Entrez un mot-clé
Pullulation
Pullulation
(Lemming)


Lemming des toundras (Lemmus lemmus)
Les lemmings sont représentés en Europe par deux espèces :

__________» Le lemming des toundras (Lemmus lemmus) et

__________» Le lemming des forêts (Myopus schisticolor).



Je connais mal cette dernière espèce que je n’ai vue qu’une fois et entre les serres d’une jeune chouette de l’Oural.

Le lemming des toundras est un petit rongeur, à peu près de la taille d’un cobaye, comme lui tricolore, qui vit, dans des colonies, en Scandinavie ou dans le nord de la Russie, plutôt sur les toundras de montagnes, mais aussi en plaine, dans des prairies et même à la limite de la taïga rabougrie.

Cet animal est surtout connu pour les fluctuations d’effectifs que ses populations présentent, selon un cycle de quatre ou cinq ans. Quand des sureffectifs surviennent, ils sont tellement importants que les contacts interindividuels deviennent permanents entre les animaux d’une colonie. Ceux-ci tentent bien, pendant un temps, de souscrire aux rituels comportementaux de la moindre agression possible, mais cela devient vite trop difficile. Les animaux deviennent de plus en plus agressifs. Je ne sais pas si c’est ce niveau d’agressivité qui incite des membres de la colonie à la quitter. Dès lors, on peut les voir errer, apparemment sans but. Beaucoup d’entre eux meurent sous la griffe, la dent, les serres ou le bec de leurs prédateurs (chouettes diverses dont la grande chouette harfang, renards roux et polaire, labbe à longue queue, buse pattue, faucon émerillon, etc.). Beaucoup aussi se font écraser sur les pistes pourtant bien peu fréquentées de ces régions. D’autres semblent mourir subitement en quelques spasmes impressionnants.

Apparemment, au moins sur la base de ce que j’ai pu observer, même les années dites « à lemming » (on désigne de cette manière les années où des sureffectifs de lemmings sont manifestes), toutes les colonies d’un territoire ne semblent pas affectées de la même façon.

Diverses hypothèses ont été avancées pour expliquer ces fluctuations et les dérégulations observées. Il y a en premier lieu une raison pour expliquer pourquoi la fécondité de ces animaux varie à ce point dans le temps qu’elle entraîne le surnombre. L’hypothèse de l’influence des carences en minéraux échangeables (phosphore) sur la valeur nutritive des plantes de la toundra dont se nourrissent ces animaux a été avancée.

En deuxième lieu, il y a manifestement un problème entre les fluctuations d’effectifs de ces rongeurs et celles de leurs prédateurs. Il semblerait que les effectifs des populations des prédateurs et ceux de leurs proies sont décalés dans le temps. Lorsque les prédateurs ne sont pas assez nombreux, un déficit de mortalité se manifeste chez les rongeurs qui seront plus nombreux à se reproduire, prenant, en quelque sorte, une longueur d’avance sur les populations de prédateurs, même si celles-ci s’accroissent.

Le « suicide » des lemmings rétablirait la balance si le nombre de leurs morts était « raisonnable ». Dans la réalité, les rongeurs meurent en trop grand nombre, entraînant, de fait, celle de leurs prédateurs et surtout celle de leurs rejetons qui n’ont rien à manger (les adultes ont toujours la possibilité de quitter les lieux).

Les lemmings survivants se reproduiront dans le secret de leurs colonies, sans que leurs prédateurs n’en capturent beaucoup. Le succès de leur reproduction est donc, sinon compromis, au moins relatif. Pendant une année « sans » lemming, je n’avais vu qu’un seul jeune sur quatre nids de labbe à longue queue et deux sur un cinquième (le second poussin, et probablement le plus jeune, faisait à peine la moitié de son frère (sa sœur ?) lequel, déjà avancé, dépassait en taille celle de ses parents.

Il s’instaure donc un retard entre la croissance des effectifs de rongeurs et celle de leurs prédateurs. Lorsque la situation devient incontrôlable, les lemmings fuient et vont mourir plus ou moins loin de leurs colonies.




De très nombreuses espèces animales sont capables de donner naissance à des phénomènes de pullulation. La plupart du temps, les espèces incriminées portent les stratégies adaptatives et démographiques de type r jusqu'au paroxysme.

