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Les ressources en eau
Les ressources en eau


Sommaire de la page (Articles, Dossiers, Études...) : Les principaux réservoirs d'eau à la surface de la Terre / L'eau dans l'atmosphère / L'eau dans les océans / L'eau dans les glaciers et les calottes polaires / Les eaux continentales / Un cas, parmi tant d'autres / La question de l'eau en Palestine-Israël / Proche-Orient : la déchirure /

Le Jourdain : attention eaux politiques ! /
Ressources en eau en France /
L’eau en Bretagne - bilan 2008 /
Quand l’or blanc du Nil fait envie à Israël aussi. / Le Tigre et l’Euphrate de la discorde /
Le Nil, l’Égypte et les autres /
La nouvelle économie des ressources et les marchés de l'eau : une perspective idéologique ? /
L'eau dans l'agriculture, en route vers une catastrophe mondiale ? /
La Directive Cadre sur l'eau - Volet littoral en Loire-Bretagne /
Ressources en eau : 40 ans de mesures confirment l'aggravation des pressions /
Ressources en eau : les tensions nécessiteront des arbitrages… au détriment de l'agriculture ? /


Sites Internet et articles / Corrélats /

Avec un débit de plus de 300 000 m3/s, l'Amazone
seule pourrait largement satisfaire aux besoins en eau
douce de tous les hommes sur notre planète
La question de la ressource en eau est principalement celle de l'eau douce et de son utilisation pour l'homme.

C'est moins la quantité d'eau douce sur Terre qui pose problème que sa disponibilité très inégale selon la répartition de ses approvisionnements et de ses modes de stockage à la surface du globe.


Les principaux réservoirs d'eau à la surface de la Terre :

Réservoirs
Volume
en péta m3
Pourcentage
Temps de transit
Disponibilité
Océans
1350
97
2500 ans
Nulle, eau salée
Glaciers
33
2.4
1000 à 10 000 ans
Nulle, glace
Eaux souterraines
8
0.6
1500 ans
Plus ou moins, toujours davantage menacée
Pas de renouvellement à l'échelle du temps humain
Lacs
0.1
0.01
20 ans
Forte, mais pollutions accrues
Eau dans le sol
0.07
< 0.01
1 an
Quasi nulle, sauf pour les plantes
Eau atmosphérique
0.013
0.001
8 jours
Nulle, sauf précipitations
Rivières
0.0017
0.0001
5 à 21 jours
Importante, sauf pollutions et turbidité
Eau dans les êtres vivants
0.001
0.00011
2 heures
Nulle
Total
1391
100
.
.





L'eau dans l'atmosphère :

L'eau dans l'atmosphère représente moins de 1/100 000e de l'eau sur la planète, mais cette faible fraction est pourtant fondamentale pour le cycle de l'eau puisqu'elle est à l'origine des précipitations dont l'abondance, parfois, peut interpeller au regard de cette faible quantité précédemment signalée de vapeur d'eau.

L'eau dans l'atmosphère existe sous ses trois états : solide (glace, neige, grêle, grésil, givre) ; liquide* (nuages de pluie et gazeux) et gazeux.La teneur en vapeur d'eau ou hygrométrie dépend de la température de l'air, laquelle dépend grossièrement de l'altitude et de la latitude. La pression partielle de vapeur d'eau dans l'air froid est de l'ordre de 1 hPa (pôles, haute altitude : 1g/m3) et peut atteindre 40 hPa près du sol dans les régions intertropicales (30 g/m3). Autrement dit, l'air froid ne produit jamais de pluies abondantes. Pour les mêmes raisons, la quasi-totalité de la vapeur d'eau atmosphérique est contenue dans les premiers 6 000 mètres d'altitude dont plus de la moitié sous 1500 mètres d'altitude. Cela explique aussi pourquoi l'air océanique, plutôt tiède, voire chaud, est davantage porteur d'eau, surtout en été, que les airs continentaux.

[* Rappelons que la vapeur d'eau se condense à la température dite du point de rosée.]

L'eau dans les océans :

Les océans occupent 75 % de la surface de la Terre (53 % de l'hémisphère nord et 89 % de l'hémisphère sud). Leur volume (1350 péta m3) représente plus de 97 % du volume total de l'eau sur la Terre.

Pourtant toute cette eau salée est quasi inutilisable pour l'homme, sauf dessalement. Actuellement, il existe de par le monde des dizaines de milliers d'usines de dessalement de l'eau de mer, localisées plus particulièrement au Proche-Orient.

