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Et tout est bien qui finit bien



Ils ont déjà eu Minc !


Un patron, ça n’est jamais rien d'autre qu’un bout de papier qu’on épingle sur un tissu avant la découpe…
Est-ce que cela justifie qu’on le paye autant ?


Sommaire de la page (Articles, Dossiers, Études...) : Humeurs / UN CAS D'ÉCOLE : Comment la finance a tué Moulinex / Entreprise et environnement : Histoire d'une longue intégration /

Pacte de compétitivité : Laurence Parisot sauvera-t-elle ses meubles ? IFOP le croire ! /
Peugeot, choc social et point de bascule /
Compétitivité : corruption et entreprises : le choc, la France à la traîne /
10 propositions du M’PEP pour réindustrialiser la France. /
ArcelorMittal coûte cher à l’Algérie /
Les liens de sang des entreprises du CAC 40 /
Dans l’industrie, les défaillances menacent de plus en plus d’emplois /
75 % des industriels français s’estiment compétitifs /
Point de vue ou aveuglement /
Les 34 plans industriels d'Arnaud Montebourg /
☞ Grandeur et décadence du capitalisme français : la Compagnie Générale d’Electricité I, II, III /
Palmarès : les 100 premiers sous-traitants français /
Près de 60 000 emplois industriels ont disparu en un an /
Tefal, les ravages de la productivité /
Conférence sur la désindustrialisation /
L’industrie française subit un désarmement technologique, financier, actionnarial sans précédent... /
"Tout, tout de suite, sans discussion…" /
Arevashima: fiasco industriel et magouilles en tous genres /
Le déclin organisé de la SNCF /
Sites Internet et articles / Articles archivés / Corrélats /

L'usage actuel du mot industrie porte principalement sur toute activité économique, exercée et organisée sur une grande échelle.


L'entreprise industrielle est un système ouvert qui échange de la matière et de l'énergie avec l'extérieur. La matière première qui entre dans l'entreprise est métabolisée grâce à l'énergie des machines et des hommes qui les conduisent et ressort transformée en un produit fini. La finalité de la transformation est, le plus souvent, que l'objet fini puisse faciliter des échanges de matière et d'énergie ultérieurs.

L'invention du presse-purée (Moulinex) a pu être considérée comme un progrès dès lors qu'il devint moins difficile (moins coûteux énergétiquement) pour la ménagère d'écraser ses pommes de terre qu'avec une fourchette comme elle le faisait auparavant. L'invention du flocon de pommes de terre déshydraté était, pour la ménagère, une économie énergétique supplémentaire puisque, non seulement, elle n'avait pas à écraser les pommes de terre, mais elle n'avait même pas besoin de les éplucher, de les laver ou de les cuire. Le succès de la purée surgelée s'inscrit probablement dans cette logique, sauf que la ménagère découvre que l'utilisation de ce produit lui serait facilitée si elle possédait un four à micro-ondes Moulinex, sauf que cette entreprise, en à peine plus de cinquante ans est passée du succès au démantèlement, celui-là étant dû principalement à une certaine logique financière et à l'incurie de ses dirigeants.

Comme tout système ouvert, l'entreprise industrielle devrait s'inscrire dans un processus d'échange de matière et d'énergie avec d'autres systèmes situés aussi bien en aval qu'en amont. En ce qui concerne la matière, logiquement, elle devrait entrer dans des processus fermés de recyclage. Or ce que l'on constate, c'est que ce sont surtout des masses toujours plus importantes de déchets " ultimes " que l'on produit. Pire, au moment où les consommateurs, dans un véritable élan citoyen, adhèrent à l'idée du tri sélectif, plus cher pour eux, la réponse de l'industrie est celle, par exemple, du sur emballage ou, pire, de l'obsolescence programmée. En amont, c'est à un véritable pillage des ressources auquel on assiste.

Quant à l'énergie, dont on sait qu'elle sera finalement dispersée sous forme d'énergie calorifique désormais inutilisable, les quantités introduites en fabrication ou celles nécessaires pour l'utilisation d'un produit, ont explosé et ont modifié très sensiblement les données bioclimatiques de notre planète.

Et que dire des substances dangereuses, toxiques, mutagènes, cancérigènes, tératogènes, de toutes les façons " nécessaires " pour la fabrication, l'entretien, la sécurité, les emballages, etc. qui, non seulement sont données à respirer ou à ingérer aux travailleurs, mais se retrouvent aussi dans notre environnement. Que dire des conditions de travail qui sont faites aux personnels soumis autant aux diktats des gains de productivité, que ceux des vicissitudes de la bourse ou des appétits des actionnaires ?

Comme tout système thermodynamique, une entreprise industrielle doit croître. Mais qu'est-ce que la croissance d'une entreprise si celle-ci est réduite aux seuls gains de productivité. Les bilans environnementaux et humains, s'ils étaient pris en compte, montreraient probablement un autre visage de cette pseudo croissance. Jamais les coûts indirects des pollutions, du gaspillage des ressources, des modifications bioclimatiques, des accidents technologiques majeurs ou non ou ceux des accidents du travail, des effets immédiats ou différés sur la santé des travailleurs ou des consommateurs, des effets comportementaux induits par la convoitise d'objets, de machines, d'armes, de produits divers, surtout de la part de ceux qui sont, plus ou moins désespérément et longuement exclus des " progrès ", ne sont jamais pris en compte.

La faillite chronique de nos systèmes de production industrielle, autant qu'agricole ou halieutique, se traduit par une fuite en avant, d'autant plus dramatique qu'on ignore ou veut ignorer que la pseudo croissance thermodynamique qu'on nous livre en pâture comme seul remède aux maux qui nous frappent, n'est rien d'autre que le résultat d'une dilution des pertes sur la collectivité tant humaine qu'écosystémique, dilution impondérable, non quantifiable, particulièrement sur le seul référentiel fiduciaire dont on veut faire croire qu'il est le seul valable.

Et aux critiques que l'on formulerait sur les " techniques-objets, facteurs de progrès pour certains et encore, mais pas pour tous… ", que nous propose-t-on d'autre que des incantations ?

" L'ordinateur est grand et la puce Intel est son prophète. ". J'ai commencé à utiliser ces matériels fin 1978 et j'avoue qu'ils m'ont ouvert des possibilités dont je ne sais pas si, avec un simple stylo, je les aurais saisies. Mais que vaut un ordinateur, un traitement de texte ou Internet si tous les peuples ou toutes les classes sociales ne peuvent en disposer ? Si nous sommes écoutés par la NSA ou si l'on ne peut pas argumenter, sans difficulté d'ailleurs, sur le thème de : " Finkielkraut est un con ", sans être poursuivi pour antisémitisme.

Remarquablement, lorsqu'on m'interroge, sur mon téléphone fixe sans répondeur, sur la raison pour laquelle je ne possède pas, à l'instar de dizaines de millions de français, de téléphone portable (comment le savent-ils ?), je perçois, au son de sa voix, le regard courroucé de l'enquêteur-trice, au bout de la ligne, pour lequel mon argumentaire semble me vouer désespérément à retourner tailler des pierres au paléolithique dont je ne serais pas sorti. Alors j'ai droit à des incantations du genre : " imaginez que vous fassiez du ski hors-piste et que vous soyez enseveli, sans votre portable… " 1) Ni dans les monts d'Arrée, ni ailleurs, je ne pratique le ski hors-piste, 2) Je ne vois pas comment, sauf par magie, la possession d'un téléphone portable me dédouanerait d'être un tant soit peu prudent.

