Entrez un mot-clé
Liberté d'opinion


Je préfère que les peuples aient la liberté de disposer d'eux-mêmes que de ma personne.




Pour vous faire une opinion en toute liberté : clic
Ce qui est rigolo avec la veille sur Internet, c'est que parfois on trouve des choses qui nous chatouillent agréablement les neurones à la condition d'aimer rire jaune (voir ci-contre).

Ce qui franchement tordant, c'est quand un ministre de l'éducation nationale oublie que dans notre constitution, la liberté d'opinion y est inscrite et qu'il ne fait rien d'autre que de proposer de s'asseoir sur ce texte… (voir ci-dessous)

Incredible, je ne sais pas, but trou du cul, ça c'est sûr.


Pour mémoire : l'appel d'offre et quelques références à propos de la liberté d'opinion. Bonne méditation.




Un drôle d'appel d'offre que voilà, pour le compte du MEN et de la Recherche... donc de la part de Darcos et Pécresse...

5.1.1 Objectifs (...)

ƒ . Repérer les leaders d’opinion, les lanceurs d’alerte et analyser leur potentiel d’influence et leur capacité à se constituer en réseau

ƒ . Décrypter les sources des débats et leurs modes de propagation

ƒ . Repérer les informations signifiantes (en particulier les signaux faibles)

ƒ . Suivre les informations signifiantes dans le temps

ƒ . Relever des indicateurs quantitatifs (volume des contributions, nombre de commentaires, audience, etc.)

ƒ . Rapprocher ces informations et les interpréter

ƒ . Anticiper et évaluer les risques de contagion et de crise

ƒ . Alerter et préconiser en conséquence

Les informations signifiantes pertinentes sont celles qui préfigurent un débat, un « risque opinion » potentiel, une crise ou tout temps fort à venir dans lesquels les ministères se trouveraient impliqués.

5.1.2 Sources surveillées

La veille sur Internet portera sur les sources stratégiques en ligne : sites « commentateurs » de l’actualité, revendicatifs, informatifs, participatifs, politiques, etc. Elle portera ainsi sur les médias en ligne, les sites de syndicats, de partis politiques, les portails thématiques ou régionaux, les sites militants d’associations, de mouvements revendicatifs ou alternatifs, de leaders d’opinion. La veille portera également sur les moteurs généralistes, les forums grand public et spécialisés, les blogs, les pages personnelles, les réseaux sociaux, ainsi que sur les appels et pétitions en ligne, et sur les autres formats de diffusion (vidéos, etc.)

Les sources d’informations formelles que sont la presse écrite, les dépêches d’agences de presse, la presse professionnelle spécialisée, les débats des assemblées, les rapports publics, les baromètres, études et sondages seront également surveillées et traitées.

Les interactions entre des sources de nature différente, les passages de relais d’un media à l’autre seront soigneusement analysés.

http://www.journal-officiel.gouv.fr/jahia/Jahia/marches-publics/pid/120?id=detail&pageToDisplay=detail&file=200811060292B.HTM&idAnnonce=1225973679991521746&numAnnonce=292&datePub=20081106000000&nomPub=BOMP%20B&numBulletin=20080216&departement=75&tetierR4=Appel%20d%20offres

ou encore pour récupérer les docs en question, et éventuellement répondre à cet appel d'offre, aller en DCE, ici

https://apc.marches-publics.gouv.fr/sdm/ent/gen/ent_detail.do?selected=0&PCSLID=CSL_2008_KSJDHCv86O

https://www.marches-publics.gouv.fr/?page=entreprise.EntrepriseAdvancedSearch&keyWord=veille%20opinion

voir http://scideralle.org/Appel-d-offre-Veille-de-l-opinion.html




LIBERTÉS D'OPINION ET D'EXPRESSION DES FONCTIONNAIRES ET AGENTS PUBLICS, OBLIGATION DE RÉSERVE.

(source : Joël Cartron)

1° Les textes

Loi n°83-364 du 13 juillet 1983, portant droits et obligations des fonctionnaires :

Article. 6, al. 1. : "La liberté d'opinion est garantie aux fonctionnaires."

