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Feux de forêts
Représentation systémique




Cette représentation va s'appuyer sur un modèle systémique issu des MADS ou Méthodes d'Analyse des Dysfonctionnements des Systèmes.

La première démarche d'analyse du système va consister à définir et identifier le champ de danger, c'est-à-dire le système source, le système cible et les flux de dangers qui les relient.

Le champ de danger va correspondre à tout élément susceptible d'influer défavorablement sur la forêt, l'incendie et les populations concernées par l'événement non souhaité que constitue un feu de forêt.



1) Le système source.

Le système source est essentiellement constitué par la parcelle forestière. La parcelle forestière fait partie d'un massif forestier lequel représente généralement la surface maximale d'extension d'un sinistre.

Le système source est de nature écosociosystémique. On va y reconnaître les cinq dimensions de l'hyperespace : la dimension écologique, les dimensions sociologiques et culturelles et les dimensions politiques et économiques.

La dimension écologique va permettre de caractériser les paramètres phytosociologiques des peuplements végétaux dans la parcelle, leur dynamique (pionniers, post pionniers, nomades, dryades, lisières et accrues, etc.), leur physionomie (densité d'arbres, âge des peuplements, continuité et discordances spatiales, horizontales ou verticales, stratification, etc.), leur fonctionnement (productivité, biomasse, photosynthèse, respiration, décomposition, etc.), la nature des sols et du sous-sol, l'économie des eaux superficielles et souterraines, la topographie, la météorologie et la climatologie.

Les dimensions culturelles et sociologiques vont plutôt porter sur les usages récréatifs de la forêt et sa dimension paysagère.

Les dimensions politiques et économiques vont plutôt porter sur les aménagements, les fonctionnalités, les infrastructures (pistes, routes, points d'eau, vigies, etc.), la prévention, la surveillance, les équipements pour les services de secours (matériels roulants, pompiers professionnels, moyens aériens, etc.), l'exploitation sylvicole, etc.

2) Éclosion et propagation.

Mais le système source n'est pas toujours dans un état qui le prédispose à produire un événement non souhaité.

L'éclosion :
Un incendie de forêt n'éclora que si la végétation possède un degré d'inflammabilité suffisant et si elle est soumise à une activation appropriée. Le degré d'inflammabilité va dépendre du pourcentage d'humidité (siccité) de la végétation et de sa composition chimique. On considère généralement que c'est la strate herbacée qui possède le degré d'inflammabilité le plus important, juste avant la litière et loin devant la strate arbustive d'inflammabilité moyenne et la strate arbustive d'inflammabilité basse.

Le potentiel d'éclosion d'un feu de forêt dépendra aussi de l'énergie d'activation qu'il faudra mettre en œuvre compte tenu du degré d'inflammabilité de la végétation du moment.

La propagation :
La propagation dépendra largement du degré de combustibilité. La combustibilité dépend de la composition de la végétation, de sa biomasse et de sa répartition spatiale (recouvrement, stratification, discontinuités horizontales et verticales, etc.).

La propagation va aussi dépendre de plusieurs facteurs qui vont influencer les potentialités d'intervention sur l'événement non souhaité. Ce sont le relief, la nature du sol, le maillage des pistes, etc. en un mot l'accessibilité qui conditionne l'efficacité des secours. Il ne faut toutefois pas oublier que la propagation peut être aussi dépendante de la détection et de l'alerte qui, si elles sont précoces, même en situation favorable de combustibilité, peuvent être des atouts importants.

Le potentiel de propagation va ainsi contribuer à prévoir les types de feux susceptibles de se mettre en place dans les conditions mesurées et leur intensité potentielle.

Voir aussi : Suivi multi échelle par télédétection et spectroscopie de l'état hydrique de la végétation méditerranéenne pour la prévention du risque de feu de forêt.
http://pastel.paristech.org/803/01/soutenance_these_dauriac_fabien.pps
http://pastel.paristech.org/803/01/these_dauriac_fabien_2004.pdf

3) Le système cible

Les cibles de l'ENS feux de forêt sont la forêt elle-même, évidemment (bois d'œuvre, faune, flore, sols, reliefs, cours d'eau, etc.), les populations riveraines ou en transit (campeurs, voyageurs, automobilistes et camionneurs, etc.), les infrastructures, les constructions et les aménagements susceptibles d'être atteints et les professionnels (forestiers, sylviculteurs, propriétaires, chasseurs, sapeurs pompiers, policiers, secouristes, etc.).