Pendant longtemps, l'industrie fabriquait essentiellement des objets. Maintenant, il y a des industries agro-alimentaires. J'avoue qu'il m'est plus pratique de n'acheter qu'un magret de canard plutôt qu'un canard entier. Mais je ne peux pas m'empêcher, quand j'enlève, souvent avec difficulté, l'étamine plastique qui ferme la barquette, d'avoir une pensée pour l'ouvrière (plus probablement que l'ouvrier) qui en découpe plusieurs centaines par heure et qui souffre probablement de troubles squeletto-musculaires.

Que valent les progrès techniques quand ils n'ont pas d'autres buts que de faire progresser la technique. L'exemple des supports numériques (CD, DVD) est assez significatif. La recherche est effrénée, la concurrence sévère et l'agressivité commerciale terrible pour que nous découvrions incontournable la possession du dernier support toujours plus rapide et enfin compatible pour le dernier jeu vidéo qui s'avérera probablement tout aussi idiot et sans intérêt que ceux qui l'avaient précédé (sans oublier ce qui est caché derrière et que la Loppsi2 ne trouvera jamais).

Le fin des fins est atteint quand on nous annonce, à grand renfort de réclame qui interrompt le film gravé sur le DVD le plus performant, que ces progrès seraient une demande des consommateurs et enfin satisfaits !

Finalement, est-ce que l'industrie n'est pas une chose tellement importante qu'il ne faille pas en laisser la responsabilité aux seuls industriels ?




Un article du Monde Diplomatique / MARS 2004 / Pages 1, 22 et 23

UN CAS D'ÉCOLE : Comment la finance a tué Moulinex

Lors du Forum économique mondial de Davos, en janvier 2004, un sujet d'inquiétude a surgi, inattendu dans les cénacles : les délocalisations. Tant que celles-ci concernaient les industries traditionnelles, nul n'y trouvait à redire. Désormais, elles affectent des emplois de service parfois qualifiés (informatique, conseil juridique...) et touchent les classes moyennes. Les dirigeants occidentaux commencent à s'en inquiéter. En France, à la veille des échéances électorales, le président de la République et le gouvernement font semblant de découvrir les dégâts de la désindustrialisation afin de masquer leur bilan social désastreux (lire État d'urgence sociale). L'affaire Moulinex représente un cas d'école : soumise à la " dure loi des marchés financiers ", l'entreprise a exigé des salariés des adaptations sans fin. Dont elle est morte.

Par Frédéric Lordon Économiste, auteur de " Et la vertu sauvera le monde…, " Éditions Raisons d'agir, Paris, 2003.

On dit que le poisson rouge jouit d'une mémoire qui n'excède pas les trois secondes et qu'il en tire l'aptitude à tourner dans son bocal sans ennui. Toute à ses urgences instantanées - les buralistes, l'euthanasie, le voile, les radars -, la presse ordinaire fait tranquillement ses ronds dans l'eau. Il y a beau temps que l'affaire Moulinex lui est sortie de la tête. Pourquoi en aurait-elle gardé la trace ? Un dépôt de bilan qui remonte à septembre 2001, des enchères de liquidation un an plus tard : tout ça est si loin. Que reste-t-il de Moulinex ? Quelques centaines de salariés encore sur le carreau en dépit des promesses de reclassement - impropres à faire des images, autant dire rien.

On pourrait objecter que Moulinex ne jouit d'aucune singularité, et que les Metaleurop, Air Lib, et autres GIAT qui lui ont succédé n'ont pas moins de titres à revendiquer les attentions de l'actualité sociale. Si l'on veut ne pas s'abandonner à la litanie désespérante des catastrophes économiques, mais prendre la mesure des enchaînements qui les engendrent sans discontinuer, il est utile de s'arrêter un instant sur l'une d'elles, pourvu qu'on puisse y trouver les grands invariants de la destruction industrielle, ces mêmes causes qui produisent en de multiples endroits les mêmes effets. De ce point de vue, Moulinex est une affaire exemplaire, un cas d'école pour une anatomie de la mondialisation.

On finirait presque par croire, rétrospectivement, qu'elle était vouée de toute éternité à en épouser tous les accidents, toutes les contraintes déguisées en raison managériale - et finalement tous les malheurs.

Le destin de Moulinex bascule dans la période où la mondialisation semble prendre son essor. C'est au milieu des années 1980 que se pose la question de la succession de Jean Mantelet, président historique, paternaliste et typiquement fordien. Pour contourner la difficulté liée à l'impossibilité d'une transmission dynastique - faute d'héritier - la finance, au commencement d'une formidable vague d'innovations, propose déjà ses solutions et leur technicité au goût du jour. Adapté en français, le LMBO (1) anglo-saxon, qui a la faveur du moment, se dit RES : reprise de l'entreprise par ses salariés. Premier d'une longue série d'escroqueries intellectuelles qui culminera dans les contes de l'épargne salariale, le RES tient beaucoup à son appellation qui voudrait le faire passer pour une sorte de coopérative ouvrière capitaliste, oxymore sur le papier et mensonge dans la réalité puisque, le pouvoir étant proportionné à la participation financière, il est capté par les plus fortunés des cadres supérieurs, eux-mêmes déjà les plus haut placés dans la hiérarchie du commandement salarial. Le RECS, c'est-à-dire la reprise de l'entreprise par certains salariés, qu'on pourrait également appeler le REPGS - comme reprise de l'entreprise par les plus gros salariés -, installe aux commandes de Moulinex à partir de 1987 un triumvirat constitué par MM. Roland Darneau, directeur général, Michel Vannoorenberghe, directeur financier, et Gilbert Torelli, directeur commercial - le risque du soviet est donc écarté.

L'âge d'or de Moulinex s'enfonce dans le passé, son univers n'est plus le même. La concurrence tempérée du fordisme se fait plus dure, importations asiatiques obligent, mais surtout sous l'effet du pouvoir croissant des monopsones (2) de la grande distribution. M. Roland Darneau, qui pense que seuls des grands vendeurs peuvent ne pas être écrasés par de grands acheteurs, trouve là motif à épouser une mode stratégique en plein essor et promise à un brillant avenir : la croissance externe. La recherche de puissance par la taille entraîne Moulinex dans une série d'acquisitions internationales qui culmine en 1991 avec l'achat de l'allemand Krups... et laissera des traces durables dans le bilan de l'entreprise, maintenant lesté d'une dette considérable.

La stratégie de M. Darneau n'est pas structurellement stable : tout juste praticable par beau temps, elle ne peut résister à un à-coup conjoncturel important. Or, si la microéconomie de la mondialisation est parfois amusante quand tout va bien et qu'il est possible de s'adonner à l'ivresse des fusions, la macroéconomie dans laquelle elle est plongée n'est pas un long fleuve tranquille. Dominée par la finance internationale déréglementée, elle en importe l'instabilité intrinsèque et enregistre les secousses des marchés. Les années 1990 commencent, il va falloir s'accrocher : les secousses en question vont être de taille. La crise monétaire européenne de 1992 et la quasi-explosion du serpent monétaire européen (SME) conduisent à des dévaluations de la livre, de la lire et de la peseta qui détruisent les avantages compétitifs des produits Moulinex, peu différenciés et engagés sur des marchés de concurrence par les prix.

