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Lobbies, nitrates et cancer du colon...
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Plus de 3 millions de français boivent de l'eau contaminée par les agriculteurs

Sommaire de la page (Articles, Dossiers, Études...) : Introduction / Les pollueurs avancent masqués / Fac-similé du CR de la séance du 13/02/96 du Conseil supérieur d'hygiène publique de France / Quelques études "oubliées" par L'hirondel / Nitrates, nitrites, N-nitrosamines et cancers gastriques dans le Finistère : approche expérimentale / Eau et Rivières de Bretagne et l'affaire L'hirondel : Analyse d'une situation de crise /

Captages d’eau non-conformes : les mesures décidées par la France /
Portail Lobbies - Eau /
Marée verte : le ministre de l'écologie vole au secours des préfets ! /
CORPEN (Comité d’ORientation pour des Pratiques agricoles respectueuses de l’ENvironnement) /
Dans de nombreuses régions agricoles de l’OCDE, les niveaux de pollution dépassent les normes de qualité de l’eau potable /
Guerre de l’eau en Bretagne. Encore un coup pour rien. / ( Rapport) /
Approche multidisciplinaire de la pollution par les nitrates /
Dossier Nitrates sur Agence pour l'environnement Haute Normandie /
Les nitrates dans les eaux de surface /
La qualité des rivières s’améliore pour plusieurs polluants, à l’exception des nitrates /
Rôle du sol sur la circulation et la qualité des eaux au sein de paysages présentant un domaine hydromorphe Incidences sur la teneur en nitrate des eaux superficielles d'un bassin versant armoricain /
Mécanismes hydrologiques et hydrochimiques impliqués dans les variations saisonnières des teneurs en nitrate dans les bassins versants agricoles Approche expérimentale et modélisation /
AVIS DU CONSEIL SCIENTIFIQUE : « Toxicité des nitrates pour la santé humaine » /
Rejets de polluants à la mer : l'impact des engrais azotés reste important /
Plan algues vertes : les scientifiques prônent des changements structurels majeurs des pratiques agricoles, autrement dit ils pissent dans le violon /
Un décret risque d'aggraver la prolifération des algues vertes ou comment les ministres n'ont pas acquis les minima du socle commun en CM2 /
Nitrates et algues vertes : la France à contre-courant ? /
Décret nitrates : l'Autorité environnementale émet des doutes sur son application /
Nitrates : FNE et Eau et rivières de Bretagne forment un recours gracieux contre le décret /
Élevages : la dérèglementation se poursuit /
La ministre de l'écologie : Nitrates, Kalium, Marées vertes... /
La FNSEA a tout intérêt au conflit /
Pollution aux nitrates: la France n'échappe pas à l'Europe /
Nitrate ta mère /
Flux d’azote liés aux élevages en France. Réduire les pertes, rétablir les équilibres /
Pollution par les nitrates: la balle aux préfets /
Décret nitrates : le changement c'est pour bientôt ? /
Décret nitrates : le changement ce n'est pas pour maintenant /
Compétitivité : pour qui va polluer le plus et plus longtemps ! /
La FNSEA n'est pas crédible, sauf comme empoisonneur /
Elargissement des « zones vulnérables » en application de la directive « nitrates » /
Nitrates : le voile se lève sur le nouveau périmètre des zones sensibles /
Du déjà lu : - Les nitrates, bons ni pour la santé, ni pour l'environnement, ni pour notre porte monnaie /
Les revendications de la FNSEA sont une insulte aux paysans bretons et aux Français plus largement /
Pollution aux nitrates: la France fait toujours l’impasse /
Pollution par nitrates : le juge enjoint aux préfets bretons de renforcer les quatrièmes programmes d'actions /
Nitrates : une pollution disparate des nappes d'eau souterraine /
Nitrates : qualité des nappes d'eau souterraines bretonnes - Concentration moyenne (DCE) /
Nitrates : altération des nappes d'eau souterraines bretonnes - Concentrations maximales (Seq-Eaux) /
Nitrates : le programme national risque d'être inefficace, alerte l'Autorité environnementale /
Nitrates : le ministère de l'Agriculture propose de combiner les gains écologiques et économiques /
Les nitrates au cœur du Pacte d'avenir pour la Bretagne /
Ayrault porc /
c /
Nitrates : le recours contre le programme national d'actions rejeté par le Conseil d'Etat /
La pollution azotée en hausse de 25% d’ici à 2050 ? /
Nitrates : la CJUE condamne une nouvelle fois la France /
Nitrates : la nouvelle carte des zones vulnérables crée des remous /
Nitrates : des agriculteurs très remontés contre la nouvelle carte des zones vulnérables /


Sites Internet et articles / Corrélats /

Pollution par les nitrates (Carte de l'agence de bassin Loire Bretagne)
Les cancérologues ont de beaux jours devant eux.
Septembre 2004

Une information tombe aux infos de l'une des deux chaînes publiques A2 ou Fr3 :



" Les bretons âgés de 50 à 75 ans vont bénéficier d'un dépistage systématique du cancer du colon… " et puis rien…

Pas un mot du pourquoi ou du comment. Les bretons ont des polypes et la présentatrice a l'air médusée.

En ouvrant des fonds de tiroir, on peut rappeler quelques vérités sur ce problème de santé publique et ressortir quelques papiers [1] [2] [3] :

1) Une page du site d'Eaux et Rivières en Bretagne.

