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Pénurie d'eau
Pénurie d'eau



En pleine sécheresse (août 2005), un arrosage copieux au dépens
de la nappe alluviale d'un ruisseau totalement à sec !
La situation de pénurie en eau que nous avons connu en 2003 et connaissons à nouveau en 2005 pose plusieurs questions sur la gestion de la ressource en eau et surtout sur l'appropriation qui en est faite.

C'est la question de l'usus et davantage encore de l'abusus qui est posée.

Plus fondamentalement, j'oserai, au risque de passer pour un dangereux gauchiste, poser la question de la pertinence du maintien de la propriété privée sur une ressource commune comme l'eau.



Il me semble que cette appropriation privative, et plus particulièrement en période sèche et de pénurie, favorise tous les abus, toutes les dérives, toutes les spéculations au détriment de la collectivité.

Il me semble que le premier devoir de l'État, à défaut d'incarner la providence, c'est la régulation. Depuis quelques temps, c'est ce qu'il ne fait plus ou fait le moins bien, c'est selon.

Le traitement strictement spéculatif des problèmes de logement montre à l'évidence les limites et les dangers d'une appropriation dérégulée, et cela pour la société toute entière, les pauvres, les immigrés sûrement, mais aussi pour les fonctionnaires de la Mairie de Paris contraints à "jouer" les SDF (la presse 19/09/2005) et même les classes moyennes... supérieures ! (Il paraît qu'en France, on appartient à la classe moyenne à partir d'un salaire mensuel de 1500 €... moyennement pauvre sûrement !)

L'obédience aux lobbies de l'énergie hydraulique, aux agrochimistes ou à la FNSEA conduira au même résultat. Lorsque la loi sur l'eau était en discussion, la FNSEA n'a eu de cesse de peser sur les députés ou les sénateurs pour qu'ils amendent dans un seul sens : touche pas à mes nitrates, touche pas à mes phosphates, touche pas à mes pesticides, à mes cochons, à mes dindons, Thérèse… touche pas à mes forages, touche pas à mes pompages, touche pas à mes arrosages et pas question de taxes… Le principe du pollué-payeur convient parfaitement au monde paysan.

Le projet de loi sur l'eau discuté au début de l'année 2005, autant par les sénateurs que les députés, est vite apparu comme un pied de nez, sinon un coup de pied de l'âne adressé aux défenseurs de l'environnement et à tous les citoyens soucieux de transmettre à leur descendance une ressource en eau acceptable et saine... et d'en profiter aussi, cela va sans dire.

Remarquablement, ces mêmes sénateurs et députés n'avaient-ils pas fait inscrire le principe de précaution dans la constitution ?




Irrigation, forages et débits réservés.

L'année 2005 a été marquée dans de nombreux départements par un fort déficit de la ressource en eau et par des restrictions d'usage, qui prévalent encore en cette fin septembre 2005 et qui touchent ou ont touché davantage les particuliers que les " gros consommateurs " de l'industrie et de l'agriculture.

Les particuliers n'ont d'ailleurs pas manqué de s'étonner que l'eau ne manquât jamais pour le maïs, alors que des rivières étaient à sec et les nappes phréatiques dangereusement abaissées au point d'entraîner des mouvements ou des réactions des sols préjudiciables au bâti, aux routes ou aux voies de chemin de fer*.

[* Un audit du Ministère des Transports en date du 19 septembre 2005 fait état de l'état inquiétant des voies de chemin de fer français par manque d'entretien faute de moyens d'abord, mais aussi du fait de la sécheresse des sols qui favorise les affaissements des ballasts et des traverses qu'ils supportent.]

La question de l'irrigation pose bien le problème de l'appropriation de la ressource en eau.

En effet, la propriété du sol entraîne de facto la propriété du sous-sol et de ce qu'il contient et particulièrement de l'eau contenue dans les aquifères.

Remarquablement, pendant la phase de discussion du projet de loi sur l'eau en discussion au début de l'année, la FNSEA, au moins certaines de ses instances départementales (FDSEA du Bas Rhin), enjoignaient les agriculteurs " qui le pouvaient " à forer le plus possible " pendant qu'il en était encore temps ", sous-entendu avant que des réglementations ne restreignent ce droit d'usage !

Mais la propriété du sol, c'est aussi celui du lit de la rivière** qui traverse la propriété [** sauf régime particulier comme celui attribué aux rivières navigables, par exemple]. Et cette propriété du lit de la rivière s'accompagne d'un droit à l'usage de l'eau sous certaines conditions et en particulier, celles liées aux débits réservés.




La question de l'irrigation

Cette question est abordée dans l'article de Élisabeth Chesnais, intitulé Ressources en eau : la pénurie organisée et publié dans la revue Que Choisir de mai 2004.

Ressources en eau : la pénurie organisée, par Élisabeth Chesnais.

La sécheresse a bon dos pour justifier les arrêtés de restriction d'eau. La vraie raison est ailleurs, dans l'explosion des besoins en eau quand les rivières sont au plus bas.

Que Choisir, Mai 2004.

Tous les étés ou presque c'est la même chose, des arrêtés préfectoraux restreignent l'usage de l'eau. Interdiction de laver la voiture, d'arroser la pelouse, de remplir la piscine... Ils ont été particulièrement nombreux en 2003 du fait de la sécheresse exceptionnelle qui a frappé le territoire, mais une partie des départements les reconduit chaque année. En Côte-d'Or, en Isère, dans le Gers, la Vienne et ailleurs, c'est la règle. À moins de conditions météo particulièrement pluvieuses, 2004 n'y échappera pas. L'argument de la sécheresse, en effet, n'explique pas tout. Il y a la saison, bien sûr. En été, quand il ne pleut pas, le débit des cours d'eau baisse. C'est ce que les spécialistes appellent la période d'étiage. Un phénomène naturel récurrent vieux comme le monde. La nouveauté, c'est le risque de pénurie d'eau qui y est associé de plus en plus souvent. La faute à qui ? À l'augmentation phénoménale des prélèvements d'eau les mois d'été, au moment où la ressource disponible est à son niveau le plus bas.

A priori, tout le monde est responsable. À commencer par le secteur de l'énergie, le premier à prélever, avec 25 milliards de mètres cubes par an. Suivent les ménages, avec 6 milliards de mètres cubes, puis les agriculteurs, 5 milliards et, enfin, l'industrie avec 4 milliards. Mais l'impact de ces prélèvements dépend de l'usage qui en est fait, non des volumes. Ce qui compte, c'est la consommation nette de chaque catégorie, autrement dit la différence entre le volume qu'elle prend dans les cours d'eau ou les nappes et celui qu'elle leur renvoie après usage. Du coup, le secteur de l'énergie est dédouané, il est proche du zéro impact. L'eau détournée pour refroidir les centrales thermiques et nucléaires repart à la rivière. Cette activité affecte la qualité de l'eau en la réchauffant, pas les quantités disponibles. De son côté, l'industrie restitue plus de 90% des volumes soutirés, et les ménages en renvoient les trois quarts. Le seul secteur qui consomme la quasi-totalité de ses prélèvements, c'est l'agriculture. Elle utilise 68% du total non restitué.

