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Ressources naturelles
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Si toi y'en a profiter de la high tech, moi y'a en crever !



Sommaire de la page (Articles, Dossiers, Études...) : Définition / Développement durable : plus dure sera la chute / GRID : Base de Données sur les Ressources Mondiales / Développement / La planète n'a plus les moyens / Développement / Des scénarios pour éviter le pire / Pourquoi de nouvelles méthodes d'évaluation des écosystèmes ? / Millenium Ecosystem Assessment / Les réserves énergétiques (liens) /

Pour une nouvelle stratégie sur les ressources /
Un Français avale 23 tonnes de matières premières par an /
Les dernières volontés de Janez Potocnik /
Le cycle des matières dans l’économie française /
Commerce des matières premières : l'opacité suisse /
Vers la fin de la malédiction des ressources ? /
Maroc : qui s’enrichit avec le phosphate et qui reste pauvre ? /
« Du gaz naturel au gaz sarin… le fond du bourbier syrien » /
Organiser l’économie des ressources /
La face cachée des matières mobilisées par l’économie française /
Ressources: l’Europe met la pression /
L’histoire de Nauru /
L'exploitation de terres rares /
Eviter le dépôt de bilan planétaire /
Les minerais du conflit : un fléau à l’heure du tout numérique
Réglementation des minerais du conflit : "l’accord européen est une victoire sur laquelle il faut être vigilants"
Comment Fairphone assure la traçabilité des minerais de ses téléphones
Minerais du conflit : les importateurs européens contraints à la traçabilité
Des diamants du sang en circulation sur le marché international
Sites Internet et articles / Articles archivés / Corrélats /


L'île Nauru illustre à merveille l'incommensurable connerie humaine. En une trentaine d'années, cette île qui regorgeait de phosphates a été littéralement pillée et détruite, pendant que l'on citait cette île en exemple, pour la raison que chacun de ses natifs roulait en Rolls-Royce !

Maintenant, les habitants sont obligés de les pousser !


La notion de ressources naturelles s'applique généralement aux ressources que l'homme utilise pour alimenter ses activités économiques, essentiellement agricoles et industrielles.

Parmi ces ressources, on distingue les ressources non renouvelables.

Les métaux, les minerais, les minéraux, les métalloïdes, les pierres précieuses, les combustibles fossiles, les matières fissibles, l'uranium, sont des ressources non renouvelables qui ont été mises en place au cours des temps géologiques et qui sont extraites jusqu'à épuisement des gisements.

Un deuxième type de ressources non renouvelables est constitué par les surfaces cultivables, les sols fertiles, les écosystèmes qu'ils supportent et la biodiversité qui les caractérise. La stérilisation des sols, leur érosion, la disparition d'un habitat, d'une biocénose ou plus simplement d'une espèce est une perte irrémédiable que ce soit à l'échelle locale, régionale, à l'échelle de l'écozone ou à celle de la planète.

À côté des ressources non renouvelables, il existe des ressources dites renouvelables. Souvent, on pense que ces ressources peuvent être consommées sans compter puisqu'elles se renouvelleraient. La question essentielle qui doit être posée est d'abord du cycle de renouvellement.

Ainsi, en ce qui concerne l'eau douce, son renouvellement est assuré par le cycle de l'eau, lequel apparaît court. Mais la question de l'eau est infiniment plus complexe. Ainsi la diminution rapide et très inquiétante des glaciers himalayens pourrait valoir rapidement de gros problèmes d'approvisionnement en eau aux millions de Pakistanais et d'Indien du Nord dont les ressources en eau sont liées à ces glaciers.

On peut s'interroger de la même façon à propos des ressources dont on pensait qu'elles étaient " renouvelables " et qui constituent les stocks de poissons marins dont on dit maintenant que, faute de mise en place de quota de pêche, de période de surveillance des stocks, etc., cette ressource pourrait bien avoir disparu d'ici quelques années.

L'épuisement des ressources naturelles, renouvelables ou pas, est sûrement la question la plus préoccupante à laquelle l'humanité aura à répondre sûrement plus rapidement qu'elle ne le pense. Elle aurait dû s'inquiéter de cette situation depuis déjà longtemps, mais l'incurie politique, particulièrement des pays riches et développés, a surtout été la règle.

Parmi les ressources minérales les plus menacées, on citera le fluor (réserves épuisées : 10 - 20 ans), l'argent, le zinc, le mercure (r.e : 15 - 35 ans), le plomb, l'étain, le pétrole, le cuivre, le nickel, le phosphore (r.e : 20 - 60 ans), le fer, le chrome, l'aluminium (r.e : 100 - 1000 ans).

Parmi les ressources les plus menacées déjà, on citera surtout l'eau pour laquelle on peut prévoir de formidables bouleversements géopolitiques à venir et pour laquelle, on observe déjà de terribles conflits se mettre en place (conflit Israélo-Palestinien, conflit du Darfour, etc.). On n'oubliera pas les conflits ouverts ou larvés déjà en cours pour l'approvisionnement en pétrole ou en phosphates (Irak, Caucase, Sahara occidental, Nauru, etc.).




Développement durable : plus dure sera la chute / Un article sur le site d'Attac / Harribey JM /

Depuis un demi-siècle, les déclarations généreuses contre la pauvreté, la malnutrition et l'analphabétisme, annonçant une action résolue pour mettre fin au sous-développement, n'ont pas manqué. Si la conférence de Stockholm, bien qu'exposant déjà la nécessité d'un éco-développement, était passée inaperçue, celle de Rio avait marqué les esprits parce que, avec une belle unanimité, tous les pays du monde avaient affirmé leur adhésion à " un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs. "

22/05/2002 - Article d'analyse

Développement durable : plus dure sera la chute

À la fin du mois d'août 2002 se tiendra à Johannesburg. une conférence de l'ONU consacrée au(x) problème(s) du développement. Déjà, un surnom a été donné à cette conférence : " Rio + 10 ", car elle se tiendra dix ans après celle de 1992 à Rio de Janeiro au cours de laquelle on bavarda sur le développement soutenable ou durable censé résoudre la pauvreté et épargner la nature. Maintes résolutions y furent adoptées, notamment pour éviter le réchauffement climatique, protéger la biodiversité et arrêter la déforestation. L'heure d'un premier bilan des actions entreprises est venue. Il est tellement mince qu'on peut se demander si le monde n'est pas retourné trente ans en arrière quand l'ONU organisait en 1972 une première rencontre internationale à Stockholm sur les mêmes questions.

Johannesburg. = Rio + 10 ou Rio - 20 ?

Depuis un demi-siècle, les déclarations généreuses contre la pauvreté, la malnutrition et l'analphabétisme, annonçant une action résolue pour mettre fin au sous-développement, n'ont pas manqué. Si la conférence de Stockholm, bien qu'exposant déjà la nécessité d'un éco-développement, était passée inaperçue, celle de Rio avait marqué les esprits parce que, avec une belle unanimité, tous les pays du monde avaient affirmé leur adhésion à " un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs. "[1]

Mais lorsqu'il s'est agi de mettre en musique la belle partition écrite à Rio, il n'y avait plus personne pour l'exécution. Les économistes libéraux fondaient une nouvelle discipline, l'économie de l'environnement, en théorisant la possibilité de substituer éternellement du capital technique au capital naturel épuisé grâce à un progrès technique infini, et en définissant l'amélioration du bien-être par l'augmentation perpétuelle de la consommation, marchande bien entendu. (Voir encadré Soutenabilité faible et soutenabilité forte). Les experts américains justifiaient l'exportation des déchets industriels vers les pays pauvres " trop peu pollués " à leurs yeux[2] et les multinationales organisaient les délocalisations des entreprises polluantes vers les mêmes contrées. Les gouvernements des pays riches rechignaient à prendre des mesures écologiques car ils savaient qu'elles auraient heurté les intérêts des lobbies de groupes industriels et financiers comme ceux du nucléaire ou du transport, et qu'elles auraient entraîné une remise en cause des habitudes de consommation gaspilleuses de leurs populations. La difficulté d'introduire une fiscalité sur le transport routier et sur les carburants illustre bien ce dernier point.

