Entrez un mot-clé
Stratégies adaptatives
Stratégies adaptatives




Des vieillardes d'une trentaine d'années !
Une population, parce que ses conditions environnementales ne sont jamais immuables, est bien obligée, pour répondre aux changements quand ils interviennent, d’adopter des comportements qui sont censés assurer sa pérennité.


Quels que soient les facteurs qui se trouvent modifiés dans l’environnement, leurs actions bénéfiques ou néfastes, se retrouvent toujours, au final, au niveau de la qualité et de la quantité d’énergie et de matières disponible pour les individus composant une population.

Toutes les populations animales vont utiliser leurs ressources énergétiques et matérielles pour satisfaire trois exigences principales : leur entretien (nourriture quotidienne, confort, déplacements, etc.) ; leur reproduction (copulation, soins aux jeunes, éducation, etc.) et leur croissance (biomasse, épargne, réserves, etc.). Une partie des ressources énergétiques et matérielles n’est pas utilisée, soit parce que cette ressource n’est pas thermodynamiquement rentable (la dépense énergétique nécessaire pour acquérir la ressource couvre à peine le gain énergétique procuré), soit parce que la ressource est réservée, par exemple, à une écophase.

En admettant que leur couverture énergétique et matérielle soit satisfaite, toutes les populations ne consacrent pas la même quantité d’énergie et de matière à chacun des trois volets de leur budget. C’est surtout le volet « reproduction » qui fait la différence entre les populations. Certaines consacrent une part très importante de leur énergie à la reproduction (nombreuses portées, nombreux jeunes, etc.). D’autres au contraire ne consacrent qu’une faible part de l’énergie à la reproduction.

Les espèces dont la stratégie adaptative est tournée vers une forte reproduction sont le plus souvent des espèces à durée de vie courte, chez lesquelles la maturité sexuelle est atteinte précocement, souvent des espèces proies, de faible taille ce qui présente, surtout pour les espèces terrestres, une forte contrainte vis-à-vis de la thermorégulation, compensée le plus souvent par une forte consommation d’aliments et une croissance rapide. En écologie, on dit que ces espèces ont une stratégie démographique de type r (la densité de population est très variable et fonction des fluctuations fortes dans le temps de la natalité et de la mortalité) ou une stratégie cénotique de type i (en simplifiant : populations pionnières).

Les espèces dont la stratégie adaptative est davantage consacrée à l’accroissement de la biomasse et à l’entretien (stratégie de type K, la densité de la population fluctue au plus près de la capacité limite du milieu ou stratégies cénotiques de type S (populations climaciques)) sont le plus souvent des espèces à durée de vie longue, chez lesquelles la maturité sexuelle est tardive, des espèces peu menacées par d’autres, souvent de grande taille et capables de se défendre contre la plupart des prédateurs, territoriales et / ou sédentaires, fortement socialisées (faible compétition intraspécifique) et très spécialisées (faible compétition interspécifique du fait des ajustements liés à la niche).

Normalement, chez l’homme, parce que la maturité sexuelle arrive tardivement après une longue adolescence, parce que sa durée de vie est potentiellement longue, parce que les femmes restent fécondes et surtout procréatrices, dans les meilleures conditions pour elles et leurs enfants, pendant une vingtaine d’années, parce qu’il n’a plus d’autres ennemis que dans sa population, parce qu’il est fortement socialisé et sédentarisé et que, pendant longtemps, il connut des ajustements au travers de ses niches professionnelles spécialisées, on devrait observer, maintenant et partout, des stratégies adaptatives démographiques de type K et cénotiques de type S.

Sans doute, dans l’histoire de notre espèce, la mise en place de ces stratégies n’a pas toujours été possible.

Mais à notre époque où la suffisance alimentaire théorique est atteinte (encore faudrait-il des volontés politiques pour que la partage des ressources alimentaires soit effectif), parce que des progrès techniques nous libèrent davantage des vicissitudes biotopales et surtout parce que les progrès de la médecine, s’ils étaient effectivement accessibles à tous, augmentent considérablement la pertinence d’une stratégie de type K :

» Biotope rendu stable et prévisible grâce aux vêtements, à l’habitat y compris parasismique, à l’eau potable, à la sécurité alimentaire, routière, sur les lieux de travail, à l’accès à l’information, etc. ;

» Croissance de la population possiblement lente grâce à la solidarité intergénérationnelle comme, par exemple, l’obtention d’une retraite décente pour les anciens ou l’accès à l’éducation aux plus jeunes, garçons et filles pareillement, etc.

