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L'analyse des paysages


Sommaire de la page (Articles, Dossiers, Études...) : Généralités / 1) L'étude d'un paysage ne peut pas se faire en une seule fois. / 2) L'inventaire des composantes plastiques fondamentales. / 3) Les effets plastiques dominants. / 4) Les facteurs de variabilité. / 5) De la difficulté à mettre en œuvre une analyse formelle du paysage. / Paysages et images de synthèse /

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Corrélats /

Un silo près de Locminé (Morbihan)
L'analyse d'un paysage n'est pas aisée.

Toutefois, il existe des méthodes simplifiées applicables pour l'étude des paysages.


La méthode proposée procède en trois phases, à la fois successives et interférentes.

Cette méthode consiste d'abord à faire l'inventaire des composantes plastiques du paysage, puis à mettre en évidence les structures paysagères, enfin à prendre en compte les facteurs de variabilité.

1) L'étude d'un paysage ne peut pas se faire en une seule fois

Un paysage n'est jamais perçu de la même façon selon que l'on est étranger et découvrant un paysage ou autochtone, c'est-à-dire confronté en permanence au paysage et habitué jusqu'au point même de ne plus le percevoir.

Le viaduc de Millau vu d'ailleurs !
Un paysage doit être analysé à différents moments de la journée, à différentes saisons ou sous différentes conditions climatiques.Un paysage n'est jamais perçu de la même façon par un observateur dans la mesure où celui-ci n'est pas nécessairement dans le même état psychique ou physiologique pour le percevoir pareillement.

En outre, selon le lieu d'où on l'observe, un paysage n'est pas perçu de façon identique.



Un paysage n'est pas non plus perçu de la même façon selon qu'on l'observe d'un ou plusieurs points fixes ou selon qu'on l'observe quand on est en mouvement.

La perception d'un paysage étant largement influencée par la subjectivité de l'observateur, par son vécu, sa culture, son origine géographique, etc., on est toujours obligé de tenir largement compte de la part émotionnelle, mal quantifiable, de l'observateur.

2) L'inventaire des composantes plastiques fondamentales

a) Les éléments ponctuels

On regroupe sous la dénomination " éléments ponctuels du paysage", tous les points précis correspondant à un objet, une tache colorée de dimension réduite, aux intersections de lignes, aux affleurements minéraux, à des groupements végétaux remarquables, etc. Ces éléments contribuent à caractériser fortement les paysages.

b) Les éléments linéaires

Les éléments linéaires dans un paysage regroupent les lignes droites ou courbes, horizontales ou verticales, les lignes de crêtes, les lignes d'horizon, d'une manière générale toute ligne qui attire le regard comme constituant une limite. Ce sont aussi les lignes liées à l'intervention de l'homme : les routes, les voies de chemin de fer, les canaux, les alignements d'arbres, les murs, les clôtures. Elles constituent surtout des trajets visuels que tout observateur suit consciemment ou non.

c) Les masses et les volumes

Les masses et les volumes, fragmentés ou compacts, les masses végétales ou minérales, les volumes créés par les reliefs, les ensembles bâtis offrent essentiellement des rapports de pleins et de vides, d'ombre et de lumière. Ainsi, la forme découpée d'un arbre isolé ou d'un ensemble construit peut n'avoir pas la même importance selon qu'on les observe à contre-jour (silhouettes) ou quand ces masses sont éclairées (formes).

d) Les matières et les textures

Le regard, en parcourant la surface d'un paysage, fait naître des sensations tactiles. L'impression de rugosité d'un massif forestier ou de certains massifs montagneux s'oppose à l'impression de lisse d'un champ de blé ou de celle offerte par un lac par temps calme. Ces sensations texturales font souvent naître, chez l'observateur, des impressions subjectives de douceur, de calme, d'âpreté, de sauvagerie, etc.

L'inventaire des matériaux mis en œuvre (tuiles, ardoises, granit, calcaire, briques, parpaing, béton, enduits, essences végétales) contribue largement à renforcer l'impression primaire qu'offrent les rapports entre ce qui revient aux constructions humaines (bâti, routes, canaux, lignes électriques, etc.) et ce qui revient au " naturel " (paysage végétal naturel ou artificiel).

e) Les couleurs et les contrastes

Les couleurs et les contrastes sont importants pour différencier les éléments du paysage (nature du sol, types de cultures, végétation caducifoliée ou sempervirente, etc.). Mais ces perceptions sont toujours empreintes de subjectivité (couleurs chaudes, froides, agressives, reposantes, etc.).

