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Mondialisation


Comme les gardiens de l'ordre mondialiste...

CHICHE !

La croisade des mondialistes


Lorsque les politiques agitent la notion de concurrence libre et non faussée,
c'est pour mieux cacher que les grandes entreprises se sont entendues secrétement pour nous voler.




Émile Zola
Si je devais proposer une définition au terme de mondialisation telle que je la ressens depuis une vingtaine d'années maintenant, ce serait d'écrire qu'il s'agit essentiellement d'une vaste opération, à l'échelle de la planète, d'appropriation du travail collectif et social et des ressources communes par quelques-uns qui détiennent surtout le pouvoir financier.

Zola parlait de : " Toute une vie de vols effroyables, non plus à main armée, mais en correct bandit moderne, au clair soleil de la Bourse, dans la poche du pauvre monde crédule, parmi les effondrements et la mort. "

Sans oublier le recours aux guerres d'appropriation des richesses et d'élimination de ceux qui oseraient en réclamer des miettes...


Pour assurer leurs prérogatives, ces quelques milliers de milliardaires s'achètent des pouvoirs politiques grâce auxquels ils peuvent continuer à s'enrichir en assassinant, génocidant, affamant, spoliant, intoxicant, polluant, etc. des milliards d'individus.

Rien de bien nouveau, somme toutes !

Rien de bien nouveau non plus quant à l'interrogation qui consiste à se demander quel bénéfice la planète pourrait tirer de l'élimination de ces individus et probablement de quelques dizaines de milliers de leurs sbires policiers et militaires et autant dans les classes moyennes qui les soutiennent parce qu'elles en espèrent quelques miettes…

Le retour à la barbarie ?

Quoiqu'on en pense, la barbarie est déjà là sous couvert d'un alibi de démocratie. Il suffit pour s'en rendre compte de constater que les oppositions démocratiques sont toutes parfaitement déniées, sinon criminalisées, par les pouvoirs en place. La démocratie ne sécrète plus que de l'impuissance. Alors les pouvoirs sans entraves peuvent tout installer qui va dans le sens des aspirations des financiers, c'est-à-dire, à terme, faire de tout individu une marchandise dûment étiquetée.

La civilisation ne se maintient qu'au prix d'invraisemblables violences sur les pauvres, les nègres, les musulmans, etc. Elle ne se maintiendra bientôt qu'au prix d'invraisemblables violences sur vous (et moi) qui ne serez ni riches, ni puissants, ni soumis, ni méritants, ni doués d'une forte capacité de nuisances vis-à-vis des faibles, des immigrés, des SDF, des nègres, des chômeurs, des voisins, des collègues, de vos enfants, de leurs profs, des autres ou de moi.

La barbarie est déjà partout sur nos routes, dans nos entreprises, à la télévision, à l'école ou l'université, à la campagne, dans la nature, dans nos assiettes parfois vides. Et nous nous déclarons civilisés ! Alors … Qu'est-ce qui nous retient ?




Dimanche 14 octobre 2007 / http://stanechy.over-blog.com/article-13074009.html

Libéralisme Economique : Violence et Régression…

Naomi Klein : "The Shock Doctrine"…

La publication française de livres (1), remettant en cause ce qu'on nous présente comme l'aboutissement de la pensée et de l'organisation humaines : le Libéralisme Économique, est quasiment désertique, quand on la compare aux vagues produites dans le monde anglo-saxon. Malgré la censure, ou l'hostilité, des médias dominants.

Ainsi, tout récemment, l'ouvrage de Naomi Klein, qui s'annonce comme un best seller : The Shock Doctrine - The Rise of Disaster Capitalism. Il est sorti en librairie, en septembre (2), la version française étant prévue pour le printemps prochain.

Journaliste canadienne, intellectuelle engagée dans les débats de notre temps, Naomi Klein, est déjà connue, en France, par le succès de son livre No Logo (3). Elle y mettait en cause l'abus des marques contrôlant les marchés et la distribution. Résultat d'une stratégie des multinationales, multipliant les délocalisations, les fusions d'entreprises, pour se focaliser sur le marketing et, donc, les marques. Ces délocalisations conduisant à des licenciements massifs dans les pays occidentaux d'origine et, parallèlement, à l'exploitation des sous-traitants et de leurs personnels dans les pays émergents.

Par le jeu des concentrations, ces groupes, plus financiers qu'industriels, enferment les consommateurs dans un choix de marques qui sont toutes conçues et gérées par le même oligopole. Le point fondamental de No Logo portait sur le mythe de la libre concurrence. Mythe, ou imposture devrait-on dire, puisqu'il s'agit d'un vaste réseau d'ententes, de partages de monopoles, organisés par le Big Business. La libre concurrence étant réduite au niveau de la sous-traitance, du petit commerce "survivant", et du salariat…

Refusant de se considérer comme une spécialiste en économie (4), Naomi Klein n'en est pas moins une des meilleures. Les trucs et astuces du Big Business, son bla-bla-bla, elle les connaît comme le fond de sa poche. Ses attaques portent sur le point faible de l'idéologie du Libéralisme Économique : l'écart entre le discours idéalisé et l'injustice de sa réalité. Cette idéologie, elle la combat avec de solides références et de minutieuses recherches. Ses positions, ses remises en cause antilibérales provoquent, en conséquence, la fureur. C'est, actuellement, la militante antilibérale la plus compétente, sur le plan économique.