Article à concilier avec d'autres dispositions du statut de la fonction publique comme l'article 26 posant des obligations de secret et de discrétion professionnelles pour les informations résultant de l'activité de service.

Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789 :

"Article 10 : Nul ne peut être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la Loi.

Article 11 : La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre à l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi."

Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :

"Article 10 : Liberté d'expression

1 Toute personne a droit à la liberté d'expression. Ce droit comprend la liberté d'opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu'il puisse y avoir ingérence d'autorités publiques et sans considération de frontière. Le présent article n'empêche pas les États de soumettre les entreprises de radiodiffusion, de cinéma ou de télévision à un régime d'autorisations.

2 L'exercice de ces libertés comportant des devoirs et des responsabilités peut être soumis à certaines formalités, conditions, restrictions ou sanctions prévues par la loi, qui constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité nationale, à l'intégrité territoriale ou à la sûreté publique, à la défense de l'ordre et à la prévention du crime, à la protection de la santé ou de la morale, à la protection de la réputation ou des droits d'autrui, pour empêcher la divulgation d'informations confidentielles ou pour garantir l'autorité et l'impartialité du pouvoir judiciaire."

Déclaration universelle des droits de l'homme :

"Article 18 : Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de manifester sa religion ou sa conviction, seule ou en commun, tant en public qu'en privé, par l'enseignement, les pratiques, le culte ou l'accomplissement des rites.

Article 19 : Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considération de frontière, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit."

2° Indications bibliographiques.

Azimi V. Les droits de l'homme - fonctionnaire R. hist. de droit français et étranger 1989 p. 27.
Bidouze R. Les fonctionnaires, sujets ou citoyens ? Éd. soc. 1981
Bourdoncle R. Fonction publique et liberté d'opinion en droit positif français LGDJ 1957
Bourdoncle R. De l'obligation de réserve qui s'impose aux fonctionnaires français Dal. 1960 chron. p. 237.
Bréchon-Moulènes C. Obligation de réserve et liberté syndicale (A propos de l'arrêt dlle Obrego) AJDA 1973 p. 339.
Fourrier C. Liberté d'opinion du fonctionnaire LGDJ 1957
Koubi G. Réflexions sur la qualité de fonctionnaire-citoyen LPA 1988 29 juillet p. 2.
Lafaille F. L'obligation de réserve et de discrétion du fonctionnaire d'autorité (à propos de l'arrêt Lecanu) Rev. ad. 1999 p. 391.
Levinet M. L'incertaine détermination des limites de la liberté d'expression. Réflexion sur les arrêts
rendus par la Cour de Strasbourg en 1995-1996 à propos de l'article 10 de la Convention européenne des droits de l'homme RFDA 1997 p. 999.
Liet-Veaux G. Fonction publique et liberté d'opinion Rev. ad. 1953 p. 457.
Morange G. La liberté d'opinion des fonctionnaires publics Dal. 1953 chron. p. 153.
Reydellet M. L'obligation de réserve des agents publics thèse Aix-Marseille 3 1977
Rivero J. Sur l'obligation de réserve AJDA 1977 p. 580.
Sénéchal M. Droits politiques et liberté d'expression des officiers des forces armées LGDJ 1964
Vallet O. Droit de réserve et liberté d'expression Rev. ad. 1993 p. 533
Vincent J.-Y. L'obligation de réserve des agents publics Rev. ad. 1973 p. 142 et 272.
3° Liste élémentaire d'arrêts relatifs aux libertés d'opinion et d'expression des fonctionnaires et à leur obligation de réserve, dont des arrêts essentiels en la matière :

CE Sect. 10/06/83 Raoult
CE Ass. 31/01/75 Volff et Exertier
CE Sect. 01/12/72 Obrego
CE Sect. 08/06/62 Ministre des postes et télécommunications c/ Frischmann
CE 18/05/56 Boddaert
CE Sect; 01/10/54 Guille
CE Ass. 28/05/54 Barel
CE Ass. 13/03/53 Teissier
CE Sect. 03/03/50 Jamet
CE Sect. 25/01/35 Defrance
CE Sect. 11/01/35 Bouzanquet







Super : au nom de la liberté d'opinion et des convictions philosophiques, on va pouvoir tout dire...Les nègres sont sales, les arabes sont des voleurs, les juifs n'ont pas été gazés... Les propos racistes, homophobes, négationnistes relèvent du droit à avoir une opinion... Si, si c'est la cour de Cass qui le dit et comme tout le monde il a confiance dans la justice de son pays, hein ?

