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Indiens et autres sauvages
Indiens et autres sauvages

Sommaire de la page (Articles, Dossiers, Études...) : Ethnocentrisme blanc, chrétien et capitaliste / L'Arctique, nouveau robinet à gaz / SUBVENTION POUR AIDER L'ABORIGINAL PIPELINE GROUP / Vous êtes déjà si misérables que vous ne pouvez le devenir plus / Pensées interdites / Mainmise sur les diamants yakoutes / Sarkozy ou le triomphe d’une histoire apologétique de la colonisation / Touristes et Autochtones font-ils bon ménage ? / Appel aux investisseurs sur les droits des autochtones / Des bulldozers détruisent illégalement le territoire d'Indiens isolés / Une tribu amazonienne réduite à cinq individus / "Coupable": Une compagnie minière condamnée par le gouvernement britannique / Une compagnie touristique controversée affichant son mépris pour les droits des Bushmen remporte le ‘World Savers Award’ / Corrélats


Parures de plumes !

Comment voulez-vous que la biodiversité ne soit pas mise à mal avec de telles pratiques festives ou religieuses. Forcément les indiens - indiennes d'Amazonie continuent de fabriquer des parures avec des plumes d'oiseaux qui finissent inévitablement par disparaître !

C'est pareil avec les papous à Bornéo et divers autres peuples : pygmées, bushmen, inuits, yakoutes, etc.

Comment ça la déforestation, le pillage des forêts primaires, l'exploitation des bois précieux ou la culture du soja transgénique ou l'exploitation des minéraux :

RIEN À VOIR CIRCULEZ !





Pour ceux ou celles qui n'auraient pas vraiment le sens de la provocation, à défaut de celui de l'humour grinçant, je voudrais juste leur préciser, par exemple, qu'en ce moment, de plus en plus de routes qui pénètrent toujours plus profondément dans la forêt amazonnienne sont en passe d'être goudronnées, particulièrement entre Cuiaba et Santarem. Ce progrès vise essentiellement à favoriser le transport des récoltes de soja transgénique dont M. le Gouverneur Blairo Maggi (Mato Grosso) en est le principal producteur.

Pendant ce temps, Lula écolo machincho tiers mondiste ferme les yeux, reste de glace et tout le monde la suce.

L'actualité est toujours au bon indien mort...

Bof ! Bienfaits pour eux !




L'Arctique, nouveau robinet à gaz [ou comment avec la bouche pleine de dollars, tu finis bien par te taire !]

Le Canada relance un projet sans précédent de pipeline de 1200 km qui pourrait bouleverser la région / Carole Duffréchou / Libération 20 février 2006



Plus de trente ans après la découverte d'énormes gisements de gaz naturel dans les régions les plus septentrionales des Territoires du Nord-Ouest, le projet d'un pipeline de 1 200 kilomètres reliant le delta du fleuve Mackenzie à la province de l'Alberta (et au reste du marché nord-américain) est à nouveau au coeur de toutes les discussions dans cette région de l'Arctique canadien. Un temps envisagée dans les années 70, l'idée d'exploiter ces champs gaziers avait été abandonnée après un rapport de la commission Berger qui recommandait, en 1977, un moratoire de dix ans en raison notamment de l'absence d'accord avec les nations autochtones qui habitent la région. Mais, en 2000, alors que la demande de gaz naturel ne cessait de croître, le controversé projet est ressorti des cartons. Voilà trois semaines, l'Office national de l'énergie du Canada a entamé une série d'audiences publiques : près de 140 réunions sont prévues cette année dans 27 communautés de l'Arctique canadien. S'il reçoit le feu vert des autorités, ce projet sans précédent, de 7,5 milliards de dollars (6,3 milliards d'euros), engendrera des bouleversements majeurs dans la région.