2) Une page du site de la fondation " Danone "






Les pollueurs avancent masqués / Un lobby pro-nitrates contre les écologistes bretons

Des industriels ont créé en 1996 en Bretagne une association pour combattre les thèses des écologistes en général et d'Eau & Rivières en particulier. Ils l'ont appelée "Institut de l'environnement". Cet institut leur a servi à publier un livre à la gloire des nitrates, puis à attaquer Eau & Rivières en justice. Leur livre a été ridiculisé par les scientifiques, puis la justice les a débouté de leur plainte contre Eau & Rivières. Christian Buson a dû verser 15 000 francs à l'association.

Les statuts de l'institut de l'environnement montrent qu'il s'agit d'un club très fermé, contrôlé par deux poids lourds de l'agro-alimentaire : Doux, le roi du poulet, et Gourvennec S.A.. L'association est présidée par Christian Buson, directeur du bureau d'études GES, fournisseur des industriels en question.



Premier combat, premier échec

Ces industriels ont édité en 1996 un livre à la gloire des nitrates, signé d'un docteur L'hirondel. Objectif affiché : obtenir un assouplissement des normes de protection des eaux.

Soutenue par les milieux scientifiques, Eau & Rivières a démontré en 1997 :

» que le livre du Dr L'hirondel ne repose pas sur des bases sérieuses, et que l'auteur a occulté les références scientifiques qui le dérangeaient ;

» que le Dr L'hirondel se réclamait abusivement du soutien du Pr Hamon, de l'Académie de Pharmacie ;

» que le Conseil supérieur d'hygiène publique de France avait montré dans un rapport, avant même la publication du livre, l'inanité des thèses défendues ;

» que les scientifiques de la Conférence régionale de l'environnement, saisis à la demande d'Eau & Rivières, critiquaient fermement l'ouvrage.

Les industriels ont alors attaqué Eau & Rivières en justice, au prétexte de mots un peu vifs échangés lors d'un débat télévisé. Déboutés une première fois par le tribunal de Lorient, ils ont perdu en appel aussi, le 3 novembre 98, devant la cour de Rennes.

Pendant que le lobby pro-nitrates, en France, continue son combat d'arrière-garde, l'Europe se fâche.

Un an après, en mai 1998, le Comité de la Prévention et de la Précaution émettait des recommandations qui confirmaient intégralement le point de vue d'Eau & Rivières.




CONSEIL SUPÉRIEUR D'HYGIÈNE PUBLIQUE DE FRANCE

Section des Eaux

Présentation et discussion d'un document élaboré par le Dr. L'hirondel sur des normes et des recommandations concernant les nitrates.

Fac-similé du CR de la séance du 13/02/96 du Conseil supérieur d'hygiène publique de France.

Un document élaboré par le docteur Jean L'hirondel et envoyé par le Vice Président du Conseil Général du Calvados à la Direction Départementale des Affaires Sanitaires et Sociales de ce département, fut transmis par celle-ci à la Direction Générale de la Santé en vue d'une information des membres du Conseil Supérieur d'Hygiène Publique de France.

La Direction Générale de la Santé chargea vos rapporteurs d'établir un "rapport de présentation du document élaboré par le docteur L'hirondel sur des normes et recommandations concernant les nitrates".

Le professeur Jean L'hirondel donna à son "document de travail" intitulé "Le métabolisme des nitrates minéraux chez l'homme - Plaidoyer pour l'innocuité des nitrates", la conclusion suivante : "L'innocuité des nitrates est totale, sauf en cas de pollution bactérienne in vitro qui est un facteur de méthémoglobinémie chez le nourrisson. Les réglementations concernant les nitrates demandent donc révision."

Il reprit des conclusions analogues dans diverses publications dont l'une, dans le cadre d'un exposé à l'Académie d'Agriculture de France se terminait ainsi : "Étant donné que les dangers imputés aux nitrates - malformations congénitales, morts fœtales, méthémoglobinémie du nourrisson et risque de cancer - sont écartés, on est en droit de conclure que les nitrates ne présentent aucun danger pour la santé de l'homme".

Étant donné l'importance des efforts demandés tant aux agriculteurs pour obtenir une diminution de la teneur en nitrates dans les denrées alimentaires d'origine agricole, que dans l'eau destinée à la consommation humaine, il parut nécessaire à vos rapporteurs d'établir avant toute chose un document rassemblant les données scientifiques les plus récentes concernant les risques provenant de l'ingestion des nitrates. La comparaison des données présentées dans ce document et des arguments fournis par le professeur L'hirondel pour justifier ses opinions, fait l'objet de ce rapport.

1 ANALYSE DU "DOCUMENT DE TRAVAIL" DU PROFESSEUR L'HIRONDEL

Le "Document de travail" du professeur L'hirondel comprend deux parties :

» l'une, rappelant "l'origine des nitrates chez l'homme" puis "leur rétention et leur passage intestinal", traite donc de l'origine des nitrates et de leur métabolisation chez l'homme.

» l'autre, concernant leur toxicité, comprend deux chapitres principaux : "la méthémoglobinémie des nourrissons" et "les nitrosamines cancérigènes".

1-1 ORIGINE DES NITRATES ET LEUR MÉTABOLISME

Les données actuelles pouvant être prises en compte sont résumées dans le schéma ci-joint.

Le professeur L'hirondel insiste sur deux points :

» une origine endogène des nitrates, indépendante de l'origine exogène,

» le passage des nitrates non éliminés (par l'urine, la sueur, les larmes, le lait) dans le gros intestin où ils sont réduits au-delà du stade nitrite avant de passer dans la circulation porte, puis le foie, et de participer à l'élaboration générale des protéines tissulaires.

