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Sénescence
Sénescence
(Canicule)


J’ai de plus de plus tendance à penser qu’augmenter le taux de gaz à effets de serre dans l’atmosphère reste le meilleur moyen de virer cette droite fasciste française, et sarkozyste , qui détruit la cohésion sociale ou le pacte républicain qui restaient les garants d’un fonctionnement acceptable de notre société, même s'il est basé sur une morale bourgeoise où la soumission par la violence prime sur les valeurs libertaires et altruistes qui font la richesse et l'intelligence des peuples. Dommage pour cette notion de solidarité générationnelle à laquelle je pensais être très attaché, mais une bonne canicule nous débarrasserait de tous ces vieux cons apeurés et socialement inadaptés, profitant de retraites que nos enfants n’auront jamais et capables de nous imposer le sarkozysme triomphant comme seule alternative durable à un changement profond de société. Qu’ils crèvent, surtout s’ils sont de droite ! Ils ne mesureront jamais les dégâts irrémédiables qu’ils ont contribué à installer. Et surtout que les Parques oublient M. Stéphane Hessel afin qu'il vive encore très longtemps... et s'indigne du comportement de DSK !


La maladie d'Alzheimer se caractérise moins par une incapacité à mémoriser que par une fabuleuse capacité à oublier...
Parce que plus envie,... enfin ou non plus !


Sommaire de la page (Articles, Dossiers, Études...) : Généralités / Claude Allègre, scientifiquement incorrect / M. Allègre se commet dans l'Express / Polémique Claude Allègre : les réponses de "Libération / Le réchauffement climatique et la santé /


Chaleur et santé /
Impacts sanitaires du changement climatique /
La ville…avec quelques degrés de plus /
Le vieillissement de la main-d’oeuvre et la SST /
Impact sanitaire de la vague de chaleur de l’été 2006 en milieu de travail /
☞ "Inégalités entre les générations : la France n’est pas un modèle à suivre" /
Les accidents et agressions corporelles chez les personnes âgées /
Le vieillissement cognitif, un enjeu pour les politiques publiques /
L'UMP envisage d'offrir le magot de la "dépendance" aux assureurs ! /
Santé et vieillissement de la population en Belgique /
Maintien en emploi et prévention de l'exclusion des salariés vieillissants : pratiques et points de vue /
La prévention des accidents domestiques des personnes âgées /
Préparons-nous à aider les aidants /
APRES LES RETRAITES, LE GOUVERNEMENT S’ATTAQUE AU GRAND ÂGE. /
Le déclenchement de l’offensive électoraliste sarkosienne par sarkozy himself (et en personne) /
Relever le défi d’une Europe vieillissante /
Vieillissement et dépenses de santé /
Réforme de la dépendance : quels enjeux ? /
Enquête de prévalence des infections en établissements d'hébergement de personnes âgées dépendantes /
Quels apports à la connaissance des enjeux économiques et sociaux du vieillissement ? /
L'influence des Êtats providence sur les conditions de vie des Européens de 50 ans et plus /
La dépendance : aujourd’hui l’affaire des femmes, demain davantage celle des hommes ? /
Conception et rénovation des EHPAD /
Système d’alerte canicule et santé : principes, fondements et évaluation /
Du vieillissement cérébral à la maladie d’Alzheimer, décryptage scientifique /
L'adaptation de la société au vieillissement et la prévention de la perte d'autonomie /
Des biens et des services adaptés aux personnes âgées - une opportunité de développement social et économique /
Santé et vieillissement ((dossiers) /
Vieillir chez soi /

Sites Internet et articles / Corrélats


La sénescence est une conséquence normale du vieillissement naturel. La sénescence, qui touche tous les êtres vivants, sans pratiquement d’exceptions, est aussi une conséquence de l’inversion qui s’établit chez tous les systèmes thermodynamiques ouverts, dès lors que les entrées de matière et d’énergie dans les systèmes deviennent moins importantes que les sorties de matière et d’énergie.

Une vieille dame de 96 ans ... malgré la canicule.
Autrement dit quand la nécessaire croissance des systèmes, pour qu’ils survivent, n’est plus assurée.



Les protistes ou les bactéries, parce qu’ils sont capables de scissiparité, retardent ces processus d’entrée en récession. En divisant leurs cellules, ces organismes recréent les conditions d’une croissance (positive !), à savoir que leur capacités d’échanges de matière et d’énergie avec leur environnement (grossièrement proportionnelles à leur surface) redeviennent supérieures à leur métabolisme (grossièrement proportionnel à leur volume cellulaire).

Chez les organismes pluricellulaires, cette division n’est plus assurée que chez quelques familles de cellules qui gardent cette possibilité de se diviser. Beaucoup d’entre elles, principalement parce qu’elles ont acquis un fort degré de spécialisation, n’en sont plus capables (neurones, cellules rénales, hépatiques, cardiaques, cellules des glandes endocrines, etc.). La seule solution qui demeure pour ces organismes est de produire des gamètes, mâles ou femelles qui, s’ils se rencontrent, donneront un nouvel organisme capable, non d’empêcher la mort de ses géniteurs, mais d’assurer la survie de son espèce, des niches qu’elle occupe et conséquemment, l’utilisation et la circulation de la matière et de l’énergie dans les écosystèmes.

La mort individuelle des organismes d’une espèce s’inscrit donc comme un facteur de survie de l’espèce. À chacun, au cours de son existence terrienne, d’assurer au mieux sa fonction thermodynamique de circulation d’énergie et de matière. Et tant mieux si d’autres fonctions annexes sont assurées (travail, éducation, activités artistiques, intellectuelles, sexualité, etc.) puisqu'elle concourent aussi à retarder la sénescence (dans les faits, ces fonctions sont aussi des manières d’échanger de l’énergie et de la matière et de retarder l'entropie).

Chez la plupart des espèces animales, la vieillesse ne dure jamais très longtemps. La sénescence se traduit toujours, chez elles, par des déficits progressivement installés des fonctions motrices et physiologiques qui affectent les fonctions cérébrales cognitives et mnésiques, cardiaques, hépatiques, endocrines, sexuelles, rénales, sensorielles, circulatoires, digestives, immunitaires, bio-rythmiques, etc.

La survie individuelle, dans la nature, ne peut durablement se poursuivre quand l’acuité sensorielle et les capacités physiques d’un animal sont passées au-dessous d’un certain seuil.

Il n’y a guère que quelques espèces animales où la survie des vieux sujets est prolongée, le plus souvent, pour la raison que c’est le groupe social qui compense les déficits manifestés par les vieux sujets. C’est peut-être vrai chez les éléphants. C’est très significatif dans l’espèce humaine. C’est probablement même un des aspects de nos comportements qui peuvent nous faire encore espérer en la civilisation… tout au moins jusqu’à ce qu’on lise les propos de M. Claude Allègre sur la canicule (L’express, 18 septembre 2003) : On nous dit que cette vague de chaleur a tué 15 000 personnes supplémentaires par rapport aux chiffres habituels de mortalité en août, et l'on parle de catastrophe sanitaire. Les décès ayant touché en grande majorité des personnes très âgées vivant souvent chez elles (et quels que soient les drames humains que chaque décès provoque chez les proches), il faut du point de vue épidémiologique poser une question simple : pour une large part, la canicule n'a-t-elle pas seulement avancé de quelques mois des décès inévitables pour des personnes très âgées affaiblies ou malades ? Cette constatation, dont, bien sûr, je mesure la cruauté, doit être malgré tout soulignée.

À la lecture de ces quelques lignes, et même si intuitivement, j’avais plutôt l’impression que nos civilisations donnaient de sérieux signes de décadence, j’acquiers la certitude que nous sommes entrés dans la barbarie, une barbarie courtoise et administrative, certes, une barbarie quand même.

Alors que Sa Suffisance Allègre confonde cruauté et imbécillité n'a rien pour nous étonner... il a déjà tellement confonduqu'il en est confondant !




Rebelote, Sa suffisance a encore foiré, on apprend que Allègre n'est pas climatologue ! C'est vrai qu'avec les éruptions phréatiques, on avait compris qu'il ne devait pas être vulcanologue, et qu'avec la chute des corps, il lui restait du chemin pour être physicien. Tout cela nous explique clairement pourquoi avec de telles incompétences, on* le choisit comme Ministre. C'est d'ailleurs au cours de ce mandat que les enseignants apprirent qu'il n'était pas non plus paléontologue.

Saura-t-il faire une pause ?

[* Ce "on-là" aurait quitté définitivement la vie politique pour la seconde fois ?]