Mais c'est à partir de l'océan qu'est évaporée 85 % de la vapeur d'eau atmosphérique (400 téra m3 ; les 15 % restants, soient 70 téra m3 viennent de l'évapotranspiration). 70 % de cette vapeur d'eau précipite, soit 370 téra m3.

L'eau dans les glaciers et les calottes polaires :

Les calottes polaires constituent les plus grandes réserves d'eau douce de la planète. Mais celle-ci sont tout à fait inutilisables.

La répartition des glaces à la surface de la Terre :

Type de glace
Localisation
Surface recouverte
en téra m2
Volume
en péta m3
Glace continentale Antarctique
Groenland
Glaciers
Neige
14
1.8
0.5
1 (été) à 47 (hiver)
30
3
0.2
< 0.001
Glace marine Océan glacial antarctique
Océan glacial arctique
4 (été) à 20 (hiver)
8 (été) à 15 (hiver)
0.005 à 0.03
0.02 à 0.05


À la lecture du tableau ci-dessus, on peut remarquer qu'en hiver, dans l'hémisphère Nord, la neige et la banquise occupent de formidables surfaces (plus de la moitié des continents euro-asiatique et nord-américain est recouverte de neige). Le volume d'eau de ces glaces et de la neige est relativement insignifiant. Pourtant cette couverture hivernale joue un grand rôle sur les climats, surtout à cause de l'albédo des sols qu'elle induit. Pendant la période hivernale, l'énergie solaire réfléchie n'est plus stockée dans les couches superficielles de l'océan et l'évaporation est quasi nulle.

On a peine à prédire quels seront les conséquences réelles du réchauffement de la planète. Depuis cent ans, le niveau des mers* a augmenté d'une quinzaine de centimètres (un peu moins de deux millimètres par an). Il est difficile d'attribuer cette augmentation de niveau au seul recul indubitable des calottes polaires, surtout arctique, ou de l'inlandsis groenlandais, puisque le réchauffement entraîne aussi une dilatation de la masse d'eau océanique.

[* On n'oubliera pas qu'il y a moins de 10 000 ans, c'est-à-dire vers la fin de la dernière glaciation, le niveau des mers était 120 à 150 mètres plus bas que maintenant.]

Les eaux continentales : Les eaux continentales de surface (eau des rivières, des étangs et des lacs) et les eaux souterraines (sources, puits) constituent l'essentiel des ressources en eau douce facilement disponibles pour l'homme.

Ce sont les réservoirs souterrains qui assurent un débit permanent aux cours d'eau. En effet, sans aquifères, l'écoulement dans les cours d'eau n'existerait que pendant une période courte au moment et après les précipitations.

Mais si ces ressources sont faciles à utiliser, encore faut-il qu'elles existent, et quand elles existent, qu'on les ménage. Or ce qui frappe, c'est la disparité de répartition de cette ressource selon les régions du globe. Bien des populations ne disposent, ni d'une eau suffisante, ni d'une eau de bonne qualité. 10 % des pays disposent de 60 % des ressources en eau douce disponibles. Pire, partout, et plus encore quand la ressource est abondante, l'eau est gaspillée et / ou gravement polluée.

Un cas, parmi tant d'autres :

Le volume d'eau disponible par habitant au Proche-Orient était de 3300 m3 par an en 1960. Il était de 1250 m3 par an et par habitant en 1996. Ce volume pourrait n'être que de 650 m3 par an et par habitant en 2025.

En Cisjordanie et à Gaza, ce volume disponible n'excède pas 180 m3 par an et par habitant ! La surexploitation des nappes à Gaza a entraîné des infiltrations d'eau de mer et bien des habitants qui ont bu cette eau ont contracté des maladies (hépatites) jusqu'alors inconnues ou rares dans cette région.

Pour information :

Pays
Consommation domestique
en m3 / an / hab
Consommation
agricoles et industrielles
en m3 / an / hab
Part de prélèvement
sur les ressources
renouvelables
Disponibilité
en 1955
Disponibilité
en 1990
Disponibilité
en 2025
France
125
654
24 %
4 260
3 262
3 044
États-Unis
244
1624
19 %
14 934
9 913
7 695
Israël
66
344
86 %
1229
461
264





Quelques articles sur ce sujet :

La question de l'eau en Palestine-Israël

Article publié le jeudi 7 août 2003

Association France Palestine Solidarité
afps@france-palestine.org

Dès le début du 20e siècle, la question de l'eau se pose de manière cruciale dans cette région du monde.