Ces deux faits évoqués depuis longtemps dans la littérature, ne furent cependant vraiment étudiés et démontrés que récemment. Ils permettent, le premier de comprendre l'origine des "méthémoglobinémies infectieuses du nourrisson, en apparence primitives", dont le professeur L'hirondel décrivit le mécanisme dans un article récent, le second d'envisager, selon lui, une utilisation nutritionnelle "pour les populations faméliques".

1-2 TOXICITÉ DES NITRATES

1-2-1 La méthémoglobinémie

Elle affecte essentiellement les jeunes enfants.

Le professeur L'hirondel retient trois causes de cette affection : les consommations de soupes de carottes, d'épinards, ou d'eaux de puits riches en nitrates.

Ce n'est pas par leur teneur en nitrates que ces aliments sont dangereux : les quantités importantes qu'ils peuvent apporter sont évacuées par l'urine, des systèmes régulateurs empêchant le passage des nitrates dans les sites où ils pourraient être réduits en nitrites : salive, gros intestin. L'apparition de la méthémoglobinémie après ingestion de soupe de carottes est d'ailleurs presque immédiate, et devrait pour le professeur L'hirondel correspondre à la présence de nitrites préformés, une transformation des nitrates en nitrites dans l'organisme étant incompatible avec la précocité d'apparition de la cyanose, signe clinique le plus apparent de la méthémoglobinémie.

Par ailleurs, le professeur L'hirondel rappelle que :

» les méthémoglobinémies reliées à la consommation d'eaux riches en nitrates signalées au milieu du XXe siècle aux U.S.A. correspondent dans 99 % des cas à l'utilisation de puits privés. Une pollution bactériologique de l'eau est souvent notée dans les comptes rendus de ces affections. De même, on constate toujours une pollution bactériologique dans les légumes (carottes, épinards) générateurs de méthémoglobinémies ;

» les apports de nitrates dans les soupes de carottes sont souvent très importants et ce n'est qu'exceptionnellement que surviennent des méthémoglobinémies (lorsqu'il y a une faute d'hygiène provoquant une contamination bactériologique). Il en est de même pour la consommation d'eaux de pluie riches en nitrates. Beaucoup d'enfants ont ingéré des quantités très importantes de nitrates (très au-delà de la dose journalière admissible établie par l'O.M.S.) sans aucun symptôme clinique de cette affection. Il n'y a pas corrélation systématique entre la seule quantité de nitrates ingérés et l'apparition de méthémoglobinémie ;

» jadis on a traité certains malades avec des quantités considérables de nitrates sans qu'il survienne de méthémoglobinémies.

Remarques :

Le professeur L'hirondel admet cependant que dans certains cas pathologiques des ingestions directes de nitrates (et non pas, comme dans les cas ici envisagés, de nitrates réduits en nitrites préalablement à leur ingestion), peuvent provoquer des méthémoglobinémies par réduction dans l'organisme lui-même de ces nitrates en nitrites; c'est, par exemple, lorsqu'il survient une prolifération bactérienne nitrato-réductrice dans un site où habituellement la densité bactérienne très faible ne permet pas cette réduction (par exemple lors de stases iléales).

Les méthémoglobinémies, apparemment primitives, apparaissant chez les nourrissons affectés de diarrhées infectieuses et acidose, proviennent le plus souvent d'une réduction bactérienne des nitrates endogènes, sans apport anormal de nitrites alimentaires ou même en l'absence totale de ceux-ci.

Bien qu'il n'y ait pas de corrélation systématique entre la fréquence et l'importance des méthémoglobinémies et la teneur en nitrates de l'eau ou de l'aliment consommé, le professeur L'hirondel admet que plus les teneurs sont élevées, plus il y a de risques sanitaires : "la plus grande gravité de méthémoglobinémies à l'eau de pluie par rapport aux méthémoglobinémies à la soupe de carottes peut résulter de deux facteurs : d'abord et surtout de taux de nitrates beaucoup plus élevés que dans l'eau de pluie-".

En conclusion, les nitrates apportés par l'alimentation ne présentent, en eux-mêmes, pour le professeur L'hirondel, aucun danger : ce sont les pollutions par les bactéries réduisant les nitrates en nitrites avant cette consommation qui sont, dans la presque totalité des cas, responsables des méthémoglobinémies des nourrissons.

1-2-2 Les nitrosamines cancérigènes

Au début de ce deuxième chapitre de la toxicologie des nitrates, le professeur L'hirondel écrit "nous aborderons ici le point essentiel de cet exposé et le grief mineur : les nitrates alimentaires ont-ils quelques responsabilités dans la genèse du cancer chez l'homme ?".

La presque totalité du document est consacrée à l'activité cancérogène générale des nitrosamines envisagée dans un cadre très large. Il estime que les nitrosamines sont cancérogènes "lorsque des cellules ne sont plus capables d'assurer l'intégrité de leur ADN; elles sont alors susceptibles de provoquer, ou du moins de favoriser la transformation maligne de lésions précancéreuses. À ce titre, la limitation des nitrosamines de l'alimentation et de l'environnement est pleinement justifiée".

Apport exogène alimentaire

L'apport exogène provient surtout d'apports non alimentaires : tabac, cosmétiques, etc. Des nitrosamines peuvent cependant se former dans certains aliments lors de leur préparation (bacon, viandes ou poissons subissant certains traitements, etc.): leur apport, en particulier dans les régimes d'Europe occidentale, est considérablement plus faible que les apports exogènes d'origine non alimentaire (tabac, cosmétiques, etc.).

Formation endogène de nitrosamines

Les nitrites, issus des nitrates d'origine alimentaire (objet essentiel de notre rapport) peuvent-ils donner naissance dans l'organisme humain à des nitrosamines ?