Ces phénomènes de pullulation s'observent chez diverses espèces de rongeurs, en particulier, dans nos campagnes, chez des campagnols. Ces pullulations de campagnols sont apparues et ont vite pris un tour dramatique peu après que l'on ait entrepris d'éradiquer les renards dans l'Est de notre pays, pensant ainsi éradiquer la rage. La diminution de la pression de prédation des renards et la faiblesse des effectifs des rapaces diurnes et nocturnes ont été des facteurs déterminant de ces pullulations. De surcroît, certains traitements appliqués pour lutter contre la prolifération de ces rongeurs ont eu des conséquences dramatiques sur les écosystèmes qui, fragilisés, ont été rendus plus sensibles encore aux attaques de ces bestioles.

Mais ces pullulations s'observent aussi chez les invertébrés. On parle beaucoup en ce moment (novembre 2004) de pullulation de iules dans le nord de la France. On parle aussi beaucoup cette année des pullulations de criquets qui sévissent depuis le mois de juillet en Afrique sub saharienne et qui viennent de déferler sur le Caire.






Le mystère de l'invasion des iules

Dans le Pas-de-Calais, un village subit une migration inexpliquée de mille-pattes indélogeables et résistants à tous les traitements.

Par Haydée SABERAN / mercredi 17 novembre 2004 (Libération - 06 :00) / Verquin envoyée spéciale

C'était la nuit du 13 octobre. À trois heures du matin, Danièle est réveillée par son fils : une armée de mille-pattes avance dans son salon. Des iules. De minuscules bêtes gris foncé, par milliers. " Le lino était noir. Ça grouillait. " Elle déplace tous les meubles, balaie " dix ramasse-poussière " sur les 20 mètres carrés du salon, puis remonte se coucher. Mais dort mal. " On en rêvait, même. " Deux nuits, ils surveillent à tour de rôle si les myriapodes ne passent pas sous la porte.

Barrages. Depuis, quand le soleil se couche, chez Danièle et ses trois voisins de la rue de Picardie à Verquin, près de Béthune (Pas-de-Calais), les iules repassent à l'offensive. De moins en moins nombreux, à cause du froid, mais toujours là. Les mille-pattes quittent le terrain vague du bout de la rue et avancent sur les murs, les portes d'entrée, les volets des quatre maisons. Les poteaux téléphoniques ont l'air d'avoir du poil aux pattes.

"On a tout essayé. La chaux vive, l'eau de Javel. Il n'y a que le vinaigre qui marche. On imbibe les serpillières, et on fait des barrages ", soupire Danièle. Son mari Serge les immole sur sa terrasse. " J'asperge d'alcool à brûler et je mets le feu entre les pavés." Quand le jour se lève, ils se logent dans les interstices, fuyant la lumière. " Le soir, sur le trottoir, quand on marche dessus, ça craque comme des coccinelles. " Sa voisine d'en face, Marie-Claire, a, elle "parfois l'impression de marcher sur du verglas ".

Inoffensifs. Jocelyne, elle, n'avait rien remarqué, la nuit du 13. Mais sa voisine lui glisse : " Surveillez votre pas-de-porte, il y a des bestioles qui sortent le soir. " Elle met le nez dehors. " Il y en avait des milliers et des milliers, mes volets n'étaient plus blancs, ça faisait comme un nuage noir. " Elle en est à deux bouteilles de vinaigre par jour.

"Il paraît que si ça pique, ça fait une tache marron. On avait peur d'en mourir, on en devenait zinzin." En fait, les bestioles sont inoffensives.

Les riverains déposent une pétition à la préfecture du Pas-de-Calais. Et se sentent abandonnés : " On nous a répondu que les iules étaient utiles à l'environnement, qu'il fallait laisser faire la nature." Mangeurs de végétaux en décomposition, ces mille-pattes sont les champions du compost. Ils vivent sous terre, en bonne intelligence avec leurs voisins humains. Sauf quand ils sortent.

