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Insecticides systémiques et autres
Insecticides systémiques et autres...


Sommaire de la page (Articles, Dossiers, Études...) : Le Gaucho et le Régent / Cobayes humains pour pesticides aux États-Unis / Lettre ouverte des industriels de la protection des plantes / L'état sous pression des lobbies / Insecticides / Gaymard vole au secours des abeilles / Les pesticides sont souvent des molécules cancérigènes / Insecticides / Les maux peu imaginaires des apiculteurs / Un demi-siècle après son passé nazi, IG-Farben se met en faillite / Un chercheur rend publiques des études jamais diffusées sur les OGM / Stéphane Le Foll veut relancer la dynamique du plan Ecophyto / Méthodes alternatives au traitement chimique des processionnaires du pin et du chêne en conditions urbaines / Les insectes, c'est comme les juifs, du moment qu'on les gaze, y'en a qui sont contents ! /

Corrélats /


Les insecticides ne tuent pas que des insectes...
Ils sont aussi particulièrement efficaces sur les animaux à sang froid.
Le Gaucho et le Régent sont deux insecticides systémiques soupçonnés de tuer les abeilles.



Mais on les soupçonne aussi d'avoir de graves conséquences sur la santé humaine. Cette affaire revient en première ligne à la suite de la mise en examen de l'entreprise BASF Agro, par un juge d'instruction de Saint-Gaudens (11 février 2004).

Libération / Lundi 23 février 2004 / page 11 :

Santé / Cobayes humains pour pesticides aux États-Unis

Le conseil américain de la recherche a approuvé, jeudi, le principe du test de pesticides et de produits toxiques sur les humains. L'agence de protection de l'environnement doit évaluer les seuils de dangerosité des pesticides sur l'homme. Jusqu'alors, elle n'avait pas le droit de rémunérer des volontaires pour cela.

(Pour mémoire : cf. Pesticides)

Le 19 juin 2003, la commission européenne, dans un document largement passé sous silence dans les médias, sauf dans le Canard Enchaîné (pardon à ceux qui en auraient parlé et que je n'aurais pas entendu), évoque : " un projet de déclaration conjointe de la commission européenne et des États membres sur l'utilisation des données humaines pour l'évaluation des substances actives et la fixation des Limites Maximales de Résidus (LMR)… "

Autrement dit, " des volontaires, sains, humains, pourraient être employés pour des expérimentations qui consisteraient à les mettre en contact, par voie cutanée, orale ou respiratoire, à divers pesticides afin d'en évaluer les seuils limites que nous pourrions accepter dans nos assiettes ! " En réaction à ce qu'elle qualifie de dérive, l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) précise : " une telle dérive apparaît inacceptable au regard des principes généraux d'éthique… " et aussi : " le feu vert donné à de telles études conduirait à mettre en place une sorte de jurisprudence insidieuse, inacceptable, pour toutes molécules chimiques qui ne sont pas destinées à être administrées à l'homme. "





Le même jour, en page 19, le même journal Libération acceptait de publier l'encart publicitaire suivant :

(Publicité) / UIPP Union des industriels protecteurs des plantes

Lettre ouverte des industriels de la protection des plantes.

Depuis plusieurs semaines, les produits de protection des plantes (insecticides, herbicides, fongicides) font l'objet de nombreuses critiques. Malgré nos tentatives de dialogue, nous nous sommes souvent heurtés à des fins de non recevoir, nos arguments à peine énoncés étant immédiatement jugés irrecevables par nos détracteurs. C'est parce que nous souhaitons mieux nous faire connaître et expliquer notre métier que nous avons décidé de nous adresser directement à vous, consommateurs et citoyens, pour que vous puissiez vous faire votre opinion.

L'industrie de la protection des plantes, au même titre que l'industrie pharmaceutique, est très réglementée en France. Chaque produit, avant d'obtenir son homologation, fait l'objet d'une dizaine d'années d'études - profil toxicologique et écotoxicologique* - et nécessite un investissement global d'environ 200 millions d'euros. Chaque produit doit répondre à des critères très stricts édictés par des Organismes connus pour leur rigueur et leur indépendance comme l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé), l'OCDE (Organisation de la Coopération et du Développement Économiques), la Commission Européenne, le Ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation, le Ministère de l'Écologie et du Développement Durable et le Ministère de la Santé qui est chargé en France du respect des règles du Code de Santé Publique.