Hache de guerre. De fait, à Inuvik, à 200 km au nord du cercle polaire, des associations canadiennes ont, la semaine passée, multiplié les mises en garde contre les impacts sociaux et environnementaux de cette opération colossale, qui nécessiterait quatre années de travaux soit le plus grand chantier jamais réalisé dans les Territoires du Nord-Ouest. Elles se sont notamment inquiétées de la fonte du permafrost et de la montée du niveau de la mer, dues au changement climatique, qui menaceraient le gazoduc. "Est-ce qu'on va dire aux gens du Sud comment vivre et comment se développer ?" a vivement rétorqué Rosemary Kutana, l'ancienne présidente de la Conférence circumpolaire des Inuits. Mais les espoirs de développement suscités par le projet au sein de la population autochtone avec un minimum de 15 000 emplois à la clé finissent par faire taire les plus sceptiques. Les ententes territoriales signées ces dernières années avec les autorités canadiennes ont permis d'enterrer la hache de guerre. "Pour regagner notre indépendance, notre autonomie et notre fierté, il nous faut maintenant une base économique", explique Fred Carmichael, à la tête du Aboriginal Pipeline Group, qui rassemble trois des quatre nations autochtones concernées par le tracé du pipeline et qui détiendra un tiers des parts du gazoduc. Le consortium, dirigé par Imperial Oil Ltd (filiale du géant américain Exxon), comprend aussi les sociétés Conoco et Shell. Le gazoduc, qui transporterait de 22 à 28 millions de m3 de gaz naturel par jour, permettrait d'augmenter de 10 % les réserves canadiennes connues.

Concurrent. Surtout, il ouvrirait la porte à l'exploration et l'exploitation d'autres ressources naturelles dans la vallée du Mackenzie et de la mer de Beaufort. "Le développement de ce corridor énergétique mènera au développement, à long terme, de tout le bassin", affirme le ministre de l'Industrie des Territoires du Nord-Ouest, Brendan Bell. Les richesses de l'Arctique, encore mal connues, font rêver. Selon certaines estimations, le quart des réserves canadiennes de gaz naturel s'y trouverait. Sans compter le pétrole.

L'Alaska voisin étudie lui aussi depuis plusieurs années un projet de gazoduc, qui raccorderait les gisements gaziers de Prudhoe Bay aux autres États américains en passant par Fairbanks puis par le Canada. Avec une capacité trois fois plus importante, il est souvent présenté comme un sérieux concurrent au projet canadien qui a toutefois trois à quatre ans d'avance. Selon Winfried Fruehauf, un spécialiste des pipelines à la Financière Banque nationale, l'appétit insatiable des Nord-Américains pour les énergies fossiles laisse de toute façon de la place pour les deux projets. Et il souligne que les Américains ont tout autant à gagner que les Canadiens avec le projet gazier du Mackenzie : "Même si le discours a changé depuis un an ou deux, beaucoup continuent de penser que le gaz naturel du Mackenzie sera en majeure partie envoyé dans les sables bitumineux de l'Alberta, pour soutenir une production accrue de pétrole. Une bénédiction pour Washington qui ne cesse de répéter qu'il veut diversifier ses sources d'approvisionnement en pétrole." Gaz naturel ou pétrole, les États-Unis accordent en tout cas de plus en plus d'importance aux ressources du Grand Nord, terrestres ou sous-marines. Et ne manquent pas une occasion de rappeler qu'ils ne reconnaissent pas la souveraineté du Canada sur les eaux de l'Arctique et ses richesses cachées.




SUBVENTION POUR AIDER L'ABORIGINAL PIPELINE GROUP DES TERRITOIRES DU NORD-OUEST DANS SES NÉGOCIATIONS

YELLOWKNIFE (TERRITOIRES DU NORD-OUEST), le 22 août 2003 - Affaires indiennes et du Nord Canada (AINC), dans le cadre de son Programme de partenariats pour l'exploitation des ressources naturelles, versera une contribution de 10,9 millions de dollars au cours des six prochaines années pour aider l'Aboriginal Pipeline Group (APG) dans ses efforts en vue d'obtenir une participation d'un tiers au droit de propriété du gazoduc proposé dans la vallée du Mackenzie.

AINC est l'un des bailleurs de fonds de ce projet de 16 millions de dollars. Le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest, les groupes autochtones et le secteur privé ont également promis leur appui. Ce projet de six ans est conçu pour aider l'APG à obtenir le financement commercial nécessaire pour acquérir des intérêts dans le gazoduc.

" Il existe de grandes possibilités de participation des groupes autochtones à la construction du gazoduc au nord du 60e parallèle, a déclaré Robert D. Nault, ministre des Affaires indiennes et du Nord canadien. Le gouvernement du Canada s'est engagé à faire en sorte que les Autochtones et les collectivités du Nord profitent de la construction du gazoduc. "

Le financement en partenariat permet à l'APG de travailler avec certaines des plus grandes sociétés du Canada. Les 16 millions de dollars assureront la participation de l'APG au cours des négociations de financement complexes de manière soutenue au cours des six prochaines années. Le financement a pour but de permettre à l'APG et à ses investisseurs autochtones d'atteindre leur objectif de participation d'un tiers au droit de propriété d'un éventuel projet de gazoduc dans la vallée du Mackenzie.