La faute à l'irrigation

Plus grave, alors que les autres secteurs étalent leur consommation tout au long de l'année, l'agriculture la concentre sur la période estivale. En plein été, sa part passe à 90 % du total consommé dans les régions de grandes cultures, l'eau potable et l'industrie se partageant les 10 % restants. En cause, l'irrigation du maïs. Presque partout, la pénurie d'eau et les arrêtés de restriction préfectoraux qui en découlent sont dus à l'accaparement de la ressource par cette culture. Comme elle ne cesse d'augmenter, les arrêtés se multiplient.

Dans le Sud-Ouest, en Aquitaine et en Midi-Pyrénées, l'agence de l'eau Adour-Garonne a fait les comptes. En douze ans, la consommation a doublé en période critique d'étiage du fait de l'irrigation. En Poitou-Charentes, les pompages assèchent des centaines de kilomètres de rivières, chaque été. Dans la région Centre, la nappe souterraine de la Beauce a longtemps assuré les besoins en eau potable et à l'industrie, soit 110 millions de mètres cubes, sans souffrir. Elle est aujourd'hui gravement menacée, tant en qualité qu'en quantité, par la surexploitation qu'en font les adeptes de l'irrigation en prélevant 500 millions de mètres cubes chaque été. C'est le résultat des pratiques intensives : la région a perdu 125 000 hectares de prairies depuis 1990 mais gagné 155 000 hectares irrigués, essentiellement en maïs. Dans toutes les zones de grandes cultures, le problème est identique (voir carte ci-dessous). Il s'aggrave depuis 1992.

Risque de pénurie d'eau.

On croyait le problème réservé aux régions sèches et arides. Or, cette carte montre qu'une bonne moitié de la France est concernée. Établie par la Direction de l'eau du ministère de l'Écologie, elle répertorie les secteurs qui connaissent un déficit en eau régulier. Nul besoin d'être grand clerc pour comprendre l'origine du problème. À quelques exceptions près, elle dessine la France des zones de grandes cultures. En tête des conflits sur la répartition de la ressource, le grand Sud-Ouest. Particulièrement touché, le département du Gers. S'il ne compte que 175 000 âmes, ses 64 000 hectares irrigués consomment autant d'eau que 42 millions d'habitants !

Le Poitou-Charentes n'est pas mieux loti. Les autorités sanitaires en sont réduites à négocier la cession de certains forages d'irrigation, qui puisent une eau de bien meilleure qualité que les captages utilisés pour l'eau potable. Le monde à l'envers ! Plus au Nord, toutes les grandes plaines céréalières où, là encore, la conversion au maïs irrigué fait des ravages sur la ressource disponible. À l'inverse, le quart Sud-Est s'en tire plutôt bien. Si la Côte-d'Or et l'Isère sont dans une situation critique, la Provence et le Languedoc-Roussillon échappent aux restrictions malgré les étés secs. Une situation héritée de l'histoire. Les premiers canaux qui dérivaient l'eau du Rhône et de la Durance vers le grand Sud remontent au XIIIe siècle. Les réseaux se sont modernisés, tout en conservant ce principe ancien du transfert d'eau. La seule zone où l'agriculture peut être dédouanée, c'est le Nord. Le déficit de la nappe s'explique par l'activité industrielle. Longtemps, les industries textiles ont prélevé au-delà du rechargement de la ressource. En Bretagne, c'est la concentration d'élevages industriels, et non la culture irriguée, qui prélève au-delà des possibilités.

Les usagers mis à contribution

1992 ? L'année de la réforme de la Pac (politique agricole commune). Une date maudite pour la ressource en eau. Les primes à l'hectare les plus élevées vont au maïs irrigué. De nombreux agriculteurs s'y mettent. Le résultat ne s'est pas fait attendre. Dégradation de l'eau, tant en volumes disponibles qu'en qualité.

L'état actuel des nappes souterraines et des cours d'eau, les investissements phénoménaux nécessaires pour trouver des ressources alternatives et dépolluer celles qui sont contaminées exigeraient de réduire ces surfaces irriguées. Mais ce n'est pas l'option retenue. Dans le Sud-Ouest, Jean-François Poncet, président du comité de bassin Adour-Garonne, défend avec force le maintien de l'irrigation et réclame le " développement de la ressource ", autrement dit la construction de barrages. Ailleurs, on multiplie les " bassines ", ces énormes réserves de substitution implantées en plein cœur des zones de grandes cultures. Autant d'infrastructures qui reposent sur une idée a priori pleine de bon sens : stocker l'eau en hiver quand elle est abondante pour la restituer en été quand elle devient rare.

Mais le bon sens recule face au coût, prohibitif, de ces équipements. Le second écueil concerne leur financement. Cette fois, on nage en plein scandale. La logique voudrait que les utilisateurs paient. La réalité est tout autre. On prélève sur les ménages. Une première fois, via leurs factures d'eau pour près de 50%, une deuxième fois, en tant que contribuables, pour une bonne partie du solde. Faire financer des outils destinés à l'irrigation par les particuliers, c'est la grande trouvaille des agences de l'eau, des conseils régionaux et généraux et de l'État. Dans le sud des Deux-Sèvres, par exemple, les treize bassines en projet sont évaluées à 7 millions d'euros. Elles seront financées à 80% par des subventions.

Cultures : le maïs irrigué, ennemi de l'eau

Mauvaise pioche pour la ressource en eau, le maïs irrigué cumule les inconvénients. Sa consommation, l'été, quand l'eau manque, bien sûr, mais aussi sa tolérance à la surfertilisation. On peut forcer sur les doses d'engrais dans le but d'obtenir un meilleur rendement. Sa saison, également. Planté au printemps et récolté à l'automne, il laisse les sols nus tout l'hiver. Faute de couverture végétale pour les retenir, les nitrates sont lessivés par les pluies puis rejoignent les rivières et les nappes phréatiques. Enfin, le maïs irrigué reçoit plus de traitements par les pesticides, qu'il s'agisse de désherbant ou d'insecticide, que la culture sèche.