La saison ou l'heure de la journée, les conditions météorologiques, etc. ne nous offrent pas les mêmes perceptions des couleurs.

Comme notre vocabulaire est particulièrement pauvre pour décrire ces ambiances, le recours au dessin, ou mieux, à la photographie peut se révéler intéressant.

On se rendra aisément compte de la difficulté à analyser la perception d'un paysage si l'on confie, pour impression, le même paysage, photographié du même point, à des heures différentes, à des saisons différentes, par temps sec ou sous la pluie, en plein été ou sous la neige, etc.

3) Les effets plastiques dominants

Une des difficultés de la lecture d'un paysage est de comprendre comment se sont mis en place les trajets visuels qui ont présidé, consciemment ou non, à cette lecture. Avons-nous d'abord été attirés par un point, guidés par une ligne, sollicités par une masse, séduits par une pâque colorée, arrêtés par un bâtiment ?

La compréhension et la hiérarchisation de ces trajets visuels sont fondamentales pour objectiver la lecture d'un paysage. C'est, en particulier, dans l'intégration d'un projet bâti que cette démarche est plus particulièrement importante. Il arrive, trop souvent, qu'en négligeant cette démarche, on arrive à des monstruosités paysagères.

a) Les lignes de forces

Les lignes de force d'un paysage sont principalement les lignes de fuite, les lignes de convergence et d'une manière plus générale, les lignes qui concourent à souligner les perspectives dans le paysage. Ces lignes sont probablement les premières que nous suivons des yeux quand nous regardons un paysage.

b) Les points de repère

Les points forts dans un paysage sont les points d'appel du paysage, c'est-à-dire les points vers lesquels le regard se fixe pendant un temps plus ou moins long, temps nécessaire à la discrimination des informations portées par ce point. Ce peut être un clocher, un château d'eau, un arbre isolé que l'on souhaite déterminer. Ce peuvent être des taches de couleurs contrastées ou dysharmoniques. Ce peuvent être des points à l'intersection de lignes de force.

Ces points d'arrêts du regard sont autant de points de tension plastique forçant l'esprit à une formulation conceptuelle avant qu'il puisse poursuivre son déroulement perceptuel.

c) Les effets de contraste

Généralement, les contrastes perçus dans un paysage résultent de la juxtaposition de deux éléments s'opposant par la couleur, la luminance, l'éclairage, la forme, la rugosité, etc.

d) Les effets de fenêtre

On parle d'effet de fenêtre à chaque fois qu'un observateur se trouve gêné dans la perception globale qu'il pourrait avoir du paysage. Cette gêne peut résulter de la présence d'une végétation, d'un relief, d'un talus, d'un bâtiment, etc. Il s'ensuit que le paysage est tronqué, par exemple, que la vue vers le bas est restreinte (végétation de premier plan) ou au contraire exagérée (paysage de montagne ouvert sur le vide).

L'effet de fenêtre n'est pas nécessairement préjudiciable à l'observation. Il peut même être recherché, par exemple, pour servir d'élément comparatif de taille, d'amplitude, d'éloignement, d'échelle, etc. de la même façon qu'un photographe recherche, sur une photographie d'ensemble, à y adjoindre un premier plan.

e) La transparence et l'opacité

Le regard n'est pas forcément arrêté par les premiers plans. Des masses végétales peuvent se révéler transparentes et ajouter à la profondeur de champ. Naturellement, des masses opaques donnent une impression d'enfermement.

f) Les notions d'ouverture et de fermeture

Ces notions sont liées à la transparence et à l'opacité. La perception qu'un observateur a d'une ouverture ou d'une fermeture paysagère varie généralement peu d'un observateur à l'autre. Mais ce qui varie remarquablement, c'est l'effet que produit cette sensation sur l'observateur. D'aucuns ne supportent pas les paysages ouverts, d'autres souffrent dans des paysages fermés. Ces sensations peuvent même donner lieu à des comportements pathologiques (agoraphobie, claustrophobie, angoisses diverses, peur du vide, panique, peur panique du feu en forêt, etc.).

