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Patrimoine génétique




Probablement une des plus jolies mouches
de notre entomofaune (Phasia hemiptera)
Le patrimoine génétique d'une espèce correspond à la totalité des gènes présents sur l'ensemble des chromosomes caractéristiques de cette espèce.


Cette définition est celle qui vaut à la notion de patrimoine génétique sensu stricto. Dans la réalité, la notion de patrimoine génétique est généralement étendue et recouvre la totalité des espèces vivantes sur un écosystème donné, c'est-à-dire devient synonyme de biodiversité ; Dans cette acceptation, la notion de patrimoine génétique planétaire est synonyme de biodiversité globale.

De nos jours les menaces qui pèsent sur la biodiversité ou sur le patrimoine génétique mondial sont à la fois nombreuses, multiformes et extrêmement préoccupantes.

L'appauvrissement du patrimoine génétique touche certainement les espèces animales domestiques et les espèces végétales cultivées. On sait que des centaines de variétés d'animaux domestiques et des milliers de cultivars végétaux ont disparu irrémédiablement. Sur les milliers d'espèces de pommes qui existaient encore il y a une cinquantaine d'années, en France, une seule a été conservée pour la production massive des pommes consommées aujourd'hui. Avec trois autres espèces américaines, cette pomme française assure 95 % de la production. Des exemples montreraient que des centaines de cultivars de riz ont disparu, en Asie, en quelques dizaines d'années seulement et au profit, quasi exclusif, d'un riz basmati. D'autres exemples montreraient qu'aujourd'hui, rien qu'en France, plus de 150 races bovines sont menacées de disparition, ou ont déjà disparu, au seul profit de 6 ou 7 races, " industriellement rentables ".

Pire, l'appauvrissement génétique est surtout lié à la disparition des espèces sauvages. On n'a probablement répertorié qu'à peine la moitié des espèces vivant sur notre planète. Or, on sait qu'un nombre considérable de ces espèces auront disparu avant d'être décrites.

Depuis une vingtaine d'années, l'appropriation des patrimoines génétiques, par des industriels, par des groupes financiers, et pourquoi pas, bientôt par des gouvernements, devrait nous inquiéter.




Un article de Bernard Roman-Amat sur le

PATRIMOINE GÉNÉTIQUE DES ARBRES FORESTIERS

Le connaître, le préserver, le valoriser

Une variabilité génétique des arbres forestiers très importante

Chaque espèce d'arbres forestiers est définie par un groupe de caractéristiques communes. Autour de ce "type", on observe une multitude de variantes. Certaines de ces variantes s'expriment sous la forme de caractères visibles comme la croissance, la forme du fût, la branchaison, la densité du bois, la phénologie, etc. D'autres sont plus discrètes comme la composition de la résine ou la géométrie des molécules enzymatiques des cellules. Elles trouvent toutes leur origine au niveau le plus élémentaire, celui du gène. Dans le règne végétal, les arbres forestiers présentent la particularité de posséder une variabilité génétique très élevée. Celle-ci est généralement interprétée comme une adaptation à la grande longévité : seuls peuvent survivre plusieurs siècles, et faire face à de très nombreux aléas, les organismes et populations possédant un patrimoine génétique diversifié.

Deux arbres, ou groupes d'arbres, peuvent différer par des caractères très variés. Certains, comme la tardivité du débourrement ou la résistance au froid, commandent l'adaptation au milieu : ils permettent souvent de caractériser des populations entières.

D'autres n'apportent semble-t-il aucun avantage particulier : dits neutres, ils sont en général très variables d'un individu à l'autre au sein du même peuplement.

Tous sont utiles pour évaluer la diversité génétique d'une espèce donnée.

Cette importante variabilité des arbres forestiers n'a encore été, dans la plupart des cas, que très peu altérée par l'homme, au contraire de la plupart des plantes cultivées. Nos espèces forestières sont encore " sauvages ". Cette réserve intacte est pour les forestiers à la fois une chance et une responsabilité.

Préserver

Permettant d'affronter les modifications de l'environnement, la diversité génétique est une assurance face à l'avenir : le gestionnaire avisé évitera donc de la réduire.

En danger dans leur station d'origine, certaines populations ne peuvent être préservées que dans un autre lieu, on dit ex-situ, par exemple sous forme de lots de graines ou encore dans des parcs à clones. Lorsque le patrimoine génétique est maintenu identique à lui-même, on parle de conservation statique. En France, seul un tout petit nombre de populations forestières, heureusement, relève de telles actions : orme, peuplier noir.

La très grande majorité des populations forestières doit donc être préservée in-situ, en restant confrontée à la pression de sélection naturelle, c'est-à-dire en conservation dynamique. Ayant la responsabilité de préserver le patrimoine génétique dont il dispose, le gestionnaire forestier respectera quelques règles simples : proscrire les transferts de matériel provenant de régions écologiquement différentes, réaliser les régénérations naturelles à l'aide d'effectifs suffisants de semenciers, ne pas effectuer de sélection à rebours par "écrémage", accorder une place suffisante aux espèces secondaires.

