Entrez un mot-clé
Identité nationale et immigration
Immigration


Ah ! le beau débat entre belles personnes foutues bourriques...




Savez-vous pourquoi les suppôts de sarkozy n’aiment pas les arabes ou les nègres ?
C’est parce qu’ils se rendent bien compte que la plupart d’entre eux parlent mieux le français et sont plus raffinés que le camembert président !


Je suis parfaitement d'accord avec Sarkopte et Hortefeux sur le fait que leur politique n'est pas comparable avec celle de Vichy : elle est pire !
À telle enseigne qu’à partir de maintenant la référence ne sera plus la France de Vichy, mais la France de Szarközy...
Pour le plus grand bonheur des vichyssois et de leur Allier !




Quel chemin parcouru (à reculons) : En 1978, le Parti socialiste soutenait le droit de vote des résidents étrangers aux élections locales, l’abrogation de la double peine et l’interdiction des expulsions forcées !


Manuel Valls veut chasser les Roms, même des ordinateurs !





Soutien total et absolu à Kamel Daoud et aussi clic


Sommaire de la page (Articles, Dossiers, Études...) : Définition / L'humeur d'un breton brenottant issu de l'immigration mayennaise / Une erreur de petite frappe : Sycolas Narkosie / Le projet de loi sur l'immigration est fondé sur l'inhospitalité / Emmanuel Terray : 1942-2006 : réflexions sur un parallèle contesté / Huguette Cordelier : Expulsions, de l'inacceptable à l'insupportable / Xénophobie d'État et politique de la peur : Il ne faut pas confondre écobuage et Hortefeux de brousse ! / L'Europe du travail noir / Migrants: la lettre de Calais / Omerta sur les clandestins / Quand on aime on ne compte pas / Le Guide européen des pratiques sur les migrations et le développement est en ligne! / Groupe de recherche AchacColonisation, immigration, post-colonialisme (le site) / À propos de l'automutilation des extrémités digitales chez les migrants / Immigration et politique : enjeu républicain ou stratégie électorale ? (Dossier : 18 articles) / Droits des étrangers / Politiques migratoires : un web documentaire / Migrations : État des lieux 2012 / Migration : une chance à saisir (Dossier en texte intégral, sommaire et liens) / Tout ce que vous n'imaginez pas sur la vie des étrangers en France (sites et liens) /

Sites Internet et articles / Tableau des articles archivés (.docm) / Corrélats


L’immigration en France : de la rhétorique xénophobe à la réalité des chiffres /
☞ Cédez Roms ! (L'Europe au miroir des Roms) Partie I, Partie II, Partie III, Partie IV, Partie V /
Frontex: son budget a été multiplié par 15 en 5 ans /
Dans les cargos et les ports, la traque au passager clandestin: la privatisation de la frontière. /
L'intégration des immigrés en France /
De Sangatte à Choucha, le grand enfermement des migrants /
Digne de vivre en France ? Prouvez-le, scrogneugneu ! /
"Tuez-les tous, ça ira plus vite" (bis) /
Une manière de dire qu'on peut être con et sioniste ou l'inverse /
Mémoire et transmission /
La politique de l’immigration et son langage /
« C’est tellement simple de dire ′qu’il y a trop d’immigrés… » /
Travailleurs immigrants inégaux devant la SST ? /
A Farida Belghoul et aux héritiers de la Marche des « beurs ». Du bon usage d’un héritage. /
Le top 5 des préjugés sur les Roms /
La Marche pour l’égalité, un moment fondateur (II) /
Le destin des migrants /
Des travailleurs coloniaux aux travailleurs immigrés : une histoire en mouvement (juillet 2013) /
Les immigrés en France : en majorité des femmes /
La valse des Roms /
Promouvoir l'intégration des travailleuses et travailleurs domestiques migrants en France /
Pourquoi ces gens (de l'Est) nous font peur ? /
Travailleurs détachés : faute d’accord à Bruxelles, la France multiplie les alliances l'aura dans le cul ! /
Identité versus épistémologie romani. Entre essentialisme et universalisme /
La réadaptation au travail des personnes issues de l’immigration et des minorités ethnoculturelles /
Travailleurs immigrants et santé et sécurité du travail /
Les migrants n'ont plus de problèmes en France : ils sont redevenus invisibles... /
France : un nouveau projet de loi sur l'immigration /
John paul Lepers : Immigration et délinquance – La fabrique des préjugés /
L’immigration, un génocide capitaliste /



L'immigration correspond au déplacement d'une population de son aire d'origine vers une autre aire sur laquelle elle occupera nécessairement une niche et entrera donc en concurrence avec l'occupant initial qui sera éliminé s'il n'élimine pas l'immigrant.

Des immigrants en route vers les États-Unis... Auraient-ils
jamais deviné que leurs descendants votassent pour Bush !
L'immigration ne peut jamais être regardée autrement que comme un processus d'invasion.


Elle ne peut pas ne pas avoir pour une partie d'un peuplement ou pour une partie d'une population des effets négatifs.

La question de l'immigration, quand elle ne touche que les espèces animales et même parfois les espèces végétales, ne pose guère de problème. Chacun s'accordant à penser que les impératifs de l'écologie n'ont pas nécessairement besoin d'être moraux.

Dans l'espèce humaine, l'immigration est un processus complexe dans lequel le déplacement des populations migrantes est, soit voulu pour le bénéfice économique de quelques-uns, soit déterminé par le fait que, lorsque les susdits " quelques-uns " ont tiré de gros bénéfices et deviennent nantis, ce fut au détriment de populations qui en arrivent à croire qu'elles trouveront mieux ailleurs, chez les nantis de préférence, que ce qu'on leur a laissé sur place... et tout se gâte.

De toutes les façons, il n'y a rien qui relève de l'écologie dans cette affaire, au moins au départ. Plus sûrement de la criminologie de masse ! J'aime à croire que ce n'est pas encore la même chose... Quoique (?), car l'homme est d'abord un animal.




Humeur (d'un breton brenottant issu de l'immigration mayennaise) :

Dans notre beau pays, champion des droits de l'homme, blablabla... Nous entendons souvent, et pratiquement sans que cela provoque la moindre réaction, parler des français issus de l'immigration de la troisième génération, sous-entendu des Maghrébins dont les parents et les grands-parents sont français et auxquels on dénie encore l'appellation de français à part entière... Parfois même, leur grand père tué en 14-18 gît à côté du mien, quelque part là-bas dans le Nord.

Je me demande pourquoi on n'introduit pas la notion de français issus de l'esclavage pour désigner les Martiniquais, les Réunionnais ou les Guadeloupéens. On se rassurera à l'idée que la Polynésie ne pourra jamais faire partie de la communauté européenne pour la raison, et ce n'est pas le président Chirac et son copain Flosse qui me contrediront, : ce territoire souffre vraiment d'un déficit flagrant de démocratie.

Taui roa donc !




Le comble de l'hypocrisie vient d'être atteint. Je viens d'entendre dans une émission consacrée à la discrimination positive (!!!) sur France Inter au 7-9, le mot/concept de " minorité visible".

Euh !... Tas de cons, ça fait majorité peut-être ?




J'entends aussi Sycolas Narkosie (c'est une erreur de petite frappe) parler d'immigration choisie... et je lis que le Cameroun pourrait bien ne plus avoir un seul médecin en 2009. Les 3000 qui restent, trop mal payés, envisagent de gagner les pays occidentaux où on continuera de mal les payer, d'ailleurs. Ce problème soulevé par l'OMS, l'ONU et quelques autres organisations ne touche pas que le Cameroun, mais l'ensemble de l'Afrique et dans une moindre mesure l'Asie* et l'Amérique latine*.

[* C'est aussi parce que leurs médecins ne vont pas en France, mais dans d'autres pays d'Amérique du Nord ou européens comme l'Angleterre où ils sont tout aussi mal payés, sauf à être chirurgien, blanc, dans une clinique privée française et naturellement en colère à propos des conditons que la France leur fait.]




" Le projet de loi sur l'immigration est fondé sur l'inhospitalité "

Libération samedi 27 mais 2006 / Propos recueillis par Anne Diatkine

par Marie-Rose Moro



Marie Rose Moro, ethnopsychiatre, dirige le service de psychopathologie de l'enfant et de l'adolescent à l'hôpital Avicenne de Bobigny (Seine-Saint-Denis). Elle explique comment l'idéologie actuelle pousse les migrants à s'acculturer au prix d'une désintégration.



Comment le projet de loi sur l'immigration de Nicolas Sarkozy est-il perçu à la consultation transculturelle que vous avez créée à l'hôpital Avicenne ?

J'évoquerais uniquement ce que l'on observe à l'hôpital. Les patients sont inquiets, ont le sentiment que la question des soins est compromise, que l'hôpital n'est plus un lieu sûr. Des rendez-vous sont annulés par des personnes qui se sentent menacées. Une angoisse monte, même chez les migrants qui ne sont pas concernés par ce projet de loi parce qu'ils ont déjà des papiers, un travail, un logement. On observe une radicalisation de toutes les positions. Lorsqu'on se sent menacé dans son identité, on se recroqueville. Personne ne peut s'intégrer dans une société inhospitalière. Or ce projet de loi est fondé sur l'inhospitalité. L'autre est perçu comme un danger a priori, et il doit immédiatement, et comme par magie, abraser toutes ses différences. On exige qu'il donne des gages de son amour pour la France, qu'il parvienne, avant même d'y vivre, à en maîtriser la langue ! On sait bien que l'accueil des migrants pose des questions juridiques et économiques, mais aussi symboliques et imaginaires. Les étrangers ne s'intègrent plus, déplore-t-on. Je crois surtout qu'on ne se donne plus les moyens d'intégrer les migrants et leurs enfants par crainte d'être soi-même transformé. Car l'hospitalité est toujours un partage, comme en témoigne le double sens du terme d'hôte. Or, aujourd'hui, toutes les conditions sont réunies pour qu'il n'existe ni rencontre ni échange ni métissage.

Concrètement, comment un projet de loi influe-t-il sur la vie psychique des personnes qui fréquentent votre service ?