Claude Allègre, scientifiquement incorrect

LE MONDE / 03.10.06 / Stéphane Foucart / Article paru dans l'édition du 04.10.06

Vent debout contre Claude Allègre. Depuis la publication de sa chronique du 21 septembre dans l'hebdomadaire L'Express, le géophysicien suscite la colère des climatologues français. Rompant avec le consensus qui prévaut chez les spécialistes de l'évolution du climat, M. Allègre développait dans son texte l'idée selon laquelle les changements climatiques actuels ne sont pas le signe d'un réchauffement global de la Terre. Et, surtout, que la cause de ces changements demeure inconnue.

En réponse, plusieurs climatologues ont adressé, mardi 3 octobre, une courte lettre de protestation à l'Académie des sciences, à l'Institut national des sciences de l'univers (INSU), au ministère de la recherche ainsi qu'à L'Express. Parmi les signataires, Jean Jouzel, directeur de l'Institut Pierre-Simon-Laplace (IPSL), Michel Fily, directeur du Laboratoire de glaciologie et de géophysique de l'environnement (LGGE), ou encore Thomas Stocker, directeur du laboratoire de physique du climat et de l'environnement de Berne (Suisse).

Que dit donc l'ancien ministre de l'éducation nationale, de la recherche et de la technologie (1997-2000), scientifique reconnu ? Sous le titre "Neiges du Kilimandjaro", il écrit : "Dans la même quinzaine, on a vu les photos spectaculaires de Yann Arthus-Bertrand montrant le Kilimandjaro déplumé, sans ses neiges, et l'on a immédiatement entendu le refrain sur le réchauffement de la planète et lu dans la revue Science un important article d'une série d'éminents glaciologues qui montrent que, en trente ans, le volume des glaces antarctiques n'a pas varié. Tous les spécialistes sont d'accord : si un réchauffement général du globe a lieu, il sera beaucoup plus important près des pôles qu'à l'équateur. Or ces auteurs expliquent qu'en certains endroits du continent antarctique il y a une destruction massive de la banquise, mais qu'ailleurs il y a épaississement de la glace."

"Alors, y a-t-il ou non réchauffement climatique ?, interroge l'ancien ministre. L'argument du Kilimandjaro paraît imparable. (...) Mais les choses ne sont pas si simples. La disparition progressive des neiges du Kilimandjaro est souvent attribuée à des phénomènes locaux, et au premier chef à la désertification de l'Afrique de l'Est." Puis Claude Allègre convoque une publication sur la "remontée" géologique du continent africain qui expliquerait cette désertification. La conclusion du texte est claire : le dossier du réchauffement climatique de la planète reste ouvert. "La cause de cette modification climatique est inconnue, affirme-t-il. Est-ce l'homme ? Est-ce la nature ?" Il invite à la "prudence". Et fustige les tenants d'une "écologie de l'impuissance protestataire devenue un business très lucratif pour quelques-uns".

Dès sa publication, la chronique de M. Allègre provoque un déluge de courriels indignés entre laboratoires. Tout ce que la France a de climatologues et de glaciologues serre les dents. De nombreux chercheurs protestent, le font savoir en privé, mais l'émoi demeure confiné aux centres de recherche.

Certes, Claude Allègre n'est pas climatologue, certes il exprime un point de vue ultra minoritaire, certes il fait une interprétation erronée des travaux qu'il cite... Mais il est, au moment de la publication, ministrable en cas de retour de Lionel Jospin à l'Élysée. Prudence, donc. Jusqu'à l'annonce du retrait de l'ancien premier ministre de la course à l'investiture socialiste pour la présidentielle de 2007.

La décision de Lionel Jospin, annoncée officiellement le 29 septembre, semble délier les langues et susciter les initiatives. Le 1er octobre, plus d'une semaine après la publication de la chronique décriée, le LGGE met en ligne sur son site Internet un texte assassin de Sylvestre Huet, journaliste scientifique à Libération, qui démonte implacablement et en termes peu amènes les arguments de M. Allègre.

Les chercheurs signataires du courrier de protestation ne font pas autre chose. Dans un style plus urbain, ils font valoir que "les modèles climatiques ne prévoient pas une diminution du volume des glaces de la calotte antarctique en raison de chutes de neige plus importantes et d'une fusion encore très marginale dans cette région polaire, où les températures sont globalement très inférieures à 0° C.

En clair, les travaux mentionnés par M. Allègre dans son texte ne contredisent pas les prévisions des climatologues et ne remettent nullement en cause le consensus actuel sur le réchauffement.

Une fois le reste de l'argumentaire déconstruit, les auteurs du courrier concluent : "On pourrait s'attendre qu'un chercheur 'éminent', ancien ministre de la recherche et académicien, donne une information d'expert scientifique responsable et non une information tronquée, presque partisane et fausse, surtout lorsque cela concerne un sujet sociétal." Les climatologues reprochent à M. Allègre de nier l'évidence du réchauffement et de sa cause principale - l'homme. Et, de ce fait, de contribuer à instiller le doute sur les travaux du Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC) - travaux qui légitiment le protocole de Kyoto et les maigres efforts de la communauté internationale pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

"Venant de la part d'une personnalité comme Claude Allègre, on ne pouvait pas laisser passer cela, relève Dominique Raynaud, ancien directeur du LGGE. Cela équivaut à jeter le discrédit sur tous les personnels de la recherche qui travaillent, en France, sur ces thèmes." Outre sa qualité d'ancien ministre, M. Allègre est aussi l'un des scientifiques français les plus titrés. Il est lauréat du Prix Crafoord et de la médaille Wollaston, médaille d'or du CNRS. Certains climatologues, comme Michel Fily, n'hésitent pas à lier les prises de position de Claude Allègre à la faible mobilisation du Parti socialiste sur les questions de changement climatique.

"Ce genre de propos arrive alors qu'on voit s'ouvrir sur Internet de plus en plus de sites et de listes de diffusion dont l'objectif est de nier la réalité du réchauffement et de ses causes ou de colporter des informations rassurantes mais scientifiquement infondées sur le phénomène, dit Valérie Masson-Delmotte, chercheuse au Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement (LSCE). Ces idées commencent à transparaître dans certains enseignements universitaires dispensés dans le domaine des sciences de la Terre."

Quasi absentes de la communauté des climatologues, les thèses de M. Allègre sont partagées, en France, par des géophysiciens de l'Institut de physique du globe de Paris (IPGP). Les communications de Vincent Courtillot, directeur de l'IPGP et proche de M. Allègre, ont d'ailleurs, récemment, déjà suscité quelques remous à l'Académie des sciences.

Celle-ci doit organiser, fin janvier 2007, un débat autour des thèses de M. Courtillot, selon lesquelles l'augmentation de la concentration atmosphérique en CO2 pourrait ne pas être la cause principale du réchauffement. Ce dernier pourrait être attribué à des phénomènes indépendants des activités humaines (cycles solaires, géomagnétisme).

"Il y a encore quelques personnes qui posent des questions sur la méthodologie du GIEC, sur les mesures de la température moyenne du globe, etc., explique Edouard Brézin, président de l'Académie des sciences. Nous allons donc avoir un débat entre les gens qui travaillent dans le domaine, qui n'ont pas la moindre hésitation et qui sont suivis par 98 % des académiciens, et quelques personnes qui, n'ayant jamais travaillé spécifiquement sur ces sujets, continuent à douter..."

Un climatologue, qui a requis l'anonymat, s'amuse de cette bataille. "On a parfois du mal à suivre Claude Allègre : pour qui le connaît, il est difficile de faire la part entre ses convictions scientifiques réelles et ce qui relève dans son discours de la pure provocation ou de la politique, explique-t-il. À la fin des années 1980, pour faire pièce aux antinucléaires, il n'hésitait pas à tirer la sonnette d'alarme sur le réchauffement climatique en mettant en garde contre l'accumulation de CO2 dans l'atmosphère."

Et de citer un livre d'entretiens (12 Clés pour la géologie, éd. Belin/France Culture), dans lequel Claude Allègre expliquait, en 1987 : "En brûlant des combustibles fossiles, l'homme a augmenté le taux de gaz carbonique dans l'atmosphère, ce qui fait, par exemple, que depuis un siècle la température moyenne du globe a augmenté d'un demi-degré."




Réponse de Sylvestre Huet, journaliste à l'article de M. Allègre paru dans l'Express du 21/09/2006.

[Voir aussi sur le site LGGE (Laboratoire de géophysique et glaciologie de l'environnement) : http://www-lgge.ujf-grenoble.fr/]

Le 21 septembre dernier, l'ancien ministre de la recherche et de l'éducation nationale Claude Allègre a publié sa chronique hebdomadaire dans l'Express. Le verbe commettre serait plus indiqué.

Le géophysicien, prix Crafoord et médaille d'or du CNRS, s'y livre en effet à une série d'affirmations dont on hésite entre "mensongères" ou "ignorance grave" pour les qualifier. Pire : elles portent toutes sur un sujet - l'évolution du climat - dont on aurait pu penser qu'il ne se situe pas trop loin du domaine de compétence professionnelle de l'ex-ministre. C'est d'ailleurs à ce double titre qu'il peut faire mal, la confiance du lecteur abusée par l'autorité du savant et de l'homme politique.