" Nous sommes très heureux du soutien continu d'AINC à l'égard de l'APG, a indiqué Fred Carmichael, président de l'APG. Cette subvention nous permettra de faire valoir notre conception particulière de la participation autochtone à ce projet et du droit de propriété y afférent. "

Le gazoduc de 1 300 kilomètres qui est proposé pour la vallée du Mackenzie est le projet d'infrastructure le plus important et le plus complexe jamais envisagé dans les Territoires du Nord-Ouest. La participation d'un tiers au droit de propriété d'un tel gazoduc est la plus grande opération commerciale jamais entreprise par un consortium autochtone dans le Nord. Ce projet permettra aux Autochtones d'acquérir une vaste gamme de compétences en construction, en utilisation de l'équipement mobile et dans les métiers liés à l'exploration pétrolière et gazière, compétences qu'ils pourront ensuite utiliser dans le cadre d'autres possibilités économiques et d'emploi. Le projet offrira divers avantages en matière de contrats et d'emplois non seulement dans le Nord, mais dans tout le Canada.

http://www.ainc-inac.gc.ca/sm/a-z/index_f.html






Vous êtes déjà si misérables que vous ne pouvez le devenir plus. Quels genre d'homme doivent être les Européens? Quelle espèce de créature choisissent-ils d'être, forcés de faire le bien et n'ayant pour éviter le mal d'autre inspiration que la peur de la punition ? (...) L'homme n'est pas seulement celui qui marche debout sur ses jambes, qui sait la lecture et l'écriture et montrer mille exemples de son industrie...

En vérité mon cher frère, je te plains du plus profond de mon âme. Suis mon conseil et devient Huron. Je vois clairement la profonde différence entre ma condition et la tienne. Je suis le maître de ma condition. Je suis le maître de mon corps, j'ai l'entière disposition de moi-même, je fais ce qui me plaît, je suis le premier et le dernier de ma nation, je ne crains absolument aucun homme, je dépends seulement du Grand Esprit.

Il n'en est pas de même pour toi. Ton corps aussi bien que ton âme sont condamnés à dépendre de ton grand capitaine, ton vice-roi dispose de toi. Tu n'as pas la liberté de faire ce que tu as dans l'esprit. Tu as peur des voleurs, des assassins, des faux-témoins, etc. Et tu dépends d'une infinité de personne dont la place est située au-dessus de la tienne. N'est-ce pas vrai ?"

Kondiarionk, chef Huron, s'adressant au baron de Lahontan, lieutenant français en Terre-Neuve (1698)

[Aujourd'hui cet individu aurait sûrement été accusé d'appartenir à Al Qaeda !]




Pensées interdites / Denis Sieffert / Éditorial / Politis / 14 septembre 2006

Il y a cinq ans, jour pour jour, presque heure pour heure ­ mais c’était un mardi, et l’exercice n’en était que plus périlleux ­, nous cherchions nos mots devant l’abîme d’une information incertaine. La tragédie était là, monstrueuse, réelle, et pourtant presque encore inimaginable, mais on ne savait rien de son origine. Rien de ses auteurs. Inutile de chercher : les noms de « Ben Laden » et d’« Al-Qaïda » ne figurent pas dans notre éditorial du 11 septembre 2001, écrit dans la hâte, bien au-delà de l’heure habituelle de bouclage. « Qui ? », « pourquoi ? », « comment ? » étaient encore autant de questions sans réponses. De ces quelques lignes écrites entre le moment où nous avons su et vu qu’un avion puis un deuxième avaient percuté les tours géantes du World Trade Center et l’effondrement de ces deux colosses d’acier, peu de choses ont résisté à l’épreuve du temps. Mais, au milieu de beaucoup de tâtonnements, nous avions voulu nous accrocher à une seule idée : « Il serait trop facile, disions-nous, d’isoler les commanditaires de ces attentats, quels qu’ils soient, comme s’ils n’appartenaient pas à notre monde. Comme s’ils n’étaient pas le résultat fou d’un monde fou dont la puissance américaine, à la fois irresponsable et arrogante, est devenue le symbole. » C’est hélas exactement ce qui est advenu. Après quelques jours de silence et peut-être d’hésitations, le petit groupe de personnages qui entouraient déjà George W. Bush a tout fait pour isoler les criminels du reste du monde, en faire des parias qui n’ont pas d’histoire commune avec nous. Pour cela, les amis de M. Bush ont défini un « Axe du mal » et érigé le terrorisme en idéologie. L’islamisme a remplacé le défunt communisme dans une approche géostratégique qui pouvait rester à peu près intacte.