Ce projet de loi reflète une idéologie déjà fortement prégnante (1). Il y a peu de temps, une maman est venue me consulter avec son bébé, car il dormait mal, pleurait sans cesse et se nourrissait difficilement. Elle souffrait beaucoup de ne pas parvenir à l'apaiser. Cette mère vit en France depuis une dizaine d'années, elle vient d'Afrique de l'Ouest. Elle a déjà eu trois bébés en France, qu'elle a élevés en faisant cohabiter des éléments choisis dans sa culture d'origine avec d'autres, qui lui semblaient la quintessence de la France. Par exemple, elle allaitait ses bébés en grande partie, mais elle leur donnait aussi le biberon, car c'était, selon elle, la grande réussite des pays où les bébés meurent peu. De même, elle les massait beaucoup, comme sa famille africaine le lui avait enseigné, mais elle les vaccinait et respectait l'ensemble des prescriptions médicales. Elle élevait ses enfants en soninké, puis en soninké et en français quand ils entraient à l'école. Ses enfants sont aujourd'hui bilingues et réussissent bien en classe. Or, avec son dernier-né, elle avait décidé de procéder tout autrement. D'emblée, alors que je m'attendais à ce qu'elle évoque les troubles de son tout-petit, elle m'a expliqué que la France s'était modifiée depuis qu'elle y vivait. " Les Français acceptent de moins en moins que l'on soit différent, m'a-t-elle dit. Alors j'ai décidé de ne pas allaiter ce bébé et de ne lui parler qu'en français. J'ai décidé de me comporter comme une maman française. " J'étais surprise. Toutes les mères n'ont-elles pas des points communs ? " Non. Ici, les mères ne font pas les rituels de protection, comme souffler dans les oreilles ou parfumer le corps du petit. Elles ne massent pas leur bébé. Lorsqu'elles allaitent, c'est marginal, ce n'est pas la vraie France. " En s'interdisant les rituels de protection et de parler sa langue dans l'espoir que son bébé s'intègre à merveille, cette maman avait supprimé en même temps les moments d'échange privilégié avec son enfant. Extrêmement sensible à l'idéologie ambiante, elle avait éradiqué tout mot doux et comptine, signes de son histoire. Elle avait agi à contrecoeur, et ne voyait plus comment s'en sortir. Dès que l'on vit une migration, l'on s'interroge sur ce que l'on prend et laisse, pour pouvoir vivre dans la société d'accueil. L'équilibre entre les cultures, qu'elle avait trouvées avec ces autres bébés, ne lui semblait plus valable aujourd'hui.

Que nous montre cette histoire ?

Je suis sidérée par la justesse de l'analyse de cette dame sur ce qu'on demande aux migrants, même si les effets ont été catastrophiques. Malgré la souffrance, elle avait choisi d'obtempérer. Des éléments idéologiques sont venus s'immiscer dans sa relation intime avec son bébé. Et au lieu que cette effraction renforce le lien et permette à l'enfant de bien s'inscrire dans ce monde français, elle a abouti à un dysfonctionnement des interactions et à un doute sur sa capacité à être mère en France. Désormais, elle avait intégré l'idée que pour vivre ici, il fallait renoncer à soi-même et à tous les savoirs précieux que lui avaient légué ses aïeux.

Dans cette situation, en quoi consiste votre travail ?

Je ne donne ni leçon ni conseil. On a regardé ensemble tout ce qui posait problème dans la relation. Elle disait par exemple : " Mon bébé est mou. Ça me dégoûte, un bébé mou. Il faudrait que je le masse. Mais je ne peux pas car ça appartient au pays. " On est donc tombées d'accord pour qu'une puéricultrice lui montre comment masser à la française. Mais durant ce temps, madame a appris à la puéricultrice des techniques qu'elle ignorait, et que la soignante a reprises à sa façon. C'est un bon exemple de rencontre et d'hospitalité. On en sort tout grandi ! Ou alors, on se méfie des uns des autres, et on oblige la minorité, c'est-à-dire les migrants, à s'acculturer violemment ce qui nous appauvrit et se paie en général de violence en retour. La leçon de la révolte des adolescents dans les banlieues me semble trop vite oubliée !

Que pensez-vous de l'obligation faite aux migrants de parler le français ?

Des préjugés extrêmement nocifs pour les migrants et leurs enfants sont renforcés à grande vitesse. Les linguistes ont montré que les enfants apprennent d'autant plus facilement le français qu'ils ont plaisir à parler leur langue maternelle, qu'elle soit le soussou, le berbère, l'arabe ou le mandarin ! C'est dans l'échange avec leurs parents ou le petit groupe qui s'occupent d'eux, qu'ils acquièrent le goût de jouer avec les mots et les tournures. De plus, ils acquièrent une connaissance sur le statut de la langue et une aisance pour en comprendre la structure. Non seulement l'apprentissage multilinguistique n'est pas problématique pour les enfants, mais il est créatif. Comment est-il possible, qu'à partir de ces données étayées par des linguistes de tout bord, soit colportée la thèse qu'avoir une langue maternelle autre que le français est un handicap ? Car si l'on considère que les parents doivent absolument parler le français, c'est bien sûr pour assurer leur propre intégration, mais aussi aider leurs enfants à bien prendre leur place ici.

Que signifie ce préjugé à l'égard de certaines langues ?

Si l'on impose la maîtrise du français comme condition d'intégration des adultes en France, c'est parce que l'on craint ce que propose toute langue étrangère : une autre vision du monde. A travers ces histoires de langue, on fait croire aux migrants qu'ils sont inféodés. Alors que la notion de race est scientifiquement anéantie, on continue de vivre tranquillement avec l'idée qu'il y a des bilinguismes utiles et d'autres nocifs, c'est-à-dire des langues inférieures et d'autres supérieures. D'ailleurs, on ne dit jamais aux parents américains ou allemands vivant en France qu'ils ne doivent pas transmettre leur langue à leurs enfants.

Pourquoi certains enfants ne tirent aucun parti de leur bilinguisme ?

Récemment, une jeune femme turque et sa fille de six ans sont venues consulter, car l'enfant était mutique dès qu'elle quittait l'appartement familial, alors que par ailleurs, elle parlait très bien le français chez elle au point d'aider sa mère dans des taches administratives. Ni ses camarades ni l'enseignante n'avaient jamais entendu le son de sa voix. L'institutrice ne s'inquiétait pas car, élève en cours préparatoire, la petite Gül savait déjà lire et écrire. Le père ne paniquait pas non plus, il mettait le silence de sa fille sur le compte d'une timidité. En revanche, sa mère était désespérée. C'est elle qui avait tenu à consulter. Elle avait choisi la France, pour que sa fille ait accès " à la connaissance et à la philosophie ". Durant les consultations, Gül se taisait. Elle se mettait en colère. Il était visible qu'elle aurait aimé nous parler, mais qu'elle ne pouvait pas. Je lui ai proposé de dessiner ce qui l'inquiétait lorsqu'elle était à l'école. Elle a représenté sa mère, seule, entièrement voilée, tout en noir. Sa mère était catastrophée : " C'est pour ça qu'elle ne parle pas ? Parce qu'elle pense à moi ? Mais je ne suis pas en noir, et à peine voilée " Elle était très culpabilisée : " Au contraire, quand elle est à l'école, je suis tranquille, heureuse, j'ai le temps d'aller à mes cours d'alphabétisation. " Par son dessin, Gül montrait qu'elle ne parvenait pas à passer de manière harmonieuse, du monde de la maison à celui de l'école. Cette impossibilité fermait sa bouche. On a fini par comprendre que lorsque Gül était dehors, elle avait tellement peur pour sa mère qu'elle se taisait pour la garder en elle.

Comment ça s'est résolu ?

Tout se passait comme si Gül n'emportait pas suffisamment d'éléments de sa vie quotidienne à l'école. Les deux mondes étaient trop étanches. On s'est questionné sur ce que les parents pourraient donner à leur fille, qui fasse le lien avec l'extérieur. Intriguée, sa mère a décidé de raconter des contes turcs initiatiques à sa fille. Ces histoires que l'on raconte aux enfants pour les aider à grandir. Progressivement, Gül a pris plus de plaisir à être avec nous. Elle ne nous a pas parlé tout de suite, elle a d'abord parlé à sa classe. Ses premiers mots ont été pour s'excuser. Si elle ne parlait pas, ce n'est pas qu'elle ne voulait pas, c'est parce que ça lui faisait mal. Puis, elle a demandé à l'enseignante l'autorisation de raconter à ses camarades les contes de sa mère. Gül avait besoin d'être rassurée sur la maison en son absence, pour pouvoir s'en séparer et investir l'école. Les enfants s'intéressent d'autant plus facilement à la vie extérieure qu'ils ne doutent pas de ce qui se passe pour leurs parents.

Pourquoi Gül a-t-elle eu besoin de raconter et traduire les contes, en classe ?

Pour que l'institutrice soit fière de sa mère ! Qu'elle la perçoive comme quelqu'un de bien, et pas sous l'unique prisme de l'étrangère voilée. L'école a sa propre logique qui s'oppose aux transmissions familiales. C'est valable pour tous les enfants quel que soit leur milieu. On ne mâche pas du chewing-gum en classe, on ne pique pas de colère, etc. La majorité des enfants, y compris en maternelle, sait très bien différencier les espaces. Mais s'opposer ne veut pas dire invalider. La manière dont Gül est sortie de son mutisme nous montre clairement combien il est nécessaire de trouver des liens, lorsqu'ils ne vont pas de soi. Or nos positions collectives, dont le projet de loi Sarkozy est un écho, rendent cette tâche des parents migrants et de leurs enfants de plus en plus ardus.

Vous choisissez des exemples parfaitement acceptables par la société française...

Faux ! La question de la langue est au contraire sulfureuse. Un député de la majorité a même établi une corrélation erronée entre la pratique d'une langue maternelle étrangère et la délinquance juvénile. Un fantasme qui a provoqué un tollé chez les linguistes et les psys, mais qui montre bien dans quel état d'esprit nous baignons. Dès que l'on s'intéresse aux histoires individuelles, la perception bouge et l'idéologie n'est plus première. Pour preuve, le parrainage des enfants scolarisés sous le coup d'une expulsion transcende les opinions politiques.

(1) Des éléments identifiants ont été modifiés pour préserver l'anonymat.

Elle dit " migrant " plutôt qu'" émigré ", car ce sont les parcours qui la passionnent et qu'elle est infiniment mobile. Ethnopsychiatre, psychiatre et psychanalyste, Marie-Rose Moro dirige le service de psychopathologie de l'enfant et de l'adolescent de l'hôpital Avicenne, à Bobigny. A l'intérieur de ce service, elle est à l'origine d'une consultation transculturelle pour les enfants de migrants et leurs familles. Elle est également professeur à l'université Paris-XIII et directrice de la revue l'Autre, éditée par La Pensée sauvage. Sur son expérience à Avicenne, elle a publié Enfants d'ici venus d'ailleurs, en poche, chez Hachette.