Une telle formation peut, pour le professeur L'hirondel, se réaliser dans deux sites :

» dans l'estomac, où "le seul mécanisme actuellement accepté pour la nitrosation intragastrique est celui de la catalyse acide". La quantité formée dans l'estomac à partir des nitrites salivaires serait très faible. De plus ces nitrites salivaires sont, pour le professeur L'hirondel, d'origine non pas alimentaire, mais plasmatique, c'est-à-dire provenant de nitrates aussi bien d'origine endogène qu'alimentaire, les premiers étant "parfois plus abondants, et dont l'origine physiologique est garante de leur innocuité". Le professeur L'hirondel insiste beaucoup dans ce "document de travail" sur cette innocuité physiologique. Il écrit plus loin : "les nitrates salivaires sont des constituants physiologiques ; ils bénéficient donc, pour le moins, d'une totale innocuité". Et il conclut finalement : "les nitrosamines endogènes d'origine gastrique sont donc physiologiquement contrôlées; leur innocuité se trouve confirmée par leur taux négligeable" ;

» dans les cellules, selon notamment le mécanisme décrit dans la formation des nitrates endogènes (voir schéma). Cette "sécrétion" endogène a été attestée par l'étude des bilans urinaires et constatée expérimentalement.

Au total, les taux de nitrosamines synthétisées dans l'estomac seraient très inférieurs à ceux d'origine cellulaire : de 14 à 30 fois moins, selon des expériences conduites par de nombreux auteurs sur la nitrosoproline, comme l'indique le professeur L'hirondel, sans citer ni noms ni références. Finalement, il conclut : "Étant donné que les nitrosamines que synthétisent les cellules sont sans danger, les nitrosamines d'origine gastrique bénéficient d'une même et totale innocuité- Bref, le danger cancérigène des nitrates est inexistant".

Études expérimentales

De nombreuses études expérimentales montrent que la plupart des nitrosamines sont hautement cancérogènes pour de nombreuses espèces animales. Mais cet effet cancérogène ne se manifeste que pour des doses très nettement plus élevées que celles auxquelles peut être exposé l'homme. De plus chez celui-ci, le professeur L'hirondel rappelle que "lors d'expositions accidentelles ou criminelles à des doses fortes ou répétées de nitrosodiméthylamine, qui provoquent la mort du sujet", on observe des lésions anatomiques identiques à celles constatées après intoxication chez l'animal, mais pas d'éléments de malignité (notamment après une intoxication chronique ayant duré 32 mois).

Enquêtes épidémiologiques

Dans le "document de travail" envoyé par la DDASS du Calvados à la DGS, il n'y a aucune mention des enquêtes épidémiologiques conduites sur les relations entre l'ingestion de nitrates et la fréquence des cancers. Par contre, la communication du professeur L'hirondel à l'Académie d'Agriculture, tient compte de telles enquêtes. Elle précise que les premières d'entre elles, avant 1976, concluaient à un rôle cancérogène des nitrates mais furent réfutées pour leur manque de rigueur. Parmi les enquêtes ultérieures, les "plus récentes, plus rigoureuses dans leurs méthodes, montrent une absence de corrélation".

Le professeur L'hirondel conclut finalement, dans cette communication, que "les trois voies dont nous disposons pour évaluer le rôle cancérigène des nitrates, à savoir la voie métabolique, l'expérimentation chez l'animal et les enquêtes épidémiologiques chez l'homme, s'accordent pour établir leur innocuité du point de vue cancérigène".

2 DISCUSSIONS SUR LES DOCUMENTS DU PROFESSEUR L'HIRONDEL

2-1 APPORT ET MÉTABOLISME DES NITRATES

La description par le "document de travail" de ces apports et des mécanismes de leur métabolisme semble tout à fait correcte et le schéma ci-joint s'inspire en très grande partie du schéma établi par le professeur L'hirondel. Tout au plus pourrait-on discuter de la réalité envisagée pour certains mécanismes; mais ceci n'intervient pas vraiment dans le thème de notre rapport.

2-2 TOXICITÉ DES NITRATES

2-2-1 Méthémoglobinémie

Les nitrates provenant des aliments, indique le professeur L'hirondel, ne sont pratiquement pas responsables des méthémoglobinémies : ce sont les bactéries présentes dans les aliments qui réduisent les nitrates en nitrites, avant l'ingestion de ces aliments, qui sont les responsables de ces affections. Cela est vrai dans la plupart des cas de méthémoglobinémies d'origine alimentaire observées et on ne pourrait pas actuellement admettre qu'il y a une corrélation directe et permanente entre la seule quantité de nitrates ingérée et l'apparition de méthémoglobinémies.

Mais pour que l'ingestion des nitrates ne présente aucun danger, il faut être sûr que les aliments qui les contiennent ne subissent aucune contamination bactérienne susceptible de les réduire en nitrites. Actuellement, il n'est pas possible d'affirmer que toutes les eaux consommées, notamment celles des puits privés, sont exemptes de contaminations par des germes nitrato-réducteurs, ou que les ménagères ne feront plus de fautes d'hygiène induisant une contamination des soupes de carottes ou des épinards. Ce risque est d'autant plus grand que les bactéries nitrato-réductrices ne sont pas toutes prises en compte dans les exigences de qualité concernant l'eau d'alimentation et, d'une façon plus générale, les aliments, car beaucoup de ces bactéries ne présentent aucun danger direct pour l'homme. C'est le cas par exemple des Bacillus subtilis très fréquents dans l'environnement.