Avant de donner une Autorisation de Mise sur le Marché, les autorités compétentes doivent avoir acquis la certitude que les produits soumis à leur contrôle, utilisés dans le cadre des bonnes pratiques, n'ont pas d'effets sur la santé humaine et préservent l'environnement. Ce n'est qu'une fois cette étape cruciale et déterminante franchie que les produits peuvent être commercialisés ; mais leur usage doit ensuite, comme pour la plupart des produits contenant des substances chimiques, se faire dans un cadre professionnel et être l'objet de précautions d'utilisation particulièrement strictes. Pour maîtriser les risques, toutes nos entreprises ont mis en œuvre, en collaboration avec les agriculteurs, des programmes d'accompagnement** et l'ensemble de l'industrie de la protection des plantes travaille sans cesse à l'amélioration de ses produits et de leur bon usage.

Nous sommes des industriels et nous sommes aussi des consommateurs et des citoyens. Nous sommes fiers de travailler pour la protection des cultures car nos produits contribuent à la quantité et à la qualité de notre alimentation ; nos entreprises s'inscrivent dans une démarche constante de progrès et veillent au développement d'une agriculture durable. Les trois objectifs que nous poursuivons forment notre seul devoir : le respect de l'environnement, la protection des utilisateurs, la santé des consommateurs.

[* Les études toxicologiques permettent d'identifier les dangers potentiels des produits pour l'homme et les études écotoxicologiques permettent de prévoir le comportement des produits dans les écosystèmes et l'environnement.]


[** Les entreprises adhérentes à l'UIPP sont :

ABP * AGRIPHYT CHIMAC AGRIPHAR * BASF AGRO SAS * BAYER CROPSCIENCE FRANCE * BELCHIM CROP PROTECTION FRANCE * CALLIOPE S.A * CERAXGRI S.A * CERTIS * CHEMINOVA AGRO FRANCE * COMPAGNIE GÉNÉRALE DES INSECTICIDES * DOW AGROSCIENCES S.A * DU PONT DE NEUMOURS FRANCE S.A.S * GOEMAR * MAKHTESHIM AGAN FRANCE * MONSANTO AGRICULTURE FRANCE S.A.S * NUFRARM S.A * PHILAGRO France * SBM * SIPCAM PHYTEUROP * SYNGETA AGRO S.A.S * TRADI AGRI S.A]




Le lendemain, Libération publiait une séries d'articles sur la question du Gaucho et du Régent.

L'état sous pression des lobbies

Le ministère de l'Agriculture a mis dix ans avant de se résoudre à agir.

Par Frédéric PONS / Libération / mardi 24 février 2004

" Bayer a fait savoir à Gaymard que si le Gaucho était interdit pour le maïs, le groupe délocaliserait une partie de sa production de la France."

Dix ans de bagarre et de procédures judiciaires des apiculteurs et des écolos contre le Régent (BASF) et le Gaucho (Bayer). C'est le temps qu'il a fallu pour que les pouvoirs publics se décident enfin à prendre des mesures radicales d'interdiction. "C'est l'instruction des deux dossiers qui oblige aujourd'hui le gouvernement à réagir. Il ne peut plus faire autrement, voilà tout", relève Jean-Baptiste Malraux, responsable du dossier "insecticides" à la Confédération paysanne. Touché dans cette affaire, le ministère de l'Agriculture a longtemps fait preuve de cécité. Notamment en donnant l'impression de céder aux puissantes sirènes des lobbies de la chimie, des semences et des céréaliers, tout en ignorant superbement les doléances de leurs opposants.

Feu vert. "Le Régent, par exemple, est commercialisé en France alors qu'il n'a jamais reçu officiellement l'autorisation de mise sur le marché, valable dix ans", explique encore Malraux. De fait, fin 1995 début 1996, le Régent a bien reçu une "autorisation provisoire de vente". Mais ce feu vert n'est théoriquement valable que quatre ans et n'est renouvelable qu'une seule et unique fois pour une durée maximale de deux ans supplémentaires. Il y a donc comme un problème avec la commercialisation du Régent, qui, faute d'homologation officielle, aurait dû être retiré du marché... il y a trois ans. Mais c'était sans compter sans la puissance des chimistes et sur leur capacité supposée à forcer la main du gouvernement. Comme l'année dernière dans l'affaire du maïs.