1942-2006 : réflexions sur un parallèle contesté (Emmanuel Terray)



La répression de l'immigration illégale telle qu'elle est conduite par le Ministre de l'Intérieur et les divers procédés qu'elle met en oeuvre -opérations " coup de poing " dans les quartiers habités par les migrants, contrôles au faciès, interpellation des enfants dans les écoles, convocations-pièges au guichet des préfectures- évoquent inévitablement, aux yeux de certains de nos concitoyens, les années noires de 1940-1944 et le sombre souvenir des persécutions antisémites.

Bien entendu, sitôt que ce parallèle est explicitement énoncé, les protestations fusent pour souligner son caractère incongru. Les deux situations n'auraient, assure-t-on, rien de comparable, et leur seul rapprochement serait une insulte à la mémoire des victimes de l'extermination.

Voire... Assurément, il existe entre les deux épisodes des différences considérables, et il serait absurde de les nier. Cependant, sitôt qu'on cherche à les cerner de façon précise, il apparaît qu'elles tiennent presque exclusivement au rôle des occupants allemands : terriblement présents et actifs en 1942, ils ont -fort heureusement- disparu en 2006. En revanche, si l'on considère le comportement des autorités françaises, les similitudes sont manifestes.

En premier lieu, la présence de certaines personnes sur notre sol est constituée en " problème ", et tous les esprits " raisonnables " s'accordent pour estimer que ce problème exige une solution. En 1940, une large fraction de l'opinion, débordant de très loin les frontières de l'extrême droite, reconnaissait la réalité d'une " question juive " en France, même si des divergences profondes existaient quant aux réponses à lui apporter. De même, de la droite à la gauche, nos dirigeants proclament d'une même voix que l'immigration illégale met en péril nos équilibres sociaux et notre identité, et qu'il faut donc la refouler, les désaccords ne portant que sur la méthode.

En second lieu, les solutions envisagées passent toutes par l'expulsion partielle ou totale des personnes jugées indésirables. En 1942, cette expulsion prend la forme d'une livraison aux autorités occupantes. En 2006, les intéressés sont renvoyés dans des pays dont certains sont soumis à des dictatures impitoyables, dont d'autres sont ravagés par la guerre civile, dont tous sont marqués par le sous-développement, le sous-emploi et la pauvreté. Bien entendu, le résultat final est infiniment moins tragique aujourd'hui qu'hier, mais ce qui est caractéristique, c'est que, dans les deux cas, l'administration française se désintéresse entièrement de ce résultat : littéralement, ce n'est plus son affaire. On a soutenu qu'en 1942 les autorités françaises ignoraient le sort réservé aux Juifs par les nazis : peut-être, mais leur ignorance même était le résultat d'une décision réfléchie : elles ne voulaient pas le savoir. Il en est exactement de même aujourd'hui : ce qui compte pour le gouvernement, c'est de se débarrasser des hommes, des femmes et des enfants concernés ; sitôt la frontière franchie, il ne s'estime plus responsable de rien et les abandonne à leur destin en toute indifférence.

Pour expulser les gens, il faut d'abord s'assurer de leur personne. Nous retrouvons ici la gamme des procédés que j'évoquais en commençant. C'est que dans ce domaine les analogies résultent de la nature des choses ; la chasse à l'homme, surtout lorsqu'elle est assortie d'objectifs chiffrés, implique l'utilisation d'un certain nombre de techniques : rafles, convocations-pièges, interpellation des enfants dans les écoles, internement administratif. Quelles que soient les populations ciblées, le recours à ces techniques est inéluctable dès lors qu'on prétend à l'efficacité. Il faut d'ailleurs admettre que, sur ce point, le Ministre de l'Intérieur n'a guère innové par rapport à ses prédécesseurs de l'époque de Vichy et de la guerre d'Algérie et la police française n'a eu qu'à puiser dans ses archives pour retrouver les bonnes vieilles méthodes.

En quatrième lieu, la mise en oeuvre de la répression et les dérives qui l'accompagnent suscitent inévitablement des protestations de caractère moral ou humanitaire. Face à ces protestations, la riposte des responsables est la même, en 2006 comme en 1942, et elle est double : d'un côté, les autorités, nous disent-elles, ne font qu'appliquer la loi, et les protestataires s'entendent reprocher leur incivisme. Par ailleurs, pour désarmer les oppositions, les autorités introduisent des distinctions à l'intérieur de la population frappée par la répression. En 1942, le gouvernement de Vichy déclarait séparer le cas des Juifs français, dont il prétendait vouloir sauver au moins la vie, de celui des Juifs étrangers, livrés pieds et poings liés à l'occupant. De même aujourd'hui, Maître Arno Klarsfeld, l'ineffable médiateur promu par le Ministre de l'Intérieur, insiste sur l'opportunité d'opérer un tri, une sélection, entre les familles qui ont des attaches avec la France et celles qui n'en ont pas, l'expulsion de ces dernières n'appelant aucune objection de sa part.

Entre 1942 et 2006, les éléments de continuité sont donc nombreux, et il est d'autant plus légitime de les mettre en évidence que, comme les historiens l'ont aujourd'hui démontré, la politique antijuive du gouvernement de Vichy ne lui a nullement été dictée ni imposée par l'occupant, même si elle comblait ses voeux. C'est d'eux-mêmes et spontanément que le gouvernement, l'administration et la police de Vichy ont offert et apporté leur concours aux autorités allemandes, notamment sous le prétexte proclamé de préserver la souveraineté de l'État sur le territoire national : ils ne sauraient donc excuser leur conduite au nom de la contrainte ou de la " force majeure ". La comparaison est donc légitime avec la politique présente, dont l'origine " française " n'est pas discutée.

Si les événements suivent leur cours actuel, il est vraisemblable que les analogies iront jusqu'à leur terme et que, dans trente ou quarante ans, des cérémonies de repentance seront organisées pour déplorer et désavouer la politique d'immigration pratiquée actuellement. Plutôt que d'attendre un tel dénouement, ne serait-il pas préférable de renforcer dès aujourd'hui la résistance à cette politique, en attendant d'y mettre fin dès que l'évolution de l'opinion le permettra ?

Emmanuel Terray [1]

Cedetim/Cmil (Cercle Migrations et Liberté)

Octobre 2006






Huguette Cordelier : Expulsions, de l'inacceptable à l'insupportable

Il s'agit, paraît-il, de bon sens, d'allier humanité et fermeté. Sur fond soit-disant consensuel fixé depuis quelques décennies par cette malheureuse phrase qui voudrait que " la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde ". Ainsi plombé, le problème mondial de l'immigration ne peut plus se réduire qu'à la justification hexagonale d'un tri inévitable. Au gré des lois qui se succèdent, des circulaires de circonstance qui les modulent et rendent quasiment caduques tous les textes internationaux et/ou européens actés, transformant chaque migrant - adulte ou enfant - en élément d'une statistique à brandir comme argument électoral.


Et le bon sens, nourri de statistiques accumulées sur le marché de l'emploi, la délinquance, l'insécurité... et l'immigration, conduit tout naturellement à accepter comme normal, inévitable, voire juste, toutes les mesures prises en son nom . Histoire de nous faire oublier que nous sommes tous, eux, nous, des " ressources humaines ", jaugés à la mesure de notre utilité économique, ici comme ailleurs, hier comme aujourd'hui. Depuis des lustres, régulièrement, l'inacceptable est supporté.



Toute la misère du monde...

... Que nul ne peut ignorer - maintenant, on sait - portée par ces milliers d'émigrants, hommes, femmes, enfants, qui s'obstinent à vouloir vivre mieux, souvent seulement à vouloir vivre, en se jetant "à corps perdu" dans des aventures pleines d'autant d'espoirs que de risques ( morts pendants leur voyage, ils se comptent déjà par milliers). Et ceux là sont les moins écrasés, les autres restent là où le hasard les a fait naître, avec la misère, ou la peur, ou les deux.

Vers des forteresses riches et civilisées...

...Qui pour seule réponse "raisonnable" installent des barbelés dérisoires, proposent des camps hors leurs frontières, promulguent des lois comme remparts et montent le mur honteux de la peur orchestrée face à l'invasion annoncée. Mais nulle part, le problème de l'immigration n'a vraiment été posé autrement, ni n'a été réglé. Et "ils" sont là.

Alors par moment, les statistiques prennent forme humaine. C'est un voisin, une amie, un camarade des enfants, et cela devient insupportable. Sensiblerie ? On rejette vite toutes ces réactions dans le domaine de l'humanitaire. La politique, c'est autre chose de plus sérieux et d'autrement plus responsable disent plus ou moins haut les professionnels de la chose.

Mais qu'est-ce que la politique sinon s'occuper de la vie de la cité ?

Mais qu'est-ce que la politique, sinon commencer à agir, là où on est, au plus proche, pour signifier aussi que le traitement fait de l'immigration - en notre nom - ne nous convient pas.

Ressources humaines

Certains documents* nous rappellent qu'il fut une époque - mai 1941 - où il fut possible d'interner puis d'expulser des individus au motif de "en surnombre dans l'économie nationale". Epoque où l'on peut penser que les gens "ne savaient pas". Nous ne hurlons pas au retour du fascisme exterminateur. Mais est-ce faire un amalgame incongru que de se servir de l'Histoire pour poser le problème du seuil de l'acceptable dans la conception de la place de l'individu dans la société ?

A quoi servent l'Histoire, les historiens, les documents d'époque ?

Pour les livres, les musées ?

Ou pour essayer de comprendre, à travers les signes laissés, ce qui fait la conscience collective à un certain moment, dans un certain lieu, dans un certain contexte.

A appréhender ce qui pouvait se faire, ce qui se faisait, qui était donc jugé, vécu, à la fois comme acceptable et supportable par la société du moment. Acceptable, supportable, pas de signe égal entre les deux termes. Et l'inacceptable fut supporté. En mai 1941, " on ne savait pas ". Il a été jugé politiquement acceptable de piéger des individus par une convocation banalisée - examen de leur situation -, de les " interner " et de les expulser collectivement vers un ailleurs sur lequel on ne se posait pas de question, au motif de - " en surnombre dans l'économie nationale " - .