Au lendemain de la déclaration Balfour du 2 novembre 1917 qui promet aux juifs l'établissement d'un foyer national juif en Palestine, le président de l'organisation Sioniste Mondiale, Chaïm Weizmann, écrit une lettre au Premier ministre britannique, en 1919, lui demandant d'étendre la frontière nord de la Palestine de manière à englober toutes les sources d'eau, prenant ainsi en compte, au-delà des considérations religieuses ou historiques, les considérations hydrauliques. " Tout l'avenir économique de la Palestine dépend de son approvisionnement en eau pour l'irrigation et pour la production d'électricité ; et l'alimentation en eau doit essentiellement provenir des pentes du Mont Hermon, des sources du Jourdain et du fleuve Litani (au Liban) ? Nous considérons qu'il est essentiel que la frontière nord de la Palestine englobe la vallée du Litani sur une distance de près de 25 miles (40,2 km environ) en amont du coude, ainsi que les flancs ouest et sud du Mont Hermon ? " Les frontières proposées englobent non seulement tout Israël, mais aussi Gaza, la Cisjordanie, les hauteurs du Golan, des portions du Liban, de la Syrie et de la Jordanie.

C'est aussi dans ce contexte qu'un hydrologue grand précurseur du développement hydraulique des États-Unis, Elwood Mead sera invité par les sionistes à venir en Palestine, ce qu'il fera en 1923 et en 1927. Lors de ses deux voyages il ne visitera que des colonies juives et fera une sorte d'état des lieux de la situation de l'eau et des projets futurs à prévoir par les sionistes. Il fait notamment une critique pertinente sur la manière dont les juifs venus d'Europe utilisent l'eau en ne tenant pas vraiment compte des réalités du terrain, mais se gardera de les rendre publiques. En fait, il sera assez visionnaire puisqu'une des raisons des manques d'eau aujourd'hui en Israël tient à la manière de consommer celle-ci. Elwood Mead donnera des indications notamment pour irriguer le Néguev, aride, en prélevant de l'eau du Jourdain pour alimenter cette partie de la Palestine.

Ces propositions de travaux seront confirmées par le Plan Hayes, du nom d'un ingénieur américain qui préconisera " l'irrigation des terres de la vallée du Jourdain, la dérivation des eaux du Jourdain et du Yarmouk pour la création d'énergie hydroélectrique, le détournement des eaux du nord de la Palestine vers le désert du Néguev au sud et l'utilisation de l'eau du Litani au Liban. " En fait, on sait aujourd'hui par les recherches effectuées par les Nouveaux Historiens israéliens, que l'acceptation du plan de partage n'était qu'une première étape, mais que les sionistes comptaient aller au-delà notamment pour s'accaparer les ressources en eau mais aussi les terres les plus riches.

Dès 1953 Israël va mettre en application notamment les directives du plan Hayes et commencer à détourner l'eau du Jourdain, ce qui sera critiqué par les Nations Unies suite à des plaintes notamment de la Syrie. Car pour les Jordaniens et les Syriens les conséquences sont aussi importantes pour leur pays et leur utilisation. C'est ainsi que le président des États-Unis Eisenhower décide d'envoyer un envoyé spécial Eric Johnston pour proposer un plan de répartition des ressources hydrauliques. Les négociations vont avoir lieu en 1954 et 1955, jusqu'en octobre 1955 date de son dernier voyage, et où il fait une proposition finale, qui sera en réalité la plus favorable à Israël, sa part augmentant et celle de la Jordanie diminuant. Les États arabes et Israël vont formellement accepter ce plan mais le rejetteront politiquement. En réalité il y avait aussi un problème car il ne tenait pas compte des ressources des nappes souterraines.

Israël va donc poursuivre ses projets dont la première phase sera achevée en 1964, ce qui poussera les États arabes à adopter un plan de construction de deux réservoirs artificiels sur le Yarmouk, principal affluent du Jourdain, ainsi que le détournement de la rivière Banias vers la Syrie et la Jordanie. Israël va accuser les États arabes de l'agresser et ne cessera de bombarder les travaux tout au long de cette période jusqu'en 1967.

La Guerre des Six Jours, qui eut lieu du 5 au 10 Juin 1967, fut en réalité la guerre pour l'eau. Cette guerre va permettre à Israël d'étendre son emprise territoriale et d'achever la mise en œuvre de ses plans hydrauliques. Elle accapare le désert du Sinaï, non pour les ressources mais pour forcer l'Egypte à la laisser passer par le Canal de Suez, ce qui donnera lieu à l'accord de paix dit les accords de Camp David et qui permettront en 1982 à Israël de rendre le Sinaï.