Flash-back. En 1999, Jean Glavany, ministre de l'Agriculture du gouvernement Jospin, décide d'interdire l'insecticide Gaucho sur les plants de tournesol. Et prévoit d'en faire autant pour le maïs, trois ans après. Las, la décision d'interdiction qu'aurait normalement dû suivre Hervé Gaymard, le successeur de Glavany à partir du printemps 2002, n'est jamais tombée. "Bayer a fait savoir à Gaymard que si le Gaucho était finalement interdit pour le maïs, le groupe délocaliserait une partie de sa production de la France vers les pays d'Europe de l'Est", affirme un bon connaisseur du dossier. "Ce n'est pas notre genre", dément Bayer. Le ministère de l'Agriculture se refuse à tout commentaire, l'affaire étant devant la justice.

Est-il lui-même sous pression, à l'image de certain de ses hauts fonctionnaires ? Comme Yves Schenfeigel, ancien fonctionnaire de la Direction générale de l'alimentation (DGAL) au ministère de l'Agriculture et chargé, à ce titre, de donner son avis sur la mise en vente des insecticides Gaucho et Régent. Dans un courrier de juin 2003 adressé à sa hiérarchie après son départ et transmis, depuis, au juge d'instruction, Schenfeigel dénonce notamment "la cogestion du risque avec les partenaires industriels et l'absence de transparence des procédures". Aujourd'hui, il refuse, lui aussi, de s'exprimer sur la question.

Chantage. Les supporters les plus bruyants de Bayer et de BASF, eux, n'ont pas désarmé. Le 5 février, l'Association générale des producteurs de maïs (AGPM), principal client des deux chimistes et cible des projets d'interdire le Gaucho, se fendait d'un long communiqué. Plutôt lourd de menaces : "La remise en cause effective du traitement des semences constituerait un retour en arrière préjudiciable pour tous et ferait courir notamment le risque de non disponibilité de semences pour les futurs semis." Du chantage à peine voilé.





Insecticides / Gaymard vole au secours des abeilles

Le ministre de l'Agriculture suspend la commercialisation du Régent TS, le jour où BayerCropScience, qui produit le Gaucho, est mis en examen.

Par Sylvie BRIET et Éliane PATRIARCA / Libération / mardi 24 février 2004

Selon les apiculteurs, le serial killer, c'est le fipronil, la molécule active du Régent TS, classé "T + très toxique" depuis mars 2003, et fatal aux abeilles.

Les abeilles 2004 n'ont pas de chance. À une saison près, elles auraient pu éviter le Régent TS, l'insecticide qui les décime. Le ministre de l'Agriculture, Hervé Gaymard, a annoncé hier soir qu'il suspendait la commercialisation et l'utilisation du fipronil, molécule active du Régent. Mais, pour ce printemps, les agriculteurs pourront écouler leurs stocks. La décision doit être notifiée aujourd'hui à BASF Agro, producteur actuel de l'insecticide. Elle est "déconnectée des procédures judiciaires en cours", a précisé le ministre. Pourtant hier, une semaine après BASF Agro, c'est le chimiste BayerCropScience France qui a été mis en examen pour "mise en vente de produits agricoles toxiques nuisibles à la santé de l'homme ou de l'animal, défaut d'autorisation de mise sur le marché d'un produit phytosanitaire dangereux, et diverses infractions au code de la santé publique". Ces décisions, administrative et judiciaire, sont de grandes victoires pour les apiculteurs, qui luttent depuis huit ans pour faire interdire le Régent TS mais également son concurrent le Gaucho, produit par BayerCropScience France.

Depuis 2002, le juge d'instruction de Saint-Gaudens enquête sur la surmortalité d'abeilles constatée en Midi-Pyrénées au printemps de cette année-là. Selon les apiculteurs, le serial killer, c'est le fipronil, la molécule active du Régent TS, classé "T + très toxique" depuis mars 2003, et fatal aux abeilles. "Nous voyons chaque année notre cheptel diminuer de 20 à 30 % alors que la mortalité normale est de 5 %, affirme Alain David, vice-président de l'Union nationale des apiculteurs de France (Unaf), partie civile principale de l'instruction judiciaire. Si nous ne le renouvelons pas, en trois ans, nous n'avons plus de ruches." Selon les apiculteurs, le fipronil serait aussi dangereux pour l'homme. Des experts ont attesté devant le juge de la toxicité de l'insecticide pour les abeilles et pour l'homme. Dont le cancérologue Dominique Belpomme, qui s'est félicité hier de la décision du ministre, "réaliste et logique, du point de vue humain et scientifique" (lire page 6).