Les problèmes posés sont ceux du choix politique, de son mode d'expression, de sa mise en application et de son acceptation collective par la société - les voisins, les collègues, le quartier, les administrations...les gens quoi et leurs institutions. Pas d'amalgame ? Mais si, car c'est toujours de cela qu'il s'agit, ici et partout, hier et aujourd'hui. De ce qui est fait en notre nom. De ce que d'abord on ne sait pas, on ne voit pas, puis qu'on ne veut surtout pas savoir, surtout pas voir. Pour ne pas se demander si c'est acceptable. Et ne pas se dire qu'on supporte l'inacceptable. Démunis, souvent. Pas d'amalgame ? Mais si. Individus piégés par des démarches " administratives " qui les conduisent directement en centre de rétention, rafles au faciès aux sorties des métros, enfants ramassés dans leurs lieux scolaires, expulsion annoncée de tous ceux qui ne peuvent " servir à la France ", soit parce que jugés pas assez " intégrés ", soit parce que jugés inutiles dans l'économie nationale. Pas en règle bien sûr, mais surtout pas là au bon moment . Et tout ça sans questionnement sur les conditions qui seront les leurs là où on les " reconduira ". Une société se perd toujours en supportant l'inacceptable. Et ce qui est inacceptable, encore et toujours, c'est de limiter un individu, quel que soit son âge, son origine, ses " compétences "...à son utilité économique. Ce n'est certes pas nouveau.

Le vocabulaire a depuis longtemps déjà signifié crûment cette conception. Nous, les gens, sommes des " ressources humaines ", quel que soit le secteur d'activité. Et logiquement, normalement pensent certains, cette conception s'applique. A nous, à eux.

Le formidable mouvement, engendré par la création de RESF, montre que c'est encore possible que l'inacceptable devienne insupportable. Et que ne supportant plus, on repose ensemble le seuil de l'acceptable. Nous, les gens, sommes encore vivants. Vivons !

Huguette Cordelier, syndicaliste SUD, membre de RESF

________________________________________

* libellé du motif d'internement inscrit sur un bordereau d'entrée au camp de Beaune la Rolande ( copie ci-dessous du bordereau - extrait de " Se souvenir pour construire l'avenir " du Comité Tlemcen - ed du Colombier 2006 ) Voir l'image

Camp de Beaune-la-Rolande

N° D'ORDRE 1585

NOM

Prénoms


Fils de

Et de

Date de naissance

Lieu

Nationalit

Profession

Situation de famille

Adresse avant l'internement

Pièces d'identité

Motif d'internement : En surnombre dans l'économie nationale

Autorité signataire de la décision dont il fait l'objet : Préfecture de Police

Date d'arrivée : 14 mai 1941










À un moment où l'on créé un ministère du " ET de l'identité nationale...", je ne puis qu'inviter quiconque qui se serait égaré sur cette page à visiter le site Réseau scientifique Terra . Il suffit de cliquer sur le lien.




Xénophobie d'État et politique de la peur

Olivier Le Cour Grandmaison

Peu après son entrée en fonction, en tant que ministre de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale et du co-Développement, - une première dans l'histoire de ce pays, de même pour celle des États démocratiques puisqu'un tel ministère n'a, semble-t-il, pas de précédent connu : encore une remarquable mais sinistre exception française - Brice Hortefeux demandait à ceux qui condamnaient cette initiative et la politique dont elle était l'expression de le juger non sur des paroles, moins encore sur des intentions supposées, mais sur des actes. Soit. L'énumération qui suit n'a pas la prétention d'être exhaustive - hélas, elle peut être abondamment et sinistrement complétée par beaucoup d'autres exemples

5 juin 2007. Une camerounaise de 9 ans est maintenue au centre de rétention de Lyon - Saint-Exupéry avec son père en voie d'expulsion.

19 juin. Mme Thérèse Kopia, centrafricaine de 68 ans, mère de six filles résidant en France de façon régulière, certaines y ont acquis la nationalité, d'autres disposent de titre de séjour, grand-mère de dix-neuf petits enfants français, est arrêtée au domicile de l'une d'elles, alors qu'elle prend un bain, et immédiatement placée en rétention. Le lendemain, elle est emmenée à Roissy à des fins d'expulsion. Gardée à vue pendant 2 jours, en raison de son refus d'embarquer, elle comparait libre le 19 juillet devant le tribunal de grande instance de Bobigny. Dans son infinie mansuétude, le parquet requiert une peine de quatre mois de prison avec sursis et une interdiction de résider sur le territoire français.

21 septembre. Pour échapper à un contrôle de police, Chulan Zhang Lui, chinoise sans papiers, résidant boulevard de la Villette à Paris, décède après s'être défenestrée ; c'est le cinquième cas en deux mois.

29 septembre. Deux enfants de 5 et 3 ans scolarisés dans une école maternelle de Digoin, en Saône-et-Loire, sont privés de cantine au motif que leur mère, ressortissante de la République Démocratique du Congo en situation irrégulière, a été placée en centre de rétention pour être renvoyée dans son pays d'origine alors qu'elle est enceinte de huit mois. Pour justifier sa décision, le maire UMP, sûr de son fait et de son bon droit joue avec zèle une partition écrite à l'Élysée en expliquant ceci : " contrairement à la scolarisation, l'accueil à la cantine n'est pas une obligation. " Nouvelle politique justifiant des pratiques inédites ? Non, continuité des orientations mises en œuvre par l'ancien ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, qui, élu président de la République, délègue à d'autres le soin de les appliquer et d'accroître leur sévérité si besoin est.

Ces quelques exemples révèlent plusieurs éléments essentiels. Systématiquement rabattu sur la figure plus inquiétante encore du " clandestin ", l'étranger est désormais devenu de façon officielle l'incarnation de dangers multiples qu'il faut conjurer au plus vite par la réunion de moyens matériels, financiers et policiers exceptionnels. À cela s'ajoute, pour atteindre les quotas d'expulsion fixés par l'administration placée sous l'autorité de B. Hortefeux, la mobilisation spectaculaire des préfets, pressés eux aussi de " faire du chiffre " comme on dit du côté de la Place Beauvau et dans les différents commissariats de la douce et très républicaine France des droits de l'homme. En dépit d'évolutions inscrites dans la longue durée, comment qualifier cette situation marquée par une inflexion substantielle qui fait du renvoi forcé de 25 000 étrangers l'une des priorités nationales du moment, assumée et exécutée par un ministère ad hoc dont la fonction est aussi de défendre une identité nationale " menacée ", entre autres, par ces " flux migratoires ", dit-on ?

Certains, moins habiles sans doute dans l'euphémisation du langage - peut-être déclarent-ils tout haut ce que leurs nouveaux maîtres pensent tout bas ? - affirment : " Il ne faudrait pas qu'une immigration mal agencée vienne remettre en cause le régime républicain. Il peut y avoir des ennemis de la République qui s'arrogent tous les moyens pour mettre les institutions en danger.[1] " L'auteur de cette très singulière déclaration, qui fait croire à l'imminence d'un péril démocratique majeur, n'est autre que François Guéry, philosophe de son état et désormais tout nouveau secrétaire général du Haut Commissariat à l'Intégration. Haut Commissariat dont la présidence est assurée par "l'Immortelle" Carrère d'Encausse dont chacun a pu apprécier l'étendue des compétences sur le sujet comme le prouvent, notamment, ses profondes et pertinentes déclarations relatives aux émeutes de l'automne 2005 provoquées, selon elle, par des Africains polygames. Bel attelage qui est assurément une garantie de scientificité et d'objectivité pour le nouvel organisme créé.

Aux agissements politico - policiers évoqués à l'instant succèdent donc des discours absolument décomplexés et sans tabous, conformément à la doxa de saison, qui justifient les premiers en même temps qu'ils légitiment la mise en place de ces institutions chargées de protéger le pays des étrangers et de leurs agissements.

À quel type de pratiques et de discours ressortissent celles et ceux qui viennent de retenir notre attention ? De quoi la création du Ministère et du Commissariat précités est-elle l'expression ? De quoi sommes-nous aujourd'hui les témoins ?

De l'avènement d'une xénophobie d''État et d'institution qui ne cesse de mettre en scène, et en discours, la peur de l'étranger contre lequel des dispositions exorbitantes du droit commun doivent être arrêtées, puis mis en œuvre par des pouvoirs publics mobilisés comme jamais pour combattre les dangers annoncés.

Politique de la peur et de la stigmatisation donc qui ne peut que valider, encourager et contribuer à l'induration des sentiments xénophobes déjà présents chez une partie de la population. Et au terme de ce processus, sans terme véritable, ceux-là mêmes qui spéculent ainsi sur le rejet de l'Autre prétendront agir conformément aux craintes de l'opinion publique et pour mieux défendre les Français dont ils se disent à l'écoute.

Triomphe de la démagogie érigée en principe pour mieux conquérir le pouvoir et le conserver. Double politique de la peur en fait ; il ne s'agit pas seulement de la susciter et de l'entretenir chez les nationaux mais d'en faire aussi un instrument tourné cette fois contre les étrangers à qui il faut faire peur et rendre la vie aussi pénible et précaire que possible pour mieux " endiguer les flux migratoires. " De là la multiplication des contrôles policiers effectués en des lieux et à des heures choisis, des visites domiciliaires et des expulsions auxquels s'ajoutent des réformes incessantes et toujours plus restrictives qui créent une instabilité juridique structurelle pour les personnes concernées. De là aussi la violation grave, répétée et systématique d'une Convention des Nations Unies relative aux Droits de l'Enfant et de dispositions législatives qui précisent " que l'étranger mineur ne peut pas faire l'objet d'une mesure de reconduite à la frontière (Article L. 511-4, Ceseda).

" Selon les services de la CIMADE, environ 400 enfants auraient été placés en centre de rétention au cours de l'année 2005. En ces matières, les forces de police, couvertes parce qu'encouragées par leur autorité de tutelle et par le pouvoir politique dans son ensemble, méconnaissent ainsi, depuis longtemps déjà, un Traité international, pourtant ratifié par la France, et des dispositions juridiques nationales votées par le Parlement[2]. Excusez du peu. L'addition de ces différents faits, avérés, constatés et consignés par de nombreuses institutions et associations, tant nationales qu'européennes, dans des rapports publics aisément accessibles, ne sont pas des accidents marginaux et limités dans le temps. Au contraire, leur mise en perspective révèle ceci : les principes républicains et le respect des lois, invoqués de façon solennelle par les uns et les autres, couvrent leur violation courante et parfois systématique légitimée par les impératifs de la sécurité et de la mise en scène démagogique des résultats, lesquels permettent à l'actuel président de la République et à son ministre Hortefeux de faire croire qu'ils disent ce qu'ils font et qu'ils font ce qu'ils disent alors qu'ils sont à l'origine du développement de pratiques illégales dont certaines ont été jugées telles par le Conseil d'État et par le commissaire européen aux Droits de l'Homme !