Claude Allègre débute sa chronique en citant les "photos spectaculaires" de Yann Arthus-Bertrand du Kilimandjaro - sommet africain - dont la couverture de glace est en voie de disparition. Puis critique l'attribution de cette évolution au réchauffement climatique en cours, un "refrain", ironise t-il. Claude Allègre cite un article "dans la revue Nature", où "des chercheurs français ont montré que cette désertification (responsable de la disparition des glaces du Kilimandjaro) était largement due à des mouvements tectoniques responsables de la remontée progressive du continent africain, modifiant la circulation météo. L'effet de serre n'a aucun rôle majeur là-dedans". Il n'y a pas d'article sur ce sujet dans les dernières livraisons de Nature. Il y en un, cependant, dans le numéro du 8 septembre de Science (1). Mais il est très peu probable que Claude Allègre l'ait lu. En effet, s'il porte sur le climat de l'Afrique, il s'agit de l'évolution de celui-ci entre il y a 8 et 2 millions d'années. Et pas une ligne sur ce qui s'est passé depuis en Afrique. Cet article a un rapport avec Lucy et l'origine de l'Humanité. Mais pas avec Homo Sapiens et l'accentuation de l'effet de serre qu'il provoque depuis un siècle et demi par l'usage massif du carbone fossile (charbon, pétrole et gaz). Allègre manipule le texte, trompe ses lecteurs.

Le géophysicien ne s'arrête pas là. Et cite un "important article d'une série d'éminents glaciologues (qui) montre que, en trente ans, le volume des glaces antarctiques n'a pas varié". Ce qui, poursuit-il, met en cause l'idée selon laquelle "si un réchauffement général à lieu, il sera beaucoup plus important près des pôles qu'à l'équateur". Or, cet article (2) ne porte pas sur le volume des glaces de l'Antarctique mais sur la mesure de la quantité de neige qui y est tombée depuis 1958. Les auteurs notent qu'"il n'y a pas de changement statistiquement significatif dans les chutes de neige depuis les années 1950, indiquant que les précipitations sur l'Antarctique ne peuvent pas atténuer la montée du niveau de l'océan mondial comme cela était espéré, malgré le réchauffement récent durant l'hiver de l'atmosphère au dessus (de l'Antarctique, ndlr)". Les climatologues n'ont en effet jamais envisagé que le réchauffement général et au dessus de l'Antarctique, se traduise par une diminution du volume de la calotte antarctique mais par une augmentation, à l'horizon 2100, en raison de chutes de neiges plus importantes. Il y a pire. Dans le même numéro de Science, un autre article porte sur l'évolution récente de la calotte Groenlandaise (3). Il montre que celle-ci a perdu près de 239 kilomètres cubes de glace entre 2002 et 2005, une "accélération", estiment les glaciologues. De deux choses l'une : soit Claude Allègre n'a pas lu l'article dont il parle, ni, d'ailleurs, ne serait-ce que jeté un œil sur le sommaire de cette livraison de Science, soit il la connait et - l'hypothèse de l'incompréhension n'étant guère recevable - il ment délibérément. Claude Allègre prétend que "la cause de cette modification climatique (récente, ndlr) est inconnue. Est-ce l'homme ? Est-ce la nature ?". L'ancien ministre n'a sûrement pas le temps de lire les milliers de pages présentant les analyses et les mesures de ses collègues dont la synthèse, réalisée par le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat, affirme qu'il est impossible d'expliquer l'évolution climatique depuis cinquante ans sans tenir compte de l'augmentation de l'effet de serre provoquée par les émissions anthropiques. Cette conclusion est certes récente - elle apparaît pour la première fois dans le rapport paru en 2001 - mais solide et prudente, émise après une critique soigneuse des alternatives. Peu soucieux d'éviter le paradoxe, il se lance dans une hypothèse hardie : "la dénonciation de la responsabilité de l'homme quant au réchauffement de la planète permet de ne rien faire" sous prétexte que "les effets des mesures préconisées ne se feront sentir que dans un demi-siècle". "En revanche, poursuit-il, "la lutte contre les théorèmes extrêmes (vous avez bien lu, ndlr) peut être menée avec des résultats". Là encore, l'ancien ministre passe les bornes de la mauvaise foi. Les climatologues ont clairement annoncé qu'il s'agissait effectivement de prendre nos responsabilités vis à vis des générations futures et non d'obtenir des résultats immédiats. Surtout, ils ont mis l'accent sur le risque accru d'événements météo extrêmes et d'une variabilité accrue du climat comme manifestation dangereuse de son évolution globale - une canicule type 2003 en Europe devrait ainsi faire figure d'été moyen à l'horizon 2070 - et comme l'une des raisons de tenter de l'atténuer.



Il peut sembler vain d'alerter les citoyens contre le propos de Claude Allègre. Mais, sur ce sujet du changement climatique, les scientifiques ont accepté, collectivement, d'endosser le rôle délicat d'experts auprès de la société et des gouvernements. Ils ont pris le risque de conclure leur diagnostic par une recommandation redoutable : nous devons user avec le plus d'économie possible du pétrole, du gaz et du charbon, alors même qu'ils constituent près de 80% de nos ressources énergétiques. La difficulté de la tache suppose une grande confiance dans le diagnostic et la préconisation. Qu'un scientifique bardé de médailles par sa communauté utilise de tels procédés pour le mettre en cause mérite que ses collègues réagissent.



Sylvestre Huet



(1) Tectonic uplift and eastern africa aridification. Pierre Sepulchre et al. Science du 8 septembre.

(2) Insignificant change in Antarctic snowfall since the international geophysical year. Andrew J. Monaghan et al. Science du 11 aout 2006.

(3) Satellite gravity measurements confirm accelerated melting of Greenland ice sheet. J.L. Chen et al. Science du 11 aout 2006.




Polémique Claude Allègre : les réponses de "Libération"

"Libération" répond point par point au texte de l'ancien ministre de la recherche publié dans "Le Monde" et dans lequel il tente de justifier son analyse sur le climat, selon laquelle il doute que le gaz carbonique est le principal responsable du changement climatique.

Par Sylvestre HUET / LIBERATION.FR : dimanche 29 octobre 2006

" Le Monde " a récemment publié un long texte de Claude Allègre où l'ancien ministre de la recherche tente une nouvelle fois de se justifier de ses propos sur le climat. Ci-dessous, une analyse de ce texte - intégralement reproduit - et les réponses de " Libération ".

Les réponses de Libération aux propos de Claude Allègre apparaissent en gras.

A-t-on le droit d'émettre des doutes sur une théorie scientifique "officielle", estampillée par les médias et les politiques ?

Libération. Qui a dénié à Claude Allègre le droit d'émettre un quelconque doute sur quoi que ce soit ? Personne. Ce sont les arguments qu'il avance pour le justifier qui sont vertement critiqués. Qualifier une théorie scientifique d' " officielle " parce qu'elle serait avalisée par les médias et les politiques est pour le moins étrange. Claude Allègre sait très bien que ce ne sont ni les uns ni les autres qui décident du destin et du statut d'une théorie scientifique, mais le travail des scientifiques eux-mêmes qui vont, en la confrontant au réel par des expériences ou des observations la réfuter, la valider, ou limiter son domaine de validité en l'incorporant dans une théorie plus large.

À partir des années 1980, un groupe de scientifiques a défendu l'idée que l'augmentation de la teneur en gaz carbonique dans l'atmosphère allait conduire à un réchauffement généralisé du climat de la Terre, à partir d'un mécanisme physique bien connu, l'effet de serre. C'est-à-dire l'absorption par certaines molécules, dont le CO2, mais aussi l'eau et le méthane, des rayons infrarouges émis par la Terre chauffée par le Soleil.

Libération. Cette affirmation est complètement inexacte. C'est dès 1896 que le scientifique suédois Svante Arrhénius a déduit du mécanisme physique de l'effet de serre que la combustion massive de carbone fossile, le seul charbon à son époque, allait augmenter la teneur en gaz carbonique de l'air et augmenter sa température. Mais cette affirmation est restée qualitative jusqu'à la fin des années 1980, faute de références aux relations passées entre climat global et teneur en gaz à effet de serre et faute de moyens de modélisation et de calcul informatique permettant de simuler un climat sous effet de serre renforcé.

Ce groupe de scientifiques s'est organisé à l'échelon international sous l'égide des Nations unies pour rédiger des rapports officiels et promouvoir la recherche en climatologie. Sous-jacente à cette démarche, l'idée que l'homme est coupable et que nous courons à la catastrophe planétaire. Aujourd'hui, la climatologie est devenue une science à la mode, et ses budgets de recherche ont été multipliés par des facteurs importants (sans doute presque 10 aux États-Unis). Du point de vue médiatique et politique, cette théorie est devenue pour certains, une certitude, une vérité incontestable.