Soutenabilité faible et soutenabilité forte

Le modèle de développement capitaliste industriel a fonctionné pendant deux siècles sur la croyance en l'inépuisabilité des ressources naturelles. Lorsque cette croyance s'est effondrée, les économistes néo-classiques ont tenté d'intégrer l'environnement dans le modèle d'équilibre général walrasien. Ils ont énoncé la règle de compensation garantissant l'équité entre les générations actuelles et futures. Les rentes prélevées au fur et à mesure de l'épuisement des ressources, qui sont égales à la différence entre le prix et le coût marginal des ressources, doivent être réinvesties pour produire du capital substitut aux ressources épuisées ; ces rentes croissent de période en période d'un taux égal au taux d'actualisation. C'est la conception de la soutenabilité dite faible par opposition à la soutenabilité forte dans laquelle le maintien du stock de ressources naturelles est au contraire recherché sans faire appel à la substituabilité. Il est ainsi postulé dans la soutenabilité faible que le progrès technique sera toujours capable de modifier les processus productifs dans un sens de moins en moins polluant. En complément de cette démarche, l'intégration de l'environnement au calcul économique repose sur la prise en compte des externalités, c'est-à-dire sur leur internalisation dont les modalités principales sont la tarification et l'émission de droits à polluer. Selon Ronald Coase, l'internalisation des effets externes peut être obtenue sans intervention de l'État autre que l'établissement de droits de propriété et par la seule négociation marchande entre les pollués et les pollueurs quelle que soit la répartition initiale des droits entre eux. Chaque agent économique est incité à se procurer des droits à polluer tant que leur coût marginal reste inférieur à celui des mesures de dépollution. L'optimum social serait atteint puisque les prix des droits à polluer s'élèvent au fur et à mesure que les contraintes environnementales se renforcent.

La conception de la soutenabilité faible domine chez les économistes : elle leur sert d'une part à légitimer une nouvelle extension du champ des activités marchandes (dépolluer après avoir pollué) et d'autre part à définir l'amélioration du bien-être humain par l'augmentation perpétuelle de la consommation par tête, ainsi que l'a modélisé Joseph Stiglitz qui, aujourd'hui, s'offre une virginité en contestant le FMI mais qui a bâti sa réputation d'économiste au sein du paradigme néo-classique.

Nicholas Georgescu-Roegen* fut le premier à montrer que les lois de la thermodynamique s'appliquaient à l'économie parce que l'activité humaine s'inscrivait dans un univers soumis à la loi de l'entropie. Certes la terre n'est pas un système clos sur lui-même puisque notre planète reçoit le flux d'énergie solaire qui justement permet, malgré l'entropie, à la vie de se reconstituer et même de s'étendre. Mais Georgescu-Roegen a eu le mérite de rompre avec la vision d'un univers perçu comme quelque chose de répétitif, d'immuable, obéissant à de simples déterminismes, et d'introduire les notions d'irréversibilité et de seuil. Il s'ensuit que la croissance économique planétaire ne peut pas être illimitée.

[* voir aussi décroissance soutenable]

[Pour une critique de la soutenabilité faible, voir J.M. Harribey, Le développement soutenable, Paris, Economica, 1998 ; " Économie et écologie ", in ATTAC, Une économie au service de l'homme, Paris, Éd. Mille et une nuits, 2001, p. 221-248 ; " La financiarisation de l'économie contre la soutenabilité ? Examen de quelques modèles ", http://harribey.montesquieu.u-bordeaux.fr/travaux/finance-insoutenable.pdf]

Le protocole élaboré à Kyoto en 1997 pour réduire l'émission des gaz à effet de serre responsables du réchauffement climatique et qui a abouti à l'accord de Marrakech en 2001 comporte des failles béantes. Les États-Unis ont refusé de s'engager alors qu'ils sont les premiers pollueurs de la planète. Tous les pays riches ont obtenu des aménagements concernant leurs obligations en échange d'une hypothétique aide apportée aux pays pauvres pour que ceux-ci investissent dans des procédés de fabrication non polluants. La répartition des permis d'émission se fera par le biais d'un marché fonctionnant comme une bourse spéculative. Bref, la recherche du profit conduit à la dévastation de la planète et le marché est chargé d'y remédier. C'est comme si l'on confiait les clés de la maison au cambrioleur ou la boîte d'allumettes au pyromane.

Les problèmes du développement

La phase de préparation de la conférence de Johannesburg. s'est achevée par la rencontre de Monterrey au Mexique du 18 au 22 mars 2002. Un " consensus de Monterrey " a été négocié dans les coulisses et présenté comme marquant le début d'un nouveau partenariat entre pays riches et pays pauvres afin de résoudre le problème du financement du développement.

Le document adopté est un monument d'hypocrisie. Il réaffirme tous les dogmes libéraux qui ont conduit au désastre de nombre de pays au cours des vingt dernières années : il faut une bonne " gouvernance ", sous-entendu l'austérité budgétaire et salariale ; et il faut s'inscrire dans le libre-échange généralisé, sous-entendu la concurrence entre le pot de fer et le pot de terre. Le silence est fait sur près de trois décennies de plans d'ajustement structurel mettant à genoux les pays soumis aux diktats du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, sur l'amoncellement de la dette à cause de taux d'intérêt exorbitants et sur les crises sociales majeures dues à cet assujettissement dont l'Argentine est le dernier exemple en date.

Oubliant et voulant faire oublier qu'ils en ont été les fossoyeurs, les dirigeants des grandes institutions financières s'affichent maintenant comme les nouveaux chevaliers blancs de la défense des opprimés. Michel Camdessus, qui dirigea le FMI de 1987 à 2000 (période la plus noire des plans d'ajustement structurel), porte maintenant la bonne parole, promettant une mondialisation à visage humain[3] tout en refusant l'annulation de la dette du tiers-monde[4]. Il appelle les pays pauvres à s'intégrer dans l'économie mondiale car " un pays qui décolle est un marché qui s'ouvre à nos produits "[5]. Le cynisme tient lieu de politique. Ayant approuvé en son temps tous les reniements des engagements en faveur d'une augmentation de l'aide aux pays pauvres, il sermonne aujourd'hui les gouvernements pour respecter la " parole donnée ". Son successeur à la tête du FMI, Horst Köhler a déclaré : " Les Argentins ne s'en sortiront pas sans douleur "[6]. La politique du pire mâtinée d'un peu de compassion hypocrite et méprisante tient lieu de morale. Écoutons encore M. Camdessus, bon apôtre : " Le succès social des politiques de développement, c'est-à-dire la participation de tous au projet collectif, la transparence, la réduction des inégalités, est aussi une condition pour faire réussir les politiques de rigueur. "[7] La saignée plus la purge, seuls remèdes connus des thérapeutes libéraux. La saignée pour les victimes d'hémorragies. La purge pour les malades de dysenterie. Car " on n'arrivera pas sans douleur à humaniser la mondialisation "[8]. C'est le refrain des intégristes de la religion libérale qui pensent que les pays pauvres ont des problèmes de développement. Et si le développement n'était pas la solution mais le problème justement ?

Le développement est un problème

Deux raisons peuvent justifier ce renversement de problématique. Premièrement, le type de développement qui prévaut dans le monde est celui qui est né en occident, impulsé par la recherche du profit en vue d'accumuler du capital, et qui se solde aujourd'hui par une dégradation majeure des écosystèmes, par une aggravation considérable des inégalités, par l'exclusion d'une majorité d'êtres humains de la possibilité de satisfaire leurs besoins les plus élémentaires comme l'alimentation, l'éducation et la santé, et par l'anéantissement des modes de vie traditionnels. Deuxièmement, en imposant ce développement à la planète entière, le capitalisme produit une déculturation de masse : la concentration des richesses à un pôle fait miroiter l'abondance inaccessible à des milliards d'êtres situés à l'autre pôle et dont les racines culturelles dans lesquelles ils puisaient le sens de leur existence et leur dignité sont peu à peu détruites. (Voir encadré Croissance et développement).