Relativement aux orientations mises en œuvre en matière d'immigration, les conseillers en communication de l'ancien premier ministre, D. de Villepin, avaient ciselé cette formule supposée résumer les orientations du gouvernement : " Humanité et fermeté. " Formule aujourd'hui reprise et répétée en chœur par ceux qui appartiennent à l'actuelle majorité au moment où ils s'apprêtent à voter une loi plus restrictive que jamais sur l'entrée et le séjour des étrangers. Au regard de la politique conduite hier et aujourd'hui appliquée, nous savons ce qu'il en est de cette humanité prétendue ; elle est le masque de l'inhumanité, celle-là même qui permet d'arrêter des enfants, de les placer en centre de rétention et de les expulser, celle-là même qui pousse des hommes et des femmes à fuir la police au péril de leur vie, celle-là même qui conduit à séparer les membres d'une même famille, celle-là même qui ruine, jour après jour, l'existence de dizaines de milliers de personnes vouées, dans ce pays, à la clandestinité et à une terrible précarité.

Quant à la fermeté, elle ne fait que couvrir les pratiques et les dispositions précitées qui sont tout à la fois illégales et illégitimes. De cela, le chef de l'État et tous les membres de son gouvernement sont responsables et coupables, de même, bien sûr aussi, les personnalités supposées incarner l'ouverture qui ont les mesquines indignations de leurs dévorantes ambitions.

À défaut de pouvoir empêcher l'adoption prochaine des nouvelles mesures scélérates annoncées, tous ceux qui les condamnent doivent refuser de les appliquer et rendre public leurs effets dramatiques.

Olivier Le Cour Grandmaison. Université d'Évry-Val- d'Essonne. Dernier ouvrage paru. Coloniser. Exterminer. Sur la guerre et l'État colonial, Fayard, 2005.




L'Europe du travail noir

L'immigration " légale ", telle semble être la religion de notre gouvernement. Prêt pour cela à déroger à une loi-cadre sur l'utilisation des tests génétiques, à ignorer les avis du comité national d'éthique, à bousculer sa propre majorité. D'autant qu'en s'inscrivant dans la question de la filiation et de la famille, cette pratique vise en fait les migrants du Sud et donc l'égoïsme déjà bien ancré de nos pays du Nord. Voilà qui ne sent pas bon tout en étant profondément inefficace. Mais laissons la " morale " un instant pour aller sur le terrain de l'efficacité. Que constatons-nous et ce depuis des années ? Nous vivons sous le règne du triple "ni" : ni intégration, ni régularisations, ni même expulsions, car de ce point de vue, les chiffres demandés aux préfets ne sont qu'un écran de fumée douloureux pour ceux qui sont pris dans la nasse mais sans impact significatif sur la réduction de l'illégalité. Combinant le tout et son contraire : situations illicites en masse, pénuries et trafics de main d'oeuvre, signaux négatifs envoyés par la France aux populations de l'Est et du Sud, nos politiques deviennent schizophrènes. Leur faillite, désormais durable, entretient alors des pratiques managériales douteuses - dans la restauration, le BTP, l'agriculture, le nettoyage, etc..- suscitant parfois des réactions syndicales courageuses. Il va pourtant falloir aller plus loin : et passer, en matière d'immigration, d'un "non, mais" à un "oui, si"….

Chez beaucoup, le lien entre immigration et travail clandestin est souvent automatique. Or les statistiques de répression montrent qu'il en va bien différemment : tous secteurs confondus, le travail clandestin est l'oeuvre pour près de 40 % de Français et de personnes en situation régulière. Et cela vaut pour tous les pays européens. La Pologne ne fait pas exception et le dossier sur les situations " d'auto emploi " là-bas le démontre, ô combien.

Que faire face à ce phénomène ? Réprimer ? Encadrer ? Régulariser ? La Pologne comme d'autres hésite. Quant à l'Union, on verra avec intérêt qu'elle est arrivée à une définition commune, a minima, tant les objectifs comme les réalités sont divers. Il est clair que nombre de situations y sont abusives, clair aussi que le salariat est loin d'être systématiquement attirant, clair enfin que la protection sociale a tendance à devenir chère pour des prestations parfois minimales : en la matière les contradictions à l'Est de l'Union sont énormes, mais les échecs chez nous des réformes successives de la sécurité sociale ne nous mettent plus à l'abri de ce genre de développement.

Les solidarités sont à réinventer en fonction des risques, des groupes vulnérables, des revenus de toutes sortes et des nouvelles mobilités du capital et du travail.

En la matière l'Europe s'est montrée jusqu'alors très frileuse : s'il est censé y avoir coordination des régimes de protection sociale, il n'y a rien en la matière aucun mécanisme de solidarité transnational. À l'évidence il y a là un chantier à ouvrir pour une Europe à dimension sociale et il reste à parier que nombre de pays à l'Est, aujourd'hui très frileux à l'égard de cette dimension aux relents "socialistes", regarderaient alors l'Europe d'un autre œil et avec autre intérêt.

Ce nouveau champ du social, qui combine travail, emploi et société, est celui dans lequel nous nous débattons et nous ébattons. Il vaut pour l'Europe comme pour la France. Il nous oblige à inventer, refonder, réformer et construire. D'où le pari que font, ensemble, l'Université Européenne du Travail et Développement et Emploi qui ont décidé de fusionner pour lancer ASTREES et de nouveaux chantiers. Innovation, expérimentation, capitalisation et ambition sont les mots-clés de la nouvelle Association, Travail, Emploi, Europe et Société qui n'exclue pas, loin de là, de s'ouvrir à d'autres : face à la fragmentation de nombre d'initiatives sociales, nous avons décidé de jouer collectif.

Claude Emmanuel Triomphe

Délégué général de l'Université Européenne du Travail

Vendredi 12 octobre 2007

http://www.fenetreeurope.com/php/page.php?section=chroniques&id=0096






Migrants: la lettre de Calais

par SYLVAIN GEORGE / http://contrejournal.blogs.liberation.fr/ 22.09.08

"L'auteur de ce méfait doit d'être retrouvé et jugé, mais aussi les responsables qui font de ce coin de France une annexe de l'enfer." Révolté et désespéré par l'agression subie par une journaliste près de Calais, Temesghen, un jeune érythréen vivant dans les environs, s'est confié au réalisateur Sylvain George.

Temesghen B. "Je vous écris d'un coin de l'enfer, battu par les vents et les mers, et les cris des mouettes qui se déchirent à travers les gouttes de pluie - à moins qu'ils ne s'agissent d'oiseaux de nuit, volant toujours plus haut, aux brumes et lisières, et qui pourtant ne cessent de se perdre. Je vous écris d'une ville de fuites, où j'erre et me terre, car devant toujours partir, toujours là, dans une course éperdue, jusqu'à bout de souffle.

Je vous écris d'une ville du nord, Calais, point de passage obligé de centaines de personnes, venues des coins du monde, les "migrants" comme vous dites. Je vous écris car à aucun moment il ne nous a été donné de prendre la parole. Pas une seule fois, à aucun moment, les journalistes ne sont venus nous voir, nous ont demandé ce que nous pensions, ce que nous ressentions, ce que nous savions des faits survenus. Ici, il y a quelques semaines en effet, une jeune journaliste en reportage a été violée par une personne d'origine Afghane, dans ce que tout le monde appelle "la jungle". De nombreux articles ont été écrits sur cette affaire. Mais personne n'est venu nous voir.

D'ici, je vous écris pour prendre la parole et vous dire que je ne connaissais pas cette personne. Que je l'avais vu de loin, à plusieurs reprises. Il s'agissait pour moi, pour nous, d'une journaliste de plus qui, comme il peut y en avoir des dizaines chaque année, venait faire les sempiternelles images des "migrants" en train de prendre des camions, de dormir dans la rue, dans la jungle, de manger aux soupes populaires… Calais, c'est le cinéma, les sunlights, les tournages permanents, les photographes et journaliste souvent à l'affût, en planque… Elle est venue une fois dans la "maison des Africains" (Ce fameux "squat" où une journaliste a déclaré dans un article du journal Libération qu'elle avait renoncé à y aller car trop "dangereux)". Il faut dire avec force qu'il n'y a jamais eu aucune agression à l'encontre d'une femme ou d'un homme, sinon à notre propre endroit. Il me faudrait ici parler des multiples ratonnades qui ont eu lieu ces derniers mois, et qui ont notamment coûté un œil à un de mes amis !). Elle est venue pour prendre des photos, et nous lui avons dit non, nous lui avons demandé de partir. On n'en pouvait plus. C'est tout. Après je ne sais pas.

D'ici, je vous écris pour vous dire qu'il s'agit d'un drame horrible, affreux, et qui a touché toutes les personnes présentes : femmes, jeunes et moins jeunes. Hommes, jeunes et moins jeunes.

Croyez-vous que nous ne puissions comprendre et être saisi par la douleur de cette jeune femme ? Que nous ne savons pas ce que c'est que de subir ? D'ici, je vous écris pour prendre la parole et vous dire que nous sommes effrayés. Oui, nous sommes effrayés. Nous courons. J'ai peur. Je le dis. Je l'écris. Mais vous le savez déjà. Que va-t-on encore penser de nous ? On nous prend déjà pour des criminels, des terroristes. Le doute, la suspicion planent sur nous, des regards accusateurs se fixent sur nous. Pourquoi devrions-nous, nous les "migrants", être meilleurs ou plus dangereux que le peuple de France ? Comme partout dans le monde, comme partout en France, il existe des gens merveilleux et des gens moins bien. Comme partout dans le monde, comme partout en France, il existe, malheureusement, injustement, des lieux, des situations, où une femme risque d'être plus exposée, où un femme ne doit pas se rendre seule.

Oui, d'ici, je vous écris pour prendre la parole et vous dire que les responsables se doivent d'être retrouvés et jugés. L'auteur du méfait bien sûr, mais aussi les responsables qui font de ce coin de France une annexe de l'enfer. Oui, doivent être jugés la France et aussi l'Europe, dont les politiques font que nous vivons pire que des chiens. Dog life. Not an European dog. An African dog ! D'ici je vous écris pour vous dire ce que vous savez déjà: nous sommes jours après jours pourchassés, gazés, arrêtés, blessés, relâchés, harcelés, arrêtés de nouveaux, nos "rooms" sont détruites, nous les reconstruisons pour quelles soient de nouveau détruites. Nous sommes chaque jour de plus en plus malades, et jusqu'à ces maladies que vous ne connaissiez plus : 10 cas de tuberculose. Dog Life.

