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Charognards
Charognards


Percnoptère d'Egypte (Neophron percnopterus)
Tous les oiseaux rapaces (accipitridés et pandionidés) ne sont pas des chasseurs émérites comme le sont quelques aigles, l’autour, les éperviers et dans une moindre mesure les buses ou les busards.


Certaines sont herpétophages (circaète), piscivores (pygargue, balbuzard) ou même insectivores (bondrée apivore). D’autres sont nécrophages comme les vautours ou le gypaète. D’autres encore sont des charognards. C’est le cas des milans ou du vautour percnoptère. Ces oiseaux repèrent très tôt des cadavres dans les champs ou sur les routes, des déchets divers sur les marchés, autour des maisons, sur les décharges. Ils sont souvent les premiers à s’y intéresser avant l’arrivée, sur les gros cadavres, des vautours, par exemple.

Les oiseaux charognards sont aussi souvent les victimes des appâts ou des charognes empoisonnés (campagnols et autres micromammifères victimes des traitements agricoles, insectes victimes des pesticides, etc.). Dans bien des régions, les populations de milans, surtout de milans royaux, ont beaucoup souffert. De la même façon, le percnoptère souffre beaucoup de la disparition programmée des décharges « non contrôlées ».

Milan noir (Milvus migrans)
Milan royal (Milvus milvus)
Milan royal (Milvus milvus)
Ce milan royal et plusieurs de ses congénères ont survolé des prairies sur Bellecombe (Jura) pendant tout le temps depuis la fauche jusqu'à la récolte des rouleaux de foin, c'est-à-dire sur une période d'une dizaine à une quinzaine de jours.



Manifestement, ils cueillaient régulièrement des petits rongeurs, des musaraignes ou des taupes que les machines agricoles faisaient sortir ou tuaient. Aussitôt que le foin était ramassé et les prairies rendues au pâturage, ces oiseaux désertaient le terrain.

Ce comportement a pu être noté de la part d'une dizaine d'oiseaux observés sur divers autres territoires du Haut Jura (La Pesse, Les Molunes, Lajoux, Septmoncel, etc.)




Les charognards, essentiels à l'élimination des carcasses de bovins, sont en voie de disparition.

Avec la mort des vautours, la crise sanitaire plane sur l'Inde, Libération, 26/07/04 par Pierre PRAKASH

Penché sur le petit écran noir et blanc, Devojit Das observe, par caméra interposée, deux oisillons qui battent des ailes dans leur nid. "Leurs parents sont morts, alors nous essayons de les élever en captivité, explique le vétérinaire du Vulture Care Center de Pinjore, au nord de l'Inde. Si nous n'y parvenons pas, l'espèce risque fort de disparaître."

Inauguré l'an dernier, ce modeste établissement, composé de volières et d'un petit laboratoire plantés en pleine forêt, a un objectif ambitieux : sauver les vautours indiens, dont la population chute de manière aussi vertigineuse qu'inexpliquée. Trois espèces (Gyps bengalensis, Gyps indicus et Gyps tenuirostris) ont vu leur population réduite de plus de 95 % ces dix dernières années, non seulement en Inde mais aussi au Népal et au Pakistan voisins. Jusqu'ici omniprésentes à travers toute la région, ces trois variétés de la famille Gyps sont aujourd'hui classées parmi les espèces "en danger critique" par Birdlife International. "Selon nos estimations, il n'en reste que quelques milliers", affirme Vibhu Prakash, l'ornithologue qui dirige le centre de Pinjore et qui fut le premier, en 1998, à sonner l'alerte. "Ce n'est pas qu'un drame écologique, mais aussi une catastrophe sanitaire, poursuit-il, car la disparition de ces oiseaux bouleverse l'écosystème."

Dans ce pays de plus de un milliard d'habitants, où la grande majorité des gens ne mangent pas de bœuf, hindouisme oblige, les vautours ont en effet un rôle crucial : ils éliminent les milliers de carcasses qui, une fois écorchées, sont laissées à l'abandon dans des carrières en plein air. Une responsabilité à replacer dans le cadre du gigantisme indien :

le pays compte officiellement 502 millions de bovins, un chiffre probablement sous-estimé et qui ne comprend de toute façon pas les centaines de milliers de vaches errantes, lâchées par leurs propriétaires une fois qu'elles ne donnent plus de lait. "Avec les vautours, une carcasse de vache disparaît en quelques minutes, explique Vibhu Prakash, mais sans eux la viande pourrit, et les bactéries peuvent s'implanter dans le sol, voire contaminer les nappes phréatiques. C'est la porte ouverte à tous genres d'épidémies : anthrax, tuberculose, fièvre aphteuse..." Pour ne rien arranger, l'absence de vautours aboutit à la multiplication de toutes les autres espèces susceptibles de jouer les charognards : les rats et surtout les chiens errants, souvent enragés. Dans certains endroits, des meutes de plus d'un millier de chiens ont été recensées et les attaques contre les humains sont de plus en plus fréquentes.