Signe qu'elle dérange : elle est régulièrement agressée par les organes de propagande les plus puissants de cette idéologie. Le meilleur baromètre, c'est l'hebdomadaire britannique The Economist. Représentant, le plus talentueux sur le plan mondial, de "l'Intégrisme Libéral". En général, les campagnes, thèmes et articles de cet hebdomadaire sont repris, dans notre pays, par nos "journalistes économistes", quasi à l'identique, la semaine qui suit leur publication…

La rigueur et la pertinence de son travail, de sa méthodologie, de ses recherches, de ses références et de ses critiques, étant difficiles à contester, The Economist (5) en est réduit à traiter Naomi Klein "d'adolescente en colère". Elle a 37 ans… Une telle diffamation, venant de ces milieux fanatiques, constitue le meilleur label de qualité de son travail.

Avec The Shock Doctrine - The Rise of Disaster Capitalism, elle fait encore plus fort. Du béton ! Livre de 600 pages, extrêmement bien documenté. Adossé à un travail d'équipe de haut niveau, ainsi qu'en témoignent ses "acknowledgments" ou "remerciements", en fin d'ouvrage. Avant même sa distribution publique, il a fait l'objet d'un site de discussions hébergé sur celui du quotidien britannique The Guardian. Ainsi que d'un court-métrage (6) présentant le thème central du livre.

Spectaculaire dynamitage du mythe du Libéralisme Économique, qui serait la conjonction, d'après la propagande officielle, d'une "volonté collective" partagée et d'une "évolution naturelle", fondées sur la libre expression démocratique !...

Alors qu'en réalité, ce n'est que la résurgence, méthodique, implacable, hyper violente, depuis une cinquantaine d'années, d'un des plus anciens régimes de l'histoire humaine : la ploutocratie. Le gouvernement, la dictature le plus souvent, des riches pour les riches. Même en Occident, dont les simulacres d'élections limitent le choix du citoyen aux représentants cooptés par les riches. Riches, dont la richesse ne cesse de croître. De façon exponentielle (7).

Rien de nouveau, a priori, dira-t-on. (Voir aussi http://stanechy.over-blog.com/article-10888996.html)

Erreur : la nouveauté c'est l'approche analytique. La dénonciation d'une idéologie remise à niveau, actualisée, renforcée, depuis les années 50, du fait des nouvelles connaissances acquises dans d'autres disciplines, notamment la psychiatrie, la psychologie, ou la sociologie.

Avec une efficacité démultipliée par le développement des industries de "haute technologie" appliquées à la répression et la coercition : écoutes téléphoniques, fichages informatisés dans des bases de données occultes, armements sophistiqués des forces dites de "sécurité intérieure", en particulier. Avec leurs budgets colossaux qui ne connaissent, évidemment, jamais les "trous" de la sécu ou des régimes de retraite…

Milton Friedman et les théoriciens de l'École de Chicago, méticuleusement stigmatisés par Naomi Klein, sont les principaux artisans de la rénovation de l'idéologie " Libérale ". Préconisant, tout spécialement, le démantèlement des systèmes de protection sociale, avec le retour au capitalisme sauvage du début du XIX° siècle. Seul garant, à leurs yeux, de la valorisation du mérite individuel. Clef de la réussite et du développement économique, même si ce ne sont que les plus forts qui en profitent.

C'est la ploutocratie triomphante qui, en France, s'assume actuellement sous l'arrogance du slogan : "Droite Décomplexée"…

Seul problème : les opinions publiques. Elles n'admettraient pas ce régime imposé aussi cyniquement. Le Libéralisme Économique, sous sa forme prédatrice, ne peut s'installer et durer que par l'affaiblissement ou la régression de la résistance des citoyens face à l'injustice. Toutefois, une opinion publique "ça se travaille", vous diront "experts en communication" et "politiciens" de tous bords. Le moteur de l'application de cette idéologie est tout trouvé : le " Choc Thérapeutique ". Suivant le postulat de Milton Friedman: "Seule une crise, réelle ou supposée, peut produire un véritable changement" (8).

L'analyse de cette doctrine, fondée sur le "Choc Thérapeutique", ses implications, ses dérives, ses horreurs, est au cœur du livre de Naomi Klein. Guerres ou perspectives de guerre, attentats, cataclysmes, culte des peurs et des racismes, toutes les crises, permettant la régression du réflexe citoyen, sont une avancée dans le renforcement de la dictature ploutocratique.

Avec leurs déclinaisons du conditionnement humain, permettant l'acceptation de l'inacceptable, à partir de nouvelles techniques mises au point dans la deuxième partie du XX° siècle : électrochocs, tortures adaptées aux résistances physiques et psychologiques individuelles, propagandes modulées suivant les niveaux d'alphabétisation ou de connaissance collectives, désinformations fondées sur les pulsions ou peurs des foules, etc. La palette, entre violence directe ou aseptisée, variant suivant le niveau de l'organisation sociale et culturelle des pays concernés.