Ces sensations sont particulièrement exacerbées chez des personnes peu habituées que l'on promène dans la nature, par exemple, sous le faible éclairage d'une nuit claire au clair de lune.

g) L'impression de rythme

L'impression de rythme qui se dégage d'un paysage est surtout due à la répétition et à la multiplicité, ou non, des éléments plastiques perçus.

Lorsque ces éléments sont nombreux, contrastés, de taille réduite, apparemment désordonnés, etc. le regard passe d'un objet à l'autre rapidement, quasi fébrilement. Le paysage est souvent ressenti comme déstabilisant. Au contraire, lorsque les éléments sont peu nombreux, de même couleur, de texture uniforme, plutôt ordonnés, le regard parcourt lentement le paysage duquel se dégage plutôt une impression de sérénité.

Il arrive cependant que l'observateur confronté un long temps à une forte monotonie paysagère (toundra, désert, plaine céréalière) développe un sentiment d'angoisse et de solitude.

4) Les facteurs de variabilité

Les facteurs de variabilité sont soit dépendants de l'observateur, soit indépendants de l'observateur.

a) Les facteurs dépendants de l'observateur

Parmi les facteurs dépendant de l'observateur, on peut citer le choix qu'il fait de son poste d'observation. Selon que l'on regarde un paysage frontalement, en contre-plongée ou en plongée, la perception n'en sera pas la même.

L'analyse du paysage dépend également de la distance à laquelle on se place par rapport au paysage ou plus exactement du cadrage auquel on soumet son regard. C'est un peu comme lorsque l'on fait des photographies avec un grand-angle ou avec un téléobjectif.

L'analyse d'un paysage dépend enfin du temps que l'on consacre à son observation. Cela est surtout vrai quand on procède à une observation statique du paysage. Lorsque l'on perçoit un paysage en s'y déplaçant, c'est davantage la vitesse de déplacement qui conditionne la durée d'observation.

Alors que dans une observation statique, tous les éléments d'un paysage peuvent être perçus ou analysés, au cours d'une observation dynamique, les éléments des premiers plans sont ignorés, d'autant plus que la vitesse de déplacement est importante.Il est toujours intéressant de procéder à une double observation, statique et dynamique, du paysage. L'observation dynamique est la seule qui offre à l'observateur des éléments de liaison et d'articulation des différentes séquences paysagères.

b) Les facteurs indépendants de l'observateur

Parmi les facteurs indépendants de l'observateur, on devra surtout tenir compte des variables locales et temporelles de lumière, de contraste, de perception des couleurs, de luminance, etc. dont on sait qu'elles sont largement modifiées par l'heure, la saison, les conditions météorologiques, l'albédo des sols, la transparence de l'atmosphère, la présence d'eau, la réflexion ou l'absorption, la densité de la végétation, etc.

Lorsqu'on en a la possibilité, il est toujours intéressant de ré-analyser un paysage quand il se présente sous une phase éphémère, par exemple, sous la neige, par temps de brouillard, lorsqu'il est inondé, par grand vent, après un incendie, etc.

Les paysages agricoles doivent être appréciés en fonction des rotations de cultures. Un labour, un champ de blé, un champ de betteraves, une prairie artificielle ont des caractéristiques paysagères très différentes.

c) Les facteurs humains

En France et même sur la quasi-totalité du territoire européen, il est bien rare qu'un paysage n'ait pas été façonné par l'homme… n'y aurait-il qu'implanté un pylône électrique ou ouvert une piste laquelle est, d'ailleurs, bien souvent le seul moyen de découvrir le paysage en question.

Ce façonnage prend une importance grandissante dans ce que l'on appelle les " paysages préservés " où, de plus en plus d'aménagements sont réalisés pour satisfaire à une pression touristique toujours plus forte.

Ce façonnage laisse partout des signaux qui sont autant d'agressions esthétiques pour les paysages. Ces agressions sont tout autant liées au bâti (stations de sport d'hiver, stations balnéaires) qu'aux affichages publicitaires.