La direction de Moulinex, qui s'est d'abord adonnée à la mondialisation excitante - manœuvres financières du RES, stratégie internationale de croissance externe… -, en expérimente à présent tous les désagréments : l'entreprise est emportée comme fétu de paille par des forces adverses qui la dépassent. Depuis la restriction du crédit qui a suivi le krach immobilier de 1991-1992 jusqu'aux déséquilibres monétaires européens en passant par les aberrations de la politique de désinflation compétitive ficelée par les marchés, toutes les puissances de la finance déréglementée travaillent à détruire la croissance et l'emploi. Dans le secret de son cabinet, pourtant, M. Alain Minc commence la patiente méditation qui le conduira à l'hypothèse de la " mondialisation heureuse ". En attendant, les entreprises découvrent sur le tas la brutalité des retournements dont est capable un régime de croissance piloté par la finance. Au sortir d'une phase qui a vu l'extension de son périmètre industriel, mais au prix d'une grande fragilisation financière, Moulinex ne peut faire face à une dégradation conjoncturelle d'une telle violence.

Pour les banques qui ont elles-mêmes à digérer le flot des mauvaises créances laissées par le krach immobilier et qui réduisent leurs engagements, c'est assez ! Le client Moulinex est prié d'aller se faire financer ailleurs. Ce que le crédit bancaire ne veut plus assumer, seul le financement de marché peut le prendre en charge. Mais, pour que Moulinex puisse se présenter sur le marché et y lever des fonds propres, il importe préalablement de déverrouiller sa structure capitalistique. Menaçant de toute façon de fermer le robinet du crédit, les banques sont bien placées pour convaincre Moulinex d'aller se faire voir à la Bourse, et par conséquent de commencer par ouvrir son capital. Le RES, passé sans transition du statut de nec plus ultra à celui d'archaïsme, est débouclé. Les camarades dirigeants de l'ex-coopérative ouvrière peuvent sortir avec force plus-values, et l'" actionnaire " faire son entrée en majesté. L'actionnaire, c'est M. Jean-Charles Naouri et sa holding Euris. Avec 33 % du capital, il détient le contrôle effectif et peut nommer le président de sa stratégie : M. Pierre Blayau.

La Bourse exige des délocalisations

Passé par Pont-à-Mousson et Pinault-Printemps-Redoute, M. Blayau débarque à Moulinex début 1996 en archétype du patron au goût du jour. Rien de ce qui se termine en ing ne lui est étranger : downsizing, outsourcing, re-engineering sont les lieux familiers de sa pensée du progrès. Comme souvent, un rapport du cabinet McKinsey a pour fonction de certifier dans les termes de la novlangue managériale l'inéluctable bienfait du coup de machette qui va s'abattre. Les usines de Mamers et Argentan sont fermées, leur production transférée, notamment à Bayeux, et les salariés sont priés de suivre. Réduction drastique des coûts salariaux en France, délocalisation des productions et des marchés, externalisations et flexibilité : voilà ce que la Bourse souhaitait entendre. La seule annonce du plan de restructuration de Pierre Blayau suffit à faire bondir le cours qui, descendu à 65 francs (9,90 euros) fin 1995, remonte à 98 francs en juin 1996. Pendant ce temps, les collectivités locales et l'administration se débrouillent avec les plans sociaux de Mamers et Argentan...

L'idylle boursière de Moulinex ne va pas durer longtemps. La mondialisation n'est pas bonne fille. Alain Minc vient à peine de la déclarer heureuse, et voilà qu'éclate la crise financière internationale de 1997, répétée en plus violent en 1998 ! Pour Moulinex, c'est une catastrophe. Ses marchés extérieurs sont sinistrés, notamment l'Amérique latine et la Russie. L'effondrement de ses volumes d'activité est fatal à une entreprise dont la situation est encore chancelante, plus encore sous la pression des marchés financiers. Les analystes qui trouvaient magnifiques Moulinex et son management en ing révisent brutalement leurs avis et passent en position " vendeur ". À ce moment précis, M. Pierre Blayau, au risque de déplaire à son ami Alain Minc, commence à trouver la mondialisation un peu pénible. Les investisseurs y ont acquis une telle position de force qu'ils sont en situation de ne plus tolérer la moindre baisse de profit. Le financement par le crédit était ringard, cela va sans dire, mais la relation bancaire pouvait devenir partenariale et permettait alors de voir au-delà des fluctuations conjoncturelles et de supporter des baisses de rentabilité transitoires.

La finance actionnariale ne veut rien savoir de ce genre de tolérance ; elle exige en permanence l'ajustement instantané du profit. Aussi la direction de Moulinex n'a-t-elle plus pour obsession que de reconquérir au plus vite l'opinion actionnariale. Son sort en dépend puisqu'un cours trop bas rend l'entreprise " opéable ", d'autant que son capital est flottant à presque 70 %. Or les investisseurs ne sont plus disposés à attendre davantage lorsqu'il apparaît que l'exercice 1999 est catastrophique, et le premier semestre 2000 pire encore. Le titre, devenu très spéculatif depuis 1998, descend à 9,5 euros fin décembre 1999. Il faut faire quelque chose, et vite. M. Blayau sait d'ailleurs très bien quoi. Aux yeux de la tutelle actionnariale, le " quelque chose " est toujours la même chose : rétablissement de la rentabilité par la compression des coûts et abandon des branches les moins profitables. Près de 2000 postes sont supprimés.

La finance apprécie le beau geste... mais le trouve insuffisant. Désormais, il ne reste qu'une solution : l'adossement à un autre groupe. Après avoir caressé l'hypothèse Seb, M. Blayau entame des négociations avec Brandt, dont l'actionnaire majoritaire, l'italien El-Fi a acquis 23 % de Moulinex. Le projet de créer le troisième groupe mondial d'électroménager (3) est péniblement finalisé en décembre 2000. Absorption oblige, M. Blayau cède la place à M. Patrick Puy. Malheureusement, pendant les grandes manœuvres, la situation n'a cessé de se dégrader. En 2001, la conjoncture macroéconomique globale s'est une nouvelle fois retournée. M. Puy annonce, au printemps, un énième plan de restructuration, plus douloureux encore que les précédents - 4 000 emplois au total, dont 1 500 en France. Mais plus personne n'y croit. Ni les banques qui refusent de soutenir cette restructuration de plus, ni l'actionnaire principal El-Fi. Assèchement définitif du financement, dernière station du calvaire de Moulinex ; le bilan est déposé le 7 septembre 2001.

Disons-le une fois de plus au risque de polémiquer inutilement avec M. Alain Minc : pour Moulinex, la mondialisation a été un peu chienne. En vérité, elle ne lui a rien épargné. Elle lui a même sorti tout ce qu'elle avait en magasin : crises monétaires européennes, crises financières émergentes, éclatement de la bulle de 2000, avec à chaque fois leur cortège d'effets macroéconomiques - dévaluations surprises, retournements conjoncturels violents, le tout à accommoder dans l'instant sur le commandement du capital patrimonial. Entre tous ces fléaux, un point commun : la finance déréglementée.

Pourtant, la vraie peste qui a fait crever Moulinex vient probablement d'ailleurs. Elle vient de la concurrence dont toutes les forces ont été déchaînées au nom du progrès économique. La concurrence : maxime de toutes les déréglementations, sain principe de l'efficacité, aiguillon des tendances à la paresse...

