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Régulation
Régulation


Les plans de chasse, qui sont un moindre mal, ne
remplaceront jamais, en matière de régulation,
le tir sélectif pratiqué par un garde professionnel.
Depuis quelques années, sans doute pour justifier la pratique de leur « sport », surtout auprès de partisans du droit de non-chasse, les chasseurs se sont réveillés écologistes et se sont autoproclamés comme seuls capables d’intervenir dans les processus de régulation de la faune sauvage.

Arguant de la disparition des prédateurs (disparition dont ils sont, d’ailleurs, les seuls responsables), ils prétendent les remplacer, de préférence toute l’année, au mépris des règles les plus élémentaires d’une cynégétique rationnelle.

Remarquablement, ils pèsent de tout le poids de leurs lobbies pour s’opposer à la réintroduction des grands prédateurs (loups, lynx, ours) et pour obtenir de la ministre de l’écologie qu’elle reclasse parmi les « nuisibles » à éradiquer, des mustélidés, pourtant déjà bien menacés. Ce à quoi, elle répondit rapidement et favorablement, malgré les avis contraires de la communauté scientifique et des spécialistes de l'ONC.

(« Ce qui surprend toujours chez un con, c’est quand il fait une pause ! ». Dominique Chaussois, Le moustachu, avec Rochefort, Brialy, Trintignant… 1987).



Pourtant, il est notoire que si le petit gibier a disparu, c’est avant tout du fait des pratiques de l’agriculture productiviste. Tout autant qu’il est évident qu’on ne reconstituera pas leurs populations en introduisant des animaux d’élevage, pas toujours très sains et surtout mal préparés pour affronter la vie sauvage ou les chiens et les chats errants dont on oublie qu’ils peuvent être aussi des prédateurs redoutables, d’autant plus que si le gibier disparaît, ils sauront bien venir réclamer leur soupe !

Personne ne peut nier que tout prédateur est d’abord un opportuniste et qu’il est dans l’ordre des choses que si l’occasion se présente, un renard, une belette, un blaireau, une buse pourra prélever* des individus dans les espèces « gibier ». De là à prétendre qu’ils en font une consommation exclusive et exagérée, c’est totalement imbécile. Pour la raison simple que si les prédateurs devaient à la fois être trop spécialisés et sur consommateurs, il y a bien longtemps qu’ils auraient disparu faute de proie. En réalité, nous sommes typiquement dans le cadre du concept d’exclusion des niches. Le chasseur, en s’appropriant le gibier et en s’arrogeant le droit d’être le seul à pouvoir le consommer, tente d’exclure de sa niche tous les prédateurs, vrais ou supposés, qui auraient cette même spécialisation.

D’ailleurs, bien des formes de chasses ne sont qu’affaire d’opportunité. La plupart des chasseurs tirent le gibier qui passe à une portée raisonnable (ils le devraient). Je doute fort qu’une battue au chevreuil puisse jamais être sélective, surtout quand elle a lieu à une époque où les brocards ont perdu leurs bois… Et j’ajouterai quand bien même ils les auraient encore… Quand un chevreuil traverse une laie forestière, totalement affolé par les cris des rabatteurs et les aboiements des chiens qui le pressent, il ne laisse guère de temps pour présenter la roze de poils érectiles qu’il a sur les fesses et qui, en théorie, permet de distinguer les chèvres des mâles. Si le tireur prend la seconde qui lui faudrait pour parfaitement identifier sa cible, elle aura disparu. Le pourrait-il seulement, s’il baigne dans l’adrénaline, que l’émotion prédatrice lui fait secréter ?

Il existe des chasses plus sélectives. L’une d’entre elles est la chasse à l’affût depuis un mirador duquel on peut observer, toute l’année si l’on veut, les animaux qui vaquent à leurs occupations. Lorsque la saison de la chasse arrive ou à d’autres moments, principalement pour des raisons régulatrices, il est possible de tirer spécifiquement des animaux dûment répertoriés : mâles surnuméraires ou mal coiffés, femelles bréhaignes, etc.

N’en déplaise à beaucoup d’âmes sensibles, la chasse à courre a été (est encore ?) ou peut être une chasse très sélective. L’animal chassé peut être soigneusement choisi quand on connaît sa remise. Si l’animal choisi se dérobe ou s’il lance les chiens sur un congénère, la chasse peut être différée ou arrêtée. D’ailleurs, cette chasse peut toujours être arrêtée tant que l’animal n’est pas servi d’un coup de dague ou d’une balle de carabine (techniquement, on peut toujours arrêter les chiens, même si ça ne leur plaît pas). D’aucuns la trouvent cruelle. L’est-elle davantage que lorsque les loups forçaient la bête jusqu’à son dernier souffle avant de la dévorer vive ? Il est simplement dommage que bien des équipages semblent avoir oublié tous les mérites régulateurs que cette chasse possédait.

[* Je doute que l'on classe jamais le pic noir parmi les prédateurs, pourtant j'ai eu l'occasion de le voir piller des nids à terre ou dans les arbres...]




Certaines espèces, depuis qu’elles sont protégées, c’est-à-dire depuis qu’elles ne sont plus autorisées au tir des chasseurs, ont vu leurs effectifs croître remarquablement. Cela prouve qu’un certain nombre de niches écologiques étaient très sous-exploitées, faute d’un effectif insuffisant des populations spécialisées.

Cela prouve aussi le mal fondé des affirmations des chasseurs quand ils prétendent assurer le rôle de régulateurs de la faune sauvage. Qui d’ailleurs pourrait bien prétendre en être capable ?

La régulation du nombre, dans chacune des niches, d’individus nécessaires au bon fonctionnement d’un écosystème procède d’une complexité d’interrelations matérielles et énergétiques et de stratégies comportementales et démographiques dont je doute que personne n’en pourra jamais maîtriser tous les paramètres.

Ce n’est certainement pas en rabâchant à l’envi des idées reçues, des assertions non démontrées ou des observations douteuses sur les mœurs ou les effectifs de bien des espèces dont ils ne souhaitent que la mise à mort, que les chasseurs seront crédibles.

Et que dire de nos responsables politiques ? Il y a quelques années, j’avais écrit, dans un document mis à la disposition de mes étudiants : « Allant à l’encontre d’une directive européenne visant à limiter la chasse de printemps, le gouvernement de M. Jospin a cédé au lobby des chasseurs et autorisé l’ouverture jusqu’en mars. Véritable aberration ! La chasse au moment où les oiseaux entament leur migration prénuptiale, montre, s’il en était encore besoin, l’incurie et l’ignorance profonde dans laquelle se complaisent les chasseurs français. Car nous savons bien qu’un certain nombre d’espèces pourraient se reproduire sur notre territoire si on ne les pourchassait pas à cette époque… »

Quelques temps plus tard, cette disposition était invalidée par le conseil d’État. Jusqu’à ce que Mme Bachelot en remette une couche et, contrairement à ce que l’UMP prétend, fasse la même politique que les socialistes (à moins que ce ne soit vice versa), y compris en matière de chasse et re-autorise la chasse de printemps.

Décidément, ce n’était pas l’heure de la pause !




Où quand un chasseur admet qu'en matière de régulation... Bof !
http://users.swing.be/nh/rubriques/ncerf.htm

Cybernétique : la science des relations dynamiques :
http://www.lecerveau.mcgill.ca/flash/capsules/outil_bleu06.htm

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Son pesant de plombs de chasse /
Tir de la tourterelle au printemps :
http://assoc.wanadoo.fr/ancer/pages/tourter.html






[Corrélats : Bécasse / Cormorans / Hérons / Ours / ...]

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