12 novembre 2008 : Homophobie : Vanneste blanchi (http://www.libelille.fr/)

SOCIÉTÉ - La Cour de cassation a blanchi mercredi le député UMP du Nord Christian Vanneste et annulé sa condamnation pour injure envers la communauté homosexuelle, estimant qu'il n'avait pas dépassé les limites de la liberté d'expression. M. Vanneste avait notamment affirmé dans la presse régionale que l'homosexualité était " inférieure à l'hétérosexualité. Si on la poussait à l'universel, ce serait dangereux pour l'humanité ". Christian Vanneste a dit tout à l'heure ressentir " un très grand bonheur. Cela prouve que nous sommes en France, la patrie de Voltaire, où on peut exprimer ses idées sans avoir sur le dos un lobby harcelant et une justice mal informée ".

Écouter également le duel Joffrin/Sylvie Pierre-Brossolette

" La Cour de cassation a rendu une justice digne de ce nom ", a indiqué Christian Vanneste à LibéLille. Il justifie ainsi ses déclarations sur l'homosexualité : " Je n'établis pas de hiérarchie entre les gens. Je suis professeur de philosophie, j'exprime un point de vue philosophique. J'accepte que l'on ne partage pas mon point de vue ". Sur l'affaire qui l'a opposé aux associations de défense des homosexuels, il déclare : " J'avais en face de moi des fascistes "". On lui demande de préciser de qui il parle. " Je ne désigne personne en particulier, ni magistrats, ni associations. Je parle de ceux qui s'opposent à la liberté de parole ". Il ajoute : " Voltaire disait : je ne partage pas votre point de vue mais je me battrai jusqu'à la mort pour qe vous puissiez l'exprimer". Eh bien, par cette décision de la Cour, c'est voltaire qui a gagné ".

Du côté des associations, Me Caroline Mécary a réagi à son tour dans un communiqué. L'avocate indique que " trois millions d'homosexuel/les sont consternés ". " Le respect du principe fondamental de la liberté d'expression tel qu'il est défini par l'article 10 de la convention européenne des droits de l'homme ne saurait en aucune manière justifier une atteinte intolérable à la dignité de la personne des homosexuel/les. (...) Nous ne pouvons que déplorer l'analyse de la Cour de cassation qui ne paraît pas conforme à l'esprit de la loi du 30 décembre 2004 permettant la poursuite des injures homophobes ". Elle estime qu'" à l'heure où des personnalités de tout bord s'engagent en faveur du "manifeste pour l'égalité réelle, la décision de la Cour de cassation semble relever d'un autre âge ".

En janvier 2006, le tribunal correctionnel de Lille avait condamné Christian Vanneste à 3.000 euros d'amende, ainsi qu'à 2.000 euros de dommages et intérêts à verser à SOS-Homophobie, Act-Up Paris et au Syndicat national des entreprises gays (Sneg). Le 25 janvier 2007, la cour d'appel de Douai (Nord) avait confirmé cette décision. Christian Vanneste avait formé un pourvoi en cassation, estimant qu'" un parlementaire est investi d'une parcelle de la souveraineté nationale " et que " sa liberté d'expression est une condition de la démocratie et de l'État de droit ".

L'affaire était née de la vive opposition de M. Vanneste à la loi du 30 décembre 2004, réprimant les injures et discriminations homophobes au même titre que les injures et discriminations racistes ou sexistes. Allant contre l'avis de l'avocat général, qui le 14 octobre avait conclu au rejet de ce pourvoi, la chambre criminelle a " cassé " mercredi la décision de la cour d'appel, sans même renvoyer le dossier devant une autre cour d'appel. " Si les propos litigieux, qui avaient été tenus dans la suite des débats et du vote de la loi du 30 décembre 2004, ont pu heurter la sensibilité de certaines personnes homosexuelles, leur contenu ne dépasse pas les limites de la liberté d'expression ", a considéré la cour suprême.