On peut ne pas céder aux mythes du marché mondial et de la " loi d'un seul prix " des économistes sans méconnaître pour autant l'intensification des mécanismes concurrentiels depuis qu'ont été abattues les barrières qui cloisonnaient les marchés de biens et les investissements directs à l'étranger. Considérer que ces barrières ne sont pas tombées toutes seules mais qu'il a fallu des interventions actives pour les renverser donne une nouvelle occasion d'apercevoir que la " mondialisation " n'est pas le processus impersonnel qu'on décrit parfois, mais le produit d'un cumul de décisions de politiques publiques dont on pourrait nommer les auteurs et indiquer les lieux : GATT, OMC, G7, Accord de libre-échange nord-américain (Alena), Marché commun du Sud (Mercosur), Commission européenne, etc.

Le " père Mantelet " n'a pas connu ce monde-là. Lui n'a jamais eu affaire qu'à la paisible concurrence fordienne et à ses aimables arrangements oligopolistiques - à moi les micro-ondes, à toi les friteuses. Mais quand débarquent les concurrents asiatiques, quand les rivaux européens se mettent à faire construire en Chine ou au Mexique et quand la grande distribution pressure tout le monde indistinctement, ce sont des affrontements féroces qui déterminent la persévérance dans l'être. Le déchaînement de la concurrence généralisée fait alors vivre les salariés dans une tension permanente et exténuante, tension des luttes à mort du capital. Il ne faut pas chercher ailleurs le principe de l'incroyable récurrence des plans sociaux qui ont fini par équarrir Moulinex.

Porter le fer là où il faut

Sous l'effet des menaces constantes de la concurrence, il n'est pas de repos possible, et les assauts des rivaux, qui eux aussi se battent pour survivre, doivent sans cesse être repoussés. Il est là, le grand bond en avant - ou plutôt en arrière - de la mondialisation : dans l'abattement de ces barrières qui, isolant relativement les marchés nationaux, permettaient de développer des productions protégées et évitaient les comparaisons systématiques des coûts et des taux de profit. Or, sous l'effet de la déréglementation des marchés de biens, ces comparaisons sont devenues permanentes et obsessionnelles. Les prix sont constamment mis en regard, les rentabilités jaugées, le tout sous l'œil d'une finance patrimoniale qui entend ne rien céder ; deux contraintes - celle du marché des biens et celle du marché financier - entre lesquelles les moins robustes finissent broyés à coup sûr. Mais n'est-ce pas là après tout la saine vertu darwinienne du " marché " ?

Que survivent donc seuls ceux qui peuvent produire à des prix en chute libre tout en garantissant les 15 % de retour sur fonds propres ! On devine qu'il n'y aura pas grand monde à l'arrivée. Ces contraintes existent maintenant, elles s'imposent objectivement aux entreprises qui le plus souvent ne les ont pas inventées même s'il y a des patrons suffisamment bêtes pour en faire l'apologie plastronnante - en général à la tête de monopoles qui ont le moins à redouter.

C'est à ce moment précis que l'analyse devient douloureuse. Car il faut admettre que nombre des arguments avancés par les dirigeants de Moulinex pour justifier leurs restructurations successives sont fondés, au moins tant qu'on les considère selon les critères de la seule logique dont ils se revendiquent : la logique économique. Il est exact que M. Blayau trouve en Moulinex un groupe verticalement intégré au-delà du raisonnable. L'entreprise ne peut pas tout faire. Sous-traiter la fabrication de certaines de ses pièces et se transformer en assembleur ne manque pas de rationalité. Il est exact que l'appareil industriel est mal configuré : pour des raisons (économiquement) peu contestables de productivité, il faut en finir avec la production des mêmes biens éclatée sur une multiplicité de sites, tirer parti des effets de volume en procédant à des regroupements. Il est exact encore que Moulinex ne peut, sauf à accepter de disparaître, faire passivement le constat que le prix de vente des fours à micro-onde a baissé de 40 % en dix ans, que les importations de cafetières en provenance du Sud-Est asiatique ont été multipliées par deux, ou que le krach russe de 1998 lui inflige des pertes instantanées de volume de 25 % à 50 % sur certains produits. Il est exact enfin que, d'une manière générale, la formule stratégique pour haute concurrence commande de mettre le paquet sur les positions de leadership et de larguer tout le reste !

Il faut dire toutes ces choses, mais surtout dire de quelles contraintes elles sont le produit - contraintes de la déréglementation généralisée - pour cesser de se tromper de combat et, en particulier, pour cesser d'attendre des patrons qu'ils fassent autre chose que ce que le système des contraintes structurelles où ils se trouvent placés leur commande de faire presque nécessairement. Plutôt que d'espérer vainement que les patrons deviennent sociaux et vertueux comme par l'effet du Saint-Esprit, il faut porter le fer là où il doit l'être, c'est-à-dire là où sont redessinées les structures, faites et refaites les grandes règles qui déterminent tout le reste.

Il le faut d'autant plus que cette concurrence déchaînée est doublement un fléau : par ses effets objectifs, mais aussi par son évanescence. L'exploiteur avait jadis un visage, celui du patron et de sa classe. Le principe actuel d'exploitation n'en a plus ; dépersonnalisé, il est devenu abstrait : ce sont des lois structurales, lointaines et intangibles - et pourtant concrètement, terriblement actives. Bien sûr, c'est toujours le capitaliste qui ordonne et qui pressure, mais il peut en imputer la faute aux " contraintes ", et le pire, c'est que l'argument est d'une hypocrisie bien fondée ! C'est là tout le drame des salariés qui se battent pour leur sort : les luttes locales sont devenues sans espoir hors la perspective d'un débouché politique global. Ce n'est pas dans le bureau du patron qu'ils trouveront le fin mot de leur malheur.

Pourtant, on ne peut pas concéder au capital industriel le bien-fondé (parfois !) de ses arguments économiques sans simultanément en regarder les corrélats vécus. Oui, il est économiquement rationnel de regrouper les friteuses de Mamers à Bayeux. Mais M. Max Matta, le directeur des relations humaines de M. Blayau, ferait mieux de ne pas se gargariser avec ses efforts d'aide à la mobilité : à partir de 1997, des ouvrières qui n'ont pas pu déménager se lèvent à 3 heures pour embaucher à 6 heures à Bayeux... On aimerait y voir M. Matta à l'année, et les conséquences sur sa petite vie de famille. Oui, il fallait restructurer l'appareil industriel, mais M. Bernard de Crevoisier, directeur industriel venu de Valeo, serait inspiré également de ne pas trop plastronner avec sa splendide réorganisation de la production " par îlots ", réputée développer l'autonomie et l'épanouissement - il se trouve qu'elle développe aussi l'autosurveillance des ouvrières et les troubles musculo-squelettiques.

Ainsi, reconnaître à la grammaire économique sa cohérence n'est pas donner le fin mot de l'histoire quand il est manifeste qu'elle contredit à ce point celle de la vie des salariés. Au total, le problème des luttes locales connaît donc un double déplacement : du lieu de l'exploitation vécue vers le niveau des structures générales, d'une part, et des arguments (fondés) de la rationalité économique à la contestation de son monopole (infondé) comme principe organisateur de la société, d'autre part. Logique économique, logique de vie. La contradiction n'est pas près de se résorber. On a longtemps donné à croire aux salariés qu'il leur suffisait de faire le gros dos pour passer une crise d'adaptation temporaire. Il n'en est rien.