Les risques pour le système cible sont d'abord ceux (irrémédiables) sur l'intégrité physique des personnes (morts, brûlures, intoxication par les fumées, etc.), puis ceux qui touchent l'environnement (perte de biodiversité, fragilisation des sols, érosion, mouvements de terrain, maladies cryptogamiques, pullulation d'insectes, etc.), enfin ceux qui touchent aux biens pour lesquels il existe des systèmes d'assurance et / ou qui sont plus ou moins faciles à remplacer ou à reconstruire.

4) Les flux de danger.

En matière de feux de forêt, le flux de danger le plus important est le flux thermique puisque c'est lui qui assure la propagation du front de feu. En effet, le rayonnement qu'il produit dessèche la végétation qui devient inflammable (voir feux de forêt : progression saltatoire). Naturellement, plus le feu est important, plus le flux thermique est important et plus la vitesse de déplacement du front de feu sera importante. Une teneur initiale basse en eau de la végétation et du sol sera bien entendu un facteur favorisant la propagation et l'importance du feu.(nombre de strates atteintes).

Mais le flux thermique peut être aussi à l'origine de sautes de feux et par conséquent de la multiplication des départs de feux.

Le flux thermique est généralement accompagné de deux autres flux : un flux de matières toxiques composées des fumées, des suies, des gaz de combustion, etc. et un flux parfois extrêmement dangereux, celui des composés organiques volatils ou COV, qui sont assez peu décelables, mais qui portés à des températures suffisantes peuvent exploser brutalement (Voir Embrasement généralisé éclair).

Le flux de matières toxiques est plus complexe qu'il n'y paraît généralement de prime abord. En effet dans les fumées, on peut détecter des hydrocarbures aromatiques polycycliques, des composés organiques volatils, des goudrons cancérigènes, des dioxines et des furanes, des NOx, des métaux lourds (Pb, Hg, etc.), des radionucléides (post Tchernobyl ?), etc. Dans des études menées par Ineris sur la combustion des végétaux, il apparaît que plus ils sont humides et plus la production de substances dangereuses et toxiques est importante.

5) Les événements initiateurs.

Parmi les événements initiateurs à l'origine d'un feu de forêt, il y a les trois composantes du triangle du feu, c'est-à-dire l'énergie d'activation, le comburant et le combustible. Le plus souvent, les deux premières composantes sont circonstancielles et assez peu maîtrisables. Que ce soit pour des raisons naturelles, accidentelles ou criminelles, on ne maîtrise guère la manière dont le feu est allumé (acte criminel, jeu d'enfants, feux agricoles et écobuage, feux de camps et barbecues, machines agricoles, trains, véhicules à moteurs, foudre, lignes électriques, sautes de feu, etc.)

On ne maîtrise naturellement pas la teneur en oxygène de l'air, ni son renouvellement, c'est-à-dire si le vent souffle ou pas, faiblement ou fortement.

Le seul élément sur lequel on a une légère maîtrise, c'est sur le combustible (fuel), c'est-à-dire la végétation. Diverses pratiques forestières et d'aménagement des lisières, des pistes, des discontinuités, des abords des habitations, etc. peuvent avoir pour résultat de diminuer la quantité de végétation combustible en certains endroits sensibles ou stratégiques.

6) Les événements amplificateurs.

Les événements amplificateurs sont principalement liés à des facteurs météorologiques et à des facteurs anthropiques.

Les facteurs météorologiques sont le degré d'hygrométrie à la fois en valeur absolue, mais aussi dans le temps (sécheresse durable ou non, déficits hydrique et hydrologique, etc.), la température de l'air et la température de rayonnement, le vent (force et direction).

Les facteurs anthropiques sont le mode de gestion des parcelles forestières (forêt domaniale ou privée, degré de morcellement, propriétaires connus ou non, mode de foresterie, choix des essences, modes de sylviculture, peuplements, coupes, semis ou régénération, etc.).

7) La prévention et la prévision.

La prévention va consister à mener des actions d'abord en vue de limiter la venue d'un ENS, puis si l'ENS se déclenche, à en réduire les effets.

La prévision va consister à mener des actions en vue de se préparer à la venue d'un ENS (mise en place d'indicateurs de dangers, réseau d'alerte, surveillance, patrouilles, action de police, etc.) et de préparer des opérations et des interventions adaptées.