Dire, Dire que l'association Salam vient d'installer pour un mois, trois toilettes sur le lieu de distribution des repas, pour montrer au nouveau Maire que cela ne créera pas un "appel d'air". De l'air ? Il n'y en aura jamais assez. L'atmosphère est emplit de souffre.

Et puis, et puis… Louam. Louam, mon amie Louam, décédée en juin de l'année dernière, fauchée par une voiture sur l'autoroute alors qu'effrayée, elle fuyait la police qui la chassait… Louam qui aurait aujourd'hui 21 ans. Pas une seule fois les journalistes ne sont venus nous voir. Pas une seule fois ils nous ont demandé ce qui s'était passé, ce que nous savions, ce que nous ressentions. Oui, je vous écris d'un coin de l'enfer, pour prendre enfin la parole. J'ai 26 ans. Je viens d'Erythrée. Je dors dans une vieille bâtisse désaffectée et pourrie, qui jouxte un chantier de construction. Des résidences sortent actuellement de terre. Elles vont s'appeler le "Clos Saint-Pierre". Je m'appelle Temesghen.

Cela signifie en Erythréen : Loué soit le Seigneur."

Réalisé par SYLVAIN GEORGE




Point de vue:

Omerta sur les clandestins, par Eva Joly

LE MONDE | 03.10.08 | 13h56 • Mis à jour le 03.10.08 | 16h10

S'adressant au pape, Nicolas Sarkozy affirmait que " c'est en pensant à la dignité de l'homme que nous affrontons la si délicate question de l'immigration, sujet immense qui demande générosité, respect de la dignité et en même temps prise de responsabilités". Il est temps de lever le voile sur la triste réalité que cachent ces belles paroles.

Depuis vingt-cinq ans, la Cimade porte le regard de la société civile au coeur des centres de rétention français. Cette association avait été approchée par le gouvernement dès la création en 1984 de l'enfermement administratif des étrangers, car son histoire était liée, plus que toute autre, à cette problématique. Au fil des ans, la Cimade s'est adaptée à une législation sans cesse modifiée par les gouvernements successifs, pour exercer tant bien que mal sa mission : la mise en oeuvre de l'exercice effectif du droit des étrangers enfermés.

Depuis 2003 avec l'instauration d'une politique chiffrée des expulsions, la Cimade a dû réagir. Le plus souvent dans l'indifférence générale, elle a tenté d'alerter l'opinion publique sur ce dont elle seule pouvait témoigner : la dégradation considérable de la situation des étrangers "retenus".

Mais aujourd'hui le rôle de cet organisme indépendant est menacé. En effet, cette mission répond à un marché public, qu'à l'occasion de son renouvellement, le gouvernement s'apprête à transformer en profondeur. Désormais, il n'y aura plus sur le territoire français un seul observateur à même de publier des rapports couvrant l'ensemble des sites de rétention, mais une multiplicité d'intervenants locaux.

Plus personne ne sera en mesure de relever les disparités de pratique administrative et judiciaire de la rétention sur le territoire ; et ce d'autant plus que les titulaires de ces marchés seront tenus par une clause de neutralité et de confidentialité. N'importe quelle "personne morale" pourra répondre, de l'organisme parapublic - à l'indépendance très relative à l'égard du gouvernement - à l'entreprise privée.

La rédaction de l'appel d'offres suscite le doute sur la nature de la nouvelle mission : alors que la Cimade aide activement les "retenus", les assiste pour rédiger des recours administratifs, le nouveau marché semble ne prévoir que la distribution d'un fascicule d'information "en vue de l'exercice de leurs droits". Soit un double feuillet en guise d'introduction au code des étrangers, voilà une touchante attention qui ne risque pas de rendre les retenus trop procéduriers.

Je ne veux pas prendre la défense de cette association à laquelle je ne suis liée en aucune manière, mais je veux témoigner de ce que la mission qu'elle occupait jusqu'à présent est d'une importance fondamentale. A ceux qui m'objectent qu'aucun pays européen n'est doté d'une telle structure, je réponds que la Chine et les États-Unis non plus ; et qu'il n'est en cette matière aucune norme supérieure à celle que nous dictent nos principes, dont le fondement doit demeurer la Déclaration universelle des droits de l'homme.

Cette réforme mineure en apparence est emblématique de la perte de repères de notre pays et de sa dérive vers des pratiques toujours plus éloignées des idéaux qui l'ont fondé. Les étrangers sans papiers sont vulnérables et c'est l'honneur de notre pays que de leur garantir de pouvoir exercer réellement ce peu de droits que notre législation leur concède.

Chacun sait que la lutte contre l'immigration clandestine est un arbitrage permanent entre le respect des droits humains et la volonté de réduire le flux migratoire. Cette équation n'a pas varié depuis que le pays a fermé ses frontières en 1974. Ce que chacun doit comprendre, c'est que cet arbitrage ne peut pas être indéfiniment en défaveur des droits de l'homme. Il arrive un moment où le dispositif ne peut plus être durci sans trahir ce que nous sommes.

Cette limite atteinte, il faut savoir admettre - publiquement - que malgré tous les efforts de la force publique, le dispositif laisse du jeu. Même la Corée du Nord ne parvient pas à rendre totalement étanche ses frontières. Je m'étonne de ce que la question de cette limite ne soit pas publiquement posée. Il faut dire qu'elle comporte certains aspects peu reluisants.

La politique du chiffre est en effet une course en avant. Des résultats tangibles en valeur absolue étant hors de portée (la diminution du nombre de clandestins sur le territoire par les reconduites demeure dérisoire), le gouvernement focalise sa communication sur l'augmentation du chiffre de reconduites d'une année sur l'autre. La mise en oeuvre de cette augmentation statistiquement marginale a un coût moral tout à fait exorbitant.

Mais le spectacle du volontarisme politique ne s'encombre pas de ce genre de détails. Ainsi, si la France ratifie la directive retour votée récemment au Parlement européen, autorisera-t-on l'enfermement des étrangers pendant dix-huit mois consécutifs ? Cette mesure est aussi cruelle qu'inutile puisque l'on sait qu'une reconduite matériellement réalisable intervient presque toujours dans les premières semaines de la rétention. De même, doit-on redouter qu'en vertu de ses objectifs chiffrés, la France n'entérine le principe des reconduites de mineurs isolés vers des pays de transit où ils n'ont aucune attache.

Cette politique recèle d'autres dangers : la pression grandissante exercée sur les préfectures, les services de police, de gendarmerie et sur la justice est une incitation permanente à franchir la ligne rouge de la légalité républicaine. Des traquenards autour des écoles aux guets-apens devant les guichets de préfecture en passant par les rafles aux sorties de métro, la réalité d'aujourd'hui menace d'ores et déjà notre identité nationale. Ne louvoyons pas avec l'État de droit, nous avons tout à perdre et rien à gagner.

Alors que dans les services publics, l'heure est à la modernisation, les administrations concernées par l'immigration clandestine s'enfoncent tous les jours, un peu plus, dans des méandres kafkaïens.

Je sais que dans le pays de Voltaire et de Rousseau, il est devenu chic de mépriser le "droit-de-l'hommisme", je sais que le terrain est idéologiquement quadrillé et que quelques formules lapidaires ont chauffé à blanc les opinions : "angélisme", "régularisation massive", "appel d'air", "immigration choisie"...

Je sais aussi que la gauche est pétrifiée par ce sujet, mais je veux prendre ici à témoin ceux qui ont l'espoir de refonder une démocratie sociale sur des idées claires : nous ne gagnerons jamais en reniant nos principes.

Eva Joly, ancienne magistrate, est candidate de l'union des écologistes aux élections européennes.

Article paru dans l'édition du 04.10.08.




Quand on aime on ne compte pas / Novembre 2008
http://terra.rezo.net/article700.html#13

SOMMAIRE

Le 30 juin 2008, la journaliste Audrey Pulvar pose une question à Nicolas Sarkozy : combien faut-il de contrôles d’identité, et combien d’arrestations, pour atteindre les objectifs de 25 000 expulsions par an ? Autrement dit, quel ratio ? « C’est une curieuse façon de présenter les choses », rétorque Nicolas Sarkozy, qui ne donnera aucun chiffre. Il préfère jouer sur une corde plus personnelle, en qualifiant de « négriers » ceux qui « trafiquent sur la misère de pauvres gens », avant d’ajouter : « je comprends que ce sujet vous touche ». « En tant qu’être humain », précise Audrey Pulvar comme pour n’être pas réduite à sa couleur de peau. « Je le suis également, un être humain », souligne le président : « j’ai un cœur, peut-être pas forcément le même que le vôtre, en tout cas il est à la même place, à gauche, hein, comme tous les êtres humains ; il n’y a pas d’un côté les êtres humains qui comprennent, et de l’autre les sans-cœur ». C’est une question de « responsabilité, qui n’est pas facile à assumer ».

Cet échange est révélateur. Il résonne avec une thématique familière : c’est l’opposition ancienne entre la droite raisonnable et la gauche généreuse. Or, au moins depuis 1974, la droite ne veut pas laisser à la gauche « le monopole du cœur ». Aussi Nicolas Sarkozy s’est-il engagé dans une politique de l’émotion – de Guy Môquet aux accidentés de la vie, en passant par divers otages. Mais il ne s’agit pas seulement de détourner l’attention de la politique d’immigration, qu’on abandonnerait aux « sans-cœur ». Il faut mettre du cœur dans notre politique d’immigration. D’où l’indignation (estimable) devant l’exploitation que subissent les sans-papiers (c’est pour leur bien qu’on les chasse), ou le scrupule (louable) de n’accepter que les étrangers qu’on peut accueillir « dignement » (c’est pour leur bien qu’on leur interdit l’entrée) – soit un vocabulaire désormais repris par l’Europe. Les exceptions humanitaires, décisions au cas par cas laissées à la discrétion des pouvoirs publics, viennent compléter ce dispositif du cœur dans la politique d’immigration actuelle.