Remarquablement, ces affichages sont de plus en plus souvent portés sur les vêtements fluorescents de ceux-là mêmes qui recherchent des paysages préservés pour y pratiquer le VTT, le canyoning, la randonnée, l'escalade, le canoë ou le kayak, etc. tout cela en totale discordance avec les lieux visités où ils oublient aussi leurs poubelles.

5) De la difficulté à mettre en œuvre une analyse formelle du paysage

La perception d'un paysage dépend pour beaucoup du degré d'habituation que l'observateur a développé avec les éléments descriptifs du paysage.

Un indigène sera surtout sensible à une modification, même minime. Ainsi, par exemple, la perception initiale d'un massif forestier sombre et grenu, ressenti comme peu pénétrable et hostile, sera profondément modifiée avec des aménagements PFCI comme l'ouverture de pistes, surtout si celles-ci sont particulièrement visibles.

Un étranger " recevra " un paysage d'abord comme une nouveauté, voire une surprise. Ses perceptions seront largement influencées par ce qu'il recherche et ce qu'il recherche dépend essentiellement de son savoir, de sa culture, de sa personnalité ou de son vécu.

Un indigène sera sensible à des éléments bien souvent indescriptibles comme les odeurs, les sons, une activité humaine particulière, agricole, forestière ou de loisir (chasse, pêche), à la présence d'animaux, aux effets du vent, aux signes météorologiques prémonitoires.

Un étranger, bien souvent, se contentera d'une émotion, vite immortalisée sur la pellicule ou dans la cassette vidéo et sitôt oubliée, la portière de l'automobile refermée.

Quelles que soient les compétences d'un analyste du paysage, il n'est jamais ni dépourvu d'émotions, ni insensible à des variations des facteurs environnementaux susceptibles de troubler cette analyse paysagère. Est-ce souhaitable ? Un paysage, s'il doit être formalisé au mieux, possédera toujours une dimension émotionnelle, esthétique, fonctionnelle, historique, symbolique, sensible et poétique.

Cette approche complexe est, sans doute, celle vers laquelle l'analyse du paysage doit tendre afin d'en apprécier toutes les satisfactions qu'il peut apporter. Il est impératif que cette analyse plasticienne soit croisée avec celle qu'en feraient les écologistes, les historiens, les sociologues, les géographes, les géologues, les gestionnaires des ressources agricoles et forestières, sans oublier les utilisateurs quotidiens du paysage.



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Paysages et images de synthèse :

L'étude des paysages et surtout l'analyse ou la visualisation des modifications induites par des aménagements est grandement facilitée par l'utilisation des images paysagères de synthèse.

Divers logiciels, plus ou moins performants et par conséquent plus ou moins chers, existent sur le marché qui permettent de telles générations d'images.

L'image ci-contre est une image que j'ai généré avec Vistapro® et Visual explorer®.



On trouvera d'autres approches en informatique et paysages sur :
http://www.univ-st-etienne.fr/crenam/donnee/cours/cubilicen.html






Les paysages (nombreux dossiers / Courrier de l'environnement) :
http://www.inra.fr/dpenv/paysages.htm

Sciences du paysage :
http://perso.wanadoo.fr/paysage/index.htm

Écologie du paysage :
http://www.imep-cnrs.com/pages/paysmenu.htm

Du sol au paysage : un patrimoine fondamental de l'Union européenne / Claude VIDAL (Eurostat)
http://europa.eu.int/comm/agriculture/envir/report/fr/sol_fr/report.htm

GESTION DE L'ESPACE RURAL :
http://www.inra.fr/dpenv/cr.htm#espace_ru

Changer de lunettes pour changer la ville ?
http://www.inra.fr/dpenv/legrac43.htm

Et si le capitalisme patrimonial foncier changeait nos paysages quotidiens ?
http://www.inra.fr/dpenv/jarric49.htm

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Intérêts du pâturage hivernal sur parcours pour les exploitations ovines : exemple des Préalpes du sud :
http://www.inra.fr/Internet/Produits/PA/an2004/num244/gautier/dg244.htm

Typologie des paysages en Poitou Charentes :
http://www.observatoire-environnement.org/OBSERVATOIRE/tableau-de-bord-10-32-État178.html

Landes et pelouses :
http://www.bretagne-environnement.org/rubrique/landes
http://www.bretagne-environnement.org/article/landes-et-pelouses





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