Croissance et développement

Les théoriciens du développement économique ont presque unanimement, à la suite de François Perroux, toujours affirmé que la croissance était une condition nécessaire mais non suffisante du développement humain. Leur raisonnement souffre d'une faiblesse logique grave : on ne peut pas simultanément prétendre que la croissance et le développement se différencient par les aspects qualitatifs que le second comporte - la croissance n'étant donc pas une condition suffisante du développement - et dire qu'à partir d'un certain seuil de croissance, celle-ci engendre, par effet de diffusion, des retombées bénéfiques à tous les êtres humains, pourvu qu'ils sachent être patients et confiants : la croissance, condition nécessaire, se transformant avec le temps en condition suffisante du développement, la distinction entre les deux notions devient alors sans objet.

Pour n'avoir pas su ni voulu établir de ligne de démarcation claire entre, d'une part, un développement durable qui serait un prolongement du développement capitaliste existant depuis la révolution industrielle, simplement mâtiné de quelques activités de dépollution d'autant plus prospères qu'elles proliféreraient à l'ombre de celles de pollution, et, d'autre part, un développement humain dissocié de la croissance dès lors que les besoins essentiels seraient satisfaits, les promoteurs internationaux du développement soutenable ont laissé s'installer une ambiguïté dont le risque est de voir ce concept se réduire à un nouvel habillage idéologique de ce développement gaspillant les ressources naturelles et bafouant la dignité humaine.

De deux choses l'une. Ou bien le développement et le progrès humain résultent, si l'on sait attendre suffisamment, de la croissance, et alors la distinction entre croissance et développement est sans objet puisque la croissance est une condition suffisante du développement. Dans ce cas, la croissance du PNB par tête, ou de tout autre indicateur qui en est issu, est véritablement le seul indicateur pertinent de l'amélioration du bien-être et nous devons humblement remiser les critiques à son encontre. Ou bien le développement et le progrès humain ne résultent pas automatiquement de la croissance, et alors l'association croissance-développement-progrès humain doit être sur le plan théorique rompue.

Faut-il en déduire qu'" il faut en finir, une fois pour toutes, avec le développement "[9], comme l'exprime Serge Latouche, parce qu'il ne peut être autre que ce qu'il a été ? La question ne peut être tranchée aussi facilement pour plusieurs raisons. La première tient au fait que, vu l'étendue des besoins primordiaux insatisfaits pour une bonne moitié de l'humanité, les pays pauvres doivent pouvoir connaître un temps de croissance de leur production. À ce niveau-là, il est faux d'opposer quantité produite et qualité car, pour faire disparaître l'analphabétisme, il faut bâtir des écoles, pour améliorer la santé, il faut construire des hôpitaux et acheminer l'eau potable, et pour retrouver une large autonomie alimentaire, les productions agricoles vivrières répondant aux besoins locaux doivent être promues.

La deuxième raison pour laquelle la notion de développement ne peut être prestement évacuée est que l'aspiration à un mieux-être matériel est devenue globale dans le monde. Et il serait mal venu pour des occidentaux éclairés d'en contester la légitimité au prétexte que cette aspiration ne serait que la résultante de l'intériorisation par les peuples dominés des valeurs des dominants, contribuant à reproduire les mécanismes de la domination. Certes, l'imitation du développement occidental par les tous les peuples du monde, d'une part, condamne ces peuples à courir perpétuellement après leurs modèles puisque le mode de vie gaspilleur des riches n'est pas généralisable, et, d'autre part, voue la planète elle-même à une détérioration inexorable. Mais au nom de quoi peut-on laisser 20% des habitants de la Terre continuer de s'accaparer 80% des ressources naturelles ? Il est donc urgent de poser le problème autrement.

Deux pièges sémantiques doivent être déjoués comme autant d'écueils. Le premier serait de se satisfaire du concept, devenu un lieu commun, de développement durable ou soutenable. S'il s'agit de faire durer encore le développement qui dure déjà depuis deux siècles et qui dégrade les hommes et la nature, autant dire qu'il s'agit d'un oxymore[10] mystificateur car, soit il n'est possible que pour une minorité de plus en plus restreinte, soit il n'est possible pour personne dès qu'on veut l'étendre à tous. Dans le premier cas, il est explosif socialement ; dans le second, il l'est écologiquement. Dans les deux cas, il est mortifère car le capitalisme ne peut développer sa dynamique d'appropriation des richesses naturelles et des richesses produites qu'en raréfiant les ressources limitées et en renforçant l'exploitation de la force de travail.

Le second écueil serait de se tromper sur la nature du développement. Le développement dont on voit les dégâts aujourd'hui et dont on perçoit les dangers s'il devait perdurer n'est pas simplement le productivisme engendré par le tourbillon technique et l'ivresse scientifique ou scientiste. Ce n'est pas non plus le résultat d'un économisme qui serait commun à tous les systèmes de pensée, nécessitant de renvoyer dos à dos le libéralisme et la critique de celui-ci. Le développement connu jusqu'ici est historiquement lié à l'accumulation capitaliste au profit d'une classe minoritaire. De même, son envers, le sous-développement, n'est pas sans liens avec les visées impérialistes du capital, notamment dans sa phase d'accumulation financière actuelle. Dissocier la critique du développement de celle du capitalisme dont il est le support reviendrait à dédouaner celui-ci de l'exploitation conjointe de l'homme et de la nature. Or, sans la première, le système n'aurait pu tirer parti de la seconde ; sans la seconde, la première n'aurait eu aucune base matérielle. Il en résulte que " sortir du développement " sans parler de sortir du capitalisme est un slogan non seulement erroné mais mystificateur à son tour. Et donc, la notion d'" après-développement " n'a aucune portée si celui-ci n'est pas simultanément un après-capitalisme.[11] Séparer les deux dépassements est aussi illusoire que de vouloir " sortir de l'économie "[12] dont certains disent qu'elle ne pourrait être différente de ce qu'elle est, ou que de construire une " économie plurielle "[13] mariant capitalisme et solidarité.

Ce qui précède n'est pas une simple querelle théorique. Cela a une importance pratique primordiale. Si l'on met en question le capitalisme et le développement qui lui est consubstantiel, on procède à une analyse de classes et on fait donc une distinction radicale entre les besoins des exploités, des " naufragés ", des " gueux ", bref des pauvres, et ceux des exploiteurs, des dominants, des gaspilleurs, bref des riches sur cette planète. Aussi, le projet d'abandon du développement sans toucher à sa matrice historique capitaliste est-il bancal[14], et celui d'abandon du développement sans discernement, mettant tout le monde sur le même plan, logeant à la même enseigne ceux qui doivent choisir entre mourir de soif ou boire l'eau du marigot et ceux dont le dilemme se résume à acheter des actions Microsoft ou Vivendi, est-il irresponsable, indécent et, de surcroît, irréaliste.

Un peu d'air frais ?

D'où l'idée d'un développement différencié dans son objet, dans l'espace et dans le temps :

- dans son objet : il y a des productions qui méritent d'être développées dans le monde, principalement celles qui visent à satisfaire des besoins vitaux, notamment en matière d'éducation, d'hygiène et de santé, d'énergies renouvelables et de transports économes ; d'autres productions doivent en revanche être limitées et ensuite réduites, l'agriculture intensive délirante, l'automobile et l'ensemble du " système automobile " en étant les meilleurs exemples ; la réorientation de la production concerne les pays pauvres et les pays riches ;

- dans l'espace : les pays pauvres doivent pouvoir bénéficier d'une croissance dynamique pour répondre aux besoins d'une population qui connaîtra encore pendant quelques décennies une expansion importante ; les pays riches doivent, eux, enclencher une décélération de leur croissance économique globale en recherchant des modes de répartition des richesses beaucoup plus équitables et une utilisation de tous les gains de productivité pour réduire le temps de travail dès lors que les besoins - à ne pas confondre avec les désirs - sont satisfaits ;

- dans le temps : la décélération immédiate de la croissance pour les pays riches, simultanément réorientée, doit être conçue comme une phase de transition donnant aux populations le temps et l'envie de reconstruire leur imaginaire, façonné par deux siècles de mythe de l'abondance et intériorisé au point d'en faire un maillon essentiel de la chaîne de leur " servitude involontaire "[15] ; ce n'est qu'après cette phase de transition que l'on pourra envisager d'organiser la " décroissance "[16], seule à même de garantir une soutenabilité à long terme.