Car, Naomi Klein nous entraîne dans un tour du monde de l'imposition par la force, la violence, la contrainte, de ce capitalisme sauvage, à l'issue de crises, catastrophes, dangers réels, suscités ou supposés. Israël, Irak, Pologne, Russie d'Eltsine, Asie du tsunami… Grande-Bretagne de Thatcher, qui a démantelé les puissants syndicats des mineurs, des cheminots, dans le sillage de l'union sacrée autour de la guerre des Malouines. USA de l'ouragan Katrina, balayant les logements sociaux et autres pôles de solidarité, assurant la fortune des spéculateurs immobiliers…

Un des chapitres les plus "tristes" est celui concernant l'Afrique du sud, décrivant les lendemains de la libération de Mandela (10). Tous les compagnons de lutte, obligés de plier devant Big Business, avec, parmi les plus actifs dans cette reddition, son successeur Thabo Mbeki. Acceptant de ne pas mettre à exécution le programme économique et social promis aux militants, pendant la lutte contre l'apartheid. Celui de la redistribution des revenus et des richesses du pays. L'Afrique du sud étant aujourd'hui un des pays les plus riches du monde, où la pauvreté de la majorité de la population est immense. Avec une des polices les plus férocement organisées, dotée des mêmes méthodes et encadrement que durant l'apartheid…

L'Amérique Latine, bien sûr. Le Chili de Pinochet, évidemment… Je partage entièrement son analyse du pillage de l'Amérique Latine, réduite en esclavage pendant cinq siècles. Son calvaire depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Cette succession de dictatures parmi les plus sanguinaires qu'on puisse imaginer, soutenues, armées par l'Occident.

La lutte contre le communisme servant de paravent, pendant la "Guerre Froide". Ce qui permettait aux dictateurs argentins, l'Amiral Massera par exemple (9), d'affirmer que la suppression des libertés était une nécessité imposée par : "… une guerre pour la liberté et contre la tyrannie… une guerre contre des nihilistes, contre des agents de la destruction dont le seul objectif est la destruction en elle-même, bien qu'ils dissimulent cela sous couvert de luttes sociales".

Habillage de propagande qui sera repris pour couvrir toutes les exactions en Indonésie. Avec plus de 500.000 morts et disparus. Ou, en Iran, sous la dictature du Shah protégé par les Occidentaux. Des disparitions, tortures, innommables. Des dizaines de milliers de morts…

Argumentaire similaire et actuel, sous couvert de la "Lutte contre le Terrorisme"… En Occident ou ailleurs. Justifiant l'encadrement et l'étouffement de toutes revendications sociales, de toutes contestations sur les orientations de nos sociétés, non approuvées par les grands prêtres du "Libéralisme Économique". Comme, par exemple, celles portant sur la culture des OGM en plein air, violemment réprimées par les forces de l'ordre et la justice, au service des lobbies. Tant et si bien que la contestation de cette pratique dangereuse pour la santé et l'alimentation dans les pays dits "démocratiques" est, progressivement, considérée comme une forme de terrorisme : le "terrorisme vert" !…

À la fin de la lecture, on se retient de crier : " Arrêtons ça ! ". Et, c'est le seul regret que je formulerai, quant à la conclusion de The Shock Doctrine : l'absence de pistes de réflexion pour en terminer avec les ravages d'une telle idéologie.

C'est un autre débat, il est vrai. Un prochain livre, peut-être. Ancré, probablement, sur les travaux passionnants de toute une série de chercheurs qui imaginent d'autres modèles de sociétés humaines. Différentes de celles que nous avons connues jusqu'à présent. Capitalisme ou Libéralisme Économique dans sa présentation actuelle, communisme, sous leurs différentes formes n'étant que des échecs, incapables d'apporter un sens, des valeurs et la justice au quotidien.

Ce sont des penseurs, à la croisée de l'économie et de la philosophie politique qui ont clairement établi que le développement économique n'en est pas un lorsqu'il développe la pauvreté, et pas simplement la pauvreté matérielle, tel Amartya Sen. Que le développement économique n'a aucune légitimité lorsqu'il est confisqué par une oligarchie, oubliant que la justice est le fondement d'une démocratie, tel John Rawls.

Travaux et recherches continuent. Ce qui est sûr, c'est qu'il devient urgent de rétablir et d'élargir les libertés publiques, et, en interaction, de mettre l'économie, la richesse collective en fait, hors de portée des "prédateurs - spéculateurs" pour que les citoyens en gardent le contrôle. Beaucoup d'efforts et de luttes, devant nous, afin d'enrayer la course de nos sociétés vers un régime politique totalitaire. Ce "Libéralisme" fondé sur le culte de la loi du plus fort et de l'argent - roi, au service d'une caste privilégiée.

Mais, au-delà de cette critique, l'ouvrage de Naomi Klein est une contribution indispensable à la remise en cause des dérives de la gestion économique et sociale de nos sociétés. Lecture d'autant plus nécessaire, qu'on assiste à un renforcement, en France, des mesures visant au démantèlement de tous les avantages sociaux, acquis après plusieurs siècles de luttes. Conjointement à l'octroi incessant de faveurs à l'égard de l'oligarchie.

