que leurs bêtes s'y abritaient mieux du vent ou de la pluie que derrière un fil de clôture électrique. Sans doute avaient-ils constaté que leurs cultures souffraient moins des gelées printanières ou des vents desséchants. Sans doute avaient-ils constaté que les talus retenaient la terre superficielle qui, sinon, aurait été entraînée par les pluies et l'érosion. Et si les agriculteurs ne l'avaient pas compris, quand ils étaient locataires ou métayers, dans leurs baux de fermage, l'entretien et le reboisement des talus et des haies y étaient très souvent inscrits en toutes lettres pour qu'ils puissent y trouver du bois d'œuvre pour leurs barrières, leurs clôtures, la réfection des charpentes des bâtiments de ferme, le bois de chauffage, etc.Formidablement, dans les années 1950 - 1960, répondant comme un seul homme aux trompettes de l'agriculture productiviste, ils remisèrent tout leur bon sens (en avaient-ils ?) près de chez eux, au Crédit Agricole !

Sans doute les paysans ne sont-ils pas les seuls coupables de ce désastre écologique, pas davantage qu'ils ne sont les seuls responsables des autres désastres écologiques qu'ils font perdurer (pollution des eaux, excédents azotés, pesticides, utilisation abusive des ressources en eau de surface ou souterraine, diverses maltraitances sur leurs animaux (conditions d'élevage ou de contention, supplémentation alimentaire, antibiotiques, métaux, hormones, etc.)). Il est notoire qu'ils furent vite convaincus, probablement et essentiellement par tous ceux qui étaient intéressés par les primes versées pour les travaux annexes liés au remembrement. Leurs convictions, remarquablement, à cette époque, ne souffraient aucun argumentaire prophétisant les dégâts prévisibles.

Maintenant, après que des centaines de talus et de haies ont été rasés et que des milliards de primes aient été versés, bien des agriculteurs aimeraient revenir en arrière, surtout si la reconstruction de talus boisés s'accompagnait de primes substantielles. Mais d'autres le font aussi, sans primes, après avoir compris que la reconstruction d'un maillage bocager était pour l'agriculture ou l'élevage, une assurance de développement sur le long terme.

Les haies n'ont pas qu'un intérêt pour l'agriculteur ou comme atténuateurs des aléas météorologiques (diminution de la force du vent à l'échelle régionale, diminution des amplitudes thermiques à l'échelle régionale, etc.), elles sont aussi des écosystèmes garants du maintien d'une plus grande diversité sur les agrosystèmes. Cela écrit, et pour la raison que la biodiversité n'est certainement pas un idéal paysan lequel irait plutôt vers les simplifications monoculturales les plus drastiques, ces comportements de récréation du bocage restent minoritaires.

Les haies peuvent être considérées comme des écotones des forêts initiales dont elles sont issues et des agrosystèmes qu'elles ont côtoyé pendant des siècles bien souvent, c'est-à-dire que leurs biocénoses ont emprunté aux deux communautés. Bien souvent, les haies gardent, auprès d'un cortège floristique actuel, un cortège floristique relictuel. C'est particulièrement vrai pour des plantes très menacées dans les agrosystèmes par les différents traitements herbicides mis en application par les paysans et qu'il arrive parfois qu'on les y retrouve (nielle, épine-vinette, par exemple).

La reconstitution des haies tendra à plus ou moins long terme à ce qu'elles soient proches des types de haies qui caractérisaient le paysage bocager avant leur destruction. Les haies de cyprès, plantées à la va-vite pour servir de coupe-vent, outre qu'elles sont proprement inefficaces, sont le plus souvent d'un esthétisme douteux.

Selon les habitudes bocagères, les haies étaient différentes parce que, soit elles répondaient à des besoins spécifiques (clôtures, enclos, limites de propriété, abris, coupe-vent, bois de chauffage, bois d'œuvre, protection contre l'érosion, etc.), soit les essences forestières originales qui les constituaient étaient différentes.

Les haies les plus simples sont les haies buissonnantes monospécifiques. Elles servent principalement en limite de propriété des " résidences bocagères ", autrement dit, elles ferment les pavillons avec petits jardins privatifs dans les résidences dans les zones périurbaines. Dans les campagnes, les haies buissonnantes monospécifiques sont plutôt rares sauf le long des voies de communication ou encore pour fermer les pâquis à moutons (haies d'aubépine ou de charmille). Ces haies sont peu propices aux oiseaux (pies-grièches).

Les haies buissonnantes plurispécifiques sont plus fréquentes que ce soit en limite de propriété ou en campagne. Elles se construisent le plus souvent à partir d'espèces épineuses ou à fleur. Elles ont surtout une fonction ornementale. Ces haies sont davantage fréquentées par les oiseaux (accenteurs, merles, fauvettes, bruants, etc.) qui y trouvent à nicher et des fruits ou des proies.