Le spectre des barrages

Évidemment, ces projets sont toujours présentés sous couvert d'intérêt général, non comme des ouvrages à usage agricole. Dans le Sud-Ouest, on parle de " barrages de soutien d'étiage ". Rien de mensonger dans l'expression, il s'agit bien de soutenir le débit des cours d'eau. À un détail près : si les rivières sont à sec, elles le doivent à l'irrigation. " En été, le déficit en eau du bassin de la Garonne s'élève à 110 millions de mètres cubes alors que l'irrigation y consomme 370 millions de mètres cubes, explique Frédéric Cameo Ponz, administrateur de l'agence Adour-Garonne et vice-président de l'association Nature Midi-Pyrénées. Le projet du barrage de Charlas est destiné à fournir ces 110 millions de mètres cubes manquants. Mais sa construction coûterait au minimum 300 millions d'euros, à la charge du contribuable, puis son fonctionnement 2,5 millions par an. C'est un gâchis d'argent public que l'on peut éviter en diminuant de 15% les prélèvements de l'irrigation. En optimisant les méthodes et le matériel d'irrigation et en convertissant seulement 10 à 20% de la surface irriguée en d'autres cultures, on y parvient. "

En effet, les alternatives au barrage de Charlas existent et n'ont rien de farfelu. Avant de se convertir à la monoculture du maïs irrigué pour cause de surprime Pac (voir encadré ci-dessous), le Sud-Ouest a produit du blé, une culture qui réclame largement autant d'eau mais peu d'irrigation puisqu'elle pousse au printemps. Les opposants aux barrages réclament également la mise à contribution des installations hydroélectriques des Pyrénées. " Actuellement, poursuit Frédéric Cameo Ponz, EDF retient l'eau des orages qui éclatent sur la montagne en été dans ses barrages au lieu de la laisser descendre dans les vallées pour limiter l'étiage. C'est une rétention estivale de 60 millions de mètres cubes à des fins de plus en plus commerciales alors que l'eau fait partie du patrimoine commun de la nation. "

Agences de l'eau : " Irriguez, nous dépolluerons... "

Années quatre-vingt, l'Europe décide qu'il faut produire du tournesol. La France, primes à l'appui, se couvre de jaune. Années quatre-vingt-dix, la Pac (politique agricole commune) réoriente ses aides. Elle accorde une prime au maïs et, mieux encore, une surprime à son irrigation. La France se convertit. Difficile d'en vouloir aux exploitants. Un hectare de prairie rapporte au maximum 45 euros de subventions, un hectare de maïs 330 euros. Et si cet hectare est irrigué, 200 euros de plus. Comme si cette incitation ne suffisait pas, les agences de l'eau y vont aussi de leurs soutiens à l'irrigation. Une stratégie dont la Cour des comptes dénonce l'incohérence puisque les Schémas directeurs d'aménagement et de gestion des eaux (Sdage) prônent la maîtrise des prélèvements agricoles. " Dans le bassin Adour-Garonne, le plus affecté par des tensions quantitatives, critiquent les magistrats, 78 % des retenues d'irrigation financées par l'agence pour un coût de 4,12 millions d'euros correspondent à des capacités nouvelles. Le constat est le même dans le bassin Loire-Bretagne, où l'agence a accordé 5,38 millions d'aides aux créations de retenues. " Cette politique d'aides à l'irrigation est d'autant plus incohérente que les agences doivent financer la dépollution d'une eau contaminée par les nitrates et les pesticides de ce type de cultures.

Des alternatives existent

Des solutions qui seraient assurément plus économes pour le contribuable, tout comme en région Poitou-Charentes, où la Confédération paysanne, deuxième syndicat agricole derrière la FNSEA, propose une autre voie. " Si l'irrigation ne concernait que les productions pour lesquelles elle est rentable, constate Jacques Pasquier, son représentant en Poitou-Charentes, les ressources en eau seraient suffisantes. Pour nous, l'irrigation doit être utilisée pour assurer une récolte à valeur ajoutée, pas pour cultiver une plante tropicale (le maïs) qui a besoin d'eau en juillet-août, sur des sols inadaptés. En revenant à une rotation des cultures minimale, sur seulement deux ans, avec une alternance maïs irrigué et blé, par exemple, on économise au moins 94 millions de mètres cubes d'eau. Le problème de la pénurie d'eau serait réglé. Deuxième avantage, ce changement aurait un impact positif sur la qualité de l'eau. En 2002, un rapport du Grap [1] a démontré que le captage d'eau potable de Saint-Fraigne et les eaux de la rivière l'Aume, en Charente, étaient pollués par le métolachlore, un herbicide du maïs. Or, au lieu de réduire les surfaces en maïs dans cette zone sensible, il est prévu de subventionner une dizaine de réserves de substitution pour soutenir l'irrigation. L'argent public va concourir à polluer la ressource en eau. C'est un non-sens. "

Pour un partage plus égalitaire

De fait, l'utilisation de la ressource en eau ne brille ni par sa cohérence ni par son souci d'économies. L'accaparement de l'eau reste partout de mise même si les opérations de type Irri-Mieux, qui visent à réduire la consommation, la pose de compteurs chez les exploitants ou les tours d'arrosage, commencent à se développer. L'économie d'eau réalisée par ces différentes mesures demeure marginale face aux volumes en jeu. Le projet de loi sur l'eau en préparation au ministère de l'Écologie offre heureusement l'occasion de définir une gestion plus rigoureuse et un partage plus égalitaire de l'eau. Les leviers d'action existent. Utilisation des retenues hydroélectriques en période d'étiage, maîtrise de la demande en eau par le relèvement des redevances de prélèvement et de pollution agricoles, les moyens sont identifiés. Il y faut seulement la volonté politique. Il n'est pas sûr qu'elle soit au rendez-vous. Car si l'avant-projet de loi souligne que " toutes les solutions doivent être envisagées pour résorber le déséquilibre en eau avant de créer un nouveau barrage ", l'ex-ministre de l'Écologie, Roselyne Bachelot, a soutenu le projet de la Trézence (voir encadré ci-dessous), en Charente-Maritime. L'autre volet susceptible de restituer l'eau confisquée par l'agriculture à l'intérêt général, c'est celui des redevances. Pour l'instant, les consommateurs domestiques financent la politique de l'eau à 85%, les agriculteurs à moins de 5%. Un rééquilibrage permettrait de mieux partager la ressource. Intérêt de la population face à celui des lobbies. On attend la réponse de la prochaine loi sur l'eau *.

Barrage de la Trézence : un camouflet pour le ministère

Fallait-il construire un barrage sur la Trézence ? En 1997, le conseil général de Charente-Maritime répond oui à l'unanimité. Il faut stocker 40 millions de mètres cubes pour alimenter les huîtres de Marennes - Oléron en eau douce. Le projet est lancé. La polémique aussi. France Nature Environnement mobilise. Les associations engagent une longue bataille judiciaire. Fin 2003, le Conseil d'État tranche : le barrage n'est pas d'utilité publique. À coups d'arguments impitoyables. " L'augmentation de la production d'huîtres du fait de l'existence du barrage demeure aléatoire et serait d'une très faible importance. [...] En revanche, le coût de l'opération, évalué à 67 millions d'euros, est élevé. " Cette annulation constitue un sérieux camouflet pour le ministère de l'Écologie qui, en août 2003, soutenait encore le projet au nom d'un supposé " caractère d'utilité publique ".