Avec le support d'une propagande écrasante de culpabilisation, dans le genre : " les français ont peur de l'innovation, de la croissance, donc du Libéralisme Économique", ces" frileux", ces "paresseux", pour ne pas employer le mot en usage dans les salons, ces "idiots" (pour rester poli)...

Propagande parallèle à une volonté de supprimer tout ce qui serait assimilable à une mesure de régulation, de contrôle ou même de précaution, relevant du fonctionnement du système économique. C'est le : "Vive la diffusion et l'octroi du monopole des OGM aux mafias de l'Agrobusiness !", ou "Gloire à la multiplication des hypermarchés et des grandes surfaces !", ou encore…

Leur credo : "No limit"…

Oui. The Shock Doctrine est un puissant antidote, face à la rhétorique (11) des fondamentalistes de la ploutocratie " Libérale " http://www.lemonde.fr/doublon/article/2007/10/12/mme-kosciusko-morizet-la-commission-attali-a-une-vision-reactionnaire_966135_959155.html et de leurs propagandistes

(1) Précisons que cela est dû davantage aux réticences des maisons d'édition qui savent que ce type d'ouvrages ne fera pas l'objet de "couvertures médiatiques", et donc peu de ventes, qu'à l'absence de talents ou de volontés chez des auteurs français.

(2) Les éditeurs changent suivant les pays. L'édition que j'ai entre les mains est celle de Londres, sortie le 18 septembre dernier chez Penguin Books. On pourrait traduire le titre par : La Doctrine du Choc Thérapeutique - L'Essor du Capitalisme fondé sur l'exploitation des catastrophes.

(3) Titre original : No Logo - Taking Aim at the Brand Bullies.

(4) Elle a été invitée, entre autres universités, à donner des conférences sur la mondialisation dans la prestigieuse école où l'on enseigne l'Économie : la London School of Economics.

(5) Exemple de mépris, dès le titre : "Why Naomi Klein needs to grow up", Pourquoi Naomi Klein a besoin de grandir, "The Economist", 7 Novembre, 2002.

(6) Court-métrage d'Alfonso Cuarón et de Naomi Klein, dirigé par Jonás Cuarón. Sélectionné pour les Festivals de Venise et de Toronto.

(7) Un exemple parmi une multitude : les salaires des dirigeants d'entreprises qui étaient en moyenne 43 fois celui des salariés en 1980, atteignent le multiple de 411 fois en 2005 (p. 444- Op. Cit.). Sans parler de la rémunération des capitaux spéculatifs (Bourse et autres rouages de l'économie - casino) ou les multiples (hors impôts) sont faramineux…

(8) Milton Friedman : "Only a crisis actual or perceived produces real change".

(9) "A war for freedom and against tyranny… A war against nihilists, against agents of destruction whose only objective is destruction itself, although they disguise this with social crusades", p.96 - Op. Cit.

(10) "Democracy Born in Chains" - p. 194, Op. Cit.

(11) Exemple caricatural, en France : Premières Propositions sur le Pouvoir d'Achat - Commission pour la Libération de la Croissance Française - dite " Commission Attali " - 12 octobre 2007.

par Georges Stanechy publié dans : Économie et Enjeux (http://stanechy.over-blog.com/categorie-1087998.html)






Les cartes d'identité de nos concepts courants

Le développement

Copyleft : Gresea / mai 2008

Le mot

Le terme est présent dans quantité d'institutions qui se donnent pour mission de promouvoir les rapports entre pays riches et pays pauvres. Ce sont ici les ministères de la Coopération au Développement et, là, les agences internationales, telle la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (Cnuced). Et puis il y a myriade d'ONGD, les organisations non gouvernementales de développement.

La popularité du terme n'est pas à démontrer. Sur Google, le mot "développement" ne donne pas moins de 79 millions de références (803 millions en anglais). Sans doute est-ce parce que le terme est sympathique et gratifiant. Se développer est positif ; dépérir est bien triste. Personne n'est contre le développement, tout le monde est pour. C'est un concept éminemment consensuel. Qui le critique s'expose à être mal vu.

Que dit le dictionnaire ?

A l'origine, le verbe développer s'oppose banalement à celui d'envelopper et renvoie, simplement, à l'action de "dérouler", de "déployer". Déjà chez Littré (XIXe), cependant, le substantif est utilisé au figuré dans des expressions telles que "développement de l'humanité", "développement d'une maladie", etc. Il ne sera sacré slogan que bien plus tard (voir plus loin).

Synonymes

Croissance, progrès, expansion, évolution. Antonymes : stagnation, régression, récession, recul, avec la connotation idéologique, en arrière-plan, d'une opposition entre progrès et réaction, entre progressistes et réactionnaires.

Concepts dérivés

Développement durable, humain, soutenable, harmonieux, etc., contextuellement rapportés à une division du monde en pays "en développement" (précédemment : sous-développés : le Sud, le Tiers-monde) et des pays ou économies dits développés (ou avancés, d'où, également, pour épingler qu'il y a processus de rattrapage, les notions d'économies de transition, de pays émergents et, las !, de PMA, pour: pays les moins avancés).