Israël occupe toute la Cisjordanie, Gaza et les hauteurs du Golan, lui donnant accès ainsi par son occupation aux ressources en eau. En 1978 elle occupera le sud Liban pour achever en quelque sorte cet approvisionnement, avec notamment l'usage et le détournement d'une partie du fleuve Litani par un système de pompage, sud Liban qu'elle ne libérera qu'en 2000, suite à une résistance acharnée du Hezbollah installé dans cette région. La Guerre des Six Jours sera suivie d'une politique de colonisation c'est-à-dire d'implantations de juifs dans ces territoires conquis par la force, cette colonisation permettant de contrôler directement sur le terrain le niveau d'utilisation de l'eau par les populations locales (en effet dès cette date Israël impose des interdictions notamment pour l'agriculture, le forage de puits etc.), mais également de développer la politique du fait accompli, c'est-à-dire faire en sorte que rendre ces territoires devienne impossible par la présence de villes entières juives. Le Golan sera même illégalement annexé et la majorité de sa population expulsée afin de diminuer la consommation locale (100 000 personnes), et va permettre à Israël de contrôler en amont du Jourdain les ressources hydrauliques vitales.

Le contrôle du bassin du Jourdain est important car le Jourdain possède des eaux de surface et des eaux souterraines. Le Jourdain prend sa source sur les pentes du Mont Hermon, les eaux des trois principales rivières qui alimentent le haut Jourdain se réunissant dans le lac Huleh : il y a la Rivière Dan, plus large affluent du Jourdain, dont le débit s'élève à 245 millions de mètres cubes par an, soit environ 50% du débit du haut Jourdain. Ensuite il y a le Hasbani qui a un débit de 138 millions de mètres cubes par an. Ces eaux traversent 50 km avant d'entrer en territoire israélien. Enfin le Banias, qui a un débit de 121 millions de mètres cubes par an. Mais le débit total du Jourdain varie de 1200 à 1800 millions de mètres cubes par an, soit 2% du débit annuel du Nil soit très peu.

Les eaux souterraines ont été surexploitées. Depuis l'occupation en Cisjordanie et à Gaza, 70 à 80% des villes et villages palestiniens ne reçoivent que quelques heures d'eau par semaine, obligeant la population à faire des réserves dans des bidons soit dans des conditions d'hygiène hasardeuses. Tandis que les postes militaires israéliens et les colonies sont alimentées 24 heures sur 24. Ces populations vivent comme si elles étaient dans un pays européen, alors que la population palestinienne a toujours géré son eau en connaissant l'aridité de la région. De plus le développement agricole israélien se fait aussi en contradiction avec les ressources en eau disponibles. Les Palestiniens n'ont pas le droit de forer des puits, alors que les colons le peuvent et sur de grandes profondeurs (300 à 500 mètres).

Dans la bande de Gaza la situation est encore plus catastrophique puisque les nappes phréatiques sont pompées pour alimenter les colonies (soit 6000 habitants) ce qui laisse 1 200 000 h. avec de l'eau devenue saumâtre par l'arrivée de l'eau de mer dans les nappes phréatiques. De nouvelles maladies font leur apparition notamment des cas de plus en plus fréquents chez les Palestiniens d'hépatites, ce qui n'était pas le cas auparavant.

Au niveau international les normes n'avaient jamais vraiment été établies pour trouver des solutions aux conflits relatifs à l'utilisation de l'eau. Mais de 1992 à mai 1997 différentes commissions ont travaillé sur des mesures à prendre et cela a donné l'adoption par les Nations Unies le 14 mai 1997 d'une " Convention sur le droit relatif aux utilisations des cours d'eau à des fins autres que la navigation " A/51/869. Cette convention reconnaît la nécessité de procéder à des ajustements qui permettent de préserver l'égalité des droits de tous les états riverains, et à ne pas causer de dommages significatifs sur les ressources naturelles. C'est dans ce cadre juridique naissant, et à la faveur des accords survenus au lendemain de la signature des accords de paix dits accords d'Oslo et signés en 1993, que de nombreuses réunions vont avoir lieu entre Israël et ses voisins.