Les entreprises du secteur industriel sont entrées dans un régime de restructuration permanente, car les luttes concurrentielles n'ont pas de fin. Elles sont d'ailleurs le moteur d'un gigantesque mouvement de remaniement de la division internationale du travail qui voit entrer tour à tour de nouveaux compétiteurs géographiques, Asie du Sud-Est, Amérique latine, Chine, Inde, chacun muni d'avantages compétitifs, notamment juridiques et salariaux, dépassant ceux de ses prédécesseurs. C'est dire que les sociétés n'ont pas fini d'être mises sous tension et leurs salariés malmenés. Car, quand bien même on déciderait de jouer le jeu et de déplacer toute l'économie française, par exemple, vers les positions hautes de la division internationale du travail, il s'en faudra au minimum d'une ou de deux générations de salariés de l'industrie massacrées avant qu'on ait transformé tout le monde en " professionnels " ou en " manipulateurs de symboles ".

Les capitalistes feignent de ne pas voir, et peut-être sont-ils suffisamment bornés pour ne pas voir vraiment, le degré auquel leur cohérence économique ravage la société salariale. Tout à leur illusion, ils sont happés dans le jeu de la concurrence où ils s'investissent d'autant plus profondément qu'il est devenu le support de leurs accomplissements existentiels. Les salariés ne doivent pas compter plus que des choses, sous peine d'empêcher les capitalistes de vivre intensément leur passion compétitive. Et ces derniers s'adonnent aux émotions fortes de la lutte à mort avec d'autant plus d'excitation… que ce ne sont jamais eux qui meurent ! Bien sûr, de temps en temps, l'un d'eux, qui a vraiment fait plus de bêtises que la moyenne, voit le manche lui échapper et finit dans un anonymat un peu honteux. Mais aucun n'est jamais menacé dans ses conditions matérielles d'existence.

Responsabilités politiques

C'est peut-être ce genre de détail, subalterne par rapport au jeu des structures vu de Sirius, mais furieusement exaspérant au ras du terrain, qui pourrait finir un jour par mettre le feu aux poudres. De ce point de vue, et on peut le dire sans nuire au documentaire de Gilles Balbastre (4), qui ne repose pas vraiment sur le ressort du suspense, son générique de fin fait assez mal. Sur le mode de " que sont-ils devenus ? ", on y voit défiler les grands de Moulinex : M. Roland Darneau, filmé dans ses meubles après une plus-value de 7,4 millions de francs en sortie de RES, ça va bien pour lui ; M. Jean-Charles Naouri, dixième fortune de France en 2000 ; M. Pierre Blayau, recasé président de Géodis. Et puis les petits : Mme Véronique Cauvin, toujours au chômage ; Mme Hughette Tison, en congé de conversion ; Mme Yvette Josselin, préretraitée d'office ; Mme Marie-France Sanchez, en allocation solidarité, pour ne rien dire des existences en lambeaux, ravaudées à l'antidépresseur, et des familles fracassées...

Le plus époustouflant dans cet invraisemblable scandale, dont on pourrait trouver maints autres exemples, c'est le besoin qu'éprouve la plus grande partie de la classe dirigeante économique, non pas de le passer sous silence, mais d'en faire l'apologie en expliquant comme il est juste que la rémunération aille au mérite et combien grands sont les bienfaits de la société du risque.

Cette classe dirigeante économique ne risque pas d'être contredite par la classe politique, en tout cas celle qu'on dit " de gouvernement ", qui, avec encore plus de bêtise que l'autre n'a de cynisme, vante les charmes, certes parfois un peu rudes, de la mondialisation et tous les avantages de s'y adapter bien vite. Avec cette particularité supplémentaire d'une assez remarquable schizophrénie. Ce sont en effet les mêmes individus qui, ministres engagés dans l'éther des négociations internationales, manient avec conviction les abstractions de la mondialisation et de la déréglementation, qu'ils font activement progresser, et qui, redevenus élus locaux, en constatent de visu les dégâts et doivent se livrer aux tâches ingrates de passer la serpillière, mais cela sans qu'à aucun moment ne s'établisse la liaison entre les deux temps de leur action.

Ainsi M. Gérard Longuet, au hasard, ministre de l'industrie dans les cénacles internationaux et dirigeant du Parti républicain, considère sans l'ombre d'un doute que la libéralisation est un incontestable bienfait. Mais M. Longuet Gérard, ministre de l'industrie en France et élu local, a du mal à laisser couler Moulinex sans rien faire et se démène comme un beau diable pour convaincre la Caisse des dépôts de remettre au pot - solution bien peu libérale - ou pour faire jouer les dispositifs d'aide aux plans sociaux. Viendra-t-il à l'idée de Gérard-Longuet-Gérard qu'il y a connexion entre les progrès qu'il fait faire au GATT et la noyade de Moulinex ? Pas un instant. Car l'entendement du ministre comprend les consécutions directes, mais ne va pas au-delà des effets à deux bandes. Ainsi les désastres industriels demeurent-ils incompréhensibles faute d'être rapportés à leurs vraies causes, qui résident dans quelques obscures décisions passées, prises très loin des sites qui ferment aujourd'hui, coups de force oubliés où pourtant tout s'est déterminé.

Qu'on n'aille pas voir un parti pris politique sournois dans le choix de l'exemple. Les pires ne sont pas forcément du côté qu'on croit. La conversion a le don de produire des lanciers dont le camp des convaincus de toujours finit par envier l'intransigeance. De ce point de vue, l'un des moments les plus sidérants du documentaire de Balbastre réside sans doute dans l'entretien avec M. Christian Pierret, secrétaire d'État à l'industrie du gouvernement Jospin.

Certes, dès 2000, M. Pierret, jupitérien, a tonné. Il a " exigé " que l'entreprise tienne " strictement " ses engagements de ne procéder à aucun licenciement sec. On ne va pas lui en vouloir pour si peu. Tous les autres concernés de tous les bords ont fait la même chose : propos martiaux, indignation écumante, dérisoires gesticulations de politiques face à des forces qui les dépassent complètement - sauf aux moments où ils les arment en toute inconscience. Mais, dans son bureau ministériel, où la convention implicite veut qu'on parle sérieusement des choses sérieuses, M. Pierret s'exprime avec la sagesse assurée de celui qui connaît les mystères de l'inéluctable : " Si les salariés pensent ça, c'est qu'ils n'ont pas compris ce qu'est ce monde de compétition, d'ouverture, de concurrence.(...) Nous n'avons pas suffisamment, nous à gauche, fait de pédagogie, pour expliquer ça. (...) Et ce qui se passe aujourd'hui, c'est qu'on a des gens qui refusent de manière magique (...) la réalité économique qui, qu'on le veuille ou non, est la réalité, aussi forte que la loi de la pesanteur. "

Pour que la chose prenne vraiment toute sa saveur, il est bon d'ajouter que l'entretien a été enregistré le 23 avril 2002, le surlendemain de la sévère défaite de M. Jospin au premier tour de l'élection présidentielle.

C'est peut-être à ce moment que les nerfs déjà bien mis en pelote par les 50 minutes de documentaire qui ont précédé en prennent un vieux coup et que vacillent les contentions qui font ordinairement accorder que la violence physique n'est pas une solution. Rendu en ce point critique où se cumulent tout à la fois la suffisance, la bêtise, l'aisance matérielle et les honneurs publics, on demande, on quémande, en jurant que ce ne sera que pour une fois et puis plus jamais, l'autorisation, juste l'autorisation d'une petite paire de gifles, bien sûr un peu retenue et pas trop fort, mais quand même pif paf, comme ça, pour le bonheur d'un instant de soulagement.