Lundi, à « Ground Zero », George Bush a fait le vœu « de ne jamais oublier les leçons de cette journée ». Mais quelles leçons ? En vérité, le cataclysme du 11 septembre 2001 n’a rien changé à la vision du monde américaine. Avec la guerre d’Irak et les mensonges qui l’ont justifiée, on a même eu la désagréable impression d’un effet d’aubaine. On allait enfin pouvoir mettre en œuvre une politique longtemps refoulée. L’ardeur était telle que certains ont cru pouvoir échafauder une théorie du complot. Absurde, évidemment. Ce qui a changé, c’est que d’autres pays, d’autres traditions politiques jusqu’alors imprégnées de culture sociale ont finalement suivi. La France, par exemple, n’est pas tombée dans le piège de la guerre d’Irak, mais ses élites politico-médiatiques n’en regardent pas moins aujourd’hui le terrorisme comme la grande affaire de l’époque. La diplomatie européenne a fini par ranger le Hamas palestinien dans la catégorie maudite. Amalgamant la violence aveugle avec celle qui résulte de l’oppression, de la colonisation et de la répression. Refusant de considérer la barbarie des États, y compris parmi ceux qui postulent à l’honorabilité démocratique.

Le terrorisme, c’est aussi bien la résistance tchétchène que la secte Aun. Le Hamas que le Babbar Khalsa du Penjab. Cette confusion n’est pas le fruit d’une erreur d’analyse. Elle résulte d’une exploitation cynique du 11 Septembre. Ce qu’on appelle encore la communauté internationale a voulu faire l’économie de tout examen de conscience. Même de ce côté-ci de l’Atlantique, l’idée s’est imposée que le danger venait de l’étranger, d’un ailleurs barbare avec lequel nous n’avons jamais eu aucun lien, ni colonial ni d’exploitation économique, et qui ne prend corps à nos yeux que lorsqu’il nous menace physiquement, culturellement ou démographiquement. Grâce à ce système de pensée, dépourvu de tout retour sur soi, le vice-président Dick Cheney a pu dénoncer lundi « la dernière équipe de fanatiques de l’histoire », sans imaginer un instant que cette définition pouvait aussi s’appliquer à lui et à ses amis néoconservateurs. Condoleezza Rice a pu affirmer que les attentats « représentaient une attaque contre les idées universelles de paix, de liberté et de droits de l’homme que symbolisent les États-Unis », sans apparemment songer ni à Guantanamo, ni à la peine de mort, ni à la guerre d’Irak. Et Tony Blair a pu se rendre à Beyrouth sans imaginer que les Libanais l’accueilleraient, comme ils le firent, au cri d’« assassin », lui qui pendant trois semaines de bombardements israéliens avait estimé que le moment n’était pas venu d’un cessez-le-feu.

Risquons-nous un instant à renverser la logique occidentale. Les mille morts du Liban étaient-ils plus coupables que les victimes du World Trade Center ? Au nom de quelle hiérarchie morale est-il permis de pleurer les uns tandis que l’on justifie les autres ? Cette pensée, bien entendu, est interdite ici. Continuons donc de faire silence. Mais on n’empêchera pas une bonne moitié des habitants de la planète de voir les choses de cet autre « point de vue ». Et nous ne sortirons du chaos et de la terreur réciproque que lorsque nous serons capables d’envisager aussi leur vision. Puisque nous appartenons au même monde.




Mainmise sur les diamants yakoutes / http://www.regard-est.com/home/breve_contenu.php?id=292

Dossier : "Charbon, or, diamants, ces richesses qui nous minent"

Par Célia CHAUFFOUR / Le 01/04/2002

La République de Sakha, en Sibérie orientale, regorge de diamants. Un magot qui ne pouvait laisser le Kremlin indifférent, surtout quand il s'agit de contrôler une source de devises annuelles de 1,6 milliard de dollars

Janvier 2002. Au terme d'une campagne électorale controversée, Viacheslav Chtirov est élu président de la République de Sakha -Yakoutie. Des élections sans surprise, orchestrées à plus de 6.000 km de la capitale yakoute, par le Kremlin.

Moscou a mené une véritable guerre dans l'ombre pour la victoire de Chtirov. Son objectif : mettre un terme au contrôle véreux de Mikhaïl Nikolayev, le président sortant de Yakoutie, sur les ressources naturelles de la région.