L'idée de réunir des experts pour connaître l'état de la science et permettre ensuite aux politiques de décider paraît logique. Malheureusement, lorsqu'on se trouve dans un domaine où la science est en pleine évolution, où les découvertes se succèdent, où rien n'est simple, les interprétations sont variées, et variables. La "vérité" scientifique - si tant est que cette expression ait un sens - ne s'établit que petit à petit, disons après une génération. La science est un processus de démocratie différée ! Or, aujourd'hui, on assiste à la mise en place d'un consensus s'appliquant à tout, à tous, et tout de suite !

Tous les quatre ans, un premier panel international de scientifiques réalise un premier rapport. Celui-ci est transmis à un second panel composé de représentants des gouvernements (certains sont scientifiques, d'autres non) qui établit le consensus sur un scénario. Le premier rapport, très volumineux, contient des points de vue assez nuancés, mais il n'est guère lu. C'est le second rapport, plus court, plus politique, plus affirmatif, qui devient de fait la vérité officielle. On imagine les effets de la même procédure appliquée aux OGM ou aux cellules-souches !

Cette manière de faire ressemble à celle qui eut lieu autrefois dans certains régimes et qu'on ne veut pas revoir dans le monde libre. L'épisode actuel n'est qu'une petite manifestation de cette pratique de dictature intellectuelle.

Libération. La présentation que fait Claude Allègre du fonctionnement du GIEC - groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat - et du contenu de ses rapports est tout simplement indigne. Parler de " dictature intellectuelle " et suggérer que son fonctionnement s'inspire de dictatures politiques et policières n'est pas seulement faux, mais également méprisable. Mis en place en 1988 par l'Organisation météorologique mondiale et l'ONU, il a rédigé trois rapports d'ensemble publiés en 1990, 1995 et 2001, ainsi que des rapports sectoriels. Ces rapports généraux, comme le GIEC lui-même, sont répartis en trois volets : le volet 1, qui porte sur les sciences du climat ; le volet 2 qui porte sur les conséquences du changement climatique ; le volet 3 qui porte sur les politiques à mener pour atténuer ce changement et s'y adapter. Le prochain rapport sera publié en 2007. Claude Allègre, comme membre de l'Académie des Sciences, peut avoir accès aux textes en cours d'écriture et participer à leur rédaction en proposant des amendements s'il le souhaite. A ma connaissance, il ne le fait pas. Les rapports du GIEC suivent des règles précises : ils ne sont qu'une synthèse exclusivement fondée sur des travaux scientifiques antérieurement publiés dans des revues à comité de lecture. Chacune de ses affirmations doit s'appuyer sur ces articles. Les groupes de travail comportent plusieurs milliers de scientifiques si l'on tient compte de tous ceux qui relisent les textes et donnent leur avis. Les textes produits n'effacent aucune incertitude ni désaccords entre résutats de recherche. Si les volets 2 et 3 intègrent des données de sciences humaines et sociales (économie, démographie, prospective technologiques...) dont chacun connaît les limites, le volet 1 ne le fait que sur un point, les scénarios d'émissions de gaz à effet de serre. Comme ces scénarios utilisent une très large fourchette d'hypothèses, il y a très peu de risques que le futur réel se situe ailleurs. Il est tout à fait exact qu'entre le long texte des rapports, plusieurs milliers de pages, et le bref " résumé pour décideurs ", de 37 pages pour celui de 2001, qui est voté par une assemblée des représentants de leurs pays nommés par les gouvernements, se produit une réduction drastique en volume. Pour autant, il suffit de consulter celui de 2001 pour y voir listées les principales "incertitudes clés", par opposition aux " conclusions robustes ". Parmi lesdites incertitudes clés, on peut lire : " ampleur et caractère de la variabilité naturelle du climat ", " forçages climatiques dus aux facteurs naturels et aux aérosols anthropiques ", " liens entre tendances régionales et les changements climatiques anthropiques ". Présenter ce texte comme " un consensus de tous sur tout et tout de suite ", comme le fait Claude Allègre est donc un mensonge factuel qui ne résiste pas à la simple lecture du texte (lisible en français et téléchargeable à http://www.ipcc.ch/pub/un/syrfrench/spm.pdf). Il n'est pas inintéressant de savoir que les représentants du gouvernement américain ont plusieurs fois demandé que le GIEC renonce à ce texte de synthèse. Les autres membres ont refusé, en considérant que ces textes brefs, dont les formulations sont très prudentes, sont nécessaires au débat public. Un exemple suffit à démontrer cette prudence. A la question de savoir si le réchauffement se traduira par une augmentation de l'intensité des tempêtes aux latitudes moyennes (comme celles de noel 1999 en France), le rapport 2001 répond franchement : " (il y a) peu d'accord entre les modèles actuels " et considère qu'il n'y a pas de réponse fiable à la question. Il est piquant de rappeler que Claude Allègre, alors ministre, n'avait lui aucun doute sur le sujet et avait attribué cette tempête de 1999 au réchauffement de la planète, à l'inverse des météorologues et climatologues (Libération du 30/12/1999, article de Christophe Forcari).

On nous dit que 99 % des scientifiques sont d'accord ! C'est faux. Quatre-vingts scientifiques canadiens, dont beaucoup de spécialistes du climat, ont écrit au Premier ministre pour le mettre en garde contre le prétendu consensus. En France, des scientifiques et ingénieurs m'écrivent pour dire que, mettant en doute la vérité officielle, ils ont été empêchés de s'exprimer. Enfin, l'article publié dans le Wall street Journal du 12 avril, " Climat de peur ", écrit par l'un des plus grands météorologues mondiaux, professeur au MIT, Richard Lindzen, raconte comment des scientifiques de talent ont perdu leur poste pour avoir contesté la vérité officielle, et comment d'autres ont perdu leurs moyens de recherche. Il ne parle pas de la campagne de calomnie que l'on a orchestrée pour le salir, l'accusant d'être à la solde des compagnies pétrolières, ce qui est infâme !

Libération. Claude Allègre ne peut citer aucun exemple d'une véritable censure, c'est-à-dire le refus de publier dans une revue scientifique un résultat de recherche ou une analyse de données qui serait fondé sur l'interdit et non sur la qualité du travail. Allègre n'a jamais été victime d'une telle censure puisqu'il n'a jamais travaillé sur le sujet. Tous les exemples qu'il prend dans la suite du texte (rôle du Soleil, des rayons cosmiques, des nuages, des aérosols... ) ont tous donné lieu à des articles publiés dans des revues à comité de lecture. Où est, alors, " l'empêchement de s'exprimer ? " dans la communauté scientifique. La revue La Recherche vient de publier une interview d'un chercheur proche de Claude Allègre (IPG, Paris) qui défend l'idée que les variations d'intensité du champ magnétique pourraient avoir un rôle climatique. Où est la censure ? L'exemple américain est une véritable ironie : c'est bien aux USA qu'un employé du Président a tenté, de la Maison Blanche, d'empêcher la Nasa de mettre sur l'un de ses sites web la mention du travail d'un climatologue, James Hansen, sous prétexte que ses résultats (la simple mesure des températures sur la Terre) n'était pas en phase avec le discours de Georges Bush. Heureusement, cette tentative s'est piteusement terminée par un communiqué du patron de la Nasa qui rappelait que son agence n'allait pas se plier à de telles exigences.

Heureusement, en France, on n'en est pas encore là ! Alors pourquoi ces réactions violentes face à mes doutes et mes questions ? Ces mêmes attaques que la médecine développait contre le chimiste Pasteur, ou que les géologues développaient contre le climatologue Wegener !

La raison de tout ce tintamarre est la peur. Car plus les recherches climatologiques avancent, plus la vérité officielle apparaît fragile. L'eau est le principal agent de l'effet de serre, 80 fois plus abondante que le CO2 dans l'atmosphère, or on arrive difficilement à modéliser le cycle de l'eau, notamment parce qu'il est difficile de modéliser les nuages, de déterminer la proportion de cirrus (qui contribuent à réchauffer) et celle de stratus (qui refroidissent). Le rôle des poussières naturelles, industrielles et agricoles est également mal compris, notamment dans la nucléation des nuages. De la même façon, on constate que les teneurs en composés soufrés dans l'atmosphère ont décru depuis trente ans, mais on connaît mal leur rôle, alors qu'ils sont des agents potentiels de refroidissement. Il apparaît aussi que le rôle du Soleil a été sous-estimé, sans parler des effets possibles du rayonnement cosmique galactique, comme viennent de le proposer, avec expériences à l'appui, des scientifiques danois.