Mais qu’advient-il de la rationalité ? Quand Audrey Pulvar demande des chiffres, Nicolas Sarkozy lui répond : « Je ne comprends pas. » Et le constat vaut plus généralement : qu’est-il advenu de la rationalité économique qu’en matière d’immigration tous les pragmatiques, de gauche comme de droite, opposaient naguère à la « gauche morale » ? En France, aujourd’hui, ce sont les (rares) critiques de notre politique d’immigration qui en soulignent le coût – qu’il s’agisse du prix élevé des expulsions, analysé par Damien de Blic (sur le site de Mouvements) ou Carine Fouteau (sur celui de Mediapart), ou des bénéfices économiques auxquels renonce la France en se fermant à l’immigration. Sans doute dira-t-on que la promotion de « l’immigration choisie » a vocation à répondre à cette attente des employeurs ; mais en dépit des annonces, c’est pour l’instant la lutte contre « l’immigration subie » qui, dans la réalité des chiffres, résume la politique française. Autrement dit, ce n’est pas la rationalité économique qui fonde notre politique d’immigration. En dépit du bon sens, on n’hésite pas à expulser ceux qui sont déjà intégrés, y compris par le travail, ou bien à comptabiliser des expulsés dont on sait qu’ils reviendront aussitôt. Mais cette irrationalité renvoie bien sûr à une autre rationalité : l’immigration définit en creux l’identité nationale, pour mieux séduire, hier, et retenir, aujourd’hui, l’électorat de l’extrême droite. C’est bien pourquoi l’affichage politique porte sur les expulsions données en spectacle pour montrer que le pouvoir agit, et qu’il le fait avec fermeté. Bref, l’irrationalité économique est l’indicateur le plus sûr d’une rationalité politique : le pouvoir s’affirme en donnant l’image de cette France-là – la France des contrôles d’identité, des arrestations et des expulsions.

On voit donc la mutation qui s’est opérée, par glissements progressifs. Aujourd’hui, la politique d’immigration ne s’embarrasse pas de calculs économiques : on est prêt à payer le prix qu’il faut. C’est dire qu’on juge essentielle cette politique. Sinon, pourquoi s’obstiner, contre toute raison ? On la veut, on la désire, quoi qu’il en coûte – non pas à cause, mais en dépit de la logique économique. Pendant longtemps, la politique d’immigration française semblait subie : on aurait préféré être généreux, mais on ne pouvait pas accueillir toute la misère du monde. Aujourd’hui, à force, elle se révèle choisie : elle définit l’identité nationale et lui donne son contenu. Quand on aime, on ne compte pas. Mais à l’inverse, quand, pour mener une telle politique, on ne compte pas, c’est bien qu’on doit l’aimer. Tout compte fait, c’est la choisir, et non la subir.

Éric Fassin - Regards n°56, novembre 2008




Ouest France / mardi 02 juin 2009

L'Europe se cadenasse... sauf pour les cerveaux

Depuis que l'Europe a mis en place, il y a cinq ans, une politique unitaire pour empêcher l'immigration clandestine, les arrivants sont moins nombreux en Espagne. Mais ils partent de plus loin, courant des dangers plus grands. : Reuters

La " forteresse " Europe s'est nettement renforcée depuis cinq ans. Seuls les migrants très qualifiés sont les bienvenus. Parallèlement, l'Europe fragilise l'économie africaine...Combien y a-t-il d'immigrés clandestins, aujourd'hui, dans l'Union européenne ? Entre 4 et ... 8 millions, selon le Parlement de Strasbourg. Combien passent chaque année entre les mailles du filet ? Quelque 500 000, selon l'Office européen de police. Combien meurent en mer ? Plusieurs milliers par an, de source humanitaire.

Dans cette tragédie moderne, l'Europe a mis en place, depuis cinq ans, une véritable politique répressive unitaire : c'est même l'une des principales " avancées " du dernier mandat.

" Directive de la honte "

Dès octobre 2004, l'Union sort une arme lourde : Frontex, un organisme chargé de mener des opérations communes aux frontières. À partir d'août 2006, Frontex mène bataille au large des Canaries. Pour aider les Espagnols, les Portugais fournissent une corvette, les Italiens un avion et un patrouilleur... Des centres de rétention sont ouverts au Maroc et en Mauritanie. De 31 000 en 2006, les migrants arrivant aux Canaries ne sont plus que 17 000 en 2007 et 9 000 en 2008.

Les cayucos, les barques, partent désormais de plus loin, jusque de Dakar parfois, avec des risques décuplés. Bien des migrants, surtout, viennent en Libye grossir le flot des clandestins cherchant à joindre l'île de Lampedusa. Des centaines en meurent : 200, encore, le 29 mars dernier. L'Europe regrette cette hécatombe… et continue de renforcer ses défenses, créant en 2007 un fonds spécial de 1,8 milliard d'euros sur cinq ans.

2008 est carrément une année-phare. En juin, le Parlement, qui participe depuis trois ans aux décisions sur le sujet, adopte par 369 voix pour, 197 contre et 106 abstentions, une " directive Retour " qualifée de " directive de la honte " par les défenseurs des migrants. Le clandestin arrêté peut rester jusqu'à dix-huit mois en centre de rétention (32 jours en France) et ne plus pouvoir revenir en Europe durant cinq ans.

Rideau de fer

Plus important encore : en octobre, la France de Nicolas Sarkozy obtient le plus net succès de ses six mois de présidence européenne. Les vingt-sept pays signent le Pacte européen sur l'immigration et l'asile. Fin des régularisations massives, sanctions contre les employeurs, renforcement de Frontex, lancement des visas biométriques en janvier 2012, et un credo : " l'immigration choisie ".

Quitte à être accusée de piller les cerveaux du Sud, l'Europe veut attirer les seuls migrants hautement qualifiés auxquels elle délivrera une carte bleue sur le modèle de la carte verte américaine.

Sur le flanc est, les ex-pays communistes entrés dans l'Union en 2004 ont rejoint dès la fin 2007 l'espace Schengen où l'on peut circuler librement.

Bien entendu, l'Europe leur a imposé de monter des murailles. Les visas ont chuté de moitié et l'amertume, voire la colère, est grande. Celle des Ukrainiens par exemple, à la frontière polonaise. " Cela ressemble à la création d'un nouveau Rideau de fer " accuse, le 11 mai, dans le journal Gazeta Wyborcza, la fondation polonaise Batory, qui oeuvre au rapprochement des peuples.

Une chose est sûre : cette politique a de grosses limites. L'économie recrute surtout des migrants non qualifiés comme l'a montré la grève des clandestins survenue en France en 2008. L'Europe des Vingt-Sept, qui vieillit, a besoin de quarante millions d'immigrés d'ici 2050 selon des experts. Et puis, elle crée elle-même des clandestins en creusant le fossé économique où s'enfonce l'Afrique, son agriculture, son coton, sa pêche... L'Europe bataille en effet pour que les pays dits ACP (Afrique, Caraïbes et Pacifique, 750 millions d'habitants) signent des " Accords de partenariat économique ", en clair s'ouvrent davantage aux produits européens en partie subventionnés. Depuis 2007, ils résistent...

Michel ROUGER.






Je ne sais pas quelle est l’autorité bien intentionnée qui a incité les réfugiés, déplacés, migrants et autres demandeurs d’asile à se massacrer les doigts au prétexte de rendre leurs empreintes digitales illisibles… C’est une parfaite idiotie dans la mesure où ces mutilations incitent à la déduction automatique d’une intention de fraude, même si cette intention de fraude n’existait pas. Une aubaine pour Guéant qui n’a plus trop à se préoccuper d’instruire des dossiers, a priori, frauduleux. Finalement, heureusement, parce que rien n’aurait empêché que les migrants ne se coupent toutes leurs premières phalanges ou je ne sais quoi d’autres pour passer inaperçu !







Sites Internet et articles :

Immigration et liens :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Immigration

Loi Debré : la fabrique de l’immigré (Partie 1) :
http://www.conflits.org/document.php?id=549

Loi Debré : la fabrique de l’immigré (Partie 2) :
http://www.conflits.org/document.php?id=618

PENSER AUTREMENT L'IMMIGRATION(1)
http://perso.wanadoo.fr/papiers.universitaires/sopo30.htm

Sécurité et immigration : vers une gouvernementalité par l’inquiétude ? :
http://www.conflits.org/document.php?id=539

La mise à l'écart des étrangers : la logique du visa Schengen / Articles et résumés des numéros 49 et 50 / Culture & Conflits :
http://www.conflits.org/index.php

« Immigrant on te veut, immigré on te craint » :
http://www.gisti.org/doc/plein-droit/63/edito.html

Sarkozy veut choisir les immigrés :
http://www.rfi.fr/actufr/articles/067/article_37444.asp

Violences contre les immigrés aux frontières hispano-marocaine et hispano-algérienne (Cépalébons ?) :
http://www.msf.fr/site/actu.nsf/actus/marocespagne051005?OpenDocument&loc=st

L’Afrique rejette ses propres immigrés :
http://www.monde-diplomatique.fr/1999/12/PEROUSE_DE_MONTCLOS/12770

Chiffres-clés concernant les immigrés :
http://www.insee.fr/fr/ffc/accueil_ffc.asp?theme=2&souspop=4

Observatoire des inégalités :
http://www.inegalites.fr/article.php3?id_article=315

L’ACCUEIL ÉTATISÉ DES DEMANDEURS D’ASILE : de l’enrôlement dans les politiques publiques à l’affaiblissement des mobilisations de soutien aux exilés.
http://terra.rezo.net/article556.html

Voir aussi : http://terra.rezo.net/rubrique79.html

Rapport "Fortress Europe" sur les morts aux frontières, août 2007 :
http://fortresseurope.blogspot.com/2006/02/immigrs-morts-aux-frontires-de-leurope.html

Mémoires de recherche / Collesction Masters / TERRA
http://terra.rezo.net/article275.html

Agriculture paysanne et travailleurs migrants saisonniers
http://emi-cfd.com/echanges-partenariats/spip.php?mot16

Le quotidien des sans papiers :
http://quotidiensanspapiers.free.fr/

Jérôme VALLUY / Sociologie politique de l’accueil et du rejet des exilés
http://crps.univ-paris1.fr/article293.html

Espagne- Sénégal | Immigration légale : Entre fugues et déceptions
http://www.africanglobalnews.com/article4449.html

RESF : une forme originale de critique de la xénophobie
http://terra.rezo.net/article771.html

Institutionnalisation de la xénophobie en France
http://fr.mg40.mail.yahoo.com/dc/launch?.rand=6tnjv0ovpio7r