Une décision stratégique. Car la vaste et glaciale république n'est autre que le second producteur mondial de diamants bruts en valeur, derrière le Botswana. Et le degré d'implication - pour ne pas dire d'ingérence - de Moscou au cours des élections ne dissimule guère l'enjeu d'une industrie si lucrative pour un budget fédéral en crise. Conséquence : d'obstacles législatifs en pressions fédérales, la campagne électorale yakoute a rapidement pris, à l'hiver dernier, des allures de mauvaise farce politique aux rebondissements sans fin. Plusieurs candidats, qui de Vasily Kolmogorov, adjoint au Procureur général de Russie, ou de Semyon Nazarov, Ministre de l'Intérieur yakoute, se sont ainsi vus accorder le droit de se présenter, avant d'être gentiment évincés de la course présidentielle.

Mais, l'avenir politique de la région a véritablement été scellé le 10 décembre 2001. Vladimir Poutine convie à Moscou les deux candidats aux élections présidentielles, Nikolayev et Chtirov, alors directeur d'Alrosa - Almazy Rossii Sakha, la célèbre société yakoute d'exploitation diamantaire. Il s'agit officiellement de débattre de l'industrie diamantaire russe. Pourtant, deux jours et quelques manipulations plus tard, Nikolayev annonce à la TV yakoute son retrait des élections, et appelle ses électeurs à voter pour Chtirov.

Au prix d'une démocratie sacrifiée, l'indésirable Nikolayev a finalement été évincé. Le fidèle ami de la "Famille" Eltsine, passé maître en trafic d'influences et en détournements d'argent, laisse derrière lui une porte ouverte à la mainmise de Moscou sur les revenus diamantaires yakoutes. Un moindre mal pour une industrie jusque-là gangrenée par la corruption.

Monopole d'exploitation

Si l'or, l'étain et l'antimoine se trouvent en profusion dans les sous-sols yakoutes, ce sont bien les gisements diamantifères qui attirent toutes les convoitises. Car la Yakoutie produit plus de 98 % des diamants bruts de la Fédération de Russie, soit le quart du volume mondial. Plaçant ainsi la Russie devant des pays producteurs plus connus, comme le Sierra Leone ou l'Afrique du Sud.

Nous voici pourtant bien loin de la torpeur et du climat africains, si souvent associés à l'exploitation du précieux joyau. Les diamants sibériens sont extraits dans des sous-sols gelés sur plusieurs centaines de mètres de profondeur. Les 36.000 mineurs, la plupart originaires de Russie ou d'Ukraine, et qui travaillent aujourd'hui dans les puits diamantaires d'Udachny, de Mir ou de Jubilée, sont exposés à des températures pouvant atteindre -70° C au cœur de l'hiver. Des conditions extrêmes qui n'ont pas empêché le développement du marché diamantaire russe. Bien au contraire. Lancée dans les années 50, la florissante industrie diamantaire yakoute est aujourd'hui sous le contrôle de la S.A. Alrosa. Une success story juteuse qui fournit 70 % des revenus du budget total de la région.

Fondée en 1992 par un accord économique entre les autorités russes et yakoutes, Alrosa est détenue à 32 % par le gouvernement fédéral russe. La majorité des parts reste donc aujourd'hui aux mains du gouvernement régional yakoute, de certaines administrations locales et des employés de la société. Pourtant, Moscou entend bien devenir actionnaire majoritaire.

Révolution diamantaire

Depuis maintenant deux ans, Poutine met en place une nouvelle politique visant à réorganiser Alrosa et le secteur diamantaire russe. Une réforme relancée, en décembre dernier, par le renouvellement de l'accord commercial entre le Ministère des Finances russe, Alrosa et le géant sud-africain De Beers, qui exporte 80 % de la production mondiale diamantaire. Par cet accord, De Beers s'engage à acheter à Alrosa pour 4 milliards de dollars de diamants bruts, sur une période de cinq ans. Une proposition alléchante qui assure à la Russie des revenus conséquents, tout en protégeant la stabilité du diamant sur le marché international.

Mais, ce contrat plus souple, et sans clause d'exclusivité, autorise surtout Alrosa à vendre librement près de la moitié de sa production de pierres précieuses. Ce qui signifie, à terme, la légalisation d'un commerce "sous-marin" de petits diamants. Jusqu'à présent, une partie des diamants yakoutes était en effet exportée par certains distributeurs russes sous de faux labels, vers les grands centres de taille étrangers, et principalement indiens.