» Espérance et confort de vie augmentés ;

» Sexualité et reproduction contrôlées permettant, par exemple, un choix des partenaires, du nombre d’enfants désirés, de la programmation des grossesses, etc. ;

» Densité de la population proche du stock limite K acceptable sur un territoire donné par un contrôle de la fécondité dont le taux tend à diminuer, sans d’ailleurs que l’on sache exactement pourquoi, dès l’instant où la population peut mettre ses ressources disponibles davantage dans les budgets entretien et épargne ;

» Compétition réduite puisque les ressources sont suffisantes, mais aussi parce que la circulation de l’énergie et de la matière, entre les individus, peut être davantage compliquée du fait de l’occupation d’un plus grand nombre théorique possible de niches professionnelles et de l’ouverture des échanges vers un nombre bien plus grand de populations jusqu’alors inaccessibles ;

» Plus grande stabilité spatiale prévisible des populations, ne serait-ce qu’en prenant autrement en compte les progrès réalisés dans l’accession et la transmission des informations.


Or que voit-on ? Que toute la matière et l’énergie seraient marchandisables, sous-entendu que toutes les ressources pourraient faire l’objet d’un marché entre les individus de manière à ce qu’ils participent tous à leur circulation. Si cette perspective mondialisante entre dans le cadre de l’hypothèse dite de Gaïa, c’est-à-dire si l’on considère la biosphère comme un gigantesque organisme dans lequel les populations humaines, dans leurs diversités, en seraient des organes divers, au même titre que les autres êtres vivants, et participant comme eux aux régulations et à l’homéostasie du système, pourquoi pas ?


Et pourquoi pas l’argent comme référentiel d’une certaine quantité d’énergie et de matière, si ce substitut concourre à simplifier, en les complexifiant, les échanges potentiels entre un plus grand nombre. Autrement dit, si l’argent est un facteur d’augmentation de la diversité… L’entropie a tout à perdre !

Malheureusement ce à quoi l’on assiste, c’est tout le contraire. Une faible proportion de la population humaine mondiale, toujours plus faible d’ailleurs, s’approprie, au prétexte qu’elle possède les capitaux, la quasi totalité des ressources qu’elle ne gère pas, mais gaspille ostensiblement.

La redistribution sélective, voire déficitaire, des ressources en direction des populations a, sur celles-ci, des effets tangibles sur les stratégies adaptatives qu'elles adoptent et qui sont plutôt proches de celles que l’on qualifie de stratégies r :

» Le biotope de ces populations reste instable, peu prévisible, souvent soumis à des aléas et hétérogène : habitat de moindre qualité, rarement parasismique dans les régions où il le devrait, moins bien chauffé et / ou isolé, accès à l’eau potable impossible ou difficile, accumulation des nuisances, des pollutions, des déchets, déforestation, désertification, stérilisation des terres agricoles, détournement des productions à des fins industrielles quand elles devraient d’abord être vivrières, conditions de travail déplorables, accès à l’information limité, etc. ;

» Accroissement corrélatif important de la population : la solidarité intergénérationnelle n’étant assurée qu’au sein de familles élargies ;

» Planning familial inexistant, forte fécondité des femmes, fortes soumissions à des traditions, teintées d’intégrisme, forte mortalité infantile ou en couches, scolarisation des jeunes réduite et plus souvent inexistante, espérance de vie courte, confort de vie difficile (je ne fais pas ici l’apologie d’un confort de vie à l’occidentale dont on sait bien qu’il n’y a pas de raisons objectives - sauf ethnocentrisme - qu’il remplace d’autres manières d’être dans bien des pays où l’on vit très confortablement, sans téléphone portable et télévision ou machine à laver, dès lors que l’accès aux ressources énergétiques et matérielles de base est suffisant.).

» Densité de population fluctuant au gré des famines et des guerres. Pour ce qui est de cette dernière abomination dont j’avais cru comprendre que mon grand-père avait été assassiné au cours de la dernière de toutes… les stratégies des possédants pour que les possédés adoptent une stratégie de type r et fassent beaucoup d’enfants tient peut-être pour beaucoup dans le fait que tous ces enfants font de la bonne chair à canon ! Et qui pleure les gueux, morts, quand ils ont assuré votre fortune ou votre bonne place à la tête d’un syndicat de patrons ?

» Compétition exacerbée pour les ressources surtout si elles sont comptées ou pire si les moyens de se les procurer socialement sont limitées (sous-emploi, sur-chômage, précarité, pauvreté, misère, etc.). Remarquablement, les tenants d’une compétition forte ne se l’applique pas à leurs relations commerciales, politiques ou autres. Le « struggle for life » darwinien auquel ils font le plus souvent référence et auxquels ils ont donné le sens qui convenait à leur fortune et à leur naissance ne vaut que pour les moins nantis, mais à la condition expresse que leur affrontement compétitif reste politiquement correct, sans vol, sans violence ou crime. La violence n’est tolérée que si elle s’exerce entre « moins nantis socio-communautarisés » et parfois comme palliatif, envers les représentants de l’ordre bourgeois établi. Les mouvements sociaux revendicatifs sont peu écoutés, entendus moins encore et s’ils débouchent sur des grèves, vite déconsidérés, les revendications discréditées, voire criminalisées. D’ailleurs, n’est-il pas question d’instaurer des services minimums ? L'émergence d’une paristocratie nous ramène près de trois cents ans plus tôt, au moment de la Régence (où un certain Chirac sévissait déjà, mais à l’époque plus ou moins pour le compte d’un abbé Dubois), à une époque où l’on brûlait des carrosses quand maintenant, d’aucuns brûlent des automobiles dans les banlieues. Nous reste-t-il à crier : Que la fête recommence ?

