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Inhibition de l'action
Inhibition de l'action

Sommaire de la page (Articles, Dossiers, Études...) : Francis Ginsbourger : la souffrance est une question de pouvoir / Sites Internet et articles / Corrélats /


Libellule déprimée (Platetrum depressum)
En ce début d'année 2006, plusieurs libellules ont fréquenté pendant plusieurs jours le jardin de Kerpotence à Hennebont. Pourtant ce jardin est à plus d'un kilomètre de la mare la plus proche, laquelle d'ailleurs n'accueillait, jusqu'à présent, aucune des trois espèces observées (cordulie à deux taches, libellule déprimée et leste fiancé).


La libellule déprimée, qui s'était installée sur la terrasse au-dessus de la rocaille dont les fleurs sont très visitées par des syrphes (Rhingia, Chrysotoxum, Xylotomina, Eristalis, Volucella, etc.), s'est prise au piège de la véranda de laquelle elle ne trouvait plus la sortie.

Je fus donc obligé de la capturer pour lui rendre sa liberté. Je ne pouvais rien faire autrement que de la saisir avec la main. Aussitôt que je la coiffais de ma main, l'insecte tomba littéralement en catalepsie. À peine si ces ailes ont tremblé un peu. Je pus donc la sortir sans qu'elle ne se débatte et la poser sur un support duquel, à peine une ou deux minutes plus tard, elle s'envola comme s'il ne s'était rien passé.

Tout le temps où je gardai l'insecte dans ma main, celui-ci avait l'air mort, au moins agonisant.

Je ne sais pas si ce comportement est très habituel. Je n'avais jamais encore capturé de libellules. Une chose est sûre, c'est qu'en ne se débattant pas, l'insecte n'a pas été abîmé par la main qui l'avait saisi. Il est peu probable que ce comportement ait été développé juste pour cette raison, évidemment. Je n'ai pas la moindre idée de la valeur de survie d'un tel comportement. Les libellules qui se piègent dans des toiles d'araignées, savent parfaitement se débattre pour tenter de se libérer, ce qu'elles n'arrivent pas toujours à faire, quand elles s'empêtrent dans la toile d'une argiope, par exemple.

Naturellement, ce comportement d'inhibition de l'action n'a pas la même origine que celui qui est déterminé par le stress.




Cul-doré (Euproctis similis)
Un autre exemple est fourni par ce papillon qu'on appelle cul-doré (Euproctis similis) qui, quand on le touche, peut mourir instantanément dans cette posture où son abdomen est fortement cambré et révèle la petite touffe de soies jaunes qui restent invisibles autrement (même quand on regarde par dessous).

Je ne sais pas si c'est un avertissement pour d'éventuels prédateurs pour leur annoncer une éventuelle toxicité ?

Évidemment, après quelques minutes de cata… lepsie, le papillon, si on le laisse tranquille, retrouve ses esprits et s'envole !

Cul-brun (Euproctis chrysorrhoea)
C'est également le cas pour une espèce très voisine: le cul-brun (Euproctis chrysorrhoea) qui, quand on le touche, meure tout aussi instantanément dans cette posture où son abdomen révèle la petite touffe de soies brunes qui restent invisibles autrement.

Ces soies brunes s'avèrent urticantes ce qui ne semble pas le cas pour celles du cul-doré. La femelle du cul-brun protège d'ailleurs ses oeufs en les garnissant de ces soies qu'elle prélève sur son abdomen.

Évidemment, après quelques minutes de cata… lepsie, ce papillon aussi, si on le laisse tranquille, retrouve ses esprits et s'envole !

Un autre mécanisme d'inhibition est celui qu'adoptent des petits coléoptères qui, aussitôt qu'on les approche ou qu'on les saisit, se figent et adoptent une posture qui les fait ressembler à une graine ou un petit caillou.

Je ne sais pas si ce comportement présente une bonne garantie de survie… mais il me fait rater pas mal de photos quand, au moment de déclencher, les insectes visés se laissent tomber dans les hautes herbes où ils disparaissent.
Posture d'inhibition chez le C-noir (Xestia C-nigra)
Les noctuelles se laissent facilement tomber aussitôt qu’elles se sentent en danger, quand on les touche par exemple… Cette noctuelle se laissait tomber par terre et sur le dos à chaque fois que je voulais la photographier. J’ai supposé que ce devait être le bruit du déclencheur qui provoquait cette réaction. Je ne l’avais jamais observé auparavant avec d’autres appareils photos… J’utilise aujourd’hui un bridge Pentax et le C-noir est le seul papillon pour l’instant qui se comporte de la sorte… Naturellement, j’ai renouvellé l’expérience plusieurs fois… C’est bien au moment de la prise de vue (ratée évidemment) que le papillon se laisse tomber !

Un léger grattou sur le ventre suffit à faire lever cette inhibition...





[ Corrélats : Stress / Apollon / ...]

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