En quelques semaines, les paramètres du cartel diamantaire russe ont été modifiés : le président véreux a été évincé, un nouveau directeur d'Alrosa, Vladimir Kalitin, a été nommé, et De Beers a perdu son monopole sur les exportations. Une étape transitoire, mais nécessaire, avant que l'industrie diamantaire russe puisse, un jour, envisager de s'assainir et de devenir indépendante.

1 Gokhran : l'Agence d'État russe des métaux et pierres précieuses, Ministère des Finances.



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Corruption et commerce diamantaire

Entretien avec John Helmer, journaliste à l'hebdomadaire The Russia Journal, et spécialiste des questions minières et diamantaires russes

En quoi la politique diamantaire de Poutine diffère-t-elle de celle de son prédécesseur ?



Pour s'assurer un soutien politique fiable en Yakoutie, Eltsine a permis au président sortant Nikolayev de piller la société d'exploitation Alrosa et les ressources diamantaires de la région. Au total, près de 15 % des bénéfices d'Alrosa ont ainsi été détournés au profit de Nikolayev et des dirigeants de la société. Eltsine a également fermé les yeux sur le vol des réserves diamantaires de Gokhran . À l'inverse, la politique de Poutine vise à limiter cette corruption, et à resserrer le contrôle de Moscou sur les revenus diamantaires.



Iakoutsk va-t-elle profiter de cette nouvelle politique ?



Sous Nikolayev, la République de Sakha n'a jamais réellement bénéficié des revenus du secteur diamantaire. Il faut bien comprendre que l'exploitation des gisements diamantifères aurait pu davantage servir la Yakoutie si Nikolayev n'avait pas fait passer son intérêt personnel avant celui de sa région. Mais, je ne suis pas certain qu'elle en profitera plus sous Chtirov.



Dans une industrie si lucrative, Poutine peut-il espérer mettre un terme à la corruption ?



La corruption étant relative en Russie, admettons juste qu'elle sera moindre. Il y a toujours une sorte de nébuleuse sur le monopole diamantaire en Yakoutie. Même les statuts fondateurs de la société Alrosa ont été rédigés en catimini, et sont encore aujourd'hui tenus secrets.



À l'identique, il n'y a pas de censure à ce sujet. Mais, rares sont les personnes, journalistes ou non, à savoir ce qui se passe réellement dans ce secteur.



Comment qualifieriez-vous la présence russe sur le marché diamantaire africain ?



Comme vous le savez, la Russie a une longue histoire d'engagement en Angola, au côté du gouvernement, et contre les rebelles de l'UNITA - Union Nationale pour l'Indépendance Totale de l'Angola. En 1992, Alrosa a participé à la création de Catoca, société angolaise d'exploitation minière de diamants. Mais, l'investissement d'Alrosa dans la société angolaise reste somme toute modeste, et sa part d'actions est minoritaire.



Pourtant, Nikolayev y a vu un moyen supplémentaire de détourner un maximum d'argent pour lui-même et ses acolytes. Il n'a pas hésité à soudoyer De Beers ou quiconque pour des pots-de-vin, des ristournes, des dessous-de-table, ou encore pour se faire verser des paiements sur son compte personnel au lieu d'Alrosa. NIkolayev a exploité Alrosa, comme a pu le faire le Shah d'Iran avec les revenus de la Société Nationale Iranienne de Pétrole.

Certains projets africains étaient donc des façades idéales pour détourner les bénéfices de la société dans des mains privées. Reste que il y a, malgré tout, un authentique intérêt de la Russie en Angola. Tant pour diversifier ses activités et ses investissements, pour placer ses géologues et ingénieurs, que pour concurrencer De Beers sur le marché de la prospection diamantaire.

Moscou comme Iakoutsk ont également tout intérêt à entretenir de bonnes relations avec les autres pays producteurs de diamants. Une politique nécessaire pour conserver un poids décisionnel conséquent et maîtriser les enjeux clés du cartel diamantaire, comme l'équilibre entre l'offre et la demande ou la politique des prix.

Entretien réalisé le 8 mars 2002.

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Ajourd'hui 19 septembre 2006, dans un article signé Lorraine Millot dans Libération / Grand angle, nous pouvons lire que le n° 1 Poutine, son Ministre des finances et quelques autres " amis " (au moins ceux qui n'ont pas été éjecté ou fini tragiquement) ont fait main basse sur les richesses diamantaires et d'autres et que la plupart des Iakoutes sont tellement misérables qu'on dirait des SPECTRES !




[ Corrélats : Lézard premier / ...]

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