Ce raisonnement a notamment donné lieu, aux Nations unies, à des statistiques comparatives mondiales sur l'Indice de développement humain ainsi qu'à des Objectifs du millénaire pour le développement. Mentionnons en passant que la tradition marxiste n'est pas en reste, puisqu'elle fait dépendre le progrès social et la marche vers le socialisme du développement des forces productives (la Chine en offre une bonne illustration aujourd'hui).

Analyse génétique et fonction idéologique

En termes de marketing politique, le concept entame sa percée au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale. Les grandes puissances occidentales font alors face à un double défi. Primo, préserver la domination impériale sur leurs colonies, en passe de devenir indépendantes. Et, secundo, immuniser leur système économique contre toute contagion du modèle soviétique, fort populaire à ce moment.

Vis-à-vis des colonies, l'ancienne "mission civilisatrice" se verra rebaptisée (nouveau flacon, même contenu) "ère du développement : c'est la fameuse clause IV du discours sur "L'état de l'Union" du président américain Harry Truman en 1949.

Vis-à-vis de l'Europe, en 1947, guerre froide oblige, ce sera la création, outre l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (Otan), du Plan Marshall et de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement, mieux connue sous le nom de Banque mondiale.

On a donc, à même source, la Banque mondiale, deux formes d'aide au "développement". L'une et l'autre viennent sceller la stabilité et la continuité des rapports de forces entre dominants et dominés au plan mondial.

Selon l'expression de Ziegler (2002), cela donnera un discours enfanté par la Banque mondiale où domine l'équation "croissance = progrès = développement = bonheur pour tous" et dont le principal agent, et les élèves désignés, seront les États du Sud (et de l'Est après la chute du Mur, 1989).

Ces derniers - les pays du Sud, les nations "sous-développées" - ne pourront qu'embrayer dans la logique du "rattrapage" que, pour leur édification, l'économiste américain Rostow va théoriser en 1960. Toute économie, édicte-t-il, passe par cinq étapes, de la plus fruste à la plus développée, il suffit donc de se mettre à "bonne école", suivre l'exemple de l'Occident.

La philosophie imprégnera les politiques économiques des États du Tiers-monde, y compris dans ses versions contestataires, telle l'école de la "déconnexion" qui prône le développement autocentré, dégagé (non aligné) des intérêts des superpuissances.

Cela ne durera qu'un temps, le temps pour les États de perdre leur utilité dans l'intégration forcée des peuples et des territoires dans l'économie mondiale, dont ils apparaîtront tantôt comme les auxiliaires malhabiles et peu qualifiés, tantôt comme des obstacles, l'ennemi à abattre.

Cela conduira, dès les années 1980, à un autre, un nouveau discours de développement qui, cette fois, mettra l'accent sur les impératifs salutaires de la "mondialisation" des marchés. Elle sera accompagnée d'une cohorte de recettes (bonne gouvernance, participation d'une "société civile" agréée), toutes destinées à en huiler l'horlogerie et, donc déposséder les États de toute autonomie démocratique en matière économique et politique.

Dans cette "doctrine globaliste" visant à "refonder l'État autour des critères de fonctionnement du marché", la Banque mondiale referme la boucle (Peemans, 2008). Elle a, une fois encore, joué un rôle central dans la promotion du nouveau discours de développement. C'est à partir de là que l'analyse et le débat public doivent aujourd'hui chercher les voies d'une émancipation, critique et citoyenne.

Décryptage express

Firouzeh Nahavandi a sans doute offert le meilleur condensé de la fonction idéologique du concept de développement. Elle dit ceci :
"En tant que tel, le développement doit être considéré comme une construction historique qui élabore un espace, une catégorie dans laquelle les pays sont placés et sur lesquels on intervient." (Navahandi, 2001, voir ci-après).

Dit autrement, le développement est un artifice (une "case mentale") qui crée et justifie un champ d'intervention à l'intérieur duquel on aura des sujets agissants (ceux qui ont le pouvoir, et notamment celui de déterminer ce que développer signifie) et, en face, des pays, des peuples dont on dira qu'ils en sont les bénéficiaires (plus ou moins consentants). Voilà qui peut sembler un peu déprimant. Quoi ! faut-il rejeter le développement comme un concept infréquentable? Certes non, mais avec lucidité en connaître la forte teneur en propagande.

Le nécessaire de voyage

Firouzeh Nahavandi, "Stigmate. Introduction à l'étude des pays dits en voie de développement" (Bruylant, 2001).

Jean-Philippe Peemans, "Territoires et mondialisation : enjeux du développement" (Alternatives Sud, mars 2008).

Gresea, "Nous, les peuples des nations surexploitées - Une introduction à l'idée d'un droit au développement (Cahiers des Alternatives, n °4, août 2004).

Jean Ziegler, "Les nouveaux maîtres du monde" (Fayard, 2002).






Le développement

Matériaux pour une étude du concept

Brahim Lahouel et Erik Rydberg

Gresea / Mai 2008

Mots-clés : Développement, modernisation, émancipation, indépendance, colonialisme, impérialisme, tiers monde, dépendance, système monde, mondialisation, globalisation.

Pour introduire le sujet et, d'emblée, indiquer son caractère controversé, on commencera par deux citations de type Kalachnikov.