Après sa mise en examen, BASF Agro a réfuté les accusations, réaffirmant que son produit ne présentait de risque ni pour l'agriculteur, ni pour le consommateur "dans le cadre des usages autorisés". Le directeur général de BayerCropScience France, Franck Garnier, espère que sa mise en examen et celle de son entreprise "vont nous permettre d'accéder à toutes les pièces du dossier". Pour lui, "il n'y a pas d'étude scientifique nouvelle qui remette en cause l'autorisation de mise sur le marché renouvelée en 2002, pour dix ans, par le ministère de l'Agriculture".

Hier matin, la Coordination rurale de Vendée avait lancé un appel aux agriculteurs, leur demandant de cesser d'utiliser le Régent TS et de renvoyer au fabricant les sacs en leur possession. Se référant au précédent de l'ESB et des farines animales, le syndicat les invitait à "ne pas prêter le flanc aux attaques ultérieures d'associations de consommateurs". Le Syndicat des producteurs de miel de France se montre perplexe devant la décision de Gaymard : "Le ministre portera l'entière responsabilité des intoxications d'abeilles qui interviendront inévitablement cette année", estime son vice-président Xavier Levannier.

Quant au Gaucho, déjà interdit pour les semences de tournesol depuis 1999, Gaymard a demandé à la commission d'étude de la toxicité de rendre un avis d'ici à un mois sur cet insecticide. Là aussi, la saison est sauve pour les agriculteurs.





Dominique Belpomme, professeur de cancérologie, expert entendu dans l'instruction concernant le fipronil :

" Les pesticides sont souvent des molécules cancérigènes "

Par Éliane PATRIARCA / Libération / mardi 24 février 2004

Professeur de cancérologie, président de l'Association française pour la recherche thérapeutique anticancéreuse (ARTAC), Dominique Belpomme vient de publier un livre intitulé Ces maladies créées par l'homme (1), dont la thèse principale est que nombre de cancers actuels sont induits par la pollution. Il est l'un des experts entendus par le juge Guary dans l'instruction concernant le fipronil (Régent TS).

Pourquoi la surmortalité des abeilles est-elle un signal d'alerte ?

En tant que scientifique, il ne fait pas de doute pour moi que la mortalité des abeilles est liée aux effets néfastes des insecticides. Lorsque des espèces animales disparaissent, victimes de la toxicité de certains produits, on ne peut pas ne pas se poser la question du danger pour l'homme, car il est tout aussi sensible et vulnérable à ces molécules.

En quoi les pesticides sont-ils dangereux pour la santé humaine ?

Le Régent et le Gaucho sont des neurotoxiques, c'est ainsi qu'ils tuent les abeilles lorsqu'elles viennent butiner les fleurs. Mais les pesticides sont aussi souvent des molécules cancérigènes. Le fipronil est d'ailleurs classé par l'Agence de protection de l'environnement américaine (Usepa) comme possiblement cancérigène. Ce sont aussi des perturbateurs endocriniens, qui peuvent induire des malformations congénitales, surtout chez le petit garçon, et des stérilités masculines. La contamination se fait par inhalation au moment des semis pour les agriculteurs et leur famille, et par ingestion pour les consommateurs. Les pesticides contaminent l'eau, les fruits et les légumes, le lait et la viande. Les animaux broutent l'herbe et mangent les céréales contaminées par ces pesticides et les concentrent dans leur propre graisse. Les enfants sont les plus exposés. Durant la grossesse, les pesticides peuvent contaminer le fœtus. Et les nourrissons sont à nouveau infectés lors de l'allaitement. Enfin, les enfants, plus près du sol, peuvent inhaler des biocides, c'est-à-dire des pesticides à usage domestique.

Les contrôles de la toxicité des molécules commercialisées sont-ils suffisants ?