D'autres arguments justifient le maintien d'une politique de limitation de la teneur en nitrates dans les aliments, pour éviter le risque de méthémoglobinémies :

On a vu que, sans qu'il y ait concordance entre l'importance de l'apport exogène en nitrates et les méthémoglobinémies - étant donné les variations de l'importance des contaminations bactériennes, de la production endogène de nitrates et de l'influence de certains facteurs (vitamine C en particulier) jouant un rôle dans la genèse de la méthémoglobinémie - les risques étaient cependant plus élevés en cas de forte teneur en nitrates. Ceux-ci en effet apportent aux bactéries la matière première leur permettant de produire des nitrites.

Par ailleurs, des études ont montré que les teneurs en méthémoglobine du sang étaient d'autant plus élevées que l'apport alimentaire en nitrate était important (même dans une échelle de teneurs modérées). Si ces taux de méthémoglobine demeurent en général suffisamment faibles pour qu'aucun symptôme clinique n'apparaisse, ils peuvent correspondre à un niveau plus proche du niveau de manifestations de signes cliniques, niveau qui pourrait ainsi être plus facilement dépassé en cas d'apports anormaux de nitrates exogènes ou de manifestations infectieuses provoquant un accroissement de la production endogène.

S'il semble donc nécessaire de maintenir une réglementation de la teneur en nitrates des eaux destinées à la consommation humaine, ainsi que de celles des "eaux brutes" utilisées pour leur préparation, la question peut se poser de savoir si les exigences réglementaires actuelles doivent être modifiées ou maintenues ?

Pour les eaux destinées à la consommation humaine, la teneur maximale est limitée actuellement à 50 mg/l. Les "Directives de qualité pour l'eau de boisson" de l'O.M.S. (1994) justifient cette teneur par la prise en compte du seul risque de méthémoglobinémie, celui-ci ayant été évalué d'après les résultats d'enquêtes épidémiologiques conduites au milieu du XXe siècle : elles ont montré que parmi les enfants chez qui cette affection avait été décelée, la plupart (de 80 à 90 %) consommaient une eau dont la teneur en nitrates excédait 100 mg/l et une partie encore notable (environ 10 %) de l'eau dont la teneur s'échelonnait entre 50 et 100 mg/l. (sans prendre en compte l'éventualité d'apports exceptionnels en nitrates par certains légumes, apports pouvant interférer avec l'apport hydrique).

Mais ces données laissent aussi entendre que lorsque ces circonstances favorisantes (pollution microbienne, syndromes infectieux chez l'enfant-) font défaut, aucun trouble ne devrait survenir du fait de la seule consommation d'une eau contenant bien au-delà de 50 mg/l.

Il semble donc souhaitable de conserver cette valeur bien connue et utilisée. Elle devrait cependant être considérée non comme la limite d'un risque inacceptable, mais comme un efficace signal d'alarme attirant l'attention des autorités responsables de la santé sur la possibilité d'un risque lié à la présence de certains autres facteurs, qu'il convient de cerner et d'évaluer.

L'expérience prouve qu'actuellement les risques de méthémoglobinémies sont exceptionnels en Europe occidentale, où les eaux n'ont que très rarement des teneurs en nitrates dépassant 100 mg/l, et où l'association d'une telle teneur avec une très mauvaise qualité bactériologique est, semble-t-il, assez peu fréquente. Il paraît donc inutile, du point de vue sanitaire, lorsqu'une eau de distribution publique atteint 50 mg/l de nitrates, d'engager systématiquement et immédiatement un traitement de celle-ci. Une telle attitude peut même être dangereuse : l'eau distribuée étant devenue satisfaisante à la suite d'un tel traitement, il peut paraître inutile de se préoccuper de l'état de la ressource : inutile de mettre en œuvre des dispositions permettant de limiter dans celle-ci l'augmentation des nitrates, ou, si de telles dispositions ont été prises, inutile d'en poursuivre leur maintien. Dès lors, la pollution de la nappe s'accroîtra, et le traitement de l'eau, qui pourra alors s'avérer nécessaire, deviendra non seulement plus coûteux, mais aussi plus difficile techniquement à réaliser.

Dans un tel contexte, plutôt que d'engager un traitement immédiat, il semblerait préférable d'octroyer une dérogation - au moins pour les eaux contenant entre 50 et 100 mg/l. Cette dérogation devrait être temporaire et accompagnée d'une part d'une surveillance renforcée de la qualité de l'eau, aussi bien pour sa teneur en nitrate que pour sa qualité bactériologique (incluant peut-être en certains cas la présence de nitrato-réducteurs), d'autre part d'une information du public adaptée aux circonstances (importance du dépassement, durée de la dérogation) et préconisant éventuellement des précautions particulières à prendre pour les consommateurs "sensibles", tels les jeunes enfants, les femmes enceintes. Ces dérogations permettraient d'établir un programme de mesures tendant à réduire la teneur en nitrate dans la ressource elle-même, mesures généralement plus longues à mettre en œuvre qu'un traitement de la seule eau distribuée.

2-2-2 Cancérogénicité

Si pour le professeur L'hirondel cette question de la cancérogenèse est le point primordial du problème de la toxicité des nitrates alimentaires, elle ne fut aucunement prise en compte dans l'établissement des exigences concernant la teneur en nitrates dans les eaux d'alimentation, comme l'indiquent les "Directives de qualité pour l'eau de boisson" de l'O.M.S. en 1994.

Toutes les indications données par le professeur L'hirondel sont à prendre en compte, mais peut-être ont-elles un caractère trop absolu.