Mon collègue Le Treut lui-même soulignait dans son discours devant les cinq Académies (Le Monde du 25 octobre) combien les modèles étaient entachés d'incertitudes. Ce qui est positif dans tout cela, c'est que l'Académie des sciences va organiser un débat contradictoire sur le sujet. Pour la première fois, il sera possible de comparer les opinions des uns et des autres. Ce débat entre scientifiques, et devant les autres membres de l'Académie, permettra dans la sérénité d'établir non pas la vérité, mais l'état des lieux. Ensuite, publication à l'appui, chacun pourra juger.

Libération. Le " collègue Le Treut " est outré des propos de Claude Allègre. Et son texte publié par Le Monde, un modèle de prudence et de sincérité. En voici un extrait significatif qui contredit complètement le propos de Claude Allègre : Si la perspective d'un changement climatique global résultant de l'augmentation des gaz à effet de serre constitue désormais un risque dont la réalité est très largement reconnue, c'est parce que la communauté scientifique s'est organisée, depuis plusieurs décennies, pour développer un diagnostic de plus en plus étayé, puis le répercuter très largement, au niveau du grand-public ou des décideurs. Cette phase d'alerte pose encore des problèmes difficiles. Comment traduire de manière suffisamment forte et audible un sentiment d'urgence face à l'évolution de notre environnement global - partagé par la plupart des scientifiques -, tout en gardant un discours rigoureux, qui fasse la part des certitudes mais aussi des multiples incertitudes qui affectent toute tentative de prévision quantitative des changements à venir ? Comment traduire le consensus général de la communauté scientifique, en laissant néanmoins leur place aux différences de sensibilité, inévitables dès qu'il s'agit de déterminer l'importance pour nos sociétés des perturbations prévisibles ? Pour apporter une réponse partielle à ces questions, il est nécessaire de rappeler les points clés du dossier scientifique. L'atmosphère, les océans, les grands glaciers ou les banquises constituent des milieux complexes et fragiles, qui interagissent constamment au travers de processus mécaniques, physiques, chimiques ou biologiques, et déterminent ainsi ce que l'on appelle le système climatique. (...) Nous vivons depuis 10 000 ans dans des conditions interglaciaires, une situation d'une durée inhabituelle, dont la théorie astronomique rend compte et qui est appelée à se poursuivre encore quelques milliers d'années. C'est dans cette très longue période interglaciaire que se sont développées nos civilisations. (...) Cet interglaciaire très long, globalement très stable, a permis à l'environnement de la planète d'atteindre un état d'équilibre global très fin, caractérisé par exemple par une très grande constance de la teneur atmosphérique en gaz à effet de serre : le niveau de dioxyde de carbone (ou CO2), par exemple, a constamment gardé une valeur proche de 280 parties par million (ou ppm). Depuis plus d'un siècle, c'est-à-dire depuis le début de l'ère industrielle, les activités humaines sont venues rompre de manière brutale cet équilibre. Le niveau de CO2 atmosphérique atteint désormais 370 ppm - une valeur jamais approchée tout au long du dernier million d'années, où les fluctuations du CO2, associées aux variations glaciaires -interglaciaires, se sont toujours inscrites dans une fourchette allant de 180 à 300 ppm. La plus grande part de ces variations a été acquise au cours des dernières décennies - une évolution dont la brutalité est sans équivalent à l'échelle du climat observé. Ce CO2 additionnel est injecté dans l'atmosphère par la combustion du pétrole, du charbon et du gaz - phénomène presque inexistant avant 1850 -, qui a atteint peu après 1950 le taux de 2 milliards de tonnes de carbone émises chaque année, pour dépasser maintenant les 6 milliards de tonnes par an."

Si l'Académie des sciences à décidé d'organiser un colloque sur le climat c'est parce que nombre d'académiciens ont été scandalisés par les propos tenus par Claude Allègre lors d'une de leurs réunions.


J'ai connu des combats semblables lorsque, avec quelques collègues, je défendais la théorie de la tectonique des plaques, en France, au début des années 1970, face à une communauté scientifique majoritairement hostile. Je fus calomnié, accusé par certains d'être un agent de la CIA chargé de propager une théorie américaine d'autant plus qu'en même temps j'incitais les Français à publier en anglais dans les revues internationales ! Plus tard, j'ai défendu le rôle indispensable des observatoires volcanologiques pour prévoir les éruptions, plutôt que le secours des "gourous". J'ai mené d'autres combats dans ma spécialité, souvent seul ou presque, critiqué un jour, honoré dix ans après. J'ai donc une certaine habitude de lutter contre les majorités et de m'opposer aux "consensus", et je sais qu'historiquement la science n'a fait de grand progrès qu'à travers de grands débats. Je sais aussi que je peux avoir tort, et je n'aurai dans ce cas aucune peine à changer d'avis, mais je suis sûr que le doute est par essence porteur de progrès.

Libération. Claude Allègre n'a évidemment pas que des défauts. C'est un grand scientifique dans son domaine, la géochimie, et il a mené de bons combats, comme la nécessité d'observatoires volcanologiques, et il s'est aussi lourdement trompé (sur le danger de l'amiante à Jussieu par exemple)... mais où est le rapport avec son discours confus, parfois carrément mensonger sur le climat ? (Lire l'analyse de sa chronique de l'Express http://www.liberation.fr/actualite/terre/208772.FR.php)

Mais que personne ne se méprenne, je ne suis nullement un défenseur du productivisme. Je sais que l'homme malmène la planète, je sais que l'eau est un problème, que le CO2 acidifie l'océan, que la biodiversité est menacée, qu'il faut modifier nos pratiques, économiser la planète, respecter la Nature. Je dis, simplement, ne nous trompons pas de combat et prenons les mesures appropriées. Je revendique haut et fort l'écologie réparatrice par opposition à l'écologie dénonciatrice. Pour pratiquer la première, il faut séparer les problèmes et les résoudre un à un. Comme on l'a fait pour le plomb dans l'atmosphère, les chlorofluorocarbones pour la couche d'ozone, les composés soufrés pour les pluies acides, etc. Dans l'écologie dénonciatrice, on mélange tout : le réchauffement climatique, la biodiversité, la pollution des villes, la population mondiale, l'assèchement de la mer d'Aral, etc. Avec comme résultat de susciter la peur... et de ne finalement rien résoudre, écrasé par l'immensité des défis.

Libération. L'écologie dénonciatrice est peut-être une pratique de mouvements écologistes. Mais Claude Allègre n'a pas à mélanger cette mouvance politique et idéologique avec sa mise en cause des conclusions de ses collègues climatologues sauf à encourir l'accusation d'amalgame malhonnête. D'autre part il commet une erreur majeure. Si certains problèmes peuvent être traités par des décisions isolées (les CFC ou le plomb dans l'essence) celui des émissions de gaz carbonique par l'usage du gaz, du charbon et du pétrole ne peut pas l'être puisqu'il s'agit de 80% de sources d'énergies actuelle. C'est donc l'ensemble du mode de vie, de production, de transport et d'habitat qui est concerné.

L'ampleur du problème interdit de le prendre "un par un". En outre, il conteste sans le dire une des conclusions majeures de ses collègues climatologues, à savoir que le changement climatique rapide va aggraver toutes les autres difficultés, il n'y a donc aucune opposition entre les actions sur ces difficultés et l'action pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.


Je revendique le droit de dire que j'émets des doutes sur le fait que le gaz carbonique est le principal responsable du changement climatique. Horreur, au pays de Descartes, je revendique le droit au doute !