" C'est une décision de grande ampleur dans la mesure où la plus haute juridiction sanctionne l'ensemble de la procédure et des poursuites au regard de la protection de la liberté d'expression ", a déclaré à l'AFP l'avocat de M. Vanneste, Me Eric Morain, saluant " l'aboutissement d'un long combat judiciaire ".


*********


On pourra aussi tout dire en s'interrogeant : les nègres sont-ils sales ? Il paraît que les juifs n'auraient pas été gazés ? J'ai entendu que les arabes étaient tous des voleurs, c'est vrai ?

Voir donc : Gérard Longuet compare homosexualité et pédophilie : pas de sanction de l'UMP

ou : Quand Patrick Devedjian traite son adversaire de "salope"

Voir aussi : Devedjian






Des études attaquent la télévision…

Dimanche 1er mars 2009, par Louise Renard

Sur http://www.hns-info.net/spip.php?article17532

Rares sont les études qui se sont intéressées au fonctionnement de la télévision et à ses effets sur le cerveau du point de vue du citoyen. Comment la télévision prépare-t-elle le téléspectateur à ingérer ses contenus ? quelle fascination exerce-t-elle ? Après plus de quarante ans de programmes de masse, elle aurait dû lasser déjà. Or le constat est inverse : elle ne lasse pas. Pire, elle intoxique. Elle enchaîne les foyers, colonise les pensées quotidiennes, s'implante dans les espaces publics, après avoir déjà largement modifié l'espace social et familial. Constat global de ces études : la télévision affaiblit la capacité d'attention, engendre un état d'hypnose sous couvert de relaxation, elle se passe de l'activité intelligente, critique, l'altère même, mettant les neurones au repos. Une détente favorable à une imprégnation efficace par les contenus publicitaires et autres messages de propagande. Sans se focaliser sur les contenus, et le monde parallèle dans lequel emmène la télévision, certaines de ces études montrent que chez l'enfant, une exposition précoce et répétée à la télévision empêche sa construction psychique. Une question de médium, plus que de programmes. Voici le détail de quelques études - restées discrètes, et pour cause.

Un état de sommeil éveillé

En 2001, le journaliste Luc Mariot révélait au public le produit d'une enquête sur le tube cathodique, autrement dit la télévision, dans le film " Le tube ", de Peter Entell (coproduit notamment par Arte). Parmi les expériences menées, le journaliste assiste à The Fordham Experiment, réalisée par le fils de McLuhan et qui consiste à montrer qu'un film regardé à la télévision ou au cinéma n'est pas perçu de la même manière (il forme deux groupes). Lumière réfléchie (cinéma) et lumière directe (écran, télévision) n'ont pas les mêmes effets sur le corps et l'esprit. Dans le groupe télévision, le téléspectateur est ni plus ni moins l'écran sur lequel est projetée la lumière et vit le contenu des programmes avec une imprégnation émotionnelle plus forte, avec une perte du sentiment d'extériorité des scènes regardées. Cette lumière directe donne aux images télévisées le pouvoir d'envahir l'esprit comme dans un rêve, en neutralisant l'activité critique. D'une autre manière, le neurologue américain Thomas Mulholland, montre, lui, sur la base d'électroencéphalogrammes (EEG), que la télévision plonge dans un état de somnolence, de léthargie du cerveau. Du fait de la suspension d'activité du cerveau, celui-ci est mis, face aux images projetées, dans un état d'hypnose. Contrairement à son hypothèse de départ, qui était de considérer que le cerveau était en état d'activité face à la télévision (ce qui aurait dessiné des ondes bêta sur l'EEG), l'EEG dessine des ondes alpha. Ces ondes sont celles que l'on observe lorsque l'être humain ne fait rien. Moins le cerveau travaille, plus il produit des ondes alpha. En revanche, lorsque l'on fixe son attention, il n'y a plus d'ondes alpha. Un pas de plus est franchi, la télévision provoque un état de somnolence proche de celui de l'hypnose.