En termes socio-économiques, ce développement différencié pour être au bout du compte radicalement différent suppose une réappropriation et une répartition collectives des gains de productivité que le savoir et la technique humaine permettent et leur utilisation essentiellement à des fins d'amélioration de la qualité de la vie. (Voir encadré sur Productivisme et productivité). Cette réappropriation en rejoint une autre qu'un véritable progrès humain implique également : celle des biens communs de l'humanité constitués de l'eau, de l'air, de toutes les ressources naturelles et des connaissances. Autrement dit, ces deux aspects peuvent être résumés par la réappropriation collective des richesses produites, des richesses naturelles non produites et des capacités et potentialités de l'esprit humain. La préservation et l'extension d'un espace non marchand dans la société prennent ici tout leur sens.

Productivisme et productivité

Une confusion est entretenue au sujet du productivisme. Il est très souvent défini (notamment par nombre d'écologistes) comme la production sans autre finalité qu'elle même. Or le productivisme n'est pas la production incessante de valeurs d'usage mais de valeurs marchandes susceptibles de valoriser le capital. La preuve en est que les propriétaires de celui-ci cessent d'investir quand les perspectives de profit s'amenuisent. Il s'ensuit que le renoncement au productivisme n'est pas un renoncement au progrès ni même à la croissance de certaines productions indispensables.

De même, la recherche de l'amélioration de la productivité ne doit pas être confondue avec le productivisme. Cette recherche peut être considérée comme l'application de la règle du moindre effort et être encouragée sous réserve que trois conditions soient respectées :

- sans intensification du travail ;

- sans détérioration de l'emploi ;

- sans ponction ou dégradation supplémentaires sur ou de l'environnement.

Les libéraux se défendent de vouloir instaurer des droits de propriété privée sur l'air en mettant en place un marché des permis d'émission de gaz à effet de serre parce que, disent-ils, les permis n'ont qu'une durée de validité limitée, parce qu'ils ne sont pas transmissibles hors vente sur le marché et parce que ce qui devient marchand n'est pas le bien environnemental lui-même mais le droit de l'utiliser. Or, précisément, le droit d'usage rattaché aux permis équivaut à un droit de propriété temporaire sur l'environnement. De plus, soulignons le paradoxe suivant. Les permis d'émission représentent certes une restriction de l'autorisation de polluer par rapport à une situation où aucune réglementation n'intervient et où l'appropriation individuelle de l'environnement est totale. Mais la collectivisation du droit d'usage de l'environnement introduite par les permis d'émission est assortie d'une restriction de ce droit à ceux qui peuvent en payer le prix. Ce n'est ni plus ni moins que le principe de la privatisation. Enfin, remarquons la contradiction du raisonnement libéral récusant le reproche de créer des droits de propriété privée sur les éléments naturels après avoir expliqué que si ceux-ci n'avaient pas de prix, c'était précisément à cause de l'absence de droits de propriété.

Deux règles doivent être observées pour une éventuelle utilisation des instruments économiques de gestion écologique. La première est d'écarter toute décision en fonction de la " maximisation de l'utilité " car cette notion est absurde : elle associe un principe de calcul à un concept purement qualitatif, l'utilité. La seconde règle est de dissocier marchandisation et monétarisation. La marchandisation implique la monétarisation (cette dernière est la condition nécessaire de la première) mais l'inverse n'est pas vrai.

Il s'ensuit que seule la marchandisation est à rejeter catégoriquement car elle ne peut que signifier appropriation privée. En revanche, il peut exister une place pour l'utilisation d'instruments monétaires de gestion. Mais, en ce qui concerne la nature, la mise en place de taxes (jugement quantitatif) doit être subordonnée à l'adoption de normes collectives ou à des transformations structurelles, par exemple sur le type d'infrastructures de transports, (jugement qualitatif). Il ne servirait à rien d'imposer une taxe sur le transport par camion si dans le même temps le ferroutage n'était pas organisé et développé.

Les " prix " des éléments naturels ne sont donc pas des prix économiques (en aucun cas, une écotaxe ne représente une valeur de la nature) mais des prix politiques. Un " marché " des droits de polluer est donc un non-sens parce que, même si des échanges de permis voient le jour, il ne s'agira pas d'un vrai marché, ne pouvant exister sans autorité publique internationale régulationniste et coercitive. Il sera simplement un instrument de répartition au plus offrant des droits d'usage de l'environnement. La répartition de ces droits doit donc s'organiser non sur des bases économiques mais sur des bases politiques dont la première serait un droit d'usage égal pour tous les humains.

Le fondement de cette dernière affirmation est le constat d'une incomplétude radicale du marché. Que ce soit parce que la libre circulation des capitaux sur les marchés financiers porte en elle la crise financière, ou que ce soit parce que les externalités sont par définition inassimilables par le marché, le rapport marchand est incapable de gérer de manière satisfaisante l'ensemble des questions sociales, écologiques, et même économiques, d'une société. S'il fallait résumer cette impossibilité, cette inaptitude irrémédiable du marché à accoucher d'une société, on pourrait se référer à la fois à Marx et à Polanyi, le premier pour sa critique de la marchandise et de la violence avec laquelle se conduit le processus de marchandisation, et le second pour sa critique de la fiction consistant à croire que l'on pouvait considérer le travail, la terre et la monnaie comme des marchandises.[17]

Le concept de soutenabilité est né sous le double signe du recul de la pauvreté et de la préservation des écosystèmes pour garantir la justice à l'égard des générations actuelles et futures. Il devient crédible et opérationnel si trois principes sont respectés : responsabilité à l'égard des systèmes vivants, solidarité à l'égard de tous les êtres humains et économie des ressources naturelles et du travail humain[18]. Le régime d'accumulation financière qui prévaut dans le monde rend la soutenabilité impossible parce qu'il tend à accroître constamment le niveau d'exigence de rentabilité servie aux détenteurs du capital. Il ne peut en résulter qu'un affaiblissement de la position des travailleurs (insoutenabilité sociale) et une difficulté croissante à investir dans des processus de production non destructeurs (insoutenabilité écologique).

Le projet de décélération immédiate de la croissance pour les pays hyper développés pour, à terme, envisager la " décroissance " n'est réalisable que si les inégalités ont très fortement décru en leur sein, permettant alors la diminution des inégalités entre les classes pauvres des pays pauvres et le reste du monde[19]. C'est dire combien les moyens de financement pour les pays pauvres et surtout l'annulation de leur dette sont indispensables mais qu'ils sont loin de résoudre la question principale et, pire, pourraient la dissimuler. Car un autre " progrès " humain, qu'on hésite bien sûr à appeler " développement " tellement ce concept est connoté, est lié à l'émergence et de l'épanouissement d'autres rapports sociaux.

La transformation des rapports sociaux est inséparable de la transformation de nos rapports avec le monde du " vivant "[20] : nous réapproprier notre temps de vie grâce aux gains de productivité répartis avec justice, c'est le même combat que celui que nous menons pour ne pas nous faire déposséder du bien commun de l'humanité et pour que nous en fassions un usage raisonnable, c'est-à-dire économe. Vous avez dit " autre rapport social " ? Autre que le capital alors ? Pour respirer un peu d'air frais…




Notes



[1] . Rapport Brundtland, Notre avenir à tous, Montréal, Fleuve, 1987, p. 51.

[2] . On se souvient de ce qu'écrivait L. Summers en 1991 : " Les pays sous-peuplés d'Afrique sont largement sous-pollués. La qualité de l'air y est d'un niveau inutilement élevé par rapport à Los Angeles ou Mexico [...] Il faut encourager une migration plus importante des industries polluantes vers les pays les moins avancés [...] et se préoccuper davantage d'un facteur aggravant les risques d'un cancer de la prostate dans un pays où les gens vivent assez vieux pour avoir cette maladie, que dans un autre pays où deux cents enfants sur mille meurent avant d'avoir l'âge de cinq ans. […] Le calcul du coût d'une pollution dangereuse pour la santé dépend des profits absorbés par l'accroissement de la morbidité et de la mortalité. De ce point de vue, une certaine dose de pollution devrait exister dans les pays où ce coût est le plus faible, autrement dit où les salaires sont les plus bas. Je pense que la logique économique qui veut que des masses de déchets toxiques soient déversées là où les salaires sont les plus faibles est imparable. " Extraits cités par The Economist, 8 février 1992, et par Financial Times, 10 février 1992, reproduits dans Courrier international, n° 68, 20 février 1992, et repris par E. Fottorino, " L'écologie pour le développement ", Le Monde, 19 mai 1992.