La formation endogène de nitrosamines semble pour le professeur L'hirondel n'être envisageable que dans deux sites : l'estomac (au pH acide) et les cellules. La production de ces dernières, dit-il, ne peut être nocive puisque physiologique.

Du grand nombre d'études faites sur ce thème, on peut tirer la conclusion que chez des individus en bonne santé il y ait une très faible production endogène, non corrélée avec les quantités de nitrates ingérés (soumise sans doute aux régulateurs physiologiques évoqués par le professeur L'hirondel). Mais elle peut être plus importante dans des situations physiologiques particulières : affections de la muqueuse gastrique (production d'autant plus forte que le pH est plus élevé), infections de la vessie, stimulation des macrophages lors d'états infectieux. La production de CNO peut dans ces cas d'ailleurs correspondre à une production de nitrites également endogène : dans les expériences de stimulation des macrophages, on a pu obtenir une production de CNO augmentant parallèlement à celle des nitrites.

Mais un apport très important de nitrates ne peut-il pas renforcer cette production et générer une plus grande quantité de CNO ?

L'expérimentation sur animaux a montré une activité cancérogène des CNO et la possibilité d'obtenir des cancers expérimentaux aussi bien avec un apport exogène de ces CNO qu'avec leur formation provoquée in vivo par l'ingestion séparée de précurseurs azotés et de nitrites. La presque totalité de ces expériences sont réalisées il est vrai avec des doses ne correspondant pas aux ingestions alimentaires envisageables dans notre pays.

Mais certaines enquêtes ont montré qu'avec une seule très forte dose de CNO un processus cancéreux pouvait être déclenché. Ceci ne pourrait-il pas survenir pour l'homme dans des conditions exceptionnelles ?

Il n'y a pas d'enquêtes épidémiologiques démontrant avec certitude une relation entre l'importance de l'ingestion de nitrates et la fréquence des cancers.

Mais la plupart des expériences présentent des biais correspondant à la difficulté de relier le constat de fréquence de cancers à la quantité de nitrates ingérés ayant déclenché le processus de cancérisation bien des années auparavant. La connaissance des teneurs en nitrates ingérés à ce moment est en général des plus approximatives.

De plus, la grande majorité de ces enquêtes, notamment celles qui ne donnent pas de corrélation entre quantités de nitrates ingérés et cancers, correspondent à des teneurs en nitrates soit se situant dans les normes réglementaires soit ne les dépassant que modérément. Ce manque de données sûres pour des apports très importants de nitrates tels qu'on pourrait les concevoir dans l'avenir si aucune mesure n'était prise pour enrayer leur progression constatée ces derniers temps dans les milieux naturels.

Au total, rien n'apparaît comme certain dans ce domaine des relations entre nitrates et cancers et B. Pignatelli, du Centre International de Recherche sur le Cancer, conclut ainsi un exposé récemment présenté à L'École Nationale de la Santé de Rennes : "Dans l'attente des progrès de la recherche, il semble justifié de rechercher des moyens de prévention pour limiter l'exposition de l'homme aux composés N-Nitroso, notamment en diminuant les concentrations de leurs précurseurs dans l'environnement et en particulier les nitrates, bien qu'on ne puisse déterminer quel est le risque associé à un niveau donné d'exposition" Colloque : "Les nitrates, effet de mode ou vrai problème de santé ?"

3 CONCLUSIONS

Deux types de risques peuvent être envisagés comme résultant d'une teneur considéré comme excessive de nitrates dans l'alimentation : l'apparition de méthémoglobinémies, en particulier chez le nourrisson, et une contribution à l'accroissement du nombre de cancers.

Il semble actuellement certain que la méthémoglobinémie n'est pas reliée systématiquement à la quantité de nitrates ingérés, mais qu'un certain nombre d'autres facteurs, en particulier une contamination bactériologique des aliments (ou des phénomènes infectieux chez les nourrissons), sont nécessaires à son déclenchement.

Il paraît cependant dangereux de considérer comme un inconvénient tout apport alimentaire de nitrates, quelque soit son importance : il faudrait pour cela avoir une maîtrise totale de ces autres facteurs, maîtrise que l'on ne possède pas à l'heure actuelle.

Il est donc souhaitable de conserver une réglementation limitant la teneur en nitrates notamment dans les eaux (eaux de boisson et eaux naturelles utilisées pour leur fabrication). Il ne semble pas qu'il y ait intérêt à modifier la teneur actuellement imposée pour les eaux de boisson : 50 mg/l.

Cependant, les conditions actuelles de vie en Europe occidentale, font que les risques de méthémoglobinémies sont relativement faibles. Il n'en serait pas de même si les teneurs en nitrates des ressources en eau devaient poursuivre l'augmentation constatée ces dernières décennies. C'est donc sur une réduction de ces teneurs que devraient essentiellement porter les efforts. Un traitement de l'eau distribuées dès que la teneur de 50 mg/l est dépassée pourrait dans certains cas détourner l'attention du problème majeur de la réduction des nitrates dans les ressources, alors qu'un certain dépassement de ce taux n'entraîne pas de risques inacceptables. Des dérogations temporaires à cette exigence devraient donc, dans ces cas, pouvoir être octroyées par les autorités nationales compétentes pour permettre une action concertée portant sur l'amélioration de la qualité de la ressource.

Une limitation chiffrée de l'apport exogène en nitrates n'est semble-t-il pas justifiée en fonction des risques de cancers : elle est même impossible étant donné qu'on ne dispose d'aucun élément sûr pour l'établir. Mais la diminution de cet apport ne peut que contribuer à limiter un risque éventuel en ce domaine.