Elisabeth Chesnais


[* On n'attendait pas celle-là, alors attendons et soyons patient, qui sait ?)




Les débits réservés :

L'article 2 de la loi du 16 octobre 1919 (modifiée par la loi du 15 juillet 1980 sur les économies d'énergie et l'utilisation de la chaleur) et l'article L232-6 du code de l'environnement (introduit suite à la loi pêche du 29 juin 1984) instituent chacun un classement protégeant certains cours d'eau.

L'article L232-5 du Code de l'environnement institue un débit réservé pour chaque prise d'eau (le débit réservé est le débit laissé à l'aval d'une prise d'eau quand le débit à l'amont de la prise est supérieur).Le débit réservé est donc le débit minimal à maintenir en permanence dans un cours d'eau au droit d'un ouvrage pour sauvegarder les équilibres biologiques et les usages de l'eau en aval.

Le débit réservé n'est pas une notion hydrologique, mais une contrainte réglementaire.

Jusqu'au projet de la " nouvelle loi sur l'eau ", la situation était la suivante :

» Les ouvrages de prélèvement d'eau (y compris souterraine), de dérivation ou de stockage modifient le débit naturel et peuvent le diminuer fortement, voire assécher un cours d'eau. L'affaiblissement excessif du débit peut avoir des effets négatifs sur la faune ou la flore aquatique et les usages de l'eau en aval. Un prélèvement pour l'irrigation, une dérivation vers une conduite forcée, la gestion d'une retenue, d'un barrage peuvent laisser un débit tellement faible que la vie aquatique peut en être affectée :

- amoindrissement de la surface du lit et du volume habitable,
- diminution de la biomasse d'invertébrés disponibles,
- ralentissement excessif du courant pour les poissons qui vivent en eau rapide (truite par exemple),
- réchauffement trop élevé pour des poissons d'eau fraîche, etc.

» L'étiage (voir régime des eaux) est une période difficile pour la plupart des espèces aquatiques, surtout en aval des points de rejet ; les capacités de dilution ou d'auto-épuration des rejets et les possibilités d'utiliser l'eau en aval s'en trouvent limitées.

» L'assec (ou assèchement temporaire du cours d'eau) est une situation véritablement catastrophique pour la vie aquatique dans la plupart des cours d'eau. Ne survivent que les espèces adaptées à ces conditions particulières qui apparaissent de façon naturelle dans certains bassins, en région aride ou semi-aride par exemple, mais qui ne sont pas naturelles dans les régions tempérées pour la plupart des cours d'eau d'une certaine taille.

» En France, avant 1984, le débit réservé faisait partie du cahier des charges de tout ouvrage hydraulique. Cette contrainte était négociée en fonction des conditions locales et des caractéristiques de l'ouvrage. Depuis, la loi " Pêche " du 30 juin 1984, puis le décret n°89-804 du 27 octobre 1989 du Code rural, le débit réservé est fixé à 1/10e du débit moyen annuel avec une tolérance à 1/40e pour les ouvrages existants à la date de parution de la loi. Pour les cours d'eau dont le module est supérieur à 80 m3 s-1, des dérogations spéciales peuvent être envisagées mais le débit minimum " ne devra pas se situer en dessous du vingtième du module ".

L'application de cette règle s'est avérée difficile dans de nombreux bassins où le débit d'étiage, du fait des conditions climatiques et de la géologie du bassin versant, s'abaisse déjà naturellement en dessous de ces valeurs. Dans de nombreux cas, l'application stricte de la loi n'est pas possible et obligerait alors les collectivités à recourir à de nouvelles ressources en eau, en pratique à créer de nouveaux stockages (barrages) pour pallier le manque d'eau en étiage habituel (car en cas de situation exceptionnelle, la réglementation prévoit que soient prises des mesures particulières). L'application stricte de la règle des 10 % supprimerait souvent toute possibilité de salmoniculture, puisque ces établissements sont installés en dérivation et que le cycle de vie des poissons d'élevage ne doit pas être interrompu.

Le concept normatif de " débit réservé " a donc deux objectifs :

______- préservation du milieu aquatique (écosystème)
______- répartition de l'eau entre les usages amont et aval.

Maintenant la situation pourrait bien être celle-là :

Le projet de loi sur l’eau propose de remplacer l’article L 232-5 du Code de l’environnement par son article 4 et ses alinéas. Autrement dit, tous les textes qui, depuis une trentaine d’années, avaient édifié un cadre réglementaire et jurisprudentiel, sans doute perfectible, mais déjà très intéressant, sont caducs. Ces nouvelles dispositions pourraient apporter un progrès.

Malheureusement, à leur lecture, on s’aperçoit qu’il n’en est rien. Bien au contraire.

Le premier alinéa reprend l’article L 232-5, mais supprime la nécessité d’un décret pour abaisser le seuil à 1/20e du module (débit moyen interannuel) dans les cours d’eau de module supérieur à 80 m3/s.

Mais surtout on peut y lire : « Toutefois pour les cours d’eau ou les sections de cours d’eau présentant un fonctionnement atypique rendant non pertinent la fixation d’un débit minimal dans les conditions prévues ci-dessus, le débit minimal pourra être fixé à une valeur inférieure ».

Ainsi et paradoxalement, pour prendre un exemple, en aval d’un ouvrage de retenue d’eau, en hiver, pendant que la retenue se remplit, le débit dans le cours d’eau pourrait parfaitement être fixé à un niveau inférieur à celui du soutien d’étiage en été.

Je me suis souvent posé la question de savoir si le soutien au débit d’étiages n’était pas principalement et d’abord fixé à un niveau compatible avec la pratique du canoë kayak, laquelle attire, sur les cours d’eau, suffisamment de touristes pour soutenir une " activité économique " estivale ?

Le deuxième alinéa est le plus inquiétant puisqu’il permet de déroger à la règle du 1/10e du module en respectant toutefois cette limite en moyenne annuelle !

À la lecture de ce deuxième alinéa, quelqu’un s’exclama : « Formidable, les poissons morts en été pourront ressusciter en hiver ! »

Pour comprendre ce persiflage, il faut imaginer différentes simulations de baisse au-dessous du débit réservé :

1) Si on abaisse le débit réservé au 1/40e du module pendant X jours, alors on peut compenser par un débit de réserve de 1/10e +3/40e soit 7/40e pendant X jours…

2) Pendant que l’on y est, si on baisse la valeur du débit réservé au 1/80e pendant X jours alors il faudra compenser par un débit de réserve de 1/10e + 3/40e soit 7/40e pendant 2X jours.