[3] . M. Camdessus, " Humaniser la mondialisation ", Sud-Ouest, 17 octobre 2000, propos recueillis par B. Broustet.

[4] . M. Camdessus, Conférence à l'Athénée de Bordeaux, 27 mai 2000.

[5] . M. Camdessus, " Tenir la parole donnée ", Sud-Ouest Dimanche, 7 avril 2002.

[6] . H. Kôhler, Le Monde, 23 janvier 2002.

[7] . M. Camdessus, " Coupons la dette en deux ", Sud-Ouest, 27 mai 2000, propos recueillis par P. Meunier, souligné par moi.

[8] . M. Camdessus, " Humaniser la mondialisation ", op. cit.

[9] . S. Latouche, " Les mirages de l'occidentalisation du monde : En finir, une fois pour toutes, avec le développement ", Le Monde diplomatique, mai 2001 .

[10] . Cette idée est défendue avec raison depuis longtemps par S. Latouche qui la reprend dans " À bas le développement durable ! Vive la décroissance conviviale ! ", Silence, n° 280, février 2002; le même texte figure dans F. Partant, Que la crise s'aggrave !, Paris, L'Aventurine, 2002 (1e éd. Solin, 1979), Préface de J. Bové, Postface de S. Latouche.

[11] . J'ai développé ce point dans J.M. Harribey, L'économie économe, Le développement soutenable par la réduction du temps de travail, Paris, L'Harmattan, 1997 ; " Marxisme écologique ou écologie politique marxienne ", in J. Bidet, E. Kouvelakis (sous la dir. de), Dictionnaire Marx contemporain, Paris, PUF, 2001, p. 183-200 ; La démence sénile du capital, Fragments d'économie critique, Bègles, Éd. du Passant, 2002.

[12] . A. Caillé, " Sortir de l'économie ", in S. Latouche (sous la dir. de), L'économie dévoilée, Du budget familial aux contraintes planétaires, Paris, Éd. Autrement, n°159, 1995.

[13] . Voir ma critique dans La démence sénile du capital, op. cit.

[14] . L'hypothèse sous-jacente à mon argumentation est que si le capitalisme a nécessairement besoin du développement, l'inverse n'est pas vrai.

[15] . A. Accardo, De notre servitude involontaire, Lettre à mes camarades de gauche, Marseille, Agone, Montréal, Comeau & Nadeau, 2001.

[16] . N. Georgescu-Roegen, La décroissance : Entropie-Écologie-Économie, Paris, Sang de la terre, 1995.

[17] . K. Marx , Le Capital, Livre I, Paris, Gallimard, La Pléiade, tome 1, 1965 ; K. Polanyi, La grande transformation, Aux origines politiques et économiques de notre temps, Paris, Gallimard, 1983, chapitre 6.

[18] . J'ai développé ce point dans L'économie économe, op. cit.

[19] . Voir L'économie économe, op. cit.

[20] . R. Passet, L'économique et le vivant, 2e éd., Paris, Economica, 1996.




Développement / La planète n'a plus les moyens.

1 360 experts sonnent l'alarme : à force de dégrader les écosystèmes, l'homme menace son propre bien-être d'ici à quarante ans.

Par Sylvie BRIET / Libération / jeudi 31 mars 2005

L'homme vit au-dessus de ses moyens. Plus exactement au-dessus des moyens de la planète. Il puise directement dans le capital naturel de la Terre, non dans les intérêts qu'il pourrait produire. Et 60 % des "services" vitaux qui lui sont fournis par les écosystèmes sont déjà dégradés ou surexploités. D'ici trente à quarante ans, le bien-être de l'homme sera menacé. Ce constat alarmant est le résultat d'un travail monumental réalisé durant quatre ans à l'échelle planétaire et sous l'égide de l'ONU par 1 360 experts de 95 pays. Ce Millenium Ecosystems Assessment (Évaluation des écosystèmes pour le millénaire) rassemble pour la première fois de façon complète et intégrée toutes les connaissances en ce domaine (1). Anthropologues, écologues, biologistes et économistes ont travaillé ensemble.

Cohérence. Patrick Lavelle, par exemple, écologiste du sol à l'Institut de recherche pour le développement (IRD), a coordonné le chapitre sur le recyclage des nutriments, un des "services" écosystémiques très bouleversés par l'activité humaine. Avec des spécialistes du monde entier, il a dressé un bilan de l'appauvrissement ou de l'enrichissement des sols en nutriments, évalué l'augmentation de la production d'azote, proposé des solutions. Les coordinateurs se sont réunis deux fois par an pour donner une cohérence à cet énorme travail de collecte de données. "Le terme de "service rendu par les écosystèmes" a permis à des écologistes, des économistes et des sociologues de travailler ensemble. Et, parmi les grands groupes de services, on a retenu les services culturels. Il y a vingt ans, on aurait eu honte de mettre en avant l'esthétique."

Les experts tirent quatre grandes conclusions de leur étude. Tout d'abord, les humains ont modifié les écosystèmes plus rapidement et plus profondément au cours des cinquante dernières années qu'à tout autre moment de leur histoire, essentiellement pour répondre à des besoins croissants en nourriture, eau douce, bois, fibres et combustibles. Plus de terres ont été mises en culture depuis 1945 que pendant les XVIIIe et XIXe siècles réunis. Plus de la moitié des engrais azotés synthétiques utilisés pour l'agriculture (mis au point en 1913) l'ont été depuis 1985.

Facture. Deuxième constat, ces changements des écosystèmes ont permis d'augmenter le bien-être humain. Mais la facture est lourde. Les cultures, l'élevage et l'aquaculture ont connu un essor spectaculaire qui a accompagné la croissance démographique, mais néanmoins insuffisant pour éradiquer la faim dans le monde. Et la soif de ressources se traduit déjà par des stocks de pêche et d'eau douce inférieurs aux besoins. Cette dégradation devrait s'aggraver au cours des cinquante prochaines années, ce qui fera obstacle à la réalisation des objectifs du millénaire, adoptés par l'ONU en 2000 et qui visent à réduire de moitié le nombre de personnes qui souffrent de la faim d'ici à 2015.

La quatrième des conclusions donne une note plus optimiste : des changements importants de politique et de pratique peuvent encore renverser la tendance. "L'Organisation mondiale du commerce, par exemple, devrait analyser les résultats de cette évaluation et en tirer des conclusions, comme le lien est de plus en plus étroit entre les questions de développement et la gestion de la nature et des écosystèmes", souligne Salvatore Arico, de la division des sciences écologiques et de la Terre à l'Unesco. "Mais notre message s'adresse aussi à la société civile, qui peut faire pression sur les gouvernements." Le rapport précise que les changements majeurs indispensables n'ont pas été amorcés. Pire, la tendance est à l'aggravation des dégradations.

(1) Site web : http://www.maweb.org






Développement / Des scénarios pour éviter le pire


Garantir un développement durable passe par des décisions politiques.

Par Sylvie BRIET et Denis DELBECQ / Libération / jeudi 31 mars 2005

Les écosystèmes fournissent plusieurs services aux humains. Le premier est de les approvisionner en eau, nourriture, fibres, substances pharmaceutiques, etc. Le deuxième est de réguler la planète : les écosystèmes nettoient l'air, filtrent l'eau, stabilisent le climat, limitent l'érosion et amortissent l'impact des catastrophes naturelles. Enfin, même s'il est plus difficile de l'apprécier, les écosystèmes contribuent au bien-être humain par leur rôle dans la spiritualité (espèces sacrées, par exemple), l'esthétisme, les loisirs et le tourisme.

Comment évoluent les "services" rendus par les écosystèmes ?

Certains se sont améliorés : cultures et élevage ont permis une forte augmentation (+250%) de la production alimentaire depuis 1950. Plus récent, le boom de l'aquaculture a apporté de nouvelles sources de protéines. De même, les espaces naturels sont devenus, depuis le milieu du XXe siècle, des puits de carbone qui atténuent hélas trop peu l'impact des activités humaines sur le climat. D'autres "services" sont stables, ce qui masque de grandes disparités géographiques. C'est par exemple le cas de la forêt, qui progresse au nord et recule rapidement au sud.