Pour sa part, l'ancien publicitaire Herbert Krugman, va encore plus loin en comparant la télévision à certaines techniques de lavage de cerveau employées par les militaires. Il rapporte des expériences en usage pendant la guerre de Corée (ex. plonger le corps dans l'eau à température du corps pendant des heures et empêcher la personne de toucher quoi que ce soit). Selon lui, de telles techniques s'appuient sur une phase de désensorialisation très semblable à l'état de désensorialisation causé par la télévision. L'image télévisuelle est en effet pauvre en données sensorielles, conduisant à faire perdre au téléspectateur le sentiment de son corps. Dans le cas du lavage de cerveau, la perte des repères sensoriels par lesquels la personne se reconnaît elle-même est la phase préparatoire du changement imposé à son monde mental. Dans le cas de la télévision, les images plongent le téléspectateur dans un sommeil éveillé, où l'identité se dissout (notamment la réalité d'un imaginaire personnel et singulier) et auquel elles fournissent les rêves. Directeur de recherche pour des publicitaires, Herbert Krugman avait été embauché dans les années 1960 par General Electric (producteur de tubes cathodiques) pour démentir des thèses qui auraient pu porter de l'ombre à la télévision, mais il n'a fait que confirmer à sa manière ce qu'écrivait McLuhan… En 1964, le philosophe Marshall McLuhan avait publié " Pour comprendre les médias ", expliquant que la télévision était un vecteur privilégié des messages publicitaires parce qu'elle était capable de faire tomber le sentiment d'extériorité des scènes regardées, comme si elle était une extension du cerveau. Le message passe, en colonisant la pensée du téléspectateur parce qu'il est de même nature que son imaginaire. La différence étant, bien sûr, que ce n'est plus son inconscient qui produit les images, mais qu'elles proviennent d'un univers qu'il ne contrôle pas. Cet univers est en outre capable de se supplanter à sa propre activité mentale et dans le même temps d'uniformiser sa pensée avec celle des autres téléspectateurs.

Ainsi détendre, faire rire ou faire pleurer, au fil des émissions, prépare le cerveau à somnoler dans l'attente aussitôt assouvie d'épisodes qui se succèdent, tout en éteignant l'activité critique (ce qui est le cas d'une majorité d'émissions). Ce qui évoque la bévue de Le Lay au sujet de la mission de TF1 de préparer au mieux le cerveau pour les publicitaires et de leur vendre " du temps de cerveau disponible ". C'est dans les années 1960 que ce potentiel du média télévisuel est découvert et employé par les publicitaires. Depuis, la télévision fabrique largement de la passivité par des émissions qui se passent de réflexion afin que les spots atteignent leurs objectifs avec un maximum d'efficacité. Le téléspectateur, passif devant son écran, ne va opposer aucune résistance au conditionnement publicitaire.

Des enjeux de santé publique

Et les enfants ? C'est plus récemment que la publicité a ciblé sans scrupule le cerveau des bébés. Pour certains, cela correspond à une baisse d'audience chez les adolescents, plus attirés par des jeux vidéo et l'Internet (dont les effets sur l'individu ne sont pas très différents de ceux de la télévision). Or des études faites sur des tout-petits montrent le danger de placer de façon répétée un bébé face aux images qui bougent sur l'écran [1]. La plus importante de ces études est celle publiée en 2007 dans la revue américaine " Pediatrics " par deux chercheurs de l'université de Washington (Seattle), Dimitri Christakis et Frederick Zimmerman. Sur un panel de 3300 familles, elle révèle que l'exposition à la télévision avant 3 ans engendre quelques années plus tard des troubles de l'attention définis dans la nosographie américaine comme ceux du " deficit attention disorder " (TDAH. Cf. les troubles du déficit d'attention avec ou sans hyperactivité, stigmatisés notamment dans les écoles). L'étude confirmait l'hypothèse selon laquelle la consommation audiovisuelle précoce engendre une modification de la synaptogenèse, c'est-à-dire de la formation du cerveau infantile et de son appareil psychique.