En trente-trois ans à Verquin, Serge n'avait jamais vu ça. Michel Hecquet, adjoint à l'environnement, avance une explication : " Peut-être le réchauffement du climat et l'épandage de pesticides dans le champ voisin qui auraient perturbé l'habitat naturel des iules ?" Personne ne sait. Même pas Jean-Jacques Geoffroy, chargé de recherche au CNRS, et spécialiste des myriapodes au Muséum national d'histoire naturelle à Paris. " Ces pullulations et ces migrations, de plus en plus fréquentes, restent en grande partie inexpliquées." On a quand même repéré des signes : un hiver doux, ou un printemps humide, ou période chaude et sèche suivie de pluie. Alors les iules communiquent par signaux chimiques "et c'est l'agrégation, puis la migration en masse". Ils ont réussi à arrêter des trains. En 2003 à Sydney en Australie, les roues patinaient sur les rails. À Lançon de Provence, ils ont envahi par milliards une quinzaine de maisons en avril 1987.

Comme ils peuvent vivre jusqu'à quatre ans, en cas de climat doux, plusieurs générations cohabitent. Et un peu comme les lemmings, s'ils manquent de nourriture, ils migrent vers le néant. Et meurent, affamés. Ou écrasés par un train à Sydney. Ou grillés sur une terrasse à Verquin.





Plaie. Des millions d'insectes ont semé la panique dans la capitale égyptienne. / " Calfeutrez tout ! Les criquets pèlerins déferlent sur Le Caire " > Par Claude GUIBAL / vendredi 19 novembre 2004 (Libération - 06:00) ./ Le Caire de notre correspondante

C'est un nuage qui obscurcit soudain le ciel. Une masse sombre et menaçante qui vibrionne, comme la neige sur un écran de télévision. " Fermez les fenêtres, calfeutrez tout, ils arrivent !" Mercredi matin, les téléphones du Caire n'ont cessé de sonner. Partout, les mêmes voix surexcitées, les mêmes témoignages effarés. L'invasion de criquets pèlerins qui a déferlé sur la capitale égyptienne a provoqué un début de panique, à peine calmée par les propos rassurants du ministre de l'Agriculture, Ahmed al-leithy selon lesquels le phénomène n'aura "aucun impact sur l'homme et sur l'agriculture ".

Pas vorace. " Je n'ose plus sortir de chez moi ", indiquait mercredi une habitante du centre-ville, terrorisée par les nuées voletant devant ses fenêtres. Dans le quartier de Gizeh, des scènes impressionnantes ont été rapportées par les Cairotes traumatisés par le vol bas des insectes, qui se sont posé dans les rues, les balcons et les jardins publics. Malgré les rumeurs annonçant le survol de la ville par des avions chargés de pesticides, les autorités égyptiennes n'ont finalement pas essayé de lutter contre ces criquets jaune orangé, d'une taille respectable (près d'une dizaine de centimètres), qui n'ont, au bout du compte, pas vraiment fait de dégâts dans la capitale. Une chance, explique Bernard Quéré, consultant indépendant en agriculture au Caire. " Ces insectes, bien qu'adultes, sont encore immatures. Le danger intervient plutôt en période de reproduction. Le criquet devient alors vorace. Les larves et les insectes jeunes non ailés surtout provoquent de vrais désastres, en rongeant tout. "

Les premiers acridiens avaient été observés fin octobre à la frontière nord-ouest du pays. Une situation exceptionnelle : si l'Égypte connaît chaque année une petite alerte, elle est essentiellement localisée dans le sud et liée aux essaims venus du Soudan. Cette fois-ci, devant les nuées venues en nombre de Mauritanie, via la Libye, le gouvernement a décrété l'état d'alerte maximale, et éradiqué sans trop de peine les premières salves. Une semaine plus tard, les criquets ont pourtant récidivé en s'abattant en masse entre l'oasis de Siwa et la ville côtière de Mersa Matrouh. Une vision apocalyptique, selon des témoins : sur l'autoroute, la circulation était interrompue, les conducteurs affolés s'enfermant dans leurs voitures, et les essaims de criquets s'infiltraient jusque dans les moteurs.

À l'approche des grandes cultures et des vergers du delta du Nil, les populations ont fait brûler des pneus et de la paille séchée, afin de produire une fumée noire pour chasser les insectes. Mais mercredi, les premiers criquets ont atteint Le Caire. Hier, on signalait leur présence, pour la première fois, au Liban.