L'essentiel des "services" que rend la nature, cependant, se dégrade, frappant plus durement les populations pauvres que les riches. L'eau douce se fait plus rare, aspirée par l'irrigation, la production d'électricité et la consommation individuelle. Elle se dégrade aussi à coups d'engrais, de pesticides, de rejets industriels et de l'absence d'assainissement. Les prises de pêches diminuent en raison de la disparition des stocks de poissons, parfois prélevés pour l'aquaculture, avec des conséquences sociales souvent dramatiques. Enfin, la destruction des forêts terrestres et côtières (mangroves) accroît l'érosion des sols et des côtes, et affaiblit les remparts contre les catastrophes naturelles. Les inondations meurtrières en Indonésie, et le récent tsunami en Asie en sont des exemples. Les experts s'inquiètent aussi des effets "boule de neige". Ainsi, l'apport de nutriments agricoles par les fleuves peut détruire brutalement l'équilibre des eaux côtières et, comme dans une partie de la Baltique, créer de véritables déserts marins. De même, une forte déforestation réduit la pluviométrie, ce qui accélère la désertification.

Que préconise le rapport ?

Compte tenu de la démographie, c'est évidemment les "services" d'approvisionnement qui réclament un nouveau mode de gestion. Les experts préconisent de supprimer les subventions agricoles, qui ont des effets pervers sur les plans économique, écologique ou social. Une pierre de plus dans le jardin des subventions américaines et de la politique agricole de l'Union européenne. Le rapport souligne également l'importance de la diffusion du savoir, permettant des pratiques agricoles moins avides d'eau et d'engrais artificiels. En terme de pêche, il faudra nécessairement en passer par une réduction des capacités de prise, réorienter l'aquaculture vers un modèle plus durable et définir des sanctuaires dans les océans. De même, les Nations unies appellent à éviter de recourir aux barrages pour canaliser l'eau, et, c'est peut-être le plus important, à garantir la transparence de la gestion de l'eau douce.

Quels scénarios pour l'avenir ?

Le rapport imagine quatre modèles pour le futur, élaborés notamment en fonction de la capacité "des forces de changement". "La loi du plus fort" dessine un monde aisément reconnaissable... Régionalisé et fragmenté, il met l'accent sur la sécurité et les marchés régionaux et réagit aux problèmes des écosystèmes. Ce scénario obtient la croissance économique la plus faible et la croissance démographique la plus élevée. Les trois autres modèles s'appuient sur une vraie prise de conscience du rôle des écosystèmes. Dans le scénario "Mosaïque d'adaptation", les sociétés développent les institutions locales et promeuvent le transfert de compétences entre groupes régionaux. Elles sont très réactives à la gestion des écosystèmes. D'abord lente, la croissance économique augmente avec le temps et la démographie reste très forte. Dans le scénario d'"Orchestration globale", une société mondialement interconnectée se concentre sur le commerce et la libéralisation économique. Mais elle réagit aussi aux problèmes d'écosystème et prend des mesures fortes contre la pauvreté. Ce scénario obtient la croissance économique la plus forte et le niveau de population le moins élevé en 2050. Enfin, dans le "Technojardin" planétaire, le monde interconnecté s'appuie sur une technologie environnementale très au point et des écosystèmes parfaitement gérés. La croissance économique s'accélère, tandis que la démographie se situe en 2050 à un niveau moyen.






Développement / Faillite

Par Patrick SABATIER / jeudi 31 mars 2005

Le rapport qui vient d'être rendu aux Nations unies sur le (piteux) état de la planète n'est pas le produit de l'alarmisme, parfois provocateur, souvent reproché aux organisations écologistes. Plus d'un millier d'experts, et des plus qualifiés, ont compilé et analysé toutes les données disponibles sur l'impact des activités humaines sur les écosystèmes qui rendent possible la vie sur Terre.

Conclusion : ça ne peut plus durer, et ça ne durera pas, au rythme où nous dépensons les bijoux de la famille terrestre.

L'exploitation de plus en plus frénétique des ressources naturelles a permis d'améliorer le sort d'une population en croissance rapide, quoi qu'en disent les critiques du progrès. Mais ce développement s'est fait au prix d'une dégradation accélérée de la plupart des écosystèmes vitaux. Pour la première fois dans l'histoire de la vie sur Terre, la pérennité de celle-ci ne paraît plus assurée même en écartant l'hypothèse d'une autodestruction de l'espèce par la guerre.

À force de sonner l'alarme et d'empiler les rapports, on risque que plus personne n'y prenne garde, tant la capacité humaine à se projeter dans l'avenir est limitée. Nous n'avons pourtant plus le luxe de l'ignorance. Sauf à léguer à nos descendants un monde invivable (littéralement), il faut relever le défi du développement durable : c'est-à-dire enrayer la destruction des écosystèmes fragiles dont nous dépendons pour notre existence comme un plongeur dépend de ses bouteilles d'oxygène, tout en continuant à les exploiter pour nos besoins croissants.

Le premier pas semble le plus dur. Il nous faut changer radicalement de méthode de calcul de la richesse. Accepter l'idée que celle-ci et le développement ne se mesurent pas qu'en dollars par habitant. Et qu'il faut y intégrer le prix des services rendus par la nature. Celle-ci, ou plutôt sa destruction, a un prix. Tôt ou tard, nous en paierons la facture. À l'heure actuelle, l'humanité est menacée de faillite.






Développement. Jacques Weber, un des économistes auteurs de l'étude, explique pourquoi l'évaluation des écosystèmes a changé :


"Il faut faire passer le long terme avant les tabous"



Par Vittorio de FILIPPIS / Libération / jeudi 31 mars 2005



Jacques Weber, économiste du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement, a contribué au rapport sur les écosystèmes et le bien-être de l'homme.

Pourquoi de nouvelles méthodes d'évaluation des écosystèmes ?

Jusqu'en 1992, lors de la conférence des Nations unies sur l'environnement et le développement de Rio de Janeiro, on a considéré le développement économique comme un processus de croissance autoentretenue sans fin. Or, à partir de cette date, les politiques ont commencé à réaliser qu'on se heurtait à des limites. Produire sans arrêt davantage, c'est consommer de la nature de manière également croissante. Pire encore, d'un point de vue strictement comptable, la façon de mesurer la richesse a pour conséquence qu'on traite la destruction de la nature comme un accroissement de richesse. On comptabilise comme un plus ce qui est un moins. Cette façon classique de regarder les problèmes aboutit à nier l'existence d'une irréversibilité.

Une bonne gestion des écosystèmes peut-elle aider à atteindre les objectifs du millénaire ?

La première cible des objectifs du millénaire est de réduire de moitié, entre 1990 et 2015, la proportion de la population mondiale dont le revenu est inférieur à 1 dollar par jour. Mais c'est quoi, l'extrême pauvreté ? Vue par la Banque mondiale, c'est celle qui touche ceux qui vivent avec moins de 1 dollar par jour. Un dollar qui a peu de pertinence. Il enferme l'objectif du millénaire dans une dimension monétaire. Or, nous devons aborder la pauvreté au sens d'Amartya Sen, prix Nobel d'économie en 1999. Pour lui, c'est l'insécurité provoquée par un "mauvais" accès et un mauvais usage des ressources renouvelables, comme l'eau, les pâturages, les pêcheries... qui enferme les plus démunis dans la pauvreté...

Des exemples confortent-ils cette thèse ?

L'un des États les plus pauvres du monde est le Kerala, en Inde. Mais on parle de pauvreté au sens monétaire du terme. Cet État a été comparé avec celui de l'Alagoas au Brésil. Écologiquement semblable au Kerala, l'Alagoas est beaucoup plus riche du point de vue du PIB par tête. Mais, surprise : les indicateurs sociaux de ce dernier ressemblent à ceux d'un pays du tiers-monde. La mortalité y est élevée, les inégalités fortes... En revanche, le Kerala a des indicateurs sociaux proches de ceux des pays les plus développés.

Pourquoi ce paradoxe ?