En France, cette étude a inspiré le Collectif inter associatif enfance et média (Ciem) dans sa lutte contre les chaînes pour bébés. Outre les effets sur la construction synaptique du cerveau, révélés par l'étude américaine, le Ciem a mis en avant d'autres conséquences de la télévision sur le développement de l'enfant. Notamment le fait qu'il n'acquiert pas l'usage du langage aussi rapidement que lorsque les paroles lui sont adressées par son entourage et que son cerveau n'est pas, de plus, sollicité par toutes les expériences motrices et sensorielles qui font que le psychisme se développe et s'enrichit. Les arguments sont psychologiques. La télévision cumule un défaut de parole s'adressant spécifiquement à l'enfant, lui prouvant qu'il est l'objet d'attention et de soin autant que d'éducation, et un défaut de motricité, dont les conséquences sont connues de longue date par les psychologues. Un Piaget ou un Winnicott ont suffisamment montré combien la motricité est la source des apprentissages de l'enfant. La formation de l'enfant dépend de la rencontre entre son corps et la matière, qui sont la trame de son expérience du monde, enrichie et complexifiée au fil des expériences. Or devant l'écran, l'enfant ne se déplace pas et ne manipule pas des objets réels, ce qui a tendance à bloquer la formation de son expérience. Comme le montrait le journaliste Luc Mariot, les yeux mêmes de l'enfant ne cillent que peu et le regard est comme figé (cf. " Le tube "). Conclusion : les images télévisuelles ne stimulent pas la connaissance du bébé, pas plus qu'elles ne remplacent l'expérience, ses échecs, et la confrontation à l'autre dans la formation du psychisme de l'enfant.

Considérant donc que ces études étaient suffisamment graves pour lutter contre les chaînes pour bébés qui tentaient de s'implanter en France, le Ciem et l'Unaf (Union nationale des Associations familiales) ont interpellé les pouvoirs publics et démontré au CSA le danger des chaînes pour bébés. Le CSA a ainsi adopté, le 22 juillet 2008, une délibération interdisant aux éditeurs français de proposer des programmes spécifiquement destinés aux enfants de moins de 3 ans. Ces deux associations poursuivent leur mobilisation, en compagnie d'Ars Industrialis, qui organisait, le 6 décembre dernier, un débat international sur la télévision au théâtre de la Colline, à Paris [2]. Outre les analyses du Ciem (sur le combat contre les chaînes pour bébés) et de l'Unaf (remarquable exposé sur la publicité cachée dans les dessins animés), l'on a pu écouter le résultat d'études menées par le chercheur allemand Christian Pfeiffer (sur les résultats scolaires et la consommation de télévision), le chercheur espagnol Jesus Bermejo Berros (sur la construction de l'intelligence et de la personne), notamment. En fin de journée, Ars Industrialis [3] et le Ciem rédigeaient une résolution destinée aux pouvoirs publics pour réaffirmer la nocivité de la télévision sur les jeunes générations et proposer qu'un débat de société sur les dangers de la télévision soit lancé en 2009. Avis aux amateurs…Perte d'attention, agressivité et consommation télévisuelle