Libération. Revendiquer le droit au doute dans des termes aussi généraux est ridicule de la part du scientifique qu'il est. Claude Allègre ne revendique pas le droit au doute sur l'affirmation selon laquelle la Terre est plate. Remarque stupide ? Mais Claude Allègre, dans toute sa carrière scientifique, n'a jamais mis en doute les données nucléaires fournies par ses collègues physiciens et avec lesquels il a mené une brillante carrière de géochimiste et de reconstitution du très lointain passé de la Terre et de la Lune à partir d'une analyse des isotopes d'éléments chimiques. S'il avait douté de ces données, aucun de ses articles scientifiques sur le sujet n'aurait pu voir le jour. La question suivante est donc tout à fait centrale : pourquoi estime-t-il pouvoir revendiquer le doute sur le rôle du gaz carbonique comme principal facteur du changement climatique en cours ? La question est tout à fait pertinente puisqu'il s'agit de savoir à quel moment une connaissance ou un ensemble de connaissances acquiert un statut tel que la bonne méthode n'est plus de la mettre en doute. Il suffit de revenir en 1976 pour avoir la réponse. À l'époque, il n'était pas possible de ne pas douter de l'affirmation " le gaz carbonique est le principal responsable du changement climatique ". Pourquoi ? Étrange puisque l'on savait depuis un siècle que ce gaz à effet de serre joue un rôle climatique. Tout simplement parce que l'on ne pouvait pas, à l'époque, transformer cette idée générale, incontestable, en mesure de son rôle relativement aux autres facteurs d'évolution climatique (soleil, courants océaniques, éruptions volcaniques, nuages, aérosols...). Pour ce faire, il fallait connaître les relations passées entre climat et teneur en gaz à effet de serre de l'atmosphère et être capable de calculer l'effet climatique d'une variation de ces teneurs à l'avenir. Or, ces deux éléments sont maintenant disponibles avec une précision suffisante pour répondre à la question. Nous connaissons les teneurs en gaz carbonique de l'air depuis 800.000 ans, soit quatre ères glaciaires et autant de périodes chaudes. Et les modèles climatiques sur ordinateurs ont un réalisme suffisant pour savoir qu'un doublement ou un triplement de cette teneur en cent ans doit piloter l'évolution du climat sur plusieurs siècles. Ces deux avancées scientifiques sont très récentes, elles se sont déroulées par étapes depuis 1987 seulement. Il pourrait donc sembler justifié d'en douter. Encore faut-il le faire de bonne foi, sur la base d'arguments scientifiques et sans nier les résultats obtenus par des méthodes normales par les climatologues. C'est justement ce que ne fait pas Claude Allègre. Quant au public, il peut constater que la conviction récente des scientifiques spécialistes du sujet selon laquelle le doute n'est plus de mise sur cette affirmation (lire Le Treut plus haut) s'est construite avec prudence, à l'aide d'un énorme travail de critique. Dans ces conditions, il devient raisonnable de leur faire confiance plutôt qu'à quelques individus qui semblent animés (vigoureusement) par des motivations énigmatiques et en tout cas très éloignées d'un débat scientifique normal.






Pour mémoire (In memoriam ?...), paru en mai 2000, cet article de Jean Pierre Besancenot dans :

LA JAUNE ET LA ROUGE DE 2000 : LE RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE / Le réchauffement climatique et la santé

Jean-Pierre BESANCENOT / Directeur de recherche au CNRS / Climat et Santé, Faculté de Médecine de Dijon

Chacun sait depuis Hippocrate que la santé humaine est à de multiples égards sous la dépendance des facteurs d'environnement en général, et du contexte climatique en particulier. Or, météorologistes et physiciens de l'atmosphère nous enseignent qu'à la variabilité naturelle du climat, qui a toujours existé et qui a toutes les chances de perdurer, risquent dans les prochaines décennies de se surimposer de nouvelles modalités de variation, largement imputables à l'action humaine.

Dans l'hypothèse d'un quasi-doublement de la teneur de l'atmosphère en équivalents CO2, entraînant un renforcement de l'effet de serre, une élévation notable des températures pourrait se produire au XXIème siècle : c'est ainsi que l'on évoque couramment une hausse moyenne de 2°C sur la France, d'ici à l'an 2050.

La tentation est donc grande d'établir un inventaire des conséquences sanitaires les plus plausibles d'une telle évolution du climat, à moyen ou long terme. Mais c'est là un sujet d'une redoutable complexité. D'abord, parce que l'évolution des températures ne serait pas identique partout à la surface du globe : les modèles font état d'un réchauffement beaucoup plus marqué aux latitudes élevées qu'en zone intertropicale.

En deuxième lieu, parce que l'on connaît mal les répercussions possibles sur les autres éléments du climat, surtout si l'on exclut les précipitations. En troisième lieu, parce que le retentissement sur la santé serait éminemment variable selon le contexte socio-économique et le niveau de développement : on aura l'occasion d'y revenir. Enfin, parce qu'il convient de distinguer avec soin, parmi les effets possibles d'un réchauffement climatique, ceux qui s'exerceraient directement sur l'organisme humain et ceux qui se feraient sentir en façonnant des conditions écologiques plus ou moins favorables à la survie, à la multiplication et au développement de tel ou tel germe pathogène, ou encore de tel ou tel insecte hématophage vecteur de ce germe.

Dans ce dernier cas, ce sont les maladies infectieuses et parasitaires qui sont concernées. L'exemple-type est celui du paludisme, dont chacun sait qu'il se concentre aujourd'hui à l'intérieur de la zone intertropicale et sur ses marges subtropicales ; mais la question ne peut pas être éludée du risque de résurgence de la maladie aux latitudes moyennes... Il n'en reste pas moins que, dans l'aire d'extension des climats dits tempérés, c'est avant tout le stress thermique qui, par ses effets directs sur l'organisme humain, est susceptible de modifier de façon notable les taux de morbidité et de mortalité, notamment mais pas exclusivement en ce qui concerne les maladies cardio-vasculaires et les affections respiratoires.

Les effets indirects d'un réchauffement climatique sur la santé

Le paludisme est à la fois l'une des maladies les plus répandues à travers le monde et l'une des plus sensibles aux conditions ambiantes. Les statistiques "officielles" font état de 100 à 120 millions d'individus qui en présentent chaque année les symptômes. Mais la réalité est beaucoup plus inquiétante encore, et l'on peut avancer le chiffre de 500 millions de cas annuels, sur un total d'environ un milliard de personnes infectées.

Avec 1,5 à 3 millions de décès par an, en majorité des jeunes enfants sur le continent africain, le paludisme représente l'une des toutes premières causes de mortalité à la surface du globe. On rappellera simplement qu'il est dû à un parasite hématozoaire du genre plasmodium, transporté dans la salive du moustique anophèle femelle.

Les anophèles prolifèrent en ambiance chaude et humide. Ils se reproduisent à proximité de l'eau, notamment dans les zones marécageuses et les mares. La durée de l'incubation, autrement dit le temps nécessaire au développement complet du parasite dans le vecteur, dépend de l'espèce et de la souche de l'hématozoaire ainsi que de l'espèce et de la souche du moustique, mais aussi des conditions thermiques (à 28°C, le développement se fait en 8 à 14 jours) et de l'humidité ambiante (qui commande la longévité de l'anophèle, laquelle doit être suffisamment prolongée pour qu'il devienne infectant). Dans ces conditions, on conçoit sans peine que la répartition géographique de la maladie peut se trouver très affectée par un réchauffement climatique, fût-il d'amplitude modérée.


Potentiel épidémique du paludisme en fonction de la température (1 = maximum).


Une élévation de la température aurait pour effet de raccourcir le temps de développement du parasite chez son vecteur, ce qui accroîtrait la capacité vectorielle de l'anophèle. Le réchauffement pourrait donc à la fois augmenter le niveau de transmission en un lieu donné et permettre la transmission dans des régions où elle était auparavant rendue impossible par des températures inférieures, selon l'espèce, à 16 ou 18°C.

Il pourrait en résulter une extension en latitude de la zone d'endémie palustre, sans que les conditions deviennent vraiment défavorables à l'intérieur de cette zone. Des craintes sont ainsi permises pour le nord du Sahel, pour la majeure partie du Maghreb, pour la Turquie, pour le Proche et le Moyen-Orient, ainsi que pour l'Afrique du Sud, pour les tierras calientes du Yucatan et du centre-est mexicain, pour le Brésil méridional ou pour le sud de la Chine.

Un autre risque d'envergure est celui d'une extension de la maladie vers des altitudes plus élevées, alors qu'aujourd'hui, au-dessus de 1400-1500 m en Asie ou de 1600-1800 m en Éthiopie, les montagnes tropicales sont pour la plupart indemnes.

Il s'ensuit que si, en 1990, 45% de l'humanité vivait dans des régions où sévit le paludisme, le taux pourrait atteindre 60% dans un demi-siècle, du double fait de l'élargissement de la zone impaludée et de sa forte croissance démographique.

Une question très débattue est de savoir si l'évolution est déjà engagée. Beaucoup l'affirment, mais les exemples fournis emportent rarement la conviction. Ainsi, au-dessus de 1000 m sur les hautes terres malgaches, une épidémie meurtrière s'est développée en 1987 dans un secteur où le paludisme était éradiqué depuis 1962.

Pourtant, la température n'a absolument pas varié durant ces vingt-cinq ans : l'explication la plus plausible fait intervenir la crise politique qui, en perturbant l'approvisionnement des centres de santé et des pharmacies, a entraîné l'arrêt des traitements et de la prophylaxie.

De même, une terrible épidémie a éclaté en 1994 au cœur du pays kiga, dans les montagnes du sud-ouest de l'Ouganda, autour de Kabale ; cette fois, il est indiscutable que la température a augmenté, mais si peu (de 0,4 à 0,6°C en trente ans) que les facteurs humains paraissent là encore avoir joué un rôle décisif : les effectifs de la population ont plus que triplé en moins de quarante ans et les papyrus qui occupaient jusque-là les fonds de vallée ont été détruits ; or, ils sécrètent une huile essentielle qui forme un film à la surface de l'eau, empêchant la présence de moustiques...