Paraphrasant Lénine, le Français Serge Latouche définissait le développement comme étant "le stade suprême de l'impérialisme économique" 1 .

Le même auteur nous rappelle non sans intérêt la formule cynique de l'Américain Henri Kissinger : "La mondialisation n'est que le nouveau nom de la politique hégémonique américaine" 2 .

Mais c'est aller un peu vite en besogne. Il faut remonter à 1949 pour situer le moment où le développement a reçu ses lettres de noblesse. C'est alors que le président américain Truman lance "l'ère du développement".

En effet, c'est le 20 janvier 1949 que Harry Truman, utilise pour la première fois le mot développement au sens politique du terme. Au-delà de ses intonations paternalistes, ce discours affirmait deux nouvelles priorités politiques américaines. D'une part, s'emparer des marchés des ex-empires coloniaux européens, et d'autre part, empêcher toute alliance des États du Sud avec l'URSS.

Autour de ce "développement" va se construire, dans les états-majors académiques américains liés aux centres de décision politique, une nouvelle théorie appelée "théorie de la modernisation". Cette théorie n'a pas été popularisée, elle est restée dans l'arsenal idéologique des élites dominantes et, étant donnée sa fonction centrale dans la genèse du discours "développementaliste, .c'est aussi ce qui fait tout son intérêt. Nous y reviendrons donc.

Bon à savoir : à partir de ce moment, ceux qu'on appelait jadis primitifs, sauvages, barbares seront dorénavant catalogués "sous-développés" et, plus tard - moins péjoratif, mais si peu - "en développement").

Avant le développements-développés" et, plus tard - moins péjoratif, mais si peu - "en développement").

Les empires coloniaux européens du XIXe siècle et jusqu'au milieu du XXe siècle utilisaient d'autres vocables autrement plus paternalistes pour justifier leurs politiques de "développement" colonialistes. On parlait alors d'émancipation, de mission civilisatrice et autres évangélisations. Sans forcer par trop le trait, on peut dire que les Lumières, le capitalisme, le christianisme et le racisme sont les quatre piliers constitutifs de la colonisation.

Ainsi, lors de son intervention à la Chambre des députés, le 28 juillet 1885, Jules Ferry, grand pionnier devant l'éternel, affirmait : "Les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. Je dis qu'il y a pour elles un droit parce qu'il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures".

Il est intéressant de constater que ce "grand humaniste" et "fondateur de l'école publique", voulait également maintenir des rapports de domination vis-à-vis des ouvriers et des paysans de la métropole. Il craignait surtout que ceux-ci ne développent leurs propres écoles: "ouvertes aux fils d'ouvriers et de paysans, où l'on enseignera des principes diamétralement opposés, inspirés peut-être d'un idéal socialiste ou communiste". Tel est un des arrière-plans de la propagation de la "civilisation occidentalisation", avant qu'elle ne se mue en discours sur le développement.Un autre "grand républicain", Ernest Renan, justifiant la colonisation, disait : "La nature a fait une race d'ouvriers. C'est la race chinoise, d'une dextérité de main merveilleuse, sans presque aucun sentiment d'honneur ; gouvernez-la avec justice en prélevant d'elle pour le bienfait d'un tel gouvernement un ample douaire au profit de la race conquérante, elle sera satisfaite ; une race de travailleurs de la terre, c'est le nègre : soyez pour lui bon et humain, et tout sera dans l'ordre ; une race de maîtres et de soldats, c'est la race européenne. Que chacun fasse ce pour quoi il est fait et tout ira bien" 3 . Cela se passe de commentaires.

Devenus puissants économiquement, les États européens voulaient s'entendre afin de contrôler les gisements de matières premières indispensables à leurs industries. À la suite de la conférence de Berlin en 1885, sous couvert d'une "mission civilisatrice", sept puissances coloniales européennes se partagèrent l'Afrique : la France, l'Angleterre, l'Allemagne, la Belgique, l'Espagne, le Portugal et l'Italie.

Une violence inouïe va s'abattre sur le continent. Préfaçant le célèbre livre de Frantz Fanon Les damnés de la terre 4 , Jean-Paul Sartre en faisait une description on ne peut plus révoltante : "La violence coloniale ne se donne pas seulement le but de tenir en respect ces hommes asservis, elle cherche à les déshumaniser. Rien ne sera ménagé pour liquider leurs traditions, pour substituer nos langues aux leurs, pour détruire leur culture sans leur donner la nôtre ; on les abrutira de fatigue. Dénourris, malades, s'ils résistent encore la peur terminera le job : on braque sur le paysan des fusils ; viennent des civils qui s'installent sur sa terre et le contraignent par la cravache à la cultiver pour eux. S'il résiste, les soldats tirent, c'est un homme mort ; s'il cède, il se dégrade, ce n'est plus un homme; la honte et la crainte vont fissurer son caractère, désintégrer sa personne (…). Nos chères valeurs perdent leurs ailes ; à les regarder de près on n'en trouvera pas une qui ne soit tachée de sang".