Une telle attitude répondrait donc aux principes de subsidiarité et de précaution qui semblent devoir être pris en compte dans les projets de révision des directives de l'Union Européenne concernant la qualité des eaux.




Quelques études "oubliées" par L'hirondel

Nitrates et cancers gastriques

Hartman-PE ; Review : putative mutagens and carcinogens in food. I . Nitrate / nitrite ingestion and gastric cancer mortality. ; Environ-mutagen. 1983, 5 (1) : 111-21

" Published figures for per capita daily levels of nitrate ingestion in the 1970s are compared with gastric cancer mortality estimates for the same period. A strong positive correlation is observed in 12 countries. "

Traduction générale : une corrélation fortement positive entre la quantité quotidienne de nitrates ingérés et la mortalité par cancer gastrique est observée dans 12 pays.

Takacs S ; Nitrate content of drinking water and tumours of the digestive organs ; Zentrabl Bakteriool Mikrobiol Hyg [B; 1987 Jun : 184(3-4): 269-79]

" In most areas, the trend coincided i.e. lower morbidity was associated with lower average nitrates values (-). About two thirds (64%) of tumour cases affecting the digestive organs were living in areas where the nitrate concentration of drinking water was over 100 mg. "

Traduction générale : dans la plupart des endroits étudiés, une morbidité moins forte a été corrélée avec les plus faibles teneurs en nitrates. Les deux tiers des cas de tumeurs digestives vivaient dans des lieux où la concentration en nitrates dépassait 100 mg/l

Poch, M.; Z Gesamte Hyg; 1987 Oct : 33(10) : 528-9 ; Possible correlations between nitrate pollution of drinking water and neoplastic diseases of the gastrointestinal tract.

Traduction : Corrélations possibles entre la pollution de l'eau potable par les nitrates et les maladies cancéreuses du tractus gastro-intestinal.

Nousbaum, J.B.; Thèse de doctorat en médecine, Brest, no 29063, 1989 " Il existe une plus forte incidence de cancers gastriques chez les femmes résidant dans les zones [du Finistère] à teneur élevée de nitrates dans l'eau de boisson. "

Sanz Anquela.J.M.; Muñoz Gonzalez, M.L.; Ruiz Liso, J.M.; Rodriguez Manzanilla, L.; Alfaro Torres, J. ; Correlacion del riesgo de cancer gastrico en la provincia de Soria con el contenido de nitratos en las aguas de bebida ; Rev. Esp. Enf. Ap. Digest. 75.6 (561-565), 1989. " (...) Although the maximum nitrate content found barely exceeded the maximum limits suggested by the WHO, these value have a statistically significant positive linear correlation with the adjusted mortality and incidence rates of gastric cancer in men. "

Traduction : Bien que le taux maximal de nitrate excéda à peine la limite maximum préconisée par l'OMS, ces valeurs sont corrélées positivement avec la mortalité et le taux de cancers gastriques chez les hommes.

Morales-Suarez-Varela-MM; Llopis-Gonzalez-A; Tejerizo-Perez-ML; The concentrations of nitrates in public drinking water in the Mediterranean coastal province of Valencia (Eur-J-Epidemiol.1995 Feb)

" The cancer mortality rate was found to rise with increasing exposure to nitrates in the case of gastric cancer, in both sexes, and in prostate cancer (...) "

Traduction : On a déterminé que le taux de mortalité par cancer augmente avec une exposition plus forte aux nitrates, en ce qui concerne le cancer gastrique, dans les deux sexes, et en ce qui concerne le cancer de la prostate.

Hypertrophie de la thyroïde

van-Maanen-JM; van Dijck-A; Mulder-K; de-Baets-MH; Menheere-PC; van der Heide-D; Mertens-PL; Kleinjans-JC ; Toxicol. Lett. 1994 Jun; 72(1-3): 365-74

" A dose-dependent difference in the volume of the thyroïde was observed between low and medium vs. high nitrate exposure groups, showing development of hypertrophy at nitrate levels exceeding 50 mg/l. "

Traduction (sens) : on a observé une différence du volume de la thyroïde, dépendant de la dose de nitrates ingérés, entre deux groupes soumis (de par leur environnement) à des doses fortes ou moyennes/basses de nitrates.




http://www.institutdanone.org/avenir/travaux_primes/prix_alimentation_et_sante/bellec.php

"Nitrates, nitrites, N-nitrosamines et cancers gastriques dans le Finistère : approche expérimentale"

Gwenaëlle BELLEC (Faculté de Médecine - Brest)

Prix de Projet de Recherche Alimentation et Santé 1997

L'incidence des cancers gastriques dans le Finistère est deux fois plus élevée qu'à l'échelon national. Cette région est par ailleurs caractérisée par les concentrations élevées de nitrates retrouvées notamment dans l'eau de boisson. Une fois ingérés, les nitrates sont partiellement réduits en nitrites, agents précurseurs de dérivés N-nitrosés potentiellement carcinogènes (dont la N-nitrosodimé-thylamine, NDMA). Ces constats fondent l'hypothèse d'un rôle des produits de biotransformation des nitrates alimentaires dans la genèse des cancers gastriques, à côté d'autres facteurs de risques environnementaux possibles (consommation d'alcool et de tabac notamment).