FRÉDÉRIC LORDON.


(1) LMBO : Leverage Management Buy-Out, ou rachat d'une entreprise à l'aide d'un minimum de capitaux propres et une forte proportion de dettes produisant l'effet dit " de levier ".

(2) C'est le contraire d'un monopole : un acheteur, une multitude de vendeurs.

(3) Regroupant Brandt, Vedette, Thomson, Thermor, De Dietrich, Sauter, Krups et Moulinex.

(4) Le documentaire de Gilles Balbastre Moulinex, la mécanique du pire, dont Frédéric Lordon a été un des conseillers, est diffusé par France 5, le 1er mars, à 15 h 45.




LA JAUNE ET LA ROUGE de septembre 2003 :

L'ENTREPRISE ET L'ENVIRONNEMENT, QUELLES MÉTHODES, QUELS OUTILS ?

Entreprise et environnement : Histoire d'une longue intégration

Thierry LIBAERT, chef de projet EDF R&D, maître de conférences IEP Paris



Bien qu'elle soit issue d'une longue histoire, c'est seulement ces toutes dernières années que l'entreprise française ou occidentale semble avoir intégré la dimension environnement dans ses choix micro-économiques. Il est vrai qu'elle vient de loin et que, pour l'industrie, l'environnement était davantage un moyen de production qu'un bien à protéger. Cela reste vrai aujourd'hui, et si la demande sociale envers les entreprises est très importante pour la protection de la nature, il ne faut jamais oublier que la finalité première de l'entreprise est la production.

On peut schématiquement fixer quatre périodes pour cette intégration de la préoccupation environnementale, qui correspondent chacune à des comportements, des attitudes de l'entreprise envers les écosystèmes. Elles regroupent tout à la fois des événements écologiques, un type d'opinion publique et un mode de réglementation similaires.

I - Les quatre étapes clés

1. Exploiter

La première période dure près de deux siècles, et démarre vers 1780, date de ce que l'on a coutume d'appeler la révolution industrielle. C'est le moment où sous l'effet de la généralisation de la machine à vapeur, des premiers chemins de fer, des premiers fours industriels, l'entreprise commence à prendre son essor. L'Angleterre est le premier pays à connaître cette évolution ; la France ne débuta sa révolution industrielle qu'une quarantaine d'années plus tard, vers 1820. L'environnement est une notion totalement absente des préoccupations de l'époque.

La révolution industrielle coïncide avec l'apogée de la philosophie des Lumières, un mouvement intellectuel qui pense que l'histoire a un sens et que le progrès est constant. Condorcet (1743-1794), persuadé de la perfectibilité infinie de l'homme, est l'un des représentants emblématiques de ce courant de pensée.

Cette philosophie des Lumières inspire la science économique qui prend alors son essor, dont Adam Smith (1723-1790) est l'un des pères fondateurs. Dans La richesse des nations, écrit en 1767, il distingue trois facteurs de production : le travail, le capital et la terre. C'est de leur utilisation combinée que les richesses peuvent être produites.

Toute l'école classique qui en est issue (Ricardo, Stuart Mill), ainsi que les physiocrates regroupés autour de leur chef de file Quesnay, ont ceci en commun que l'environnement, qu'ils appellent la Terre, est toujours perçu exclusivement comme une ressource à exploiter. Ils s'interrogeront certes sur les dangers des processus de production qui aboutissent à une raréfaction des ressources naturelles et donc à une diminution de la rente foncière et du taux de profit. Cette idée d'une limite naturelle à la croissance et d'un stock limité de ressources naturelles développée surtout par Ricardo (1772-1823) et sous une forme différente par Marx (1818-1883) a été principalement popularisée par Malthus (1766-1834).

Toutefois, si l'on analyse l'ensemble des théories économiques, il apparaît clairement que l'environnement est toujours perçu comme un facteur de production, jamais comme une ressource naturelle à sauvegarder. Seuls quelques rares auteurs comme Antoine-Augustin Cournot (1801-1871), qui publie Les principes de la théorie des richesses en 1838, relèvent le décalage entre maximalisation immédiate du profit et rentabilité à long terme au travers de l'extinction des ressources non renouvelables et la disparition de certaines espèces animales. Les théories économiques, même plus récentes comme le Keynésianisme, qui se concentre sur la recherche du plein emploi par une politique économique axée sur la demande, sont totalement silencieuses sur l'environnement. La théorie monétariste, développée par Milton Friedman, prix Nobel d'économie, illustre jusqu'à la caricature cette conception minimale : " Il existe peu de courants plus dangereux pour les fondements mêmes de notre société libre que l'acceptation par les dirigeants d'entreprise d'une conception de la responsabilité sociale autre que de servir du mieux possible les intérêts de leurs actionnaires. " (Capitalisme et liberté, Chicago Press, 1962).

On peut postuler que la science économique classique a fait autant de bien au développement industriel qu'elle a fait de mal à l'environnement. Il paraît certain, que, conjuguée aux idées philosophiques de l'époque basées sur une croyance infinie en l'homme et en la technique, l'économie politique a jeté les premières bases d'une théorisation de la destruction de la nature. Elle s'est aperçue de la limitation des ressources naturelles mais, à aucun moment, elle n'en a tiré de conséquences positives pour la protection de l'environnement.

Ces idées d'un homme dominateur et exploiteur de la nature se retrouvent aujourd'hui dans les états du Tiers-Monde. Les bases philosophiques et religieuses sont certes totalement opposées, et les philosophies orientales, par exemple, postulent une insertion totale de l'homme dans la nature avec laquelle il ne fait qu'un. Toutefois, elles se retrouvent autour d'une évidence qui est que la protection de l'environnement ne passe qu'après la protection de soi-même et de sa famille. Dans les états du Tiers-Monde, tout comme dans les pays occidentaux du siècle précédent, l'impératif industriel est plus fort que la protection de l'environnement.

C'est une notion essentielle pour la compréhension des grands débats mondiaux sur l'environnement. Chicco Testa, parlementaire italien, avait coutume d'expliquer ceci : "Comment pouvons-nous faire comprendre aux habitants du Tiers-Monde qu'il faut protéger l'environnement pour sauver les futures générations qui viendront sur terre dans 50 ou 100 ans, alors qu'ils ont un problème immédiat et urgent, qui est de se nourrir eux-mêmes et si possible leurs enfants ?".

Durant toute cette période, qui s'étend jusque vers la fin des années 60, les voix de l'opinion publique ne se font quasiment pas entendre sur l'environnement. Les Français d'après guerre ont d'autres centres d'intérêt : les craintes budgétaires, puis de logement, et surtout le désengagement de l'Afrique du Nord les préoccupent bien plus que la protection de l'environnement.

Il est aussi intéressant de constater qu'au cours de cette période les Français sont plutôt fiers de leur industrie et des grandes réussites techniques. C'est ainsi que les premières centrales nucléaires qui naissent dans les années 1950 sont saluées comme des réussites techniques, et ne se heurtent à aucune opposition.

Parallèlement à cette absence de demande sociale envers la protection de l'environnement, les réglementations sont peu nombreuses et peu contraignantes. Il y a eu plus de règlements sur la protection de la nature durant les vingt dernières années que durant toute l'histoire qui a précédé.