3) Et pourquoi pas, si on baisse la valeur du débit réservé à 0 pendant X jours alors il faudra compenser par un débit de réservé de 1/10e + 1/10e soit 1/5e pendant X jours ! Et comme il était dit très justement : les organismes morts en été ressusciteront en hiver !

Cette disposition, parfaitement scandaleuse et qui n’honore pas ceux qui l’ont soutenue, n’a pas, n’a jamais eu, d’autre motivation que de satisfaire des intérêts très particuliers.




La question du captage et de l'utilisation des eaux souterraines :


Sur le site : http://www.fdsea67.fr/actualites/actu_suite.asp?IdArticle=4106

Puiser dans la nappe quand c'est possible... Irrigation en rivière : ce qu'il faut savoir (le 19/12/2003)

Gérard Schwein a conseillé aux agriculteurs qui en ont la possibilité, de faire rapidement les puits d'irrigation permettant de puiser dans la nappe phréatique plutôt que de puiser dans les cours d'eau. En effet, dans le projet de loi sur l'eau en préparation à l'assemblée nationale, tout forage de puits devra faire l'objet d'une demande d'autorisation auprès de la préfecture et être accompagné d'une étude d'impact que l'agriculteur irrigant devra financer. Il faut néanmoins veiller à ce que les puits soient éloignés d'au moins 25 mètres du lit du cours d'eau pour éviter de puiser dans la nappe d'accompagnement de ce dernier.



Je ne sais pas quelle est la situation exacte des forages dans le Bas-Rhin, mais il est certain que les paysans bretons n'avaient pas attendu une hypothétique révision des réglementations sur les captages d'eaux souterraines pour procéder à des forages à tout-va !

D'ailleurs, cette augmentation du nombre de forages et des volumes d'eau prélevés, tout à fait gratuitement, quand le prix de l'eau potable, qui ne l'était plus autant, ne cessait d'augmenter ou que les redevances pollutions acquittées ne l'étaient, en pratique, que par les seuls particuliers, ne manquait pas d'interpeller les associations ou les professionnels avertis, et même le simple quidam pas toujours ou nécessairement bien averti des questions environnementales.

La plupart des questions qui sont posées au sujet des eaux souterraines et de leur utilisation dénotent un sentiment diffus d'inquiétude pour l'avenir expliqué en partie par une plus ou moins grande ignorance en hydrogéologie. Mais d'autres questions révèlent davantage une impression d'injustice quant à l'appropriation privative de l'eau surtout si les propriétaires utilisateurs donnent l'impression de gaspiller la ressource et manifestent fortement leur opposition à participer, financièrement, techniquement ou de quelque manière que ce soit, à la dépollution de son rejet.

Ce qui est notable, c'est que les citoyens interrogateurs se sont bien rendu compte que les phénomènes d'eutrophisation, les doses croissantes de nitrates ou de pesticides dans l'eau ne devaient rien au hasard et qu'ils ne pouvaient sûrement plus comprendre comment des élus de la Nation pussent encore, impunément, n'avoir pas d'autres comportements qu'affidés à des lobbies.Quand la durabilité n'a pas d'autre signification que la pêche aux voix pour une réélection, le politique n'est plus crédible et n'a plus la confiance des citoyens. Il est vrai que les sénateurs ne sont pas élus au suffrage direct…


LE RÉGIME JURIDIQUE DES FORAGES DESTINÉSAUX PRÉLÈVEMENTS D'EAU

Le régime juridique des forages d'eau repose sur la distinction entre le droit de propriété et le droit d'usage du sous-sol. Selon le principe fixé par l'article 552 du Code civil, « La propriété du sol emporte la propriété du dessus et du dessous. (Le propriétaire) peut faire au-dessous toutes les constructions qu'il jugera à propos ». Ainsi, le propriétaire du sol est également propriétaire du sous-sol. En revanche, le droit d'usage est principalement réglementé comme suit :

- le code minier fixe le cadre général des forages en distinguant les forages profonds ou peu profonds (moins de 10 mètres). L'article 131 dudit code dispose que « toute personne exécutant un ouvrage souterrain dont la profondeur dépasse 10 mètres au-dessous de la surface du sol doit le déclarer ». La déclaration doit être faite à la DRIRE (direction régionale de l'industrie, de la recherche et de l'environnement);

- le code de l'environnement réglemente les prélèvements d'eau réalisés à des fins non domestiques. La réglementation s'applique aux forages d'eaux souterraines et aux prélèvements des eaux de surface. Selon les articles L.214-1 à 4 dudit code, reprenant l'article 10 de la loi n° 92-3 du 3 janvier 1992, les installations, ouvrages, travaux entraînant des prélèvements d'eau sont soumis à autorisation ou déclaration. Le passage d'un régime à l'autre, fixé par le décret n°93-743 du 29 mars 1993, est fonction du débit et de la vulnérabilité des zones dont certaines imposent « des mesures permanentes de répartition quantitative » ;

- les formalités et procédures à suivre pour obtenir l'autorisation ou déclarer un prélèvement d'eau sont déterminées par le décret n° 93-742 du 29 mars 1993. Les demandes et déclarations sont formulées en préfecture. L'autorisation est délivrée, après enquête publique, par les services de l'État, la Direction départementale de l'agriculture et de la forêt (DDAF), dans la plupart des cas, sauf exception dans certains départements, où la compétence relève de la Direction départementale des affaires sanitaires et sociales (DDASS). L'inobservation de ces dispositions est punie d'une peine d'amende prévue pour les contraventions de 5ème classe à savoir une amende maximale de 1 500 € ;

- les distinctions selon le débit et la vulnérabilité des zones sont précisées par le décret n°93-743 du 29 mars 1993. Les installations permettant un prélèvement supérieur ou égal à 80 m3/heure sont soumises à autorisation. Les installations permettant un prélèvement compris entre 8 et 80 m3/heure sont soumises à déclaration. Ces seuils sont abaissés dans les « zones de sauvegarde de la ressource » dites aussi « zones de répartition des eaux » : l'autorisation est alors requise dès que le prélèvement dépasse 8 m3/heure et tous les autres forages sont soumis à déclaration. Le décret n° 94-354 du 29 avril 1994 précise ces différentes « zones de répartition des eaux ». Trois bassins (Adour-Garonne, Loire-Atlantique, Rhône-Méditerranée-Corse) sont, en tout ou partie, concernés.

D'autres textes viennent en complément, notamment un décret n° 96-626 du 9 juillet 1996, relatif aux aménagements hydrauliques des cours d'eau et un décret-loi du 8 août 1935 applicable à certaines localités mais tombé en désuétude.