Le 26 octobre 1994 Israël et la Jordanie signent un traité de paix qui comporte un volet sur l'utilisation de l'eau et leur partage. Mais, malgré le fait que la Jordanie a dans un premier temps pensé avoir fait valoir ses droits, il s'avère qu'elle a été désavantagée, et notamment elle est contrainte de prélever ses ressources sur le Yarmouk en été et Israël en hiver. Or l'été, en raison du réchauffement et du manque de pluies ces dernières années, elle a été dans l'obligation d'acheter de l'eau à Israël jusqu'en l'an 2000 où une crise est apparue car Israël lui a vendu pour de l'eau potable de l'eau impropre à la consommation, ce qui a impliqué une épidémie de maladies. Mais cela a été vu comme une étape dans un processus de paix qui devait devenir plus global. En ce qui concerne les discussions entre Israéliens et Palestiniens, en vertu des accords d'Oslo cette question était renvoyée à d'autres négociations qui n'aboutiront pas en raison de l'échec du processus de paix et donc de l'arrivée de la deuxième Intifada en septembre 2000. Le développement des colonies est à lui seul contraire à toute solution négociée (les colons consomment sept fois plus d'eau que les Palestiniens) car ce développement implique une croissance du nombre de colons et donc de leurs besoins en eau en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Israël se trouve elle aussi dans une période difficile pour l'eau, puisque sa consommation grandissante et à l'européenne la pousse à puiser de plus en plus dans les nappes phréatiques et par conséquent à mettre en péril ses propres ressources, ce qui la pousse encore plus à ne pas vouloir conclure d'accord dans le cadre international de la Convention de 1997, qui l'obligerait à prendre des mesures, y compris d'éducation, quant à la manière dont les Israéliens utilisent ces ressources en eau. Elle doit notamment lutter contre le gaspillage, mais aussi réorienter ses besoins, car elle emploie déjà 70% de son eau à l'agriculture, pour le développement d'une agriculture d'exportation qui a laissé de côté l'agriculture traditionnelle qui existait avant son existence. L'utilisation de l'eau est, d'après les derniers chiffres relevés par les associations hydrauliques, de 260 mètres cubes par an pour les Palestiniens, et de 1760 mètres cubes par an pour les Israéliens. En Palestine l'usage est de 80m3 par personne par an, soit trois fois moins que pour les Israéliens. En ce qui concerne les négociations entre la Syrie et Israël, elles ont bien eu lieu et les Syriens étaient prêts à céder une grande partie du Golan sous réserve qu'ils aient un accès sécurisé à l'eau, mais malgré les progrès auxquels étaient arrivés les négociateurs des deux côtés, Ehud Barak a tout annulé du jour au lendemain, reportant la réussite d'un accord juste et définitif aux calendes grecques.

Depuis la deuxième Intifada, la situation s'est encore dégradée puisque l'armée israélienne et les colons attaquent de manière presque systématique les puits, empêchent les Palestiniens d'accéder à l'eau et à terme essaient de les pousser à partir. De ce fait le coût de l'achat de tanks d'eau a considérablement augmenté passant de 2,5 $ par mètre cube à 7,5 $. Les hélicoptères israéliens bombardent les tanks sur les toits des maisons ainsi que les puits importants comme ce fut le cas cette année à Rafah, dans la bande de Gaza.

Comme vous le voyez, le cas de cette région du monde est un symbole fort pour le monde entier puisque la question de l'eau est un des enjeux majeurs pour le siècle à venir. Dans le cas de Palestine/Israël toute négociation de paix est tributaire de l'établissement d'un accord juste et équitable, conforme à la Convention du 14 mai 1997 et ce ne peut être que dans un cadre global (avec la Syrie, le Liban et la Jordanie) que la paix pourra se construire entre Israéliens et Palestiniens. Les derniers évènements nous poussent au pessimisme, tant les destructions opérées par l'armée israélienne risquent de rendre toute solution tardive et coûteuse. En effet, toutes les infrastructures administratives de l'État palestinien naissant, financées par la Communauté européenne principalement, ont été détruites et pour le moment Israël, soutenu par les États-Unis, refuse d'en endosser le prix à payer soit des milliards d'euros.


Sources :

L'eau du Bassin du Jourdain, Maghfour El Hassane, in REP n*18, hiver 1999.

Questions sur les Palestiniens, Jocelyne Grange, Guillemette de Véricourt, Les essentiels Milan, Janvier 2002

. An American in Palestine : Elwood Mead and Zionist water resource planning, 1923-1936, in Arab Studies Quarterly, Winter 2000, Volume 22.

Le pillage de l'eau dans les territoires occupés, Jeffrey D. Dillman, in REP n*35, printemps 1990.