Depuis cinquante ans, nous avons pollué l'environnement par des molécules chimiques dont la toxicité pour l'homme n'a pas été testée avant leur mise sur le marché. 18 millions de molécules sont aujourd'hui répertoriées, dont 150 000 d'usage industriel. Mais seules quelques milliers ont été testées pour leurs effets toxiques... La communauté européenne planche sur un programme appelé Reach (2), dont la finalité est d'instiller plus de régulation. En instaurant un système d'enregistrement, d'évaluation et d'autorisation pour les substances chimiques et en demandant aux industriels de fournir la preuve de l'innocuité pour l'homme de leurs produits avant leur mise sur le marché. Il est essentiel que ce programme soit renforcé et non amoindri, c'est notre santé qui est en danger.


(1) Éditions Albin Michel, 2004.

(2) Registration, evaluation and authorization of chemicals.




Insecticides / Les maux peu imaginaires des apiculteurs

Deux producteurs du Sud-ouest, malades, accusent le Régent. Et les témoignages affluent.

Par Gilbert LAVAL / Libération / mardi 24 février 2004

" Il était bouffi de partout. Il n'avait plus un cm2 de peau de disponible." Un voisin d'un apiculteur Larra (Ouest toulousain) envoyé spécial

Quand l'apiculteur Jean-Claude Cauquil s'est lui-même transformé en "Elephant man" après une visite de ses ruches le 21 avril 2002, il a jugé que cela passerait. Il s'est seulement inquiété quand Marie-Noëlle et Marine, son épouse et sa fille, sont sorties d'un bain de soleil derrière la haie, des boutons plein le crâne, les gencives irritées, la bouche sèche et un œdème au cou. C'est le vendredi suivant qu'une femme médecin de la Mutualité sociale agricole est passée à l'improviste à la ferme. Elle voulait justement vérifier que les humains restaient insensibles au mystérieux agent qui décimait les ruches jusque dans le Gers.

"Anomalie musculaire". Les champs de Larra et les pentes du château de Launac sortent à peine de l'hiver. La terre et les arbres sont encore nus autour de la ferme du Petit Cornac de Jean-Claude Cauquil. Les semences ne se font qu'en avril. Le printemps 2003 a toutefois permis de les faire en mars. C'est ce mois-là que Gilbert (1), qui travaille non loin de là, a été hospitalisé au département toxicologie du CHU de Rangueil. "Il était bouffi de partout, se souvient un voisin. Il n'avait plus un cm2 de peau de disponible." Gilbert avait des nausées aussi. Et toujours cette bouche sèche. Il n'a pas pu vraiment reprendre le travail. Et les rapports médicaux laissent encore dans le flou. Il s'agirait d'une "anomalie musculaire". Les patients n'ont plus la force de porter une cuillère de soupe à la bouche ? C'est "neuromusculaire..." Ils ont des problèmes de digestion ? C'est "hépatique...". "Les biopsies et les analyses du sang concluent pour chacun qu'il doit être atteint d'un mal rare, voire unique", se désole Cauquil. Lui-même ne sait pas à quoi attribuer les douleurs musculaires qui le réveillent à 3 heures du matin. "J'ai pensé qu'une intoxication pouvait venir des épandages de produits sur les blés. Je ne pouvais en aucun cas imaginer que des semences enrobées en étaient la cause. Elles sont enterrées, sans contact possible avec nos abeilles."

C'est une enquête de la Direction générale de l'alimentation qui a révélé au printemps dernier qu'elles pourraient pourtant être la cause de la surmortalité dans les ruches. Les enquêteurs sont allés chercher la clef de l'énigme du côté des semoirs à tournesol. Après analyse de l'observatoire régional de la qualité de l'air, il y aurait autour de ces engins trois ou quatre fois la dose de molécules mortelles pour les abeilles. BASF, qui produit les graines de tournesol enrobées, "réfute absolument la mise en danger de l'homme et de l'animal" par ses semences.