Gwenaëlle Bellec a étudié le mécanisme moléculaire de la carcinogénicité des N-nitrosamines in vitro, à partir de préparations microsomales hépatiques de rats, puis humaines, incubées en présence d'ADN de thymus de veau. Le rôle du cytochrome microsomal P450 inductible par l'alcool (CYP2E1) dans la formation des adduits à l'ADN a été clairement mis en évidence. Ce cytochrome catalyse la première étape d'une biotransformation de la NMDA conduisant à la formation d'un carbocation. Ce dernier est un agent alkylant puissant, susceptible de léser les bases puriques (guanine) de l'ADN, s'il n'est pas neutralisé par l'activité glutathion. Les comptages de radioactivité des adduits à l'ADN produits par l'action des cytochromes P450 sur la 14C NDMA ont montré une grande variabilité d'un échantillon microsomal hépatique humain à l'autre. L'activité de formation d'adduits à l'ADN est apparue étroitement corrélée à l'importance de deux autres activités catalytiques spécifiques de l'isoforme CYP2E1 : la déméthylation de la NDMA, conduisant à la libération de formaldéhyde, et la 2-hydroxylation du 4-nitrophénol. Ce résultat permet de conclure à l'implication majoritaire du cytochrome P450 2E1 dans le mécanisme moléculaire de la carcinogénicité de la NDMA.

Gwenaëlle Bellec a également déterminé par dosages chromatographiques les taux de N-nitrosamines contenus dans le liquide gastrique de patients. Les résultats de ces mesures montrent que le pH gastrique est un facteur déterminant dans la formation de composés N-nitrosés, la nitrosation s'effectuant de manière prédominante, soit à pH très acide (condition favorable à la cinétique de la réaction), soit à pH proche de la neutralité (condition favorable à l'activité bactérienne de réduction des nitrates en nitrites).

L'étude des dommages aux protéines constitutives de la paroi gastrique a également été réalisée chez des patients. Pour cela, la formation de molécules de nitro-tyrosine a été recherchée par immunodétection, la nitro-tyrosine étant un marqueur d'endommagement des cellules. La nitration de la nitrotyrosine, notamment, peut être médiée par l'émission de fortes quantités de NO (monoxyde d'azote) lors de processus inflammatoires (gastrites par exemple) ou sous certaines conditions bactériologiques induisant la réduction des nitrites en NO. La majorité des biopsies gastriques contenant de la nitrotyrosine sont issues d'estomacs ayant un pH proche de la neutralité. Ceci implique que la nitration des protéines s'opère plus aisément à pH neutre.

L'ensemble de ces résultats conduit à une meilleure compréhension des mécanismes mis en cause dans la toxicité des produits de biotransformation des nitrites et nitrates




Directive n° 91/676/CEE du 12/12/91 concernant la protection des eaux contre la pollution par les nitrates à partir de sources agricoles
http://www.ineris.fr/aida/?q=consult_doc/consultation/2.250.190.28.8.4445

Mise en œuvre de la directive 91/676/CEE du Conseil concernant la protection des eaux contre la pollution par les nitrates à partir de sources agricoles
http://www.pedz.uni-mannheim.de/daten/edz-bn/gdu/02/91_676_eec_fr.pdf

Les substances dangereuses : Contrôle de la pollution
http://parlonstechneau.univ-rennes1.fr/2008/files/INERIS_substances_dangereuses_4_controle_de_pollution.pdf

Gestion des risques. Santé et environnement : le cas des nitrates / phosphore, azote et prolifération des végétaux aquatiques :
http://www.inra.fr/dpenv/barroc48.htm

L'état de l'eau de l'État / Nitrates en Bretagne :
http://www.inra.fr/dpenv/nicolc45.htm

Impact fertilisants sur l'environnement :
http://www.fertilisants.org/fiches/6environnement.htm

HERVE GAYMARD ANNONCE LE RETRAIT DU PROJET DE TAXE SUR LES NITRATES / Agriculture - Publiée le : 09/07/2004
http://www.actu-environnement.com/ae/news/672.php4

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L'élimination de la pollution azotée des eaux résiduaires urbaines :
http://www.gls.fr/memotec24.htm

L'élimination des nitrates pour la production d'eau potable :
http://www.gls.fr/memotec7.htm

L'élimination de l'ammonium dans l'eau potable :
http://www.gls.fr/memotec11.htm

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L'ammoniac d'origine agricole : impacts sur la santé humaine et animale et sur le milieu naturel :
http://www.inra.fr/Internet/Produits/PA/an2002/num223/portej/sp223.htm

Fertilisation azotée des prairies et nutrition des vaches laitières. Conséquences sur les rejets d'azote :
http://www.inra.fr/Internet/Produits/PA/an2000/num201/peyraud/jp201.htm

Les rejets azotés issus de l'aviculture : importance et progrès envisageables :
http://www.inra.fr/Internet/Produits/PA/an1996/num962/resumes/bl962.htm

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Gestion des risques. Santé et environnement : le cas des nitrates, phosphore, azote et prolifération des végétaux aquatiques :
http://www.inra.fr/dpenv/barroc48.htm

Étude de la relation entre certains facteurs alimentaires et le risque de tumeurs colorectales
http://tel.ccsd.cnrs.fr/documents/archives0/00/00/57/04/index_fr.html

Nitrates et marée verte :
http://www.futura-sciences.com/comprendre/d/dossier268-1.phpCirculaire DGS/DE n° 2001-535 du 5 novembre 2001 relative à la clôture et compte rendu de la surveillance de la teneur en nitrates des eaux douces réalisée au titre de la directive n° 91/676/CEE du 12 décembre 1991 concernant la protection des eaux contre la pollution par les nitrates à partir de sources agricoles, dite directive " nitrates "
http://aida.ineris.fr/textes/circulaires/text4171.htm






[ Corrélats : Substances cancérigènes / Lisiers de porc / ...]

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