"Urgence". "Il y a une vraie urgence, poursuit l'ornithologue. Il n'est d'ailleurs pas impossible que certaines maladies soient déjà en train de se propager sans qu'on ne le sache." Que faire ? Personne n'a trouvé l'explication à la soudaine disparition des éboueurs du ciel. Seuls les symptômes sont connus : faiblesse extrême, cou voûté, puis décès. À ce jour, aucun oiseau malade n'a survécu, à l'exception des 32 pensionnaires du centre de Pinjore, qui n'ont pas besoin de se déplacer pour s'alimenter. Après dissection, il s'avère que les oiseaux meurent de goutte viscérale et d'insuffisance rénale. Pourquoi ? Mystère. Jusqu'ici, les experts pensaient qu'il s'agissait d'un virus. Mais, depuis quelques mois, une nouvelle théorie circule, avancée par une équipe de chercheurs américains et pakistanais. Selon eux, l'hécatombe serait à mettre sur le compte du Diclofénac, un anti-inflammatoire couramment utilisé pour le bétail en raison de son faible coût et donc présent dans les dépouilles dévorées par les vautours. Si tel est bien le cas, ce serait la première fois qu'un médicament serait directement responsable de la disparition d'une espèce dans le monde. L'explication est d'autant plus plausible que ce produit, depuis longtemps utilisé pour les humains dans le monde entier, n'est commercialisé à des fins vétérinaires qu'en Asie du Sud, et ce seulement depuis 1995.

Analyses. "Il semble effectivement y avoir un lien, acquiesce Vibhu Prakash, mais il reste des zones d'ombre. Comment expliquer qu'autant d'oiseaux soient contaminés alors que seules 2,5 millions de doses de Diclofénac sont utilisées chaque année (la grande majorité sur des bêtes qui ne meurent pas, ndlr) ? De plus, d'autres espèces de vautours ne sont pas affectées, alors qu'elles dévorent les mêmes carcasses. Je persiste à croire qu'il y a parallèlement une maladie infectieuse qui décime les charognards."

Selon lui, un virus de type herpès, inconnu jusqu'ici, aurait été décelé dans une vingtaine de cadavres et ferait actuellement l'objet d'analyses en Australie. Les scientifiques n'expliquent cependant pas pourquoi ce virus, s'il existe vraiment, ne contamine que trois des cinq sous-espèces de la famille Gyps présentes dans la région.

En attendant de trouver l'origine exacte de la tragédie, les experts des différents pays d'Asie du Sud réclament l'interdiction du Diclofénac dans le sous-continent. Une requête qui semble avoir été entendue à New Delhi. "Nous sommes bien conscients du problème et avons déjà recommandé une interdiction progressive du produit", explique-t-on au ministère de l'Environnement. Aussi inquiet soit-il, le gouvernement indien n'a cependant pas encore déboursé un centime pour sauver ses charognards, le centre de Pinjore ayant été financé par Londres via l'initiative Darwin pour la survie des espèces. "Les autorités se sont toujours dites sensibles au problème, mais elles ne nous facilitent pas pour autant la tâche", affirme Vibhu Prakash en soulignant les autorisations à répétition qu'il lui faut réclamer pour pouvoir ne serait-ce qu'attraper un oiseau malade. "Comme les espèces sont protégées, les délais bureaucratiques sont si longs que nous avons même le plus grand mal à obtenir des dépouilles fraîches pour nos analyses", se lamente le vétérinaire Devojit Das.

Survivants. "Elles n'ont pas encore pris la mesure de l'urgence, conclut Vibhu Prakash, or nous nous dirigeons vers une situation de crise à court terme." Son objectif : créer au plus vite au moins trois centres de reproduction en captivité dans le pays. Comme les oiseaux récupérés à l'âge adulte ne se reproduisent que difficilement en captivité, il faudra compter sur ceux capturés en bas âge. Problème : les vautours ne se reproduisent pas avant l'âge de cinq ou six ans, et ne pondent qu'un œuf à chaque fois. D'ici aux premières naissances, il pourrait donc ne plus y avoir de survivants dans la nature.




Vautours : http://www.animal-services.com/vautours/sommaire.htm

Le Sud-Est de la France terre d’asile du vautour percnoptère
http://www.univers-nature.com/inf/inf_actualite1.cgi?id=3316






[Corrélats : Vautours / Accipitridés / Oiseaux / Principe de précaution / ...]

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