» Plus grande mobilité spatiale et temporelle des populations salariées (on dit aussi flexibilité), ce qui revient à dire surtout plus grande soumission à l’arbitraire et à l’imprévisible. Faute de réponses adaptatives et anticipatrices à des changements probables ou possibles de l’intensité des facteurs environnementaux, rien d’étonnant à ce que l’on note une recrudescence, jamais égalée, des maladies liées au stress.

Dans le cas où une alterpolitique émergerait des mouvements altermondialistes, et dont le mot d’ordre unitaire serait de lutter contre les inégalités criantes instaurées par les politiques néolibérales, il faudrait s'attaquer à l'une d’entre elles qui est, d’évidence, l’obligation qui serait faite à un nombre toujours plus grand de populations d’être contraint d’adopter une stratégie adaptative r contraire à celle (K) que devraient adopter toutes les populations humaines, sans exception ou exclusion.

Le pire, ce serait que des populations n'aient même pas le choix de l'une ou l'autre de ces stratégies, tout simplement parce que les individus ne formerait plus une population, juste un agrégat. Ce pourrait bien être le cas des exclus : les chômeurs, les sans domicile, les travailleurs au-dessous du seuil de pauvreté, les femmes ayant élevé des enfants et qui n'auront droit qu'à une retraite de misère, sans parler des exclus des pays du "Sud", ce doux euphémisme... Il vaudrait sûrement mieux que ces individus ou ces populations soient exploités, parce qu'au moins la lutte des classes aurait pour eux le mérite de leur offrir une stratégie adaptative...





Tenter d'adoucir le sort des personnes plongées dans la détresse est une chose, s'en proclamer les porte-parole et les réduire à ce statut en est une autre. Les deux se confondent trop souvent.

Rony Brauman, président de Médecins sans frontières de 1982 à 1994
.





Lorsque Naomi Klein parle de stratégie du choc, elle n’envisage que les cas où ce sont les dominants qui imposent des soumissions aux dominés, au prix de violences, de meurtres ou de tortures. Il est vrai que l’histoire montre que ce sont plutôt ces cas de figure qui s’observent le plus souvent. Mais inversons la donne. En ces temps de crise où les dirigeants espèrent bien nous imposer des restrictions et de la rigueur, imaginons un instant que la stratégie du choc, c’est nous qui la leur imposions et qu’on les vire, à défaut qu’on les massacre. Faudrait juste qu’on tente l’expérience pour voir si ça marcherait. Qu’est-ce qu’on a perdre, finalement, quand on mesure ce qu’ils risquent de nous imposer comme souffrances injustifiées dont on ne se relèvera pas ? Nos petits enfants non plus !

Vidéo :
La stratégie du choc /




L'homme étant l'aléa naturel le plus capable d'infliger des dommages considérables à ses alter ego, surtout s'ils sont momentanément plus faibles, on ne manquera pas d'inscrire le site de Gérard Verna parmi ses favoris :

http://www.fsa.ulaval.ca/personnel/vernag/

L'environnement hostile :
http://www.fsa.ulaval.ca/personnel/vernag/EH/F/deff/plan_général_du_site.htm

http://www.fsa.ulaval.ca/personnel/vernag/PUB/GT1.html : LA GRANDE TRICHE / Corruption, éthique et affaires Internationales / avec Jean-Claude Usunier / voir aussi :
GT2.html et GT3.html

Etes-vous stratégie [K] ou stratégie [r] ?
http://lesmutants.site.voila.fr/strategie.htm


____________________

Les Stratégies Évolutivement Stables :
http://ethologie.unige.ch/etho2.now/par.date/2004_12_03.htm

____________________

Diversité écologique, aménagement des agro-écosystèmes et favorisation des ennemis naturels des ravageurs : cas des aphidiphages :
http://www.inra.fr/dpenv/chaubc18.htm#agr

____________________

Un article de Nicolas Hulot / L'autisme de George Bush :
http://www.fnh.org/francais/actu/edit_pm1.htm

Un article de 1994 Réda BENKIRANE / Le nouvel ordre démographique :
http://www.archipress.org/press/nordre2.htm#top

____________________

Géopolitique de la faim
http://www.cafe-geo.net/cafe2/article.php3?id_article=477

____________________

Dynamique démographique des chasseurs-cueilleurs :
http://www.unige.ch/cyberdocuments/theses2003/RayN/these_body.html

Manuel CASTELLS : "Le pouvoir de l’identité"
http://www.cnam.fr/lipsor/dso/articles/fiche/castells.html



**********

[Corrélats : Économie / Altermondialisme / ]

Retour