Le Kerala lutte contre les insécurités, même lorsqu'elles sont liées à l'accès aux ressources naturelles. Il s'agit des insécurités au sens d'Amartya Sen. Au Kerala, l'accès à l'eau ou à la terre n'est pas un problème... On est dans un écosystème où ça fonctionne, grâce à une bonne gouvernance qui fait en sorte que les enfants soient scolarisés, que la démocratie vive... La pauvreté c'est l'insécurité, l'angoisse, l'absence d'assurance.

Qu'en est-il dans les pays du Nord ?

Prenez la ville de New York, qui a connu des problèmes d'approvisionnement en eau. Deux solutions se présentaient à elle : soit construire une usine de retraitement de l'eau, soit restaurer les écosystèmes des collines alentour pour restaurer les filtrations naturelles. La seconde solution coûtant beaucoup moins cher, grâce aux fonctions naturelles des écosystèmes, ceux-ci ont été restaurés. Autre exemple, celui des îles Canaries, qui souffrent d'une pénurie d'eau apparente. Pour remédier à cette situation, l'Union européenne a choisi de financer des stations de dessalement d'eau de mer. Or, les experts ont montré que le problème n'était pas physique, mais politique. Les sous-sols appartiennent à ceux qui possèdent le sol. Voici un exemple où personne n'a voulu affronter le problème de la remise en cause de la propriété privée, politiquement taboue. Or, réfléchir sous l'angle du développement durable implique de faire passer le long terme avant les tabous.






Développement / À savoir / Libération / jeudi 31 mars 2005

Écosystème

Un écosystème est un système naturel formé par une communauté d'êtres vivants et son environnement. Ils développent un réseau d'interdépendances permettant le maintien et le développement de la vie. Chacun a une faune et une flore différentes et des paramètres physico-chimiques particuliers.

Objectifs du millénaire

Parmi les principaux objectifs que l'ONU s'est engagé à atteindre d'ici à 2015 figurent la lutte contre la pauvreté et la faim, l'éducation primaire pour tous, l'égalité des sexes et l'autonomisation des femmes, la réduction de la mortalité infantile, l'amélioration de la santé maternelle, le combat contre le sida et le paludisme.

70 millions de tonnes de poissons ont été pêchées en 2000, contre 80 millions en 1985. Depuis plus de quinze ans, les captures de poissons en mer diminuent car la ressource s'amenuise.

856 millions de personnes étaient sous-alimentés en 2000-2002, soit 32 millions de plus qu'en 1995-1997. La production alimentaire par individu a reculé en Afrique subsaharienne.

1,1 milliard de personnes n'ont pas accès à un approvisionnement en eau potable.

Plus de 2,6 milliards n'ont pas accès à des installations sanitaires satisfaisantes.




Millenium Ecosystem Assessment / Les experts donnent l'alarme : les changements survenus dans les écosystèmes continuent d'empirer et compromettent la réalisation des objectifs de développement global

Communiqué de presse :

Londres, mars 2005 - une étude décisive publiée aujourd'hui révèle qu'environ 60 % des services fournis par les écosystèmes et qui permettent la vie sur terre - par exemple la fourniture d'eau douce, les stocks de pêche, la régulation de l'air et de l'eau, la régulation des climats régionaux, des risques naturels et des parasites - sont dégradés ou surexploités. Les scientifiques avertissent que les effets négatifs de cette dégradation risquent de s'aggraver de façon significative dans les 50 ans qui viennent.

" Aucun des progrès réalisés pour éradiquer la pauvreté et la faim dans le monde, améliorer la santé des populations ou protéger l'environnement n'est susceptible de durer si la plupart des services fournis par les écosystèmes et dont l'humanité dépend continuent à se dégrader ", annonce le Rapport de Synthèse sur l'Évaluation des Écosystèmes pour le Millénaire (MA) qui résulte de l'étude menée par 1300 experts venus de 95 pays. L'étude établit en particulier que la dégradation en cours des services fournis par les écosystèmes est un obstacle sur la route des Objectifs du Millénaire pour le Développement, objectifs sur lesquels les dirigeants des pays du monde se sont mis d'accord aux Nations Unies en 2000.

Bien que nous n'ayons pas encore toutes les données, les experts peuvent d'ores et déjà affirmer que la dégradation observée de 15 des 24 services fournis par les écosystèmes pris en compte par l'étude accroît la probabilité de changements brusques et qui peuvent affecter sérieusement le bien-être des humains. Par exemple l'apparition de nouvelles maladies, des changements soudains de la qualité des eaux, la création de " zones mortes " le long des côtes, la destruction des zones de pêche, ou encore des bouleversements du climat à l'échelle des grandes régions du monde.

Le Rapport de Synthèse met en lumière quatre conclusions majeures :

Les humains ont modifié les écosystèmes plus rapidement et complètement au cours des 50 dernières années qu'à tout autre moment de leur histoire. Ils l'ont fait principalement pour répondre à des besoins croissants en nourriture, eau douce, bois, fibres et combustible. Plus de terres ont été converties pour l'agriculture depuis 1945 qu'aux 18ème et 19ème siècles réunis. Plus de la moitié des engrais azotés synthétiques - mis au point en 1913 - utilisés pour l'agriculture l'ont été depuis 1985. Selon les experts, la conséquence en est une perte substantielle et largement irréversible de la diversité de la vie sur la Terre, où 10 à 30 % des espèces de mammifères, d'oiseaux et d'amphibiens sont désormais menacées d'extinction.

Les changements des écosystèmes qui ont entraîné des gains nets substantiels en termes de bien-être humain et de développement économique les ont obtenus à un prix de plus en plus élevé en termes de dégradation des autres services. Seuls quatre services fournis par les écosystèmes ont vu une amélioration au cours des 50 dernières années : des gains de production pour les récoltes, le bétail et les produits de l'aquaculture, et une séquestration accrue du carbone en vue de la régulation du climat global. Deux services, la production de ressources halieutiques et la fourniture d'eau douce, sont aujourd'hui rendus à un niveau bien inférieur aux besoins actuels, sans parler des besoins futurs. Les experts prévoient que ces difficultés vont diminuer substantiellement les bénéfices que les générations futures peuvent attendre.

La dégradation des services fournis par les écosystèmes devrait s'aggraver de façon significative durant la première moitié du siècle, ce qui est un obstacle à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement. Chacun des quatre scénarios pour le futur explorés par les scientifiques au cours de l'étude prévoit bien des progrès en vue d'éradiquer la faim dans le monde, mais ces progrès seront bien trop lents pour réduire de moitié d'ici 2015 le nombre des personnes qui souffrent de la faim. Les experts rappellent d'autre part que des changements des écosystèmes comme la déforestation ont une influence sur l'abondance des pathogènes qui affectent les humains tels que la malaria ou le choléra, ainsi que sur les risques d'émergence de nouvelles maladies. La malaria, par exemple, représente 11 % du fardeau de la santé pour l'Afrique ; si cette maladie avait pu être éradiquée il y a 35 ans, le produit intérieur brut du continent africain serait aujourd'hui de 100 milliards de dollars plus élevé.

Le défi qui consisterait à renverser la tendance à une dégradation des écosystèmes tout en satisfaisant une demande croissante peut être relevé selon certains scénarios qui impliquent des changements significatifs des politiques et des institutions. Il s'agit cependant de changements importants et les tendances actuelles ne pointent pas dans ce sens. Le rapport mentionne les options disponibles pour conserver ou améliorer certains services fournis par les écosystèmes tout en réduisant les effets pervers ou en augmentant les impacts positifs sur d'autres services. Par exemple, la protection des forêts naturelles sauvegarde la faune et la flore sauvages tout en fournissant de l'eau douce et réduisant les émissions de carbone.