En lisant les consignes du Lieutenant-colonel de Montagnac, officier lors de l'invasion de l'Algérie, on comprend mieux la mission colonisatrice : "Toutes les populations qui n'acceptent pas nos conditions doivent être rasées. Tout doit être pris, saccagé, sans distinction d'âge ni de sexe : l'herbe ne doit plus pousser où l'armée française a mis le pied. Qui veut la fin veut les moyens, quoi qu'en disent nos philanthropes. Tous les bons militaires que j'ai l'honneur de commander sont prévenus par moi-même que s'il leur arrive de m'amener un Arabe vivant, ils recevront une volée de coups de plat de sabre. (...) Voilà, mon brave ami, comment il faut faire la guerre aux Arabes : tuer tous les hommes jusqu'à l'âge de quinze ans, prendre toutes les femmes et les enfants, en charger des bâtiments, les envoyer aux îles Marquises ou ailleurs ; en un mot, anéantir tout ce qui ne rampe pas devant nous comme des chiens." 5

La théorie moderniste

Mais venons-en à la fameuse "théorie de la modernisation" qui va permettre le passage des missions civilisatrices aux politiques de développement. D'aucuns le constatent, la théorie de modernisation, élaborée entre 1945 et 1965 dans les grandes universités nord-américaines, est basée sur une conception normative, linéaire et ethnocentriste du développement. Elle s'inspire très directement des présupposés idéologiques libéraux. Afin de "rattraper leur retard", il est "conseillé" aux nations "arriérées" de s'incliner devant les étapes fatales de l'évolution des nations, et ce dans le respect des déséquilibres géopolitiques, cela va de soi. On en trouvera l'empreinte jusque dans la catégorisation des pays dominés. En 1952, le démographe français, Alfred Sauvy, dans un article désormais célèbre, Trois mondes, une planète, inventera ainsi la notion du "Tiers-monde". D'autres catégories verront par la suite le jour : pays en développement, pays moins avancés (PMA), pays émergents, pays en transition, pays nouvellement industrialisés, etc.

Incontestablement, le plus célèbre des courants modernistes est celui théorisé par l'économiste américain W. Rostow dans son livre Les étapes de la croissance économique (1960), à l'époque professeur à Harvard et conseiller du président Kennedy. Selon Rostow, toute société traverse dans son évolution cinq phases successives : la société traditionnelle, les conditions préalables au décollage, le décollage, la marche vers la maturité économique et en dernier lieu, l'ère de consommation de masse. Les principales critiques de ce courant "évolutionniste" s'accordent pour dénoncer la non-prise en compte des facteurs historiques, sociaux, économiques, culturels et politiques des pays pauvres.

Cependant, malgré ses insuffisances, cette théorie demeure une référence pour la formulation des conditionnalités de "l'aide au développement", surtout après la chute de l'Union soviétique.La théorie de la dépendance

Au milieu des années 1960, après l'indépendance de la quasi-totalité des pays africains, le courant marxiste et anti-impérialiste avait multiplié les critiques à l'encontre de l'ordre économique international dominant. Le constat est que la libéralisation et la capitalisation des marchés des pays du Sud (la périphérie) ne faisaient en fait qu'accentuer la dépendance de ces pays par rapport aux pays riches (le centre).

Résumant l'évolution de l'école de la dépendance, Jean-Philippe Peemans écrit : "Pour les auteurs les plus influents de cette école, les causes internes du sous-développement sont bien subordonnées aux causes externes : les " pseudo bourgeoisies " du Sud ne sont que des instruments de l'impérialisme, et ce sont les métropoles du 'centre' qui décident de la place occupée par les 'périphéries' dans le système international" 6 .

Pour Samir Amin, l'un des auteurs les plus influents de cette école, "L'expression mondiale du capitalisme est donc par nature doublement polarisante : de l'origine du capitalisme, il y a quatre siècles, à nos jours, la polarisation centres/périphéries a été et demeure immanente à ce système ; à l'intérieur des sociétés périphériques la polarisation sociale est grandissante. Cette double contradiction, qui constitue l'aspect principal des contradictions du capitalisme, est insurmontable dans le cadre du système mondial. L'insertion dans le système mondial -'facteur externe' - non seulement est elle-même un facteur défavorable, mais encore elle l'est de plus en plus" 7 .En préconisant la rupture avec la division internationale du travail et avec le système capitaliste mondial, les défenseurs de cette approche considèrent que l'expansion du capitalisme aboutit inévitablement à l'impérialisme, c'est-à-dire à l'exploitation, l'asservissement et l'aliénation des peuples et des nations économiquement peu solides.

La théorie du "système-monde"

Disons encore un mot de la théorie du système-monde. Elle s'est développée quant à elle au milieu des années 70. Immanuel Wallerstein, son principal défendeur, rejette la notion de "Tiers-monde" et affirme qu'il n'existerait en réalité qu'un seul monde connecté par un réseau complexe de relations d'échanges économiques et commerciaux et formant ce qu'il appelle un système-monde.D'après Wallerstein, l'unité d'analyse appropriée pour comprendre les relations de pouvoir au sein du système international est l'économie-monde capitaliste. Stimulée par la quête d'accumulation du capital, l'économie-monde tend à l'expansion géographique. De ce fait, toutes les régions de la planète seront graduellement intégrées à ce système avec toutefois des rôles appropriés. D'où l'émergence d'une nouvelle division internationale du travail composée des régions de production et d'autres de consommation. Mais, la position des pays n'est pas définitive. Elle peut bouger. Par exemple, en recevant des industries délocalisées.