Perceuse. Jean-Claude Cauquil ne peut cependant plus croire qu'il n'est pas intoxiqué par le même poison qui a décimé 80 % de ses 520 ruches. D'autant que les témoignages affluent depuis qu'il a montré son nez à la télévision l'an dernier. Il y a ainsi Gilles, un agriculteur de la région lyonnaise qui pense s'être empoisonné sous ses 13 000 m2 de serres. Il a déjà perdu l'usage de ses doigts, est invalide à 100 % et paraît souffrir du syndrome de la perceuse, "comme si on vous perforait les os", explique Jean-Claude Cauquil. Il y a aussi Sophie, agricultrice lotoise de 48 ans qui ne peut plus traire ses vaches. "Les médecins ont d'abord pensé qu'il pouvait s'agir d'une myopathie, puis de simples troubles psychologiques. Quand ils ne savent plus, ils rangent ces cas sous le terme de fibriomyalgie et attendent pour voir...", dit Jean-Claude. Lui n'attendra pas. Il se dit prêt à aller déposer en préfecture les statuts de son association de défense des victimes des pesticides agricoles.





Un demi-siècle après son passé nazi, IG-Farben se met en faillite.

Á la fin de la Seconde guerre mondiale, la société mère qui fabriquait le Zyklon B, possédait près du camp d'extermination d'Auschwitz une importante usine de produits chimiques employant 83.000 déportés.

Par Libération.fr / mardi 11 novembre 2003 / (Liberation.fr - 08:01)

Peter Gingold, vice-président du comité des travailleurs forcés d'Auschwitz, brandit une pancarte lundi à Francfort où il demande où sont passés les compensations financières dues par l'entreprise IG Farben aux victimes de l'Holocauste.

IG Farben, la société mère de la société qui fabriquait le gaz mortel utilisé dans les camps d'extermination nazis, a déclaré lundi avoir engagé un processus de mise en cessation de paiements après une liquidation judiciaire qui aura duré plus d'un demi-siècle, refermant en partie une controverse qui aura duré près de soixante années.

Créé en 1925, IG Farben reste jusqu'en 1945 le numéro un mondial de la chimie. Soutient activement le régime hitlérien au point d'entretenir directement son propre "camp de travailleurs" sur le site d'Auschwitz, où il emploie jusqu'à 83.000 travailleurs forcés. Surtout, IG Farben fabrique le Zyklon-B, utilisé pour gazer les juifs. Après la guerre, les actifs d'IG Farben sont confisqués par les alliés et répartis entre les entreprises qui vont devenir les géants de l'industrie chimique allemande moderne: Hoechst, Bayer et BASF.

Seule subsiste, jusqu'en 1952 une société liquidatrice, chargée de régler les derniers contentieux et d'indemniser les victimes survivantes. IG Farben IL doit ensuite s'auto dissoudre très rapidement. Mais cette dissolution ne cesse d'être repoussée. De société liquidatrice, IG Farben in Abwicklung (IG Farben en liquidation) se métamorphose avec le temps en objet de spéculation financière, s'exerçant notamment dans l'immobilier. Cotée en bourse, elle a dans le passé généreusement rémunéré ses actionnaires et attire encore aujourd'hui de nombreux investisseurs. Elle ne détient plus aujourd'hui "que" 500 immeubles évalués au total à quelque 5 à 10 millions d'euros d'actifs immobiliers, le reste ayant été versé aux actionnaires. Les associations de travailleurs forcés, elle, n'ont pas vu un pfennig : si BASF, Bayer ou Hoechst ont contribué à alimenter le fonds d'indemnisation allemand des travailleurs forcés du nazisme négocié en 2001 (d'un montant total de 5,1 milliards d'euros), IG Farben in Abwicklung n'a jamais versé un mark. Si la faillite définitive d'IG Farben est prononcée, les travailleurs forcés craignent de perdre tout espoir de compensation.

Le dossier ne se clôt pas avec la cessation de paiement de l'entreprise : derrière les restes d'IG Farben se profile une de ses anciennes filiales, la société de participations WCM, grand actionnaire de Commerzbank et à la tête d'un important portefeuille immobilier. Les associations de victimes reprochent en effet à WCM d'avoir en partie vidé les caisses d'IG Farben de manière douteuse il y a dix ans, "permettant ainsi l'expansion très remarquée de WCM".





Produire autrement / productivisme / produits phytoparasitaires :
http://www.inra.fr/dpenv/meynac15.htm

Agriculture et risques de pollution diffuse par les produits phytosanitaire :
http://www.inra.fr/dpenv/sebic37.htm






[Corrélats : Pesticides / Abeille / Hyménoptères / ...]

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