A la suite des conférences de Strasbourg et d'Helsinki, la France a commencé l'installation de réseaux de conservation in-situ pour le hêtre et le sapin pectiné : 26 et 18 peuplements respectivement, tous situés en forêt gérée par l'ONF. Cette politique s'étendra prochainement aux autres essences sociales, à commencer par les chênes et l'épicéa. Des actions spécifiques sont de surcroît en préparation pour les fruitiers disséminés : merisier (CEMAGREF), alisiers (ONF- Conservatoire génétique forestier d'Orléans) et cormier (INRA).

Valoriser

Le processus d'amélioration des arbres forestiers commence par le repérage de populations, les provenances, parfaitement adaptées à la région concernée. C'est la démarche qui fut adoptée pour les principales essences sociales autochtones lors de la mise en place de la réglementation issue de la loi de 1971, avec l'exigence supplémentaire d'une croissance au moins moyenne et d'une morphologie satisfaisante.

Les graines issues des peuplements classés couvrent aujourd'hui de 80% à 100% de nos besoins en semences des espèces concernées. On ne peut que se réjouir de voir ce système qui a fait ses preuves s'étendre à de nouvelles espèces. On remarquera que l'amélioration procurée par la certitude d'une bonne adaptation et par la mise à l'écart des peuplements de mauvaise forme s'accompagne d'effets bénéfiques du point de vue de la préservation du patrimoine génétique :

- assez étendus, les peuplements classés renferment une grande variabilité

- du fait des aléas de la fructification en forêt, les semences sont récoltées sur des peuplements différents selon les années

- les transferts entre régions écologiquement différentes peuvent être évités.

L'étape suivante consiste à valoriser la variabilité individuelle. La plupart des caractères qui concourent à la valeur d'un peuplement forestier sont sous le contrôle des gènes et offrent donc prise à la sélection. Dans certains genres (Populus, Larix), l'hybridation débouche sur des produits d'une vigueur exceptionnelle et réunissant les caractéristiques favorables séparées dans les espèces parentes. Les améliorateurs forestiers de l'INRA ont ainsi créé des variétés améliorées des principales espèces résineuses nettement plus performantes que le matériel sauvage. Les premières de ces variétés, issues des vergers à graines mis en place par le CEMAGREF et l'ONF, possèdent une base génétique très large, gage d'une bonne faculté d'adaptation. Elles permettront l'installation de reboisements performants produisant du bois de qualité. Bien entendu, des précautions seront prises pour éviter que les boisements effectués avec des variétés sélectionnées ne réduisent la diversité génétique des peuplements autochtones des mêmes espèces.

Complémentarité et non pas antagonisme

Les différences entre les démarches de la conservation et de l'amélioration sont évidentes. Potentiellement, la conservation des ressources génétiques concerne l'ensemble des populations forestières : elle devra mettre en œuvre dans la majorité des cas des méthodes légères et peu coûteuses afin de concentrer les moyens sur les populations rares et menacées. L'amélioration opère surtout par sélection puis recombinaison. Elle évolue actuellement vers des variétés spécialisées, à base génétique plus étroite, plus souvent renouvelées que les premières variétés polyvalentes à base large.

Conservation et amélioration offrent cependant plusieurs points communs. Elles reposent sur le même corps de connaissances. Elles considèrent la variabilité naturelle comme un capital à préserver. Toutes deux voient le patrimoine génétique comme une réalité évolutive et non pas figée. Toutes deux supposent une stratégie sur le long terme. Enfin, elles donnent la priorité absolue à l'adaptation à l'environnement.

Bien comprises, les démarches complémentaires de conservation et d'amélioration des arbres forestiers, sont des pièces essentielles de la gestion durable de nos forêts.





Un projet de traité pour le partage du patrimoine génétique commun.

PRÉAMBULE

INITIATIVE DE TRAITÉ POUR LE PARTAGE DU PATRIMOINE GÉNÉTIQUE COMMUN

Nous déclarons universelles et indivisibles les vérités suivantes:

Que la valeur intrinsèque du patrimoine génétique de la Terre, sous toutes ses formes et manifestations biologiques, est antérieure à son utilité et à sa valeur commerciale, et doit donc être respectée et protégée par toutes les institutions politiques, commerciales et sociales,

Que le patrimoine génétique de la Terre, sous toutes ses formes et manifestations biologiques, existe dans la nature et, par conséquent, ne doit pas être réclamé comme propriété intellectuelle même s'il a été purifié et synthétisé en laboratoire,

Que le patrimoine génétique mondial, sous toutes ses formes et manifestations biologiques, est un héritage partagé et donc une responsabilité collective,