" La conclusion essentielle de cette évaluation est que les sociétés humaines ont le pouvoir de desserrer les contraintes qu'elles exercent sur les services naturels de la planète, tout en continuant à les utiliser pour obtenir un meilleur niveau de vie pour tous " affirme le Conseil de Direction du MA dans une déclaration intitulée Vivre au-dessus de nos moyens - actifs naturels et bien-être humain. " Y parvenir réclamera cependant des changements radicaux dans notre manière de traiter la nature à toutes les étapes de la prise de décision, ainsi que de nouvelles façons de coopérer entre gouvernements, entreprises et société civile. Les signaux d'alarme sont là pour qui veut les voir. Le futur est entre nos mains. "

Le Rapport de Synthèse du MA établit aussi que ce sont les populations les plus pauvres qui souffrent le plus des changements survenus dans les écosystèmes. Les régions qui font face à de graves problèmes de dégradation des écosystèmes - Afrique Sub-saharienne, Asie Centrale, certaines régions de l'Amérique Latine, une partie de l'Asie du Sud et du Sud-est - sont également celles qui auront le plus grand mal à réaliser les Objectifs du Millénaire pour le Développement établis par les Nations Unies. En Afrique Sub-saharienne, par exemple, le nombre de pauvres devrait augmenter de 315 à 404 millions de personnes d'ici 2015.

" C'est seulement en comprenant notre environnement et comment il fonctionne que nous pourrons prendre les décisions nécessaires pour le protéger. C'est seulement en comptant à leur juste valeur l'ensemble de nos précieuses ressources naturelles et humaines que nous pouvons espérer bâtir un futur durable " a déclaré le Secrétaire Général des Nations Unies, Kofi Annan, dans un message qui accompagne la diffusion des rapports du MA. " L 'Évaluation des Écosystèmes pour le Millénaire est une contribution sans précédent à notre mission globale pour le développement, la durabilité et la paix."

Le Rapport de Synthèse de l'Évaluation des Écosystèmes pour le Millénaire est le premier d'une série de sept rapports de synthèse et quatre volumes techniques qui évaluent l'état des écosystèmes du monde et leur impact sur le bien-être humain. Ce rapport est publié avec une déclaration du Conseil de Direction du MA intitulée " Vivre au-dessus de nos moyens - actifs naturels et bien-être humain ".

L'évaluation conduite sur quatre ans a été conçue en partenariat entre des agences des Nations Unies, des organisations scientifiques internationales et des agences de développement, avec des orientations en provenance du secteur privé et des représentants de la société civile. Le financement est principalement assuré par le Fonds Mondial pour l'Environnement, la Fondation des Nations Unies, la Fondation David & Lucile Packard et la Banque Mondiale. Le Secrétariat du MA est coordonné par le Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE).

Le MA est reconnu par les gouvernements comme un mécanisme qui permet de combler une partie des besoins d'évaluation de quatre traités internationaux sur l'environnement : la Convention des Nations Unies sur la Diversité Biologique, la Convention de Ramsar sur les Zones Humides, la Convention des Nations Unies pour Combattre la Désertification et la Convention sur les Espèces Migratrices. Le MA a le soutien de 22 des plus grandes organisations scientifiques au monde, y compris la Royal Society du Royaume-Uni et l'Académie des Sciences du Tiers Monde.

Le travail du MA s'opère sous le contrôle d'un conseil de direction de 45 membres, présidé conjointement par le Dr Robert Watson, conseiller scientifique en chef de la Banque Mondiale, et le Dr A.H. Zakri, directeur de l'Institut d'Études Supérieures de l'Université des Nations Unies. Le Groupe d'Évaluation qui supervise le travail technique du MA comprend 13 des plus grands chercheurs en sciences sociales et naturelles au monde. Il est présidé conjointement par Madame Angela Cropper, de la Fondation Cropper, et le Dr Harold Mooney, de l'Université de Stanford. Le Dr Walter Reid est le directeur de l'Évaluation des Écosystèmes pour le Millénaire.

Voir aussi ou plutôt écouter aussi sur diffusion des savoirs de l'ENS : Le rapport mondial «Millenium Ecosystem Assessment» / Patrick Lavelle (univ. Paris VI)
http://www.diffusion.ens.fr/index.php?res=conf&idconf=993

La biodiversité et le développement fragilisés
http://www.novethic.fr/novethic/site/dossier/index.jsp?id=89997

Ressources naturelles sur Novethic :
http://www.novethic.fr/novethic/developpement-durable/ressources-naturelles-agriculture-biodiversite/




Les réserves énergétiques :

Réserves de pétrole :
http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9gions_p%C3%A9troli%C3%A8res

http://fr.wikipedia.org/wiki/Pic_p%C3%A9trolier

http://perso.orange.fr/citoyens-a-montrouge/page23.htm

http://www.manicore.com/documentation/reserve.html

http://www.industrie.gouv.fr/energie/petrole/pdf/ra-direm2004.pdf

http://www.industrie.gouv.fr/energie/petrole/textes/indus_parapetrole05.htm

http://www.ifp.fr/IFP/fr/decouvertes/gds_debats/avenir/chiffres/index.htm

Réserves de gaz :
http://www.ifp.fr/IFP/fr/evenement/panorama/IFP-Panorama06_05-ReservesDecouvProd-VF.pdf

http://fr.wikipedia.org/wiki/Gazprom

http://fr.wikipedia.org/wiki/Gaz_naturel_liqu%C3%A9fi%C3%A9

http://fr.wikipedia.org/wiki/Gaz_naturel

http://fr.wikipedia.org/wiki/Pic_gazier

http://www.voltairenet.org/article16575.html

Réserves de charbon :
http://www.industrie.gouv.fr/energie/statisti/se_stats8.htm

http://www.futura-sciences.com/news-vastes-reserves-charbon-mer-nord_8326.php

http://www.vie-publique.fr/documents-vp/doc_asso_bordeaux_26avril.pdf

http://fr.wikipedia.org/wiki/Houille






Le GRID (Global Resource Information Data Base) ou Base de Données sur les Ressources Mondiales est un système d'information établi par les Nations-Unies pour l'environnement sur l'état des ressources naturelles et leur degré d'utilisation dans les divers pays.
http://www.grid.unep.ch/data/index.fr.php

Qu'est-ce que l'écologie industrielle ?
http://www.sofiae.com/introduction-f.html

____________________

Ressources naturelles :

http://www.attac.info/poa2003/?NAVI=1016-112269-14fr

http://www.ggl.ulaval.ca/personnel/bourque/s3/ressources.naturelles.html


http://oputaing.fr/agend21/action1.htm (Site agenda 21)

RESSOURCES EN EAU ET UTILISATIONS DANS LE MONDE : IDÉES REÇUES ET RÉALITÉS :
http://fig-st-die.education.fr/actes/actes_2003/margat/article.htm

Gagner la course à l'alimentation :
http://www.infoforhealth.org/pr/prf/fm13edsum.shtml

Protection des ressources naturelles :
http://www.infoforhealth.org/pr/prf/fm13/fm13chap4_3.shtml

Examen de la situation mondiale des espèces de grands migrateurs et des stocks chevauchants :
http://www.fao.org/DOCREP/003/T3740F/T3740F00.htm#TOC

LA PAUVRETÉ ET L'ÉCONOMIE MONDIALE :
http://www.un.org/french/events/rio92/rioissue.htm

____________________

Insectes des denrées alimentaires :
http://www.inra.fr/Internet/Hebergement/OPIE-Insectes/d-insectes.htm

Gestion des ressources naturelles / 22 articles sur Novethic.fr
http://www.novethic.fr/novethic/site/recherche/rech_resultat.jsp?thesaurus=14

Rejets de pêche :
http://www.ifremer.fr/drvrhbr/action_recherche/rejets_mer/

Rejets de poissons : le Parlement européen soutient les propositions de la Commission
http://www.actu-environnement.com/ae/news/rejets_poissons_rapport_parlement_europeen__4396.php4

La pêche sur Actu-environnement
http://www.actu-environnement.com/ae/recherche.php4?words=la+p%EAche

Dossier : Le cuivre, premier métal travaillé par l'homme
http://www.futura-sciences.com/fr/comprendre/dossiers/doc/t/geologie/d/le-cuivre-premier-metal-travaille-par-lhomme_779/c3/221/p1/

Dossier : L'Argent, un métal précieux
http://www.futura-sciences.com/fr/comprendre/dossiers/doc/t/chimie/r/haute-savoie-1/d/un-metal-precieux-largent_731/c3/221/p1/

Dossier : Notions de sciences métallurgiques / Thiers, la capitale du couteau
http://www.futura-sciences.com/fr/comprendre/dossiers/doc/t/matiere-4/r/puy-de-dome-1/d/thiers-la-capitale-du-couteau_778/c3/221/p1/






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