Dossier du site CGT : "Immigration"
http://www.cgt.fr/spip.php?rubrique48

Sans-papiers : quel est le deal passé entre la CGT et Hortefeux ?
http://ouvalacgt.over-blog.com/categorie-365129.html

Mémoires / Masters / sur Rezo Terra
http://terra.rezo.net/article275.html

Les chiffres choisis de l’immigration
http://www.gisti.org/spip.php?article1165

Les démographes doutent mais les politiques savent
http://www.gisti.org/spip.php?article1252

La collection L'inacceptable : des livres à découvrir...
http://linacceptable.blog4ever.com/blog/index-269446.html




Articles :


Ni subie, ni choisie, 75 propositions pour une politique d'immigration lucide et réfléchie (février 2007) /
Emmanuel Terray : Pour une politique alternative de l’immigration (février 2007) /
IMMIGRATION ET DROIT D’ASILE /
De la loterie à la tromperie /
Une approche de l'échec scolaire chez les enfants de migrants issus de cultures de tradition orale /
Petite histoire de l’intégration à la française /
CENTRES ET LOCAUX DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE (Rapport Cimade 2006) /
Le Bumidom, une migration d’État /
La France contée et recomptée /
Réfugiés de la faim / Mars 2008 / Jean Ziegler /
« Le problème de l’intégration n’est pas économique. Il est d’ordre éducatif, culturel mais aussi identitaire » /
De la continuité entre deux prescriptions : de l’intégration à l’identité nationale /
En France, le solde migratoire est en réalité quasiment nul /
Contre le conservatisme démographique français : Quatre essais sur la population actuelle de la France /
États-Unis, Royaume-Uni, Espagne : les immigrés rapportent plus qu’ils ne coûtent /
Discussions à flux tendus entre Paris et Bamako sur les expulsions /
Trier l'humain / Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile / De nombreux travailleurs migrants doivent faire face à des conditions de santé et de sécurité médiocres /
Migrations : un nouveau rapport pour un gouvernement autiste /
De la « directive retour au « pacte sur l’immigration », la forteresse Europe se construit face au Sud /
Organiser l’immigration. Sociogenèse d’une politique publique (1910–1930) /
Peut-on laisser un gouvernement définir l’identité nationale ? /
Béni soit qui Mali tance /
Bilan de Brice l’illusionniste : les reconduites de sans-papiers ont baissé en 2007 et 2008 /
Une Europe au service de la protection, la solidarité, la justice et la citoyenneté /
LES CONDITIONS DE TRAVAIL DES SALARIÉS IMMIGRÉS EN 2005 /
Les 10 mensonges d'Éric Besson /
Paradoxes des migrations en Europe /
Natifs et immigrés : nous vieillirons ensemble /
Immigration en France : le côté politique /
L'Europe se cadenasse... sauf pour les cerveaux /
Repenser la politique européenne d’immigration /
sinon cf. clic) /
LES DOSSIERS L'IMMIGRATION : Une sélection de liens internet sur l'immigration /
L’Europe contre les immigrés /
À propos de la destruction annoncée de la "jungle" de Calais /
Un décret instaure une "carte de résident pour riches" ! /
Des ressources pour l'immigration : Odysséo /
Observatoire pour l’accueil des demandeurs d’asile (OASIS) » /
La «diplomatie du charter» de Mr Besson... /
Langue, diplômes : des enjeux pour l'accès des immigrés au marché du travail /
Les frontières assassines de l’Europe /
Les bras de la France /
Grève à l'OFPRA /
Forfaiture / Identité nationale@@@ /
Travailleurs sans-papiers et étrangers : leurs droits ? /
L’identité nationale, c’est trop /
"En se niant comme pays d'immigration, la France met en péril sa cohésion et son unité" /
Enjeux et pièges du co-développement /
Étrangers irréguliers : l'acharnement /
700 millions de candidats à l'émigration dans le monde /
Le grand échec du mur entre les États-Unis et le Mexique /
Migrerrance : sur l'exil et les frontières, cas des exilés du Pas-de-Calais /
Refonder l'approche politique du co-développement /
La hausse de demandeurs d'asile dans les pays industrialisés est un mythe /
Code des étrangers : un durcissement supplémentaire, sous couvert de l'Europe /
Des passeurs bien commodes /
L'État coupe les vivres aux associations d'insertion /
NON AUX CONTRÔLES DISCRIMINATOIRES DES VIEUX MIGRANTS SOUS COUVERT DE LUTTE CONTRE LA FRAUDE /
"L’Europe et la nouvelle politique de la peur" /
Pas de pitié pour les sans papiers ! /
Foyers pour travailleurs migrants /
Besson : jusqu’où ? jusqu’à quand ? /
Migrants, réfugiés et demandeurs d’asile : populations vulnérables à la porte de l’Europe /
Violence et immigration /
Violence sexuelle et migration /
Analyse collective du projet de loi « Besson » du 30 mars 2010 « relatif à l’immigration, à l’intégration et à la nationalité » /
Les camps d’étrangers, symbole d’une politique /
Les États européens doivent respecter les demandes de la Cour de Strasbourg de suspendre les expulsions /
Roms et gens du voyage : l’histoire d’une persécution transnationale /
Les contrôles migratoires sous-traités aux pays extérieurs ou comment l’Union européenne enferme ses voisins /
Expulsions de Roms, un «mode d’emploi» explicite /
Les descendants d’une immigration « communautaire » en France : l’exemple turc /
Rien à foot ??? /
« Immigration et identité nationale » : une altérité revisitée /
Danger : Roms /
Enquête sur les pratiques des consulats de France en matière de délivrance des visas /
Les contrôles migratoires sous-traités aux pays extérieurs /
L’Europe des camps d’enfermement /
Mourir aux portes de l’Europe /
Accords en toile d’araignée sur les migrations /
Les corbeaux sont les gitans du ciel /
Roms : La République viole la loi /
Sarkozy, les médias et l’invention de la "mafia roumaine" (1) /
Sarkozy, les médias et l’invention de la mafia roumaine (2) /
Pourquoi il faut combattre le projet de loi Besson « relatif à l’immigration, à l’intégration et à la nationalité » /
Le traitement de l’immigration, entre logique administrative et logique pénale /
Analyse de la Xénophobie d'État par Olivier LE COUR GRANDMAISON /
Éric Fassin : “Et si le problème n’était pas l’immigration mais la politique d’immigration ?” /
Aux frontières de l’EuropeContrôles, enfermements, expulsions /
Droit à l'éducation pour tous, résistances citoyennes et égalité des droits pour les immigrés /
Le nombre et la part des immigrés dans la population : comparaisons internationales /
Les très bons comptes de l’immigration /
Le ministère de l'Immigration absorbé par l'Intérieur /
Trajectoires et Origines... Au-delà des problématiques strictement migratoires /
TRAJECTOIRES et ORIGINES : QUESTIONNAIRE /
Quand l’immigration est un délit /
Les descendants d’immigrés : des « citoyens anormalement normaux /
Immigration légale et répression de l'immigration illégale /
Immigration : la préférence française pour la dictature /
«Flux migratoires»: fantasmes et mensonges d'État /
Un arrière-goût bulgare : Europe - Libye : négocier l’immigration /
Immigration, «sarkozysme» et République : brèves remarques /
Les huit régressions du projet de loi immigration /
Étienne Balibar : “La condition d’étranger se définit moins par le passeport que par le statut précaire” /
Le patrimoine de luttes dans l’immigration postcoloniale : Invariances, mutations et enjeux /
Frontex, la petite muette /
Le « modèle français » d’immigration : intervention à l’Assemblée Nationale /
Pourquoi les aides au retour et à la réinsertion de l’État français n’incitent pas les immigrés à rentrer dans leur pays d’origine ? /
L'UE et l'immigration : la politique des zig zag /
Aide aux personnes âgées : sans les immigrées, point de salut /
Eric Fassin : Chroniques mensuelles dans le journal "Regards", 2007-2011 /
Migrations méditerranéennes: à quand d'autres politiques ? /
Sous couvert de régulation, une délocalisation sur place ? /
Minorités issues des anciennes colonies et soutien à la cause palestinienne /
Immigrées et filles d’immigrés : le recul des mariages forcés /
Pourquoi les enfants d’immigrés réussissent mieux à l’école que les autres /
INVENTER UNE POLITIQUE D’HOSPITALITÉ /
☞ De l'assimilation, de la différenciation et par Patrick Weil (à regarder et écouter) vidéo 1, vidéo 2 et vidéo 3 /
CHRONOLOGIE CRITIQUE DES POLITIQUES MIGRATOIRES EUROPEENNES (Sept. 2011) /
Des diplômés de grandes écoles demandent le retrait de la circulaire Guéant /
Interdiction de recruter des étudiants étrangers : le ministère de l'Intérieur persiste /
Limiter les migrations du travail ne protège pas la main d'œuvre nationale /
Immigration de travail dans l’UE : vers un régime à plusieurs vitesses, fondé sur l’inégalité de traitement ? /
Les diplômés étrangers se mobilisent contre la "circulaire Guéant" /
Savoir où l'on place l'intolérable dans nos vies /
L’immigration et l’intégration en France, en Allemagne et en Europe /
Les mauvais calculs de Claude Guéant /
Sarkosignoblepourriturenazy : the film /
Le bilan de Sarkozy sur l'immigration : de plus en plus dur /
Il ne faudrait jamais se tromper de cibles /
État de santé et recours aux soins des immigrés : une synthèse des travaux français /
Migrations : État des lieux 2012 /
Immigration : la déraison d'État /
Droit d'asile en France : la décision du Conseil d'État sur les pays d'origine "sûrs" rend urgent l'abandon de cette notion /
Du mou dans le flou : Ce que dit vraiment François Hollande sur l'immigration /
Politique d’immigration: encore un effort, Monsieur Hollande.. C'est mou tout ça ! /
Une jeune Rom sans papiers sacrée meilleure apprentie de France /
Immigration : la déraison d'État /
L'économie allemande a besoin de 200 000 immigrés de plus par an /
En Espagne : Pas de droit à la santé pour les sans-papiers /
Des Marocains proposent avec humour de rapatrier les Français ayant voté le Pen au Maroc /
Stigmatisés, web-documentaire participatif qui questionne l’intégration des immigrés Roumains en France. /
Droit au séjour pour soins /
Ces immigrés européens qui fuient la misère en partant vers l’Afrique /
Droit d'asile et intégration : cessons d'en faire une question de sécurité /







[ Corrélats : Autochtones / ...]

Retour