Notons que cette théorie avait introduit en plus du "centre" et de la "périphérie" la notion de "semi périphérie" pour désigner les NPI (Nouveaux Pays Industrialisés), les BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) et les pays émergents.

Pour Wallerstein, la polarisation de l'économie-monde, fondée sur la capacité du centre à utiliser le pouvoir politique et la force pour fixer les prix des transactions, est renforcée par l'échange inégal. Si le système capitaliste a su se maintenir de 1945 jusqu'au début des années 1970, c'est grâce à ses capacités à dompter les forces anti-systémiques que sont les mouvements ouvriers au Centre et les élites nationalistes de la périphérie.

En crise depuis 1970, l'économie-monde serait en déclin inéluctable. Deux phénomènes se conjuguent pour hâter sa chute finale. Le tarissement des sources de main-d'œuvre bon marché que constituent les paysans pauvres et la crise écologique mondiale. Par conséquent, Wallerstein plaide pour l'abandon des stratégies nationales en faveur de la constitution d'un mouvement socialiste mondial.

Cette vision se base sur une analyse très globale du système productif mondial. Elle ne prend pas en considération les spécificités locales, les dimensions socioculturelles et les dynamiques internes inhérentes à chaque population. Cette approche ne permet pas d'appréhender les stratégies bâties par des groupes sociaux ou même des États pour assurer leurs survies dans ce système économique dominant.

Dans le pays de "l'Afrique utile", comme précise Achille Mbembe : "la configuration générale du marché, la base industrielle, la structure des rapports entre la bureaucratie et les milieux d'affaires locaux, puis la nature de leurs alliances respectives avec les firmes multinationales ne permettaient, ni d'accéder à des nouvelles technologies et de nouveaux réseaux de distribution, ni d'accumuler un savoir-faire manufacturier substantiel, ni de susciter un dynamisme entrepreneurial qui aurait pu aider ces contrées à répondre de façon créative aux contraintes de l'économie mondiale, ainsi que cela s'est fait ailleurs" 8 .

À la croisée des chemins

Où en sommes-nous, en 2008 ? Il est toujours difficile, lorsque le recul fait défaut à l'appréciation des événements, de bien discerner le socle sur lequel repose la boule de cristal.La théorie de la modernisation demeure la grille d'analyse dominante dans les arènes de la décision politique, à tous les niveaux, y compris très largement dans ce qu'il est convenu d'appeler la "société civile", dans son rôle d'auxiliaire de l'intégration des nations dans l'économie mondiale.La théorie de la dépendance, quant à elle, a fait long feu, elle ne subsiste plus qu'à l'état de braises où, cependant, couvent des espoirs de lendemains enchanteurs, ce qui n'est pas le moindre de ses mérites, comme le montre le sursaut populaire de l'Amérique latine avec ses laboratoires du développement autocentré.

La théorie de l'économie-monde, quant à elle, illustre les difficultés de théoriser un monde unipolaire qui, par définition, se présente comme naturel, voire d'origine divine, en s'opposant à toute théorie explicative, à toute critique systémique.

Au rang de ces difficultés, on citera également, apparues avec le Club de Rome (1972) et bénéficiant aujourd'hui, crise écologique oblige, d'un regain de popularité médiatique, les diverses "théories de la décroissance", dont les soubassements historiques et les déterminants économiques attendent toujours les excavatrices. Le chantier est à ciel nu... 9

Notes :

1 Serge Latouche, "L'occidentalisation du monde"; La Découvert/Poche ; Col. Essais ; Paris, 2005; p.9.

2 Op. cit.

3 Ernest Renan, "La Réforme intellectuelle et morale", 1871.

4 Frantz Fanon, "Les damnés de la terre", p.23-24 et p.33, La Découverte & Syros, Paris, 2002.

5 Lieutenant-colonel de Montagnac, Lettres d'un soldat, Plon, Paris, 1885, réédité par Christian Destremeau, 1998, p. 153 ; Alain Ruscio, Y'a bon les colonies, Autrement n° 144, Oublier nos crimes, avril 1994, p. 41. Tiré du site : http://pagesperso-orange.fr/jacques.morel67/ccfo/crimcol/node31.html

6 Jean-Philippe Peemans, "Le rôle de la modernisation dans les rapports entre impérialisme, capitalisme et développement", in Les cahiers marxistes n°236, oct-nov. 2007, p54.

7 Samir Amin, "La faillite du développement en Afrique et dans le Tiers-Monde", L'Harmatan,1989, p.252.

8 Achille Mbembe, "Du gouvernement privé direct", CODESRIA, 199






Quelques sites et blog... à contre courant

http://stanechy.over-blog.com/

http://bgabrielli.over-blog.com/article-20186712.html

http://french-revolution-2.blog.fr/

http://r-sistons.over-blog.com

http://poly-tics.over-blog.com/article-20242284.html

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Voir aussi :

DE SENARCLENS P. : La mondialisation - Théorie, enjeux et débats
http://www.cnam.fr/lipsor/dso/articles/fiche/mondialisation.doc




[ Corrélats : Présidentielle au E-U / ...]



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