Autre effet non mesuré : les troubles de l'attention et l'agressivité des enfants soumis à une intense consommation télévisuelle. Ces conséquences de la télévision ont été mises en avant par le collectif français Pas de zéro de conduite. Ce collectif de psychiatres, psychologues et psychanalystes, fondé fin 2005 en réaction à des pratiques de dépistage des troubles de conduite chez les tout-petits, mettait en relation dans un colloque fin 2007 le déficit d'attention de certains enfants et la consommation intensive de télévision [4] . Ce qu'ignorent totalement les tentatives du gouvernement lorsqu'il fait part de sa volonté de s'intéresser aux " troubles du comportement " des tout jeunes enfants. Il stigmatise au contraire ces formes d'inattention et d'agressivité comme étant le prélude à la délinquance, sans plus s'interroger sur leurs causes. Or comment ne pas faire le lien entre la perte d'attention, l'excitabilité, l'agressivité des enfants et les modes de vie dans une majorité des foyers, donc la télévision, qui s'est implantée dans les chambres ? Sans oublier la fatigue réelle qui suit la consommation nocturne de télévision chez les enfants ? Plus expérimentalement, le chercheur espagnol Bermejo Berros (cité plus haut) a mis en avant dans son étude présentée le 6 décembre dernier la labilité de l'attention construite par le mode télévisuel et les effets de la consommation intensive de télévision et celle d'autres écrans sur la formation de l'attention (il décrit un mode d'attention horizontal, sans connexions profondes des expériences). Le chercheur allemand Christian Pfeiffer, également cité plus haut, a lui comparé différents groupes d'élèves homogènes socialement, où il apparaissait que les plus mauvais résultats scolaires étaient, dans chaque groupe, directement en relation avec le nombre de téléviseurs et autres écrans par foyers et le nombre d'heures passées devant un écran.

Après ces remarques, il est difficile de continuer à passer sous silence les effets de la télévision sur la scolarité et l'attention des enfants. Il semble que la consommation d'images télévisuelles ou de jeux vidéo ne favorise pas l'activité mentale requise par l'école et que certains problèmes d'échec scolaire, d'inattention et d'agressivité juvénile soient à mettre en rapport avec cette consommation de télévision.

Distraire, hypnotiser, gouverner

Revenons aux adultes. Si la télévision est dangereuse pour les enfants, elle l'est aussi pour les adultes, bien au-delà du conditionnement publicitaire. Divertie ou trompée - que d'erreurs, d'errements, de non-vérités, de fuites au journal télévisé et ailleurs -, la masse sociale se détourne des enjeux du politique et entre dans le monde de la fiction, une fiction dont la ressemblance avec la réalité sera d'ailleurs un atout de crédibilité. La télévision est avant tout un remède au mal-être, peu cher et mal connu, qui ressemble aux drogues… La conversation autour des séries télévisées ou des fictions est associée à un sentiment d'évasion mais aussi de dégoût de soi. Cet arrière-monde télévisuel est proche d'une toxicomanie. Et celle-ci se trahit comme pour toute addiction par le dégoût qui s'associe au geste de s'installer devant son téléviseur et de disposer son esprit à ingurgiter des émissions sans distinction. Créant une illusion de satisfaction et un monde parallèle, elle agit aussi au détriment de l'implication de chacun dans la réalité sociale et politique. Au détriment, pour un certain nombre d'entre nous, des liens de famille qui ne résistent pas à la fascination et au dérivatif fournie par la télévision, qui crée comme un manque addictif. Mais aussi au détriment, pour une majorité " silencieuse " de leur implication dans des luttes et des combats de société.

La télévision nourrit une forme de passivité généralisée, poussant chacun à se retirer chez soi et dans l'arrière-monde télévisuel, à désinvestir les lieux de débat et de combat, muet et épuisé par le langage des images. De ce fait, on n'est pas loin des présupposés d'Orwell, selon lesquels les États modernes disposent de pouvoirs bien plus puissants que ceux de l'Inquisition… Disons d'un autre type d'arme, celle d'influencer le rythme et les contenus de pensée des téléspectateurs. Un pouvoir qui veut se faire entendre et imposer un discours se doit d'investir la télévision. Enfoncé dans son fauteuil, ayant l'illusion d'être entouré par une réalité qui est la sienne, le téléspectateur ne descend pas dans la rue à chaque attaque des libertés, il finit d'ailleurs par lire les journaux comme il regarde la télévision, les images passent et se succèdent. Sans interruption. Sans pensée entre les spots, les émissions, les images ou des actualités. Elle fragilise la capacité d'action des individus en désolidarisant les vécus. Grâce à leur effet d'hypnose, leur effet de distraction, les écrans permettent d'entraîner le citoyen lambda dans la distraction la plus illusoire, de le détacher des enjeux réels afin de les gouverner plus aisément. Voire de lancer une propagande médiatique anti-informative, qui hante, on ne peut s'empêcher de le penser, la mainmise de l'Élysée sur la présidence de France Télévisions ou l'organisation d'un pôle extérieur audiovisuel français.