On saisit par là l'importance du nombre des gîtes larvaires, qui déterminent la taille des populations d'anophèles adultes et, par suite, le nombre de piqûres que sera susceptible de recevoir chaque habitant, donc le risque d'être affecté par le paludisme.

Voilà qui montre à quel point on commet une grave erreur méthodologique chaque fois que l'on isole la température des autres éléments, naturels ou anthropiques, susceptibles de conditionner la transmission d'une maladie... Encore l'élévation thermique peut-elle aller de pair avec une baisse de la pluviosité, auquel cas les répercussions sanitaires risquent d'être à l'opposé du schéma attendu.

Tel est depuis 1970 le cas de la région des Niayes, au nord de Dakar, qui a connu les sécheresses paroxystiques de 1972, 1983 et 1991. En dépit d'une hausse thermique de l'ordre de 0,5°C, le principal vecteur local du paludisme (ici, Anopheles Funestus) a disparu avec les roselières, et la prévalence de cette parasitose a chuté de 50 à moins de 10%, sans que le retour à des précipitations "normales" en 1995 n'entraîne une réimplantation des moustiques.

La preuve est ainsi faite que le réchauffement climatique n'est pas - ou, à tout le moins, pas encore - suffisant pour provoquer une recrudescence du paludisme en zone intertropicale, mais que la vigilance s'impose. Un facteur supplémentaire d'incertitude tient au fait qu'à plus ou moins long terme, des mutations génétiques pourraient conduire à l'apparition de souches d'hématozoaires aux exigences écologiques différentes, un peu comme le plasmodium est devenu en bien des endroits résistant aux médicaments antipaludiques les plus utilisés, à commencer par la chloroquine. Mais les recherches débutent à peine sur une éventuelle mutabilité des micro-organismes pathogènes sous l'effet d'un changement climatique.

Cela étant admis, et s'agissant du paludisme, la question reste posée de savoir s'il menace les latitudes moyennes, et spécialement la France. Il ne faut pas oublier que la maladie y a sévi à l'état endémique jusqu'au début du XXe siècle et que, si elle a été éradiquée, ce n'est pas à la suite d'un refroidissement, mais grâce à l'assainissement des terres humides et des marais.

Ce n'est donc pas le climat qui constitue un facteur limitant et l'on se trouve aujourd'hui dans la situation d'un anophélisme sans paludisme, la présence de vecteurs potentiels n'entraînant pas la transmission de la maladie. On ajoutera que des cas cliniques de paludisme importé sont régulièrement signalés aux abords des grands aéroports internationaux, les moustiques n'étant pas transportés dans les carlingues (désinsectisées) mais plutôt dans des containers.

Il n'en est jusqu'à présent résulté aucune flambée épidémique. Seul un apport massif de parasites, d'une souche compatible avec les populations anophéliennes locales, pourrait occasionner une reprise de la transmission. Mais dans cette éventualité, il est vraisemblable que la réintroduction de la maladie serait aussitôt détectée, donc assez facilement circonscrite et maîtrisée.

Il s'ensuit que, sans être nul, le risque paraît en définitive assez faible, et la plupart des pays européens appellent un constat similaire. À l'inverse, les plus vives inquiétudes sont permises pour le territoire de l'ex-URSS, où l'on ne dénombrait pas moins de 30 millions de cas annuels de paludisme avant la seconde guerre mondiale et où le système de santé souffre aujourd'hui d'une telle désorganisation que ni la surveillance épidémiologique ni le contrôle des populations de vecteurs ne sont correctement assurés.

On saisit par là combien l'impact du paludisme et l'efficacité des moyens de lutte restent liés au niveau socio-économique des populations. Mais, pour en revenir au cas de la France, il est d'autres vecteurs de maladies qui, dans l'hypothèse d'un réchauffement climatique, suscitent davantage d'inquiétudes.

La liste étant longue, on se limitera ici à deux exemples. Le premier est celui d'Aedes albopictus, qui colonise depuis 1990 la moitié septentrionale de l'Italie ; ce moustique d'origine asiatique, bon vecteur de la dengue mais aussi de la fièvre de la vallée du Rift et du virus West Nile (à l'origine d'affections fébriles habituellement bénignes, mais dégénérant parfois en redoutables méningo-encéphalites) pourrait dès à présent gagner le Midi méditerranéen, où ses exigences écologiques seraient satisfaites, puis envahir tout ou partie du pays si le réchauffement annoncé se réalise.

Le second exemple concerne une espèce voisine, très anthropophile, en l'occurrence Aedes aegypti, dont on peut craindre qu'à la faveur d'un relèvement des températures, elle ne ré-envahisse la France : si une surveillance stricte n'est pas mise en place, elle pourrait donner naissance à des épidémies de fièvre jaune et de dengue, particulièrement redoutables dans une population non immune.

Il n'empêche que, dans les pays développés des latitudes moyennes, le risque infectieux et parasitaire reste très largement devancé par les méfaits directs du stress thermique.

Les effets directs d'un réchauffement climatique sur la santéDe nombreuses simulations ont porté sur le nombre des décès. On sait que le rythme annuel de la mortalité, hors des tropiques, est le plus souvent caractérisé aujourd'hui par une culmination principale de saison froide (renforcée en présence d'un hiver rigoureux) et par un maximum secondaire de saison chaude (particulièrement saillant durant les périodes caniculaires).

Dans l'hypothèse d'une intensification de l'effet de serre, il faudrait s'attendre pour le siècle prochain à une diminution relative de la surmortalité hivernale, les maladies de l'appareil respiratoire (bronchites, pneumonies) et les cardiopathies contribuant le plus à cette amélioration. À l'inverse, les nouvelles dispositions thermiques détermineraient une assez franche surmortalité estivale, beaucoup moins du fait de la mise en échec absolue des mécanismes thermorégulateurs (hyperthermie, coup de chaleur, déshydratation aiguë) que par suite de la recrudescence de toutes sortes de maladies cardio-vasculaires, cérébro-vasculaires, respiratoires, métaboliques ou psychiques.

Toute la difficulté est de savoir quelle serait alors la résultante des évolutions opposées caractérisant les saisons extrêmes. En France, si l'on extrapole les situations réalisées au cours des hivers les plus froids et des étés les plus chauds des cinquante dernières années, le nombre des décès pourrait reculer d'entre 5 et 7% au cours du trimestre décembre-février, alors qu'il augmenterait d'entre 12 et 18% au cours des trois mois de juin à août.

Toutes choses égales par ailleurs, l'évolution climatique se traduirait donc, dans une classe d'âge donnée, par un renforcement inexorable de la mortalité et par une diminution de l'espérance de vie. Seraient alors spécialement touchées les catégories sociales les moins favorisées (dépourvues de toute installation de conditionnement d'air et souffrant souvent de polypathologies intriquées), ainsi que les femmes (lesquelles, au-delà de la soixantaine, règlent moins efficacement que les hommes leur température interne).

Aux États-Unis, où les contrastes thermiques sont plus accusés, les calculs font état de répercussions encore plus préoccupantes, avec une surmortalité estivale au moins trois fois plus forte que la sous-mortalité hivernale - ce qui se traduirait finalement par une inversion du rythme annuel au milieu du siècle prochain.


Mortalité "actuelle"


Mortalité dans l'hypothèse d'un relèvement thermique de 3,0°C


Évolution attendue du rythme saisonnier de la mortalité à New York en cas de réchauffement.


Mais il ne faut pas dissimuler que d'autres études, apparemment conduites avec la même rigueur scientifique, sont arrivées à une conclusion opposée, aux Pays-Bas ou en Australie. De telles contradictions tiennent, pour une part, à l'incertitude des modèles. Mais il est également vraisemblable que les répercussions d'un réchauffement climatique varieraient d'une région à l'autre.

C'est ainsi qu'en France, tout porte à penser que l'évolution de la mortalité se ferait dans le sens d'un double accroissement des gradients Nord-Sud et Ouest-Est, ainsi que d'un renforcement du nombre des décès au plus fort de l'été dans les grandes villes de l'intérieur, qui paient déjà aujourd'hui le plus lourd tribut aux principales vagues de chaleur.

En fait, tout dépend de la brutalité avec laquelle s'opérerait le réchauffement. Une évolution relativement lente, permettant une acclimatation progressive, n'aurait sans doute que peu de conséquences sanitaires néfastes, avec un minimum de perturbations somatiques et psychiques. Mais si l'évolution se fait par à-coups relativement violents (et les simulations du climat au XXIème siècle ne l'excluent pas), les conséquences risquent d'être beaucoup plus inquiétantes, quitte à ce que se réalise ensuite peu à peu le retour à un nouvel équilibre (cf. ci-dessous).