Les autres forages, destinés aux prélèvements à usage domestique, ne sont pas réglementés et sont donc libres. Conformément à l'article 3 du décret 93-743 précité, « Constituent un usage domestique de l'eau, les prélèvements destinés exclusivement à la satisfaction des besoins des personnes physiques propriétaires ou locataires des installations (...) dans la limite des besoins nécessaires à l'alimentation humaine, aux soins d'hygiène, au lavage et aux productions végétales ou animales réservées à la consommation familiale de ces personnes ». Les autres prélèvements, professionnels ou à usage non domestique inférieurs à 40 m3/jour (1,66 m3/heure) sont assimilés à des prélèvements domestiques.



L'eau souterraine en Bretagne :

On pourra préalablement ou au cours de la lecture de ce chapitre rechercher des précisions sur les termes employés ou les concepts de l'hydrogéologie, soit sur les pages de ce site (Hydrogéologie), soit sur d'autres pages pour lesquelles des liens ont été proposés.

La Bretagne (et plus largement le massif armoricain) est essentiellement constituée de roches plutoniques plus ou moins compactes ou fracturées (granites, pegmatites, mylonites, etc.), de roches métamorphiques (gneiss et micaschistes) et de roches sédimentaires qui sont soit des schistes et des ardoises, soit des grès.

Toutes ces roches ont en commun d'être imperméables en petit et jamais très perméables en grand, sauf dans quelques cas particuliers d'intense fracturation (mylonites). Elles privilégient donc le plus souvent le ruissellement à l'infiltration.

Lorsque la couche de roches altérées (arènes) ou de dépôts alluvionnaires ou colluvionnaires est importante, l'illusion d'une infiltration peut être perçue.

Mais, cette infiltration donne des nappes assez superficielles, fragiles, sensibles aux pollutions et vulnérables, dont les réserves, vite épuisées, ne dépendent que des précipitations plutôt récentes. Ce sont le type même des nappes sensibles aux recharges météoritiques hivernales, lesquelles sont cruellement déficitaires depuis plusieurs années.

Pendant des siècles probablement, une des particularités de la Bretagne, à l'instar d'autres régions françaises géologiquement proches, était son habitat dispersé.

Une explication pour cette dispersion pourrait être que, faute de moyens pour aller chercher de l'eau souterraine profondément (et où l'on pensait qu'il n'y en avait pas), les Bretons se contentaient de puits peu profonds dans ces nappes peu productives, à peine capables d'abreuver deux ou trois vaches et satisfaire aux besoins d'une famille nombreuse comme c'était souvent le cas. Et puisqu'on ne peut pas creuser des puits les uns sur les autres, qu'il faut les éloigner à cause des rabattements de nappes qu'ils provoquent, la dispersion des puits a pu induire la dispersion de l'habitat.

Depuis une quarantaine d'années, divers forages profonds ont montré que la Bretagne possédait aussi des nappes profondes et pas seulement dans des roches concassées comme les mylonites. Par exemple, c'est tout à fait incidemment, au cours d'un forage réalisé pour une étude d'impact de l'ouverture d'un cimetière sur la commune de Plœmeur (56) que l'on découvrit une nappe profonde qui approvisionne maintenant cette commune en lieu et place des eaux superficielles d'un étang utilisé jusqu'alors.

Les " aquifères " dans le granit


La vulnérabilité des nappes :

En Bretagne, ce n'est plus un secret pour personne, non seulement les eaux superficielles sont polluées par les nitrates, les phosphates ou les pesticides, mais les nappes le sont aussi, au point d'ailleurs qu'en certains endroits, cette ressource ne peut même plus servir pour la potabilisation.

On m'objectera que ce sont des nappes superficielles qui sont ainsi gravement polluées et que compte tenu de leurs spécificités, aussitôt que l'on diminuera la quantité de nitrates déversée, ces nappes retrouveront des qualités ! Et l'on ajoutera que les nappes profondes ne sont pas polluées… en oubliant d'ajouter : pour les nitrates seulement et apparemment…

Il est vrai que lorsque les eaux chargées en nitrates s'enfoncent dans le sol, l'oxygène qu'elles contiennent au départ est plus ou moins rapidement consommés par les organismes décomposeurs présents dans les sols. À quelques mètres de profondeur, les conditions sont asphyxiques. S'il reste des bactéries, ce sont des bactéries anaérobies dont la source d'oxygène pourra être de respirer celui des nitrates. C'est d'ailleurs ce phénomène qui est mis en pratique dans les stations d'épuration qui pratiquent la dénitratation. Rien d'étonnant dès lors que les nappes profondes soient débarrassées des nitrates.

Toutefois, on peut se poser la question : pendant combien de temps encore ? En effet, la respiration des nitrates s'accompagne du métabolisme réductionnel de produits soufrés. En Bretagne, c'est principalement la pyrite de fer (FeS) qui est utilisée par ces bactéries chimiolithotrophes dont l'activité libère le fer dont il faut ensuite débarrasser les eaux pour les rendre consommables ! Tant qu'il y aura de la pyrite disponible, les nitrates seront éliminés. Mais cette ressource n'est ni inépuisable et surtout n'est pas très abondante, au moins dans l'état actuel des roches. La pyrite utilisée est celle qui affleure dans les anfractuosités de la roche. Mais la pyrite profonde, en quelque sorte constitutive des roches, reste indisponible, du moins tant que la roche n'est pas à nouveau fracturée. L'homme aura alors sans doute disparu !

On notera qu'en Bretagne des forages pourtant déjà assez profonds, près de 120 mètres et effectués en 1990, à Plouec-sur-Lié contenaient déjà de 20 à 25 mg de NO3 par litre !

Et quid des pesticides ? Jusqu'à preuve du contraire tous ceux qui les ont respirés en sont morts…

La multiplication des forages multiplie aussi les risques pour les nappes :

(extrait de La qualité de l'eau et de l'assainissement en France / Gérard Miquel :
http://www.senat.fr/rap/l02-215-1/l02-215-1.html)

1 - Les risques qualitatifs

Ce relatif désordre, où chacun " creuse son trou " sans rendre compte à quiconque, serait sans gravité, sinon sans conséquence, si les travaux étaient réalisés avec soin, et si seules la morale et la loi étaient bafouées. Ce n'est, hélas, pas le cas. Le non respect de la règle de droit s'accompagne de dommages écologiques et de risques de pollution.

Des forages mal conçus, mal réalisés, mal entretenus, mal fermés conduisent à plusieurs types de risques de pollution.

a) Les risques de contamination pendant l'exploitation

Le premier risque est celui de la contamination d'une nappe par une autre. Le forage, sur plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de mètres, traverse plusieurs couches de sols, tantôt perméables, tantôt imperméables (argiles, marnes), avant d'arriver à la nappe à capter.