Les haies arbustives diversifiées sont les plus fréquentes. Le plus souvent elles sont constituées d'une espèce arbustive dominante comme le noisetier, des saules, l'aulne. Sous cette strate arbustive, des strates buissonnantes et herbacées ferment plus ou moins la partie basse (ronces, houx, fougères). Ces haies abritent de nombreuses espèces d'oiseaux, mais aussi de nombreux micromammifères (mulots, campagnols, hérissons), divers reptiles (couleuvre et vipères) et une grande variété d'arthropodes et de mollusques. Ces haies, dont les cimiers sont fréquemment retombants, constituent de bons abris pour le bétail. Leur opacité et leur faible hauteur n'en font pas des coupe-vents très efficaces, en particulier, à cause des turbulences qu'ils provoquent sur la saute de vent.

Les haies arborescentes monospécifiques sont généralement constituées par des lignes d'arbres en limite de parcelles ou bien le long des allées ou des routes. Les arbres les plus fréquemment plantés sont le chêne dont les branches basses de rejet sont régulièrement coupées pour le bois de chauffage, les peupliers, les érables ou les platanes, les pins ou les épicéas, des cèdres et divers Cupressus ou Chamaecyparis. Ces haies sont appréciées par les corvidés (freux, corneilles, choucas, pies) et divers petits rapaces diurnes (faucon crécerelle) ou nocturnes (hulotte, petit duc). Ces haies, à la condition qu'elles forment un maillage réduit (haies identiques sur des parcelles de moins de 200 mètres de large), et bien qu'elles soient très " poreuses ", peuvent se révéler de bons coupe-vents à une échelle locale, voire régionale.

Les haies arborescentes diversifiées, associées à des strates arbustives diversifiées sont les haies " idéales " puisqu'elles cumulent toutes les qualités des autres haies. Ce sont de bons coupe-vents (à la condition qu'elles ne soient pas trop opaques : le meilleur moyen pour ralentir le vent n'est pas de s'opposer à son écoulement, sinon le vent saute et devient turbulent, mais de l'obliger à s'écouler, en force, dans des espaces réduits où les frottements sur les branches et les feuilles ralentissent sa vitesse, sans qu'il se crée beaucoup de turbulences). Ce sont de bons abris pour le bétail. Leurs actions négatives sur la levée des semences sont très largement compensées par la protection qu'elles offrent contre les gelées printanières tardives. Bien entendu, les cortèges floristiques ou faunistiques qu'elles abritent sont souvent très riches en espèces de toutes sortes, y compris d'espèces gibier.

L'intérêt majeur du bocage, c'est incontestablement de limiter l'évapotranspiration potentielle. Cette limitation (que l'on voyait très bien sur les routes qui séchaient mal quand elles étaient bordées d'arbres, ce qui fut une des premières raisons invoquées pour couper ces arbres avant qu'on ne découvre aussi qu'ils représentaient un danger pour les automobilistes qui s'y écrasaient), résulte d'une part du ralentissement du vent que les haies provoquent et d'autre part à l'ombre qu'elles opposent au rayonnement solaire direct. En diminuant cette évapotranspiration, les haies bocagères protègent les deux ressources essentielles en eau des sols, à savoir la réserve hydrique et la réserve hydrologique. Les déficits pluviométriques sont moins fréquents et moins intenses. Il est tout à fait incroyable que le saccage écologique induit par les travaux connexes au remembrement ait pu être accepté, pire qu'il ait pu perdurer. À une époque où le politique se gargarise de développement durable, il serait bon qu'il reconsidère les politiques agricoles désespérément faillitaires, mais pour lesquelles il semble ne pas être capable de proposer un autre modèle. S'il est possible que nous soyons engagés vers un réchauffement climatique, les ressources en eau seront plus encore sollicitées. Il serait peut-être grand temps de penser aux économies qu'il serait possible de mettre en place… Mais le veut-on ? Du fond de notre Bretagne où la surproduction de poulet est devenue ingérable - qu'apprend-on ? - que l'on va interrompre l'importation de poulets thaïlandais au prétexte qu'ils sont porteurs de la grippe aviaire !

Un autre intérêt du bocage réside dans les protections qu'il oppose à l'érosion superficielle tant hydrique qu'éolienne. Il suffit pour s'en rendre compte de regarder la couleur que prennent nos rivières et nos fleuves à la première pluie ou encore de survoler la rade de Lorient pour se rendre compte du panache de boue charriée par le Blavet ou le Scorff, panache quasi amazonien puisqu'il atteint parfois les coureaux de Groix ! Il suffit aussi pour s'en rendre compte d'observer à quelle vitesse les pierres du haut des parcelles se découvrent (débeurrent, disons-nous en Bretagne) et quels sont les volumes de bonne terre arrachée qui s'accumulent là où quelques fossés et quelques haies subsistent encore et pour combien de temps… puisqu'on en arase toujours plus qu'on en réhabilite.





Les forêts, les bois, les haies et les arbres : http://www.inra.fr/dpenv/forets.htm

Haies et chemins creux : http://camin.plon.fr/

Des haies accueillantes : http://www.passionbassin.com/haies.htm

Le bocage : http://fr.wikipedia.org/wiki/Bocage

La participation des agriculteurs à l'amélioration du paysage / Résultat d'une enquête auprès d'agriculteurs en Loire-Atlantique :
http://www.inra.fr/dpenv/colsoc28.htm






[ Corrélats : Bocage / Fructification / ...]

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