La question de l'eau au Moyen-Orient. Discours et réalités. Monde arabe. Maghreb-Machrek. N*138, octobre-décembre 1992.

Israël/Palestine demain. Atlas prospectif. Philippe Lemarchand et Lamia Radi, Éditions Complexe. 1996.

Sandrine Mansour - Printemps 2003 - Nantes




Le Monde Diplomatique sous le titre : Proche-Orient : la déchirure

I L'eau convoitée

L'eau aussi est source de conflit au Proche-Orient. Avec l'Afrique, la région a été l'une des premières à manquer d'eau dans les années 70. Les maigres réserves existantes (bassins du Tigre - Euphrate, Jourdain, Nil) sont soumises à une forte pression du fait de la croissance démographique, de l'évolution des modes de vie, des progrès de l'industrialisation, d'une préservation défectueuse et d'une distribution inégale entre les pays de la région.

La majeure partie des ressources en eau d'Israël se situe hors de ses frontières d'avant 1967, dans les affluents du Jourdain, sur le plateau du Golan et dans les nappes phréatiques situées totalement ou partiellement en Cisjordanie. En Israël la sécurité hydraulique est classée sécurité défense.

II Situation critique dans les territoires

Dès 1967, l'eau des territoires occupés a été placée sous contrôle militaire et les résidents arabes se sont vus interdire de creuser de nouveaux puits, tandis que les colonies juives en foraient sans restriction.

Selon la Banque mondiale, 90% de l'eau de la Cisjordanie sont utilisés au profit d'Israël, les Palestiniens eux ne disposent que des 10% restants, d'où des écarts de consommation (en m3 cube/an/habitant) :

Israël : 375

Gaza et Cisjordanie : 115

L'appendice 1 à l'annexe 3 de l'accord d'Oslo II du 28 septembre 1995 précise pourtant dans son article 40 qu'" Israël reconnaît les droits des Palestiniens sur l'eau en Cisjordanie. " Mais, trop complexe, la question de l'eau a été reportée aux négociations finales et, en attendant, reste gérée par l'administration israélienne.

Les nappes phréatiques

Israël tire le tiers de sa consommation d'eau potable des trois grandes nappes phréatiques situées partiellement ou totalement en Cisjordanie :

· la première part de la région palestinienne d'Hébron pour s'étendre en Israël jusqu'à la côte méditerranéenne ;

· la seconde s'étend de la ville arabe de Djénine jusqu'à la région israélienne du mont Gilboa ;

· la partie orientale est située dans la vallée du Jourdain, région frontalière de la Jordanie.

Une agriculture menacée

Les ressources en eau des Palestiniens sont d'un niveau parmi les plus faibles de la planète (cf. ci-dessus). Elles sont insuffisantes pour l'agriculture. Si Israël a l'un des pourcentages les plus élevés d'agriculture irriguée (environ 50% de sa surface cultivable), cette agriculture contribue pour moins de 2% à son économie. Le secteur agricole palestinien, lui, représente 15 % du produit national brut palestinien et emploie un cinquième de la population active. Mais seules 6 % des terres arables sont irriguées et l'agriculture puise 70% de l'eau disponible, en en gaspillant beaucoup. C'est pourquoi la Banque mondiale préconise un effort d'économie et une réorientation de l'économie palestinienne vers l'industrie (qui contribue avec le secteur de la construction pour 25 % du PIB en n'utilisant que 13 % des ressources en eau).

À Gaza

La situation la plus critique est celle de Gaza, où le niveau de salinité et un système défectueux d'évacuation des eaux usées rendent l'eau impropre à la consommation. En 1996, un rapport de la Banque mondiale soulignait que la situation de Gaza était " plus inquiétante que n'importe où dans le monde ".

L'impact des colonies

Le rapport de la Fondation américaine pour la paix au Proche-Orient, de juillet-août 1998, fait le point sur l'impact de la colonisation des territoires et de la confiscation de l'eau sur l'agriculture palestinienne.

III Une question régionale

L'eau du Jourdain

Long de 93 km, le Jourdain traverse Israël, la Jordanie, le Liban et la Syrie. Il naît de la confluence de quatre rivières :

· le Yarmouk qui prend sa source en Syrie ;

· le Banias sur le plateau du Golan syrien occupé par Israël ;

· le Hasbani au Sud-Liban occupé par Israël ;

· et le Dan en Israël.