En règle générale, la pollution est liée à la profondeur de la nappe. Ainsi, avant d'arriver à la nappe à capter, par hypothèse non polluée, le forage peut traverser d'autres nappes moins profondes qui, elles, peuvent être polluées. Ces deux nappes sont au départ superposées, donc indépendantes, mais le forage fait communiquer les eaux dégradées et la nappe profonde.

La communication sous forme d'infiltration de polluants, de la nappe supérieure vers la nappe inférieure, se fait par deux biais. Lorsque le forage est mal réalisé, le défaut d'étanchéité entre la cavité creusée dans le sol et le tubage génère un drain vertical et un écoulement continu. C'est le cas des anciens captages. À l'époque où les nappes étaient de bonne qualité, les forages étaient réalisés sans cimentation. L'écoulement peut aussi provenir de la canalisation elle-même, lorsque le forage a été mal conçu ou mal entretenu, entraînant la corrosion ou la perforation du tubage, la dislocation des joints... Une pratique assez courante consiste à prolonger les forages anciens.

Les premiers puits permettaient de capter l'eau des nappes peu profondes, mais lorsque les puits sont approfondis par perforation, l'eau pompée correspond à un mélange des différentes sources et la pollution de la nappe superficielle est directement dirigée vers la nappe profonde.

Ces risques sont d'autant plus grands que, contrairement à la plupart des ouvrages de construction, l'ouvrage de captage est totalement invisible et se prête assez facilement aux malfaçons.

Les difficultés de ce type vont vraisemblablement s'amplifier dans les prochaines années sous le double effet de la concurrence des entreprises de forages et du vieillissement des installations. Plus de 600 entreprises de forages travaillent en France. L'expansion de l'activité a généré une offre abondante. La profession n'étant pas réglementée, n'importe qui peut s'improviser foreur et la concurrence est vive, notamment venant de sociétés d'Europe du Sud, qui proposent des forages à très bas prix. Il va sans dire que, dans de nombreux cas, la vigilance aux questions d'environnement est extrêmement réduite, et le forage en question se résume à un puits, à peine gainé, muni d'une pompe. Ces ouvrages, de plus en plus nombreux, entraîneront de graves déconvenues plus tard.

Par ailleurs, selon une estimation du Syndicat des entrepreneurs de puits et forages d'eau, 40 % des forages ont été réalisés il y a plus de 30 ans, ce qui est la durée de vie normale d'un forage, et près de 10 % ont plus de 50 ans. Ainsi, alors même que plusieurs milliers de forages sont réalisés chaque année et qu'un grand nombre de forages sont menacés d'usure, le Syndicat estime que " pas plus de 10 % des forages sont contrôlés régulièrement ". Il s'agit d'un risque inutile auquel il devrait être remédié en prévoyant des contrôles réguliers.

b) Les abandons de forages et les risques de contamination après l'exploitation

Ces risques évoqués sont amplifiés lorsque ces forages cessent d'être exploités. Car il faut bien distinguer les prélèvements d'eau et les forages. Les premiers peuvent cesser, les seconds demeurent... Les abandons de captages tendent à se multiplier en raison de la baisse de la qualité des prélèvements d'eau, aux fermetures imposées...

Les abandons de captage

La France compte un peu plus de 35.500 captages d'eau potable (hors captages privés) dont 95 % exploitent les eaux souterraines. Ces captages, très inégalement répartis (entre quelques unités et plusieurs centaines par département) fournissent 63 % du volume d'eau distribuée en France. Cette situation n'est pas figée. Elle évolue avec les besoins, le rendement et la qualité des prélèvements. Chaque année, plusieurs dizaines de nouveaux captages sont réalisés, plusieurs dizaines de captages sont fermés (on peut estimer le nombre annuel de fermetures à une centaine).

La détérioration de la qualité des eaux prélevées, et dans une moindre mesure, les difficultés, voire l'impossibilité, de protection du captage, sont les principales causes d'abandon. Ce dernier facteur, longtemps secondaire, devrait être déterminant à l'avenir. Le Préfet du Pas-de-Calais a même demandé à 54 maires du département de prendre une délibération de fermeture des captages, dès lors que ces derniers ne pouvaient bénéficier de la protection des captages prévue par le code de la santé publique, soit parce que la ressource était " improtégeable ", soit parce que la qualité des eaux était " déjà (trop) mauvaise " (voir annexe précitée).

Les abandons de captage ont des conséquences importantes. Ils constituent, en premier lieu, un signal d'alerte insuffisamment pris en compte. L'abandon des captages d'eaux souterraines en raison des dépassements des normes de potabilisation est révélateur d'une dégradation sensible d'une ressource que l'on croyait préservée et renouvelable. Pourquoi s'inquiéter d'une fermeture de captage quand l'interconnexion (une eau médiocre est mélangée à une eau de meilleure qualité) permet de contourner la difficulté ? Ou bien encore quand un autre captage de meilleure qualité est aussitôt mis en œuvre ailleurs ? Mais il s'agit de solutions provisoires, car comme l'observe le directeur de l'Agence Artois-Picardie : " le problème, c'est qu'aujourd'hui, il n'y a plus d'ailleurs... "

Les abandons de captage entraînent, en second lieu, un travers méthodologique non négligeable. Le principal réseau d'évaluation de la qualité des eaux est celui des DDASS, qui analysent les eaux prélevées dans les captages destinés à l'alimentation en eau potable. Les captages abandonnés ne sont donc plus suivis, puisqu'ils ne contribuent plus à l'alimentation en eau potable.

Enfin, les abandons de captage ne sont pas réalisés avec suffisamment de précaution et constituent des sources potentielles de pollution des eaux souterraines pour l'avenir. Il faut être pourtant conscient qu'un forage abandonné sans précaution est un tuyau de pollution creusé dans le sol, puisque les défauts d'entretien, d'étanchéité, la corrosion, potentiels pendant l'exploitation, deviennent presque inévitables.

Avec la fréquence accrue des abandons de captage, cette menace devient tout à fait sérieuse, d'autant qu'il n'existe, à ce jour, aucune réglementation relative aux abandons de captage. C'est donc en toute légalité que les maîtres d'ouvrage créent les conditions propices aux pollutions de demain.

Cette situation est évidemment inadmissible. De même qu'il est inacceptable que les services techniques de l'État dans le département et les conseils généraux, répondent aux maires qui les sollicitent à ce sujet que " rien n'est prévu ". La réponse est formellement exacte mais irrecevable compte tenu des enjeux environnementaux.

Un suivi de la qualité des eaux des captages abandonnés peut s'avérer utile. Dans le cas contraire, les fermetures de captages devraient s'accompagner d'une cimentation des parois, et ne pas se contenter d'un simple bouchon de surface, un dispositif notoirement insuffisant pour prévenir les risques de pollution. Ces dispositions, qui figurent d'ailleurs parmi la charte de qualité des puits et forages d'eau, doivent être encouragées.