Et,

Étant donné que notre connaissance croissante de la biologie nous oblige tout particulièrement à servir de gardiens responsables de la préservation et du bien-être de notre espèce et de toutes les autres créatures,

Par conséquent, toutes les Nations déclarent que le patrimoine génétique de la Terre, sous toutes ses formes et manifestations biologiques, est un patrimoine mondial que tous les peuples doivent protéger et sustenter ensemble; elles déclarent de plus que les gènes et les produits dont ils constituent la codification, sous leur formes naturelle, purifiée ou synthétisée, ainsi que les chromosomes, les cellules, les tissus, les organes et les organismes y compris les organismes transgéniques et chimériques, ne pourront être réclamés par les Gouvernements, les entreprises commerciales ou par d'autres institutions ou particuliers, en tant qu'information génétique négociable commercialement ni en tant que propriété intellectuelle.

Les parties du Traité - qui devront inclure les États-nations signataires ainsi que les peuples indigènes - accordent par ailleurs de gérer le patrimoine génétique en tant que trust. Les signataires reconnaissent le droit souverain et la responsabilité de chaque nation et territoire de veiller sur les ressources biologiques à l'intérieur de leurs frontières et de définir la façon dont elles seront gérées et partagées. Cependant, étant donné que le patrimoine génétique, sous toutes ses formes et manifestations biologiques, est un patrimoine mondial, il ne peut être vendu par aucune institution ni par aucun particulier comme information génétique. Aucune institution ni aucun particulier ne peuvent à leur tour réclamer cette information génétique comme leur propriété intellectuelle.




Développement et biodiversité durables : une approche par les droits de propriété / Michel Trommetter / chercheur à l’INRA / Laboratoire d’Economie Appliquée de Grenoble (UMR GAEL)Laboratoire d’Econométrie de l’Ecole Polytechnique, Paris
http://www.x-environnement.org/jr/JR06/trommetter.htm

Informations sur les RESSOURCES GÉNÉTIQUES FORESTIÈRES :
http://www.fao.org/documents/show_cdr.asp?url_file=/DOCREP/006/R4968F/R4968F09.htm

Le programme national de conservation des ressources génétiques forestières :
http://www.inra.fr/dpenv/arbezs01.htm

Expertise collective sur les tempêtes, la sensibilité des forêts et sur leur reconstitution / http://www.inra.fr/dpenv/drouic41.htm

Les ressources génétiques chez les agrumes :
http://www.inra.fr/dpenv/roccas03.htm

Les choux :
http://www.inra.fr/dpenv/herves06.htm

Aux ormes citoyens :
http://www.inra.fr/dpenv/pinonc08.htm

L'Ail du Nord :
http://www.inra.fr/dpenv/stievs09.htm

Le conservatoire régional du patrimoine biologique de Midi-Pyrénées :
http://www.inra.fr/dpenv/flamac08.htm

L'avenir des biotechnologies :
http://www.inra.fr/dpenv/rotilc42.htm

Plantes : usages et statuts juridiques :
http://www.inra.fr/dpenv/veuilc44.htm

Le programme national de conservation et gestion des ressources génétiques des céréales à paille :
http://www.inra.fr/dpenv/leblas02.htm

Les conservatoires botaniques nationaux : une approche intégrée de la conservation de la flore sauvage
http://www.inra.fr/dpenv/gallac27.htm

Les collections fruitières de variétés anciennes et locales en France :
http://www.inra.fr/dpenv/leters03.htm

L'INRA et les ressources génétiques des espèces fruitières : quelles actions pour quels objectifs ?
http://www.inra.fr/dpenv/huetjs03.htm

Liste des variétés de pommes locales anciennes :
http://www.inra.fr/dpenv/saunis03.htm

Les arbres pyrénéens en questions :
http://www.inra.fr/dpenv/bartoc32.htm

Premières propositions pour un projet de parc de la Forêt tropicale guyanaise :
http://www.inra.fr/dpenv/deviec24.htm

Aurochs, retour d'un animal préhistorique... ou manipulation scientifique ?
http://www.inra.fr/dpenv/daszkc33.htm

Groupe national d'études et de réflexions pour la conservation des insectes et de leurs milieux :
http://www.inra.fr/dpenv/guilbc10.htm

____________________

La biodiversité dans sa perspective historique :
http://www.inra.fr/dpenv/gouyoc23.htm






[ Corrélats : Biodiversité / Graines / Zones tropicales et équatoriales / Phénotypes et génotypes / Brevetabilité / OGM / Procaryotes et eucaryotes / Parasitisme / Nomenclature / Sélection naturelle / ESB / Œstroses / Uranium / Cancérigènes, mutagènes et toxiques pour la reproduction / Évolution / Biosécurité / Albinisme / Spéciation / Chant / SRAS / Stress / ...]

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