Bataille à gagner. Pour la population égyptienne, cette invasion est la conséquence d'une mauvaise gestion de la crise. Le quotidien semi-officiel Al-Akhbar et près d'une centaine de députés ont réclamé l'ouverture d'une enquête sur les défaillances du ministère de l'Agriculture. Un échec sans conséquence immédiate pour l'Égypte, mais bien plus inquiétant pour l'ensemble du continent africain.

La semaine dernière, le secrétaire général adjoint des Nations unies, Jan Egeland, affirmait : " Si nous perdons la bataille dans les cinq prochaines semaines, des dizaines de millions de personnes n'auront plus de quoi se nourrir dans les pays d'Afrique occidentale." Il y a un an déjà, la FAO avait lancé un appel à contribution pour neutraliser les essaims. Un cri d'alerte qui n'a pas été entendu par les États, ce que regrettent les spécialistes qui soulignent notamment le risque d'une famine prochaine au Mali, sur les plateaux dogons ravagés par les criquets, alors que les stocks céréaliers sont insuffisants. Quant à l'Égypte, cette invasion spectaculaire, mais inoffensive, pourrait n'avoir été qu'un coup de semonce. Le consultant Bernard Quéré avoue ainsi "son inquiétude ", alors que la FAO signale la présence au Soudan de criquets adultes, qui pourraient faire des ravages au printemps. " La température en baisse perturbe pour l'instant les cycles reproductifs, explique-t-il. Mais l'arrivée des prochaines chaleurs pourrait donner un coup de fouet aux vagues de criquets. Et provoquer le retour de la huitième plaie d'Égypte. "





Humeur : On pourra remarquer le ton de ces deux articles… et se poser la question de l'essentiel, surtout au moment où Fillon nous refait le coup d'une autre nouvelle indispensable réforme de l'éducation nationale.

Si la pullulation des iules est probablement anecdotique, au moins faute d'en savoir exactement les raisons ou si même il s'agit vraiment d'une pullulation, la pullulation des criquets est une véritable catastrophe écologique et humaine qui aurait mérité un autre traitement.




Pullulation du Campagnol terrestre : Arvicola terrestris/
http://www.srpv-auvergne.com/_publique/import_export/surveillanceterritoire/campagnols.htm

Pullulation du bombyx disparate ravageur des forêts de feuillus... / Lymantria dispar en Europe et en Afrique du Nord
http://www.inra.fr/dpenv/ld-eafn1.htm

Phéromones et confusion sexuelle / lutte contre la prolifération des insectes :
http://www.versailles.inra.fr/documents/insectes/confsexuelle.PDF

Prévoir des pullulations d'insectes en forêt après la tempête :
http://www.cemagref.fr/Informations/Ex-rechr/rural/insectes-ravageurs/insectes-rav-exemple.htm

Le Campagnol des champs :
http://perso.wanadoo.fr/faune/pages/mammiferes/campagnol_des_champs.htm

Les nouvelles formes de mise en valeur dans le Sahara algérien et le problème acridien / Céréaliculture en Algérie saharienne et pullulation des criquets :
http://www.john-libbey-eurotext.fr/fr/print/e-docs/00/03/82/9A/article.md

La lutte contre les criquets ravageurs : l'intérêt des mycopesticides
http://www.inra.fr/Internet/Produits/dpenv/luongd19.htm

Effets biocides d'extrait foliaires d'une solanacée Cestrum parqui sur criquet pèlerin Schistocerca gregaria
http://www.bib.fsagx.ac.be/library/base/text/v5n2/85.pdf

Criquet pèlerin: importants dégâts aux cultures en Mauritanie :
http://www.fao.org/newsroom/fr/news/2004/51403/index.html

La faim dans leur sillage: Voyage au cœur de la lutte contre les criquets pèlerins
http://www.fao.org/newsroom/fr/focus/2004/51040/index.html

Le criquet pèlerin au Sahel :
http://locust.cirad.fr/ouvrages_pratiques/pdf/DFPV6.pdf

Les criquets ravageurs :
http://locust.cirad.fr/

Trois histoires de pullulation : le rat surmulot, le campagnol terrestre et le lemming des toundras
http://www.ecritsdesbetes.fr/surmulot.html
http://www.ecritsdesbetes.fr/campagnolt.html
http://www.ecritsdesbetes.fr/lemming.html





[Corrélats : Stratégies adaptatives / Population / Variations démographiques / Monoculture / ...]

Retour