Les principales dispositions concernant l'environnement édictées avant 1965

1669 : Ordonnance sur les eaux et forêts.

1810 : Décret (15.10.1810) relatif aux manufactures et ateliers insalubres, incommodes ou dangereux.

1845 : Loi (25.07.1845) sur les substances vénéneuses.

1917 : Loi (19.12.1917) relative aux établissements dangereux, insalubres ou incommodes.

1961 : Loi (02.08.1961) relative à la lutte contre les pollutions atmosphériques et les odeurs.

1964 : Loi (16.12.1964) relative à la lutte contre la pollution des eaux.


Au sein des entreprises, l'environnement apparaissait comme une donnée absente des stratégies à long terme : si le progrès technique pouvait apporter des nuisances, il pouvait également les faire disparaître.

Absent des préoccupations, il était également absent des organigrammes où il n'était envisagé que sous l'angle des risques potentiels. Cette activité de prévention des pollutions était alors gérée soit par le service concerné, soit par un délégué à la sécurité. Pour le reste, des rejets extérieurs limités et l'absence de réelle connaissance du fonctionnement des écosystèmes ne nécessitaient pas de la part de l'entreprise d'autre préoccupation que la gestion des risques immédiats.

2. Gérer

La seconde époque s'échelonne entre les années 1967-1968 et 1973-1974. Elle représente l'émergence de l'environnement sur la scène politique, sociale et industrielle.

Le 18 mars 1967, le super-tanker Torrey-Canyon s'échoue en Cornouailles. 12 000 tonnes de pétrole brut s'échappent des soutes et se répandent sur près de 400 km de côtes. On comptera 35 000 tonnes d'animaux exterminés, dont 1 500 pingouins et 4 000 macareux.

Cet accident aura un profond retentissement dans l'opinion publique. Il s'agit du premier accident industriel de cette importance et, surtout, il est largement médiatisé. La télévision montre des images d'oiseaux englués, de poissons flottants ventre en l'air, l'émotionnel est atteint.

Mai 1968 n'est pas un événement écologique stricto sensu. Il exprime des idées anti-industrielles, mais est davantage dirigé contre la société de consommation que pour l'environnement.

Les slogans de l'époque "Sous les pavés la plage", "On ne fait pas l'amour avec un taux de croissance", traduisent plutôt des préoccupations contre que pour un idéal. En ce sens, il est un mouvement de révolte qui, s'il paraît avoir échoué en juin 1968, aura certainement été un des événements majeurs de l'écologie française. Si mai 1968 ne prônait pas le respect de la nature, voire le retour à la terre, il aura été le déclencheur de comportements en ce sens qui s'exprimeront quelques années plus tard.

En 1969 paraît en France Quelle terre laisserons-nous à nos enfants ? de l'américain Barry Commoner. Ce livre, paru en 1963 aux États-Unis, interpelle la communauté scientifique sur les déviances possibles du progrès technologique et relaye un autre grand classique paru l'année précédente, Le printemps silencieux de l'américaine Rachel Carson. L'ouvrage Avant que nature ne meure, du responsable du Muséum d'Histoire Naturelle, Jean Dorst (1924-2001) eut également un grand retentissement. Paru en 1965 et traduit en 17 langues, ce livre s'élevait contre l'exploitation destructrice de l'environnement et appelait à la sauvegarde de la biodiversité. Une version abrégée La nature dénaturée parut 5 ans plus tard.

L'affaire du Larzac, à la même époque, prend figure, notamment pour les associations écologiques, d'un véritable symbole. L'armée souhaitait l'extension d'un camp militaire, ce qui nécessitait l'expulsion d'une quarantaine de fermes. "Les chars contre les charrues", "Des brebis, pas des bombes"..., le Larzac aura fortement marqué toute une génération de militants écologiques ou anti-mondialistes comme José Bové. La charge émotionnelle fut telle que la première décision présidentielle après le 10 mai 1981 sera d'annuler le projet d'extension du camp.

En 1972, se déroule sous l'égide des Nations-Unies la première conférence internationale sur l'environnement à Stockholm. Elle marque pour la première fois la prise de conscience des problèmes d'environnement, et souligne surtout que ceux-ci sont planétaires.

La même année paraît le premier rapport du Club de Rome, maladroitement traduit en français sous le titre Halte à la croissance ? (le titre anglais est the limits to growth). Ce travail, qui réactualisait d'anciennes thèses économiques sur l'incompatibilité entre une croissance économique et démographique illimitée et des ressources naturelles limitées, se basait sur des modèles économétriques très sophistiqués. Son retentissement fut d'autant plus important que ses commanditaires étaient des responsables d'entreprises comme Aurélio Peccei (vice-président d'Olivetti) ou Giovanni Agneli (président de Fiat), ses auteurs des chercheurs du MIT, et que son contenu n'était pas une charge idéologique mais une étude quantitative détaillée.

Parmi les événements qui illustrent cette époque, il faut signaler également la naissance des premières grandes associations de protection de la nature.

En 1969, elles se regroupent au sein de la Fédération Française des Sociétés de Protection de la Nature (qui deviendra France Nature Environnement). L'année suivante est créée l'association "Les Amis de la Terre" qui s'organise immédiatement en réseau pour s'implanter dans la plupart des grandes villes. Une presse spécialisée relaya ces débuts du mouvement écologique, notamment Combat Nature, lancé en 1971, et surtout Le Sauvage (1973) dirigé par Alain Hervé, trimestriel de réflexion écologique qui eut une grande influence sur les mouvements de protection de la nature.

L'écologie commence à s'institutionnaliser. Jacques Chaban-Delmas sera à l'origine, en 1971, du premier ministère de l'Environnement, confié à Robert Poujade. Elle commence aussi à pénétrer les entreprises qui se dotent d'embryons de service environnement, comme Elf Aquitaine qui crée en 1971 son Centre d'Information et de Recherche sur les Nuisances.

La sensibilité de l'opinion publique à l'égard de l'environnement commence également à être perceptible dans les sondages. C'est vers 1970 que ceux-ci deviennent ciblés sur des questions plus spécifiquement écologiques (pollution, qualité de vie, protection de la nature), alors que quelques années auparavant, les questionnements portaient davantage sur des thèmes d'aménagement du territoire ou d'urbanisme.

En mars 1973, une enquête de Publimétrie réalisée pour la 2ème chaîne de télévision indique que 77 % des français estiment que les dangers de la pollution sont sous-estimés. Selon le même sondage, 46 % de français se déclarent prêts à payer plus cher des produits dont la fabrication est non polluante : en 1973, l'écolo-marketing était déjà en germe.

3. Répondre aux attentes du public

La période suivante, que l'on peut situer entre 1974 et 1985, correspond avant tout à ce qui fut appelé "crise économique", mais qui n'est peut-être qu'une période de croissance "normale" après l'euphorie des trente glorieuses.

Cette crise a eu des effets décisifs sur l'écologie et son rapport au monde industriel. Elle a ruiné toute idée de croissance zéro, mis le chômage au 1er plan des préoccupations des Français, et entraîné une reconnaissance de l'entreprise, surtout après 1981, comme acteur essentiel de la vie économique.