Évolution attendue de la mortalité estivale en cas de réchauffement, selon le degré d'acclimatation (d'ap. L.S. Kalkstein, modifié).


Parmi les pathologies les plus susceptibles de voir leur prévalence augmenter à l'occasion d'un réchauffement d'ensemble du climat, on a déjà cité les maladies cardio-vasculaires et cérébro-vasculaires. Mais la liste ne s'arrête évidemment pas là.

Le climat peut aussi avoir des impacts variés sur l'appareil respiratoire avec, en particulier, une recrudescence printanière et/ou estivale des rhinites et des crises d'asthme, d'autant que la hausse des températures amènerait inévitablement le déplacement de l'aire de répartition de nombreuses espèces végétales, dont certaines fortement allergisantes, tandis que la fréquence accrue du "beau temps" chaud, ensoleillé et exempt de fortes précipitations augmenterait les quantités de pollen libérées dans l'air.

L'accroissement difficilement évitable de la pollution des basses couches de l'atmosphère, avec des teneurs majorées en oxydes d'azote, en ozone et en autres polluants photochimiques, jouerait dans le même sens, en contribuant à multiplier les crises d'asthme.

On signalera encore, sans prétendre à l'exhaustivité, les présomptions qui pèsent sur une possible augmentation de la prévalence des lithiases urinaires, sur une élévation sensible du taux de prématurité avec un renforcement corrélatif du taux de mortalité périnatale, une recrudescence des admissions en urgence dans les services de psychiatrie, une multiplication des intoxications (du fait de la mauvaise conservation des aliments), ou encore un risque accru de contamination des systèmes de climatisation et/ou d'humidification par des micro-organismes variés, notamment la redoutable maladie des légionnaires.


Réchauffement climatique et santé : Essai de synthèse


En guise de conclusion provisoire

On ne saurait dissimuler l'immensité de notre ignorance, et rien ne permet d'affirmer que l'évolution se fera bien dans le sens annoncé, tant sont encore nombreuses les incertitudes.

Dans l'hypothèse, que les spécialistes n'excluent pas totalement même s'ils ne la considèrent pas comme la plus plausible, d'une baisse d'intensité de la dérive nord-atlantique, courant océanique chaud issu du Gulf Stream, c'est à un refroidissement de quelque 5°C, et non à un réchauffement de 2°C, que le Nord-Ouest de l'Europe, France incluse, serait confronté au siècle prochain - tout ce qui a été dit ci-dessus étant alors à inverser puisque, par exemple, la morbidité et la mortalité se trouveraient probablement renforcées en hiver, et atténuées en été !

L'essentiel reste donc de toujours relativiser nos conclusions, sans céder ni au catastrophisme à la mode ni au confort apparent des théories dominantes.

Par ailleurs, ce serait une erreur que de considérer isolément les effets potentiels de l'évolution du climat, hors de tout contexte : les variables météorologiques ne suffisent pas à cerner les risques météoropathologiques et une même agression climatique n'est pas ressentie de la même façon dans différents milieux économiques ou culturels.

Pour prendre un exemple presque caricatural, la situation du paludisme pourrait se trouver radicalement transformée par la mise au point d'un vaccin à la fois bon marché et durablement efficace. Plus largement, les progrès réalisés dans la prévention et/ou le traitement des maladies ont des chances d'annihiler les effets nocifs que l'on a signalés. À l'inverse, il faut toujours garder présent à l'esprit que l'élévation de la température peut exacerber les effets associés de la pollution de l'air et, par suite, intensifier les problèmes sanitaires des groupes humains les plus vulnérables.

Il convient en outre de rester très attentif au fait que, si nous devons effectivement connaître un changement climatique, celui-ci aura une forte probabilité de s'accompagner d'une multiplication d'événements extrêmes, à l'image de ceux que le monde a vécus fin 1999 (cyclone Floyd classé comme l'un des plus puissants du siècle, coulées de boue meurtrières au Venezuela, tempêtes de décembre en Europe occidentale).

Or, ces grands paroxysmes météorologiques, tantôt très localisés et tantôt extrêmement étendus, peuvent avoir de multiples répercussions sur la santé, bien entendu par leurs effets traumatiques immédiats, mais également par les épidémies susceptibles de se déclencher à leur suite et par la pathologie psychosomatique (pathologie de stress) qui, presque à chaque fois, s'inscrit durablement dans leur sillage.

Là encore, le contexte aura son importance : pour ne prendre qu'un exemple, les épidémies seraient rapidement jugulées dans les pays riches, si tant est qu'elles s'y déclenchent, mais leur bilan pourrait être catastrophique dans les pays les plus démunis. En somme, on n'oubliera jamais qu'une dégradation de l'état de santé résulte toujours de la convergence d'un risque exogène et d'une particulière vulnérabilité de la population exposée.

Ainsi, la prudence reste bien le maître-mot. Mais prudence ne doit pas être synonyme de passivité car, si l'avenir ne se prévoit pas, il se prépare. En particulier, un renforcement de la surveillance épidémiologique s'impose si l'on veut avoir un maximum de chances de pouvoir réagir avant qu'il ne soit trop tard.


Les incertitudes qui pèsent sur la "prévision" des répercussions sanitaires d'un réchauffement climatique (adapté de P. Martens, 1998).


Pour en savoir plus

Besancenot J.P., 1998 : "Incidences possibles du réchauffement climatique sur la santé en France métropolitaine et dans les DOM-TOM au XXIème siècle". In : Impacts potentiels du changement climatique en France au XXIème siècle. Paris : Premier Ministre, Mission Interministérielle de l'Effet de Serre, pp. 111-121.

Castel-Tallet M.A., Besancenot J.P., 1997 : "Réchauffement planétaire et santé : la France au XXIème siècle". Presse therm. climat., vol. CXXXIV, n° 4, pp. 275-283.

Haines A., 1990 : "Les effets du réchauffement sur la santé". In : Le réchauffement de la terre. Paris : Éditions du Rocher, pp. 186-201.

Kalkstein L.S., 1993 : "The impact of a global climate change on human health". Experientia, vol. XL, n° 1, pp. 1-11.

Martens P., 1998 : Health and climate change. Modelling the impacts of global warming and ozone depletion. Londres : Earthscan, 176 p.

Martens W.J.M. (1998) : "Climate change, thermal stress and mortality changes". Soc. Sc. Med., vol. XLVI, n° 3, pp. 331-344.

Rodhain F., 1998 : "Impacts sur la santé : le cas des maladies à vecteurs". In : Impacts potentiels du changement climatique en France au XXIème siècle. Paris : Premier Ministre, Mission Interministérielle de l'Effet de Serre, pp. 111-121.

Wilson M.E., Levins R., Spielman A., 1994 : Disease in evolution. Global changes and emergence of infectious diseases. New York : New York Academy of Sciences, Annals n° 740, 503 p.




Explications sur la démence et la maladie d'Alzheimer :
http://www.alzheimer-clearinghouse.be/fr/frame00.htm

Site grand public démence /Alzheimer : http://www.each.be

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Pharmacologie des radicaux libres : application à la dégénérescence :
http://www.med.univ-rennes1.fr/etud/index4.htm

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(Vieillissement) DÉMOGRAPHIE, ÉPIDÉMIOLOGIE ET SOCIOLOGIE (C'était sans compter sur la canicule) :
http://www-ulpmed.u-strasbg.fr/medecine/cours_en_ligne/e_cours/vieillissement/demographie_epidemiologie_sociologie.pdf

Le vieillissement humain :
http://www.corpusgeriatrie.org/textes_corpus/01geron.pdf

LE VIEILLISSEMENT NORMAL :
http://www-ulpmed.u-strasbg.fr/medecine/cours_en_ligne/e_cours/vieillissement/vieillissement_normal.pdf

Vieillissement des populations dans les Amériques Cadre conceptuel pour appuyer la vieillesse active :
http://www.phac-aspc.gc.ca/seniors-aines/pubs/paho/paho_toc_f.htm

Vieillir en restant actif :
http://whqlibdoc.who.int/hq/2002/WHO_NMH_NPH_02.8_fre.pdf

Vieillir en France : enjeux et besoins d'une nouvelle orientation de la politique en direction des personnes âgées en perte d'autonomie : rapport à M. le Premier ministre / (Toujours à lire dans la perspective d'une canicule à venir !) :
http://www.ladocumentationfrancaise.fr/brp/notices/994001455.shtml

Le grenier à textes :
http://membres.lycos.fr/papidoc/500pourmemoires.html

LAMBERT C. : La société de la peur
http://www.cnam.fr/lipsor/dso/articles/fiche/clambertsocdelapeur.doc






[Corrélats : Thermodynamique / Le sens de la vie - la mort / Réchauffement climatique I / Réchauffement climatique II / Aéroréfrigérants et Légionelles / Effet de serre / Cycle du carbone / ...]

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