Les risques liés à la surexploitation

a) Les risques quantitatifs

L'état quantitatif d'une nappe est un solde entre les sorties d'eau en surface - écoulement vers les rivières (soutien du débit d'étiage) et les prélèvements d'origine anthropique (irrigation et alimentation en eau potable) - et la capacité de recharge de la nappe (par infiltration des eaux de pluie et des eaux de rivière). Un équilibre s'instaure lorsque l'écoulement et les prélèvements d'eau n'excèdent pas la recharge naturelle des nappes.

Les risques de surexploitation étaient connus sans être mesurés. Peu d'institutions reconnaissaient publiquement que " les eaux souterraines ne bénéficient pas d'une gestion rationnelle " (Sdage - Adour Garonne - 1996) et que " sur certaines d'entre elles, la pression des prélèvements est déjà forte alors que leur réalimentation est très lente " (tableau de bord du Sdage/Loire Bretagne - 2000). Ces risques sont aujourd'hui mieux appréciés. Toutes les agences ont développé et soutenu des programmes de suivi piézométrique et les résultats sont parfois préoccupants. La nappe carbonifère autour de Lille par exemple baisse en moyenne de 1 mètre par an et aurait perdu 60 mètres depuis le début des mesures en 1950. La directive cadre fait d'ailleurs de l'" état quantitatif " des nappes un élément d'appréciation de leur " état écologique ".

Cet état doit être surveillé là où les risques de prélèvements excessifs sont les plus importants. Tel était le sens de l'article L 211-3 du code de l'environnement faisant référence aux " zones de sauvegarde de la ressource, déclarées d'utilité publique pour l'approvisionnement actuel ou futur de l'eau potable ". Cette appellation a été rarement retenue par les agences de l'eau qui lui ont préféré d'autres concepts (" nappes réservées en priorité à l'alimentation en eau potable" et " nappes intensément exploitées - NIE " en Loire Bretagne, " aquifères patrimoniaux " dans les agences de l'eau Rhône Méditerranée Corse et Adour Garonne, " nappes prioritaires " dans l'Agence de l'eau Seine Normandie...).

Une meilleure coordination entre agences aurait permis d'avoir une vision plus claire et plus globale de la situation française. Mais quel que soit le mot finalement retenu, l'idée et le concept de ressource stratégique doivent être gardés et valorisés. Il est essentiel que toutes les actions des différents acteurs - agences, collectivités locales, État - se coordonnent et se concentrent sur ces ressources stratégiques. Tout n'est pas possible partout, mais sur ces ressources stratégiques, tout doit être tenté pour préserver la qualité et la quantité de la ressource en eau.

… / …

Bon, et tout à fait entre nous, les sénateurs ne manquent pas d'information. Manqueraient-ils de temps pour les consulter ?

En guise de conclusion :

Dans le Morbihan, en 2004, plus d'un tiers des captages d'eaux souterraines contiennent plus de 50 mg de NO3 par litre et près d'un quart d'entre eux sont bactériologiquement dangereux !

À l'instar des irrigants du Bas-Rhin, les irrigants bretons ont foré à tout va, sans aucune précaution et pas davantage de respect pour le bien commun :

" Ce relatif désordre, où chacun " creuse son trou " sans rendre compte à quiconque, serait sans gravité, sinon sans conséquence, si les travaux étaient réalisés avec soin, et si seules la morale et la loi étaient bafouées. Ce n'est, hélas, pas le cas. Le non-respect de la règle de droit s'accompagne de dommages écologiques et de risques de pollution. "
Rapport Miquel 2003 déjà cité /


Finalement, qu'importe, puisque les bretons ont encore les moyens de dépenser 300 millions d'euros par an pour acheter de l'eau en bouteille, de payer autour de 4 € le m3 d'eau à peine potable qu'on leur sert au robinet et dont ils ne veulent même pas pour arroser leurs fleurs quand il faut bien se laver avec et de s'acquitter de la redevance pollution.

Il a souvent été question dans ce chapitre des foreurs irrigants agriculteurs. Ils ont indubitablement une grosse responsabilité dans les problèmes de gestion de la ressource. Mais il ne faudrait pas oublier qu'ils ne sont pas les seuls gros utilisateurs possiblement " peu respectueux " qui pompent l'eau du sous-sol.

Les industriels ne sont pas en reste.

On devrait garder en mémoire aussi que le plus souvent, un industriel bénéficiait déjà de tarifs très préférentiels pour avoir accès à l'eau potable du réseau public et que les agences de bassin leur proposaient des conditions plus avantageuses en matière de redevance pollution que celles qui sont faites au simple quidam quand il découvre sa facture d'eau et d'assainissement.

Pollué payeur : un petit sourire, s'il vous plaît !


Des flambés et des machaons, par dizaines, sur une flaque évaporée...
Cette photo a été prise sur le Causse noir après qu'il eût plu… très peu. L'eau s'est vite infiltrée ou s'est vite évaporée des flaques argileuses qui l'avaient retenue.

Mais là où l'humidité est encore notable, des dizaines de papillons (flambés, machaons, argus, divers satyres, etc.) viennent se désaltérer.





Découvrir l'eau :
http://www.cnrs.fr/cw/dossiers/doseau/decouv/rubrique.html

L'eau souterraine :
http://www.brgm.fr/divers/nappes.htm

La prochaine crise de l'eau :
http://www.infoforhealth.org/pr/prf/fm14/fm14chap1.shtml#top

RESSOURCES : la Terre va-t-elle manquer d'eau douce ?
http://www.cite-sciences.fr/francais/ala_cite/science_actualites/sitesactu/magazine/article.php?id_mag=3&lang=fr&id_article=1263

Comment vaincre la pénurie d'eau :
http://www.idrc.ca/fr/ev-5522-201-1-DO_TOPIC.html

UN ENJEU MÉCONNU DES NÉGOCIATIONS ISRAÉLO-ARABES : Pénurie d’eau au Proche-Orient
http://www.monde-diplomatique.fr/2000/02/CHESNOT/13213.html

L'eau: la vraie raison de l'occupation israélienne :
http://www.paix-en-palestine.org/arti/evrealrai.htm

Des ressources en eau non partagées :
http://www.palestine45.net/non_partage_eau.htm

Une pénurie d'eau endémique :
http://www.jerusalemites.org/articles/french/28.htm

Quand la pénurie d'eau potable menace l'amitié entre les peuples :
http://www.mrap.asso.fr/differences/differences2005/differences254/dossier013






[ Corrélats : Gestion de l'eau / Ressources en eau / Ressources naturelles / Usages de l'eau / Réchauffement climatique / Risques naturels majeurs / Catastrophe écologique / ...]

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