L'ère est au conditionnement social et politique, et la télévision est un outil moderne qui fait les frais des assauts de différents pouvoirs (de l'industrie et du politique). Pas plus que les autres médias, elle n'est indépendante d'enjeux de contrôle et de régulation des opinions dans nos sociétés modernes. D'où sans doute la deuxième offensive télévisée du président en deux semaines, avec une récidive le 18 février au 20h ? Ou serait-ce la jubilation d'un show télévisé ultralumineux dans un décor de théâtre élyséen qui pousse sur cette scène le président ? Il y a fort à penser que l'utilisation du pouvoir hypnotique de la télévision, pendant le temps du journal télévisé, est idéale pour faire ingurgiter des contrevérités en pleine crise. Paroles, lumière, images qui auront vertu de calmant, tandis le téléspectateur digérera paroles et dîner et s'accommodera d'attendre le 19 mars - date de la prochaine grève générale.

Nombreux sont les téléspectateurs fascinés, réconfortés, tandis que les cyniques démissionnent face à tant de contrevérités. Encore un show et certains auront presque réellement envie d'obéir, de consentir à ce bien qu'on leur veut, à cet égard qu'on leur témoigne, et face à tant d'aplomb. Idéal pour faire oublier la grève du 29 mars, le mouvement des universités, la Guadeloupe (sans doute pour ne pas perturber la digestion). Tout cela est loin, le cachet du journal télévisé avalé, c'est l'heure de la fiction.

" Mettez-vous à l'heure de France Télévisions ", signalaient il y a peu les écrans pour habituer au nouveau rythme des chaînes publiques. Le nouveau slogan de France Télévisions sonne comme l'heure de la mise au pas du téléspectateur. Sans publicité, mais pas sans autres formes de discours de propagande. Rappelons que la loi audiovisuelle (et donc la suppression de la publicité), au-delà de son intérêt très éventuel pour la culture, est entachée de différents scandales, puisqu'elle a été imposée avant d'être votée et qu'elle installe le président de la République comme responsable quasi direct d'un nombre considérable de chaînes et radios. De plus, chacun sait que la publicité se glisse aussi à l'intérieur des émissions et dessins animés pour enfants, en dehors des fameux " tunnels " de pub, et qu'elle saura mieux encore s'y distiller, plus subliminale. Enfin, il n'a pas fallu deux mois pour qu'en guise de théâtre, on ait l'Élysée. Quel plus bel exemple de cet usage familier et manipulateur de la télévision que des allocutions ultralumineuses dans un décor élyséen, sur plusieurs chaînes, face à des journalistes triés sur le volet et bien dociles ?

Louise Renard

Notes

[1] Le journaliste Luc Mariot avait lui montré dans Le tube l'hypersensibilité des enfants au rayonnement lumineux de la télévision. L'enquête sur un épisode des Pokemon mérite le détour.[2] Les enregistrements audio et vidéo de la journée du 6 décembre 2008 sont postés sur le site http://www.arsindustrialis.org (rubrique Débats à la Colline).[3] Le président d'Ars Industrialis, Bernard Stiegler, avait par ailleurs publié un article, en 2004, sur le phénomène de rythmes collectifs qu'établissait la télévision sous le titre " Le désir asphyxié, ou comment l'industrie culturelle détruit l'individu ".[4] Cf. " Pas de conduite pour les enfants de 3 ans ", appel lancé en janvier 2006, puis les ouvrages collectifs. Le documentaire " Graines de délinquants " raconte l'histoire de ce combat. Informations sur http://www.pasde0deconduite.ras.eu.org




Droits, obligations et responsabilités du fonctionnaire
http://www.aix-mrs.iufm.fr/formations/fit/doc/divers/Droits%20et%20devoirs%20du%20fonctionnaire.pdf





[ Corrélats : L / ...]



Retour