Les quatre rivières se rejoignent à l'intérieur du territoire israélien pour former le haut Jourdain, qui se jette dans le lac de Tibériade, principale réserve en eau d'Israël : il approvisionne le système de canalisations (National Water Carrier), qui arrose le pays jusqu'au désert du Néguev.

Depuis l'occupation du Golan en 1967 et du Liban sud en 1978, Israël est en amont du réseau fluvial du haut Jourdain, la Syrie restant en amont sur la rivière Yarmouk.

Jordaniens et Palestiniens, en aval, sont donc les plus mal lotis, la Jordanie ne disposant d'aucune source importante d'eau et les Palestiniens ne pouvant disposer de leurs ressources gérées par Israël.

L'Euphrate et le Tigre

Ces deux fleuves prennent leur source en Turquie avant de traverser la Syrie et l'Irak. La Turquie a lancé le projet de développement du sud-est anatolien (GAP) visant à réaménager le cours des deux fleuves par la construction d'un réseau de 21 barrages, de canaux et d'une douzaines de centrales électriques sur les deux fleuves. L'achèvement du projet, prévu pour 2010, doit contribuer au développement d'une des régions les plus pauvres de Turquie où se déroule la rébellion kurde.

Mais il entraînera de graves conséquences pour la Syrie et pour l'Irak, dont le débit annuel à leur frontière devrait chuter. Déjà l'achèvement du barrage d'Atatürk, le plus grand d'Asie, sur l'Euphrate et son remplissage en 1990 ont entraîné la retenue des eaux durant un mois et soulevé l'inquiétude de ces deux pays voisins.

Les Turcs, les Syriens et les Irakiens font partie d'un comité technique sur l'eau depuis 1992, mais les négociations sont bloquées. La Syrie reproche à la Turquie de polluer les eaux de l'Euphrate et la Turquie à la Syrie de gaspiller l'eau par des méthodes archaïques d'irrigation.

Le Nil

L'Egypte, face à sa forte croissante démographique et sa pénurie en eau prévisible, porte un intérêt particulier pour les pays qui contrôle les sources du fleuve ou les territoires par lesquels il transite : le Soudan, l'Ouganda et l'Éthiopie.

Des solutions régionales

Le problème de l'eau est qu'elle se déplace sans respecter les frontières.

Qui est le propriétaire ? Comment contrôler les volumes utilisés par chacun ? Comment concilier revendications des pays situés en amont, qui exigent d'utiliser l'eau comme ils l'entendent, au nom du principe de " souveraineté territoriale absolue ", et ceux situés en aval revendiquant " l'intégrité absolue du fleuve " et voulant empêcher les états en amont de modifier le débit ou la qualité des eaux ? Certains sont pour l'instauration d'un marché, d'autres pour le renforcement des règles de partage qui existent dans le droit coutumier international.

La Convention des Nations unies sur le droit relatif aux utilisations des cours d'eau internationaux à des fins autres que la navigation a été adoptée le 21 mai 1997 par 104 voix contre 3 et doit régir le partage international des eaux douces quand elle aura été ratifiée par 35 pays (ce qui devrait prendre plusieurs années…). Ce texte a bouleversé la donne en privilégiant les droits des usagers situés en aval sur ceux situés en amont mais la Turquie a déjà fait savoir son refus de le reconnaître.

Le problème de l'eau ne saurait être réglé isolément. Il doit être inclus dans un schéma global de développement, dans une coopération régionale et une lutte commune contre le gaspillage, notamment agricole.

L'accord du Caire du 4 mai 1994 a abouti à la création d'un directorat palestinien de l'eau dont la seule latitude est de " superviser " les puits situés dans les zones autonomes et de négocier avec Israël la part des ressources hydrauliques qui lui reviennent. Selon l'accord israélo-jordanien du 26 octobre 1994 " les parties s'accordent mutuellement pour reconnaître à chacune d'elles une répartition équitable des eaux du Jourdain et du Yarmouk ainsi que de la nappe phréatique de la Arava… "

L'accord de Taba, dit aussi Oslo II, signé à Washington le 28 septembre 1995, a reporté aux négociations finales la question, négociations qui doivent aboutir à un accord avant le 13 septembre 2 000.


Commentaire personnel : on sait ce qu'il advient des puits palestiniens depuis la construction du mur de "sécurité"... ils passent presque tous du côté israélien... dans la plus grande indifférence des médias des pays dits civilisés, démocratiques et pas seulement parce qu'écrire sur Israël est en passe de devenir illégal.