La prévention des feux de forêt procède de trois types d'actions.

Le premier type d'action va permettre d'agir sur le système source, c'est-à-dire sur les trois volets inflammabilité, combustibilité et accessibilité. On s'efforcera donc de diminuer la quantité de combustible (débroussaillement) et les continuités (élagage, bandes coupe-feux, rideaux d'arbres, cultures, etc.). On s'efforcera d'aménager la forêt pour la rendre plus accessible au secours et plus dissuasive aux pyromanes (aménagement DFCI, pistes, barrières, fossés, ronds points, coupe-feux, etc.). Enfin, on portera une attention particulière à certains aménagements proches ou inclus dans les parcelles forestières (vies de chemin de fer, routes, lignes électriques, habitations et fermes, etc.).

Le deuxième type d'action relève de l'information et des réglementations. Il convient d'avertir les usagers des dangers que court la forêt. Cela se fait par des panneaux d'information ou des contacts entre les forestiers, les gardes, les policiers et les usagers. On s'efforcera de réglementer les activités en forêt en fonction des risques potentiels de départ de feux. En période de grand risque, on fermera l'accès des massifs au public. Naturellement, les contrevenants seront verbalisés ou traduits devant les tribunaux.

Le troisième type d'actions permet d'agir sur le système cible. Les populations riveraines sont surtout menacées dans leurs habitations. La protection des habitations va avoir un double rôle, d'abord de rassurer cette population, puis de l'inciter à rester sur place sans paniquer.

La protection du bâti procède généralement des PLU et des SCOT, mais aussi des PPRIF. Normalement les populations sont averties des risques naturels par le moyen des documents dits d'information préventive (DICRIM, DCS, DDRM). Normalement la population doit procéder à des travaux d'entretien des parcelles voisines de leurs habitations (débroussaillement, élagage, entretien des pare-feux et des réserves d'eau, etc.).

La prévision est particulièrement importante à activer que les conditions météorologiques sont plus favorables à des éclosions de feux. Météo France fournit plusieurs types d'indicateurs pour apprécier le risque incendie factuel. On peut citer l'indice de combustion léger (évaluation de la teneur en eau de la litière superficielle), l'indice d'humus (teneur en eau de la partie supérieure du sol), l'indice de sécheresse (teneur en eau des sols au niveau des racines). D'autres indices sont très importants (indice d'évapotranspiration, indice hydrique, indice hydrologique, etc.). L'indice IFM ou Indice Forêt Météo donne une bonne appréciation du risque incendie à partir des données météo d'un jour.

Dans la mesure où un nombre très important de feux sont d'origine volontaire, il conviendrait de renforcer les dispositifs de surveillance et de patrouille dans les massifs forestiers. Il conviendrait aussi de suspendre totalement toute activité dans ces massifs. Il conviendrait aussi sans doute de suspendre les déplacements des véhicules sur certaines voies ou routes et quand cela n'est pas possible d'interdire totalement les arrêts et le stationnement et de renforcer la fréquence des patrouilles sur ces voies.

La prévision va essentiellement consister à faire en sorte que l'alerte et l'intervention puissent être les plus rapides que possible. L'occupation des vigies, le survol des massifs, les patrouilles (surtout à cheval), la surveillance des routes, des pistes et des différents accès doivent être renforcés. La mise en place, préventivement, d'équipes de première intervention peut être envisagée.

On retiendra que la détection précoce et l'attaque des feux naissants sont le meilleur moyen pour éviter des embrasements importants des parcelles forestières.

Évidemment, la prévision va permettre de prendre des dispositions vis-à-vis des populations en transit (campeurs, caravaniers, randonneurs, etc.).

Les différents types d'action de prévision prévention vont ainsi permettre de travailler sur le système source, sur le système cible, sur les flux, sur les événements initiateurs et amplificateurs.

On peut dire, par exemple, que l'aménagement DFCI, l'entretien des forêts, le débroussaillement et la lutte incendie ont surtout des impacts sur le système source et les flux ; l'information préventive, la maîtrise de l'urbanisation, la surveillance des massifs forestiers ou la réglementation des activités en forêt ont surtout des impacts sur les événements initiateurs et secondairement sur le système source et les flux.











[ Corrélats : MADS / Feux de forêts / Événements non souhaités / DFCI / ...]



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