Quelques catastrophes marquantes

10 juillet 1976 : accident chimique à Seveso

24 janvier 1976 : naufrage de l'Olympic Bravey au large d'Ouessant

13 octobre 1976 : naufrage du Boehlen au large de l'île de Sein

16 mars 1978 : naufrage de l'Amoco Cadiz au large des côtes bretonnes

28 mars 1979 : accident nucléaire à Three Mile Island en Pennsylvanie

3 décembre 1984 :catastrophe chimique à Bhopal en Inde


Toutefois de nombreux accidents, largement médiatisés, émaillèrent cette période. Toutes ces catastrophes, qui trouvèrent un très fort écho dans l'opinion publique, ont eu des incidences fortes sur le développement du mouvement écologique et sur la réglementation des activités industrielles.

Un autre événement, purement français, aura marqué cette époque : il s'agit du lancement, le 5 mai 1974, d'un ambitieux programme de développement de l'énergie nucléaire. Le plan Messmer, adopté en Conseil des Ministres, prévoit l'engagement de 50 tranches nucléaires de 1000 mégawatts à l'horizon 1980. L'argument avancé est la reconquête de l'indépendance nationale après le premier choc pétrolier.

La maturité institutionnelle et industrielle

La période 1974-1985, si elle marque un certain essoufflement du mouvement "vert", aura paradoxalement été propice au niveau gouvernemental et industriel.

Au niveau gouvernemental, on constate surtout l'apparition d'une réelle réglementation concernant la protection de la nature. Une loi est particulièrement importante, celle du 19 juillet 1976 relative aux installations classées pour la protection de l'environnement, qui subordonne toute implantation nouvelle à une autorisation préalable. Cette dernière, soumise à une enquête publique, doit contenir entre autres une étude d'impact sur l'environnement et les éventuels risques présentés par l'exploitation. Cette loi sera renforcée par la loi du 12 juillet 1983 (loi Bouchardeau) relative à la démocratisation des enquêtes publiques et à la protection de l'environnement.

Devant cette réglementation stricte, assortie de sanctions très lourdes, l'industrie a dû intégrer l'environnement dans ses choix économiques.

Les entreprises se sont dotées de services environnement à part entière, voire de Directions spécifiques, comme Elf Aquitaine en 1982. La moitié des cent premières entreprises françaises possédaient en 1986 leur propre service environnement. Cette fonction environnement, historiquement issue des directions qualité-sécurité, n'était généralement constituée que de quelques personnes.

C'est aussi le début de l'environnement comme élément d'une stratégie de positionnement d'image, et l'on voit quelques entreprises sortir les premières campagnes sur ce thème, comme Total qui, dès 1978, placardait des affiches représentant un paysage de campagne avec pour accroche "C'est beau chez nous".

4. Construire une image durable

La dernière période débute en 1986. Elle se traduit par un remodelage de " l'idée écologique " dû à trois facteurs :

1. De nouvelles catastrophes : Tchernobyl, Bâle, Exxon Valdez ;

2. L'émergence de problèmes mondiaux : C.F.C. et couches d'ozone, CO2 et effet de serre, destruction de la forêt amazonienne, pluies acides ;

3. Le retour transitoire à la croissance à partir des années 1986-1987.

Une prise en compte décisive au niveau gouvernemental et industriel

A partir de 1988-1989, toute une série de mesures sont prises sur le plan institutionnel. Les plus originales concernent certainement le développement de la coopération internationale. Ainsi, 1989, année européenne de l'environnement, voit tout à la fois la création de l'agence européenne de l'environnement, le sommet international de La Haye sur l'environnement, la conférence internationale sur la couche d'ozone à Londres, le sommet du G7 à l'occasion du bicentenaire de la révolution française qui fait une large place aux questions d'environnement, la première réunion à Paris des états signataires du traité de l'Antarctique...

Au niveau international, commence à émerger une série de projets gouvernementaux sur les éco-bilans, les audits environnement, la taxation pollueurs-payeurs, des encouragements fiscaux à la dépollution. Le ministère de l'Environnement tâche, davantage par des procédés incitatifs que réglementaires, d'agir malgré une marge de manoeuvre assez étroite.

Quant aux entreprises, elles paraissent définitivement intégrer l'environnement dans leur stratégie. 40 % des 130 premières entreprises ont créé leur propre service environnement depuis 1987. Parallèlement, elles mettent en place des indicateurs de suivi de l'environnement et s'engagent sur des objectifs précis. Certaines entreprises s'aperçoivent du créneau et décident de porter leurs efforts sur l'environnement. Ainsi, la Lyonnaise des Eaux qui écrit dans son rapport d'activité 1988 : " le futur est l'environnement ".

En fait, c'est le rôle assigné à l'entreprise qui a considérablement évolué. De simple producteur, elle apparaît de plus en plus comme un acteur social aux multiples activités. L'entreprise cherche à devenir " citoyenne ", et d'elle-même, sans demande extérieure, agit et essaye d'anticiper les évolutions.

La prise en compte de l'environnement à tous les stades de la vie de l'entreprise apparaît alors comme pouvant entraîner des effets positifs, comme celui de mobiliser son personnel, de réduire ses coûts, ou de conquérir de nouveaux marchés grâce au positionnement écologique des produits, comme l'illustrèrent dès 1989 les actions marketing des entreprises Henkel (Le Chat Machine) ou Reckitt et Coleman (Maison Verte).

Quant à l'avenir - le développement durable est-il durable ? - plusieurs paramètres militent dans le sens de l'amplification de l'intégration environnementale dans l'entreprise : sa place dans la normalisation commerciale, les enjeux financiers associés à l'orientation des flux boursiers, la valorisation du consommateur qu'elle permet, le poids des interlocuteurs externes, ONG et associations, l'amplification du droit de l'environnement, la demande sociale et politique et bien sûr le constat d'une nature perçue comme de plus en plus fragile.

Les Français, l'environnement et l'entrepriseSi les français se déclarent préoccupés des problèmes d'environnement, ils éprouvent quelques difficultés à cerner les enjeux et la réalité de ces problèmes.

Ils ne sont ainsi que 26 % à déclarer connaître le terme de "développement durable". Ils sont près de 2/3 à estimer que le progrès technique ne résoudra pas ces problèmes alors qu'ils n'étaient que la moitié dix ans auparavant. Les entreprises restent le principal accusé concernant la dégradation de l'environnement, puisque 47 % des Français estiment qu'elles en portent la responsabilité majeure, loin devant les gouvernements, les consommateurs ou les agriculteurs. Quatre français sur dix vont jusqu'à s'accorder à qualifier le discours des entreprises sur l'environnement de "bidon" (Source : Baromètre Environnement EDF - R & D 2002).

Déjà en 1995, un sondage publié par l'Institut Français de l'Environnement enseignait qu'à la question "Quelles sources d'information, à votre avis, disent la vérité en ce qui concerne la protection de l'environnement ?", l'industrie avait recueilli 0 %. Pour être positif, on peut conclure que cela lui laisse une belle marge de progression.




L'ex-PDG de Moulinex en garde à vue :
http://www.lexpansion.com/compteur/compteur.asp?compteurId=689&redirURL=http://www.lexpansion.com/art/2489.76890.0.html

Blayau face aux « Moulinex » :
http://www.humanite.presse.fr/journal/2005-05-09/2005-05-09-633975

De la moulinette au foot : Blayau est-il l'homme de la situation ?
http://www.maxifoot.fr/articles/1999/www.maxifoot.fr/homepage

« Un idéaliste , un patriote » :
http://www.alsapresse.com/jdj/99/08/28/dossier/itw.html

Indicateurs de pressions sur l'environnement : l'industrie
http://www.ifen.fr/donIndic/Indicateurs/perf2000/22.pdf






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