Voir aussi :

LE CONTRÔLE DES RESSOURCES HYDRIQUES AU MOYEN-ORIENT : CONFLIT OU COOPÉRATION ? / Eugenia Ferragina /
http://www.oieau.fr/ciedd/contributions/at1/contribution/Ferragina.htm

Une poubelle nommée Gaza :
http://www.inra.fr/Internet/Produits/dpenv/hamchc30.htm

Israël-Palestine : La guerre pour le territoire
http://www.cafe-geo.net/cafe2/article.php3?id_article=482

RESSOURCES EN EAU ET UTILISATIONS DANS LE MONDE : IDÉES REÇUES ET RÉALITÉS :
http://fig-st-die.education.fr/actes/actes_2003/margat/article.htm

Solutions pour un monde qui manque d'eau :
http://www.infoforhealth.org/pr/prf/fm14edsum.shtml

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Autres sites et autres études :

COMMENT LA RECHERCHE CONDUITE EN FRANCE SUR LES HYDROSYSTÈMES PEUT-ELLE CONTRIBUER À UNE GESTION INTÉGRÉE DES RESSOURCES EN EAU ? / Jean-Louis Verrel /
http://www.oieau.fr/ciedd/contributions/at1/contribution/1gip.htm

CONNAISSANCE DES RESSOURCES DANS LES VILLES DES PAYS EN DÉVELOPPEMENT /
http://www.oieau.fr/ciedd/contributions/at1/contribution/1nsp.htm

CONNAISSANCE DE LA RESSOURCE EN EAU POUR UN DÉVELOPPEMENT DURABLE / Dr. Sélim Catafago /
http://www.oieau.fr/ciedd/contributions/at1/contribution/catafog1.htm

RESSOURCES EN EAU ET DÉVELOPPEMENT / Dr. Sélim Catafago /
http://www.oieau.fr/ciedd/contributions/at1/contribution/catafog2.htm

LE DÉVELOPPEMENT DURABLE APPLIQUE AU DOMAINE DE L' EAU / Simone Sitbon /
http://www.oieau.fr/ciedd/contributions/at1/contribution/1audev.htm

LES SÉCHERESSES ET LE GÉNIE CRÉATEUR DE L'HOMME DANS LES MILIEUX SECS :
http://xxi.ac-reims.fr/fig-st-die/actes/actes_2003/mainguet/article.htm

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L'eau un patrimoine : http://www.eau-rhin-meuse.fr/patrimoine/cyclo/cyclo00.htm

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Conférence panafricaine sur l'eau, l'alimentation et les écosystèmes :
http://www.fao.org/newsroom/fr/news/2004/51383/index.html

Le Nil : Nouveaux défis : http://www.alliance21.org/fr/themes/water/eau41.htm

Base de données / Nil : http://nchp.epf.fr/plan.php3

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L'EAU DOUCE, MILIEU ET RESSOURCE écologie - pollutions - aménagement de l'eau :
http://www.cig.ensmp.fr/~hhgg/soulard/Textes/Sommaire.html

Observatoire Méditerranéen de l’Environnement Rural et de l’Eau :
http://www.cnrs.fr/cw/dossiers/dosclim/biblio/pigb18/09_omere.htm

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Les zones humides
http://www.cafe-geo.net/cafe2/article.php3?id_article=141

Mares et étangs : pourquoi donc ne pas les assécher ?
http://www.cafe-geo.net/cafe2/article.php3?id_article=72

Financer l'eau pour tous
http://www.novethic.fr/novethic/site/article/index.jsp?id=33559

Circulaire n° 7 DE/SDGE/BGRE-DCH/04 du 16 mars 2004 relative à la gestion quantitative de la ressource en eau et à l’instruction des demandes d’autorisation ou de déclaration des prélèvements d’eau et des forages
http://aida.ineris.fr/textes/circulaires/text4347.htm

Directive cadre sur l'eau :
1) Le bilan DCE du Réseau eau de FNE
http://www.fne.asso.fr/PA/eau/dos/dce/DCE_I_bilan.pdf

2) Le bilan DCE des associations fédérées à FNE
http://www.fne.asso.fr/PA/eau/dos/dce/DCE_II_bilan.pdf

3) La conclusion
http://www.fne.asso.fr/PA/eau/dos/dce/DCE_III_conclusion.pdf

4) La synthèse
http://www.fne.asso.fr/PA/eau/dos/dce/DCE_synthese.pdf






[Corrélats : Hydrologie / L'eau : une marchandise / Pénurie d'eau /...]

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