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Quelques éléments de thermodynamique
Quelques éléments de thermodynamique


Petite réflexion sans importance sur l'humilité :

Je fais mon compost… Je devrais dire : je fais faire mon compost et je suis une putain d'esclavagiste qui fait trimer des millions de bactéries, de vers, d'insectes jusqu'à la mort. Parce que c'en est l'aboutissement, sans rémission ou presque.

Au fond du jardin, j'ai construit plusieurs espaces de contention dans lesquels j'entasse tous les déchets fermentescibles qui transitent par la maison : les reliefs de cuisine, les épluchures, les émondes, les mauvaises herbes, les fruits et légumes immangeables, les tontes de gazon, le bois raméal, etc. Dans la mesure du possible, j'en broie le plus possible et puis, je laisse la nature faire… Enfin presque, puisque je retourne le tas plusieurs fois pour faciliter le travail des bactéries aérobies et celui des vers de fumier. Ah ! Ceux-là… à un moment donné de la maturation du compost, ils sont des millions qui bouffent et qui copulent, qui copulent et puis qui bouffent et qui finissent par tous crever, parce qu'à un stade plus avancé du compost, ces vers-là disparaissent tous ! Crevés ! Éradiqués ! Génocidés !

Normal, sur le plan thermodynamique, ils ont fait leur boulot de terriens. Ils ont fait circuler la matière et l'énergie dans le compost. Ils se sont reproduits tant et plus tant qu'il y avait du travail à faire : une certaine avancée dans les processus d'humification de la matière organique. Puis, quand ils sont devenus inutiles, ils sont entrés en décroissance et ont disparu. Il est probable qu'ils ont laissé des propagules, des œufs ou je ne sais quoi qui leur permettront de réapparaître quand les conditions leur redeviendront favorables.

J'ignore si dans les populations de vers de fumier, il existe quelques individus, façon prédicateurs, politiques, gurus et autres escrocs qui leur bourrent le mou avec le paradis des vers de fumier et autres fariboles. J'espère que non.

Je me dis que ça serait bien aussi, dans l'espèce humaine, qu'on s'interroge un peu mieux sur notre rôle thermodynamique qui n'est pas si différent de celui des vers de fumier. C'est vrai que nous ne sommes pas des vers… Juste des fumiers !

La preuve, c'est que pour avoir de beaux légumes, je fais en sorte de condamner des tas des bestioles à mort sans que cela ne m'émeuve aucunement. C'est comme au Qatar*, à l'usine et où vous voudrez juste à côté de vous.

* Qatar 2022 : massacre à la bétonneuse...




La première loi de la thermodynamique concerne l'énergie et peut se résumer ainsi : l'énergie de l'univers est constante ; ou encore : au cours d'un processus quelconque, l'énergie peut changer de forme, mais ne peut être ni créée, ni détruite.

Les êtres vivants sont des systèmes ouverts, c'est-à-dire qu'en plus de l'énergie, ils échangent aussi de la matière avec leur environnement. Ils restent cependant soumis aux mêmes lois physiques que tous les objets dans l'univers, y compris les lois de la thermodynamique, laquelle permet d'ailleurs d'expliquer de nombreux phénomènes biologiques.



Chez les êtres vivants hétérotrophes, l'essentiel de l'énergie est apportée par les aliments qu'ils absorbent et qu'ils respirent. Au cours des processus respiratoires, une partie de l'énergie est stockée sur des molécules énergétiques (ATP) dont les êtres vivants se servent pour assurer leurs fonctions vitales et se mouvoir ; et/ou pour entretenir ou former de la biomasse. Le reste de l'énergie est évacuée dans les déchets (excréments) et par déperdition thermique (respiration, transpiration, etc. et plus généralement par conduction, convection et rayonnement).

La thermodynamique nous apprend que les systèmes ouverts ne restent viables que pendant la période où les entrées de matière et d'énergie restent supérieures aux sorties de matière et d'énergie, ce qui revient à dire qu'un système ouvert n'est viable que s'il croît.

Si on prend un système cubique comme modèle de système ouvert, en première approximation, on peut considérerque ce cube échange avec toute sa surface (6*a2) et métabolise avec tout son volume (a3). Pour que ce cube reste viable, il faudrait que sa surface reste supérieure à son volume. Cela reste vrai tant que l'arête a reste inférieure à 6. Lorsque l'arête du cube atteint la valeur 6, il atteint une valeur thermodynamique limite... Mais une division lui permet de retrouver pour un temps une valeur surfacique plus grande que le volume. La division cellulaire ou la scissiparité des bactéries ou des protistes sont des exemples d'adaptations que le vivant fait aux contraintes de la thermodynamique.



Ce qui vaut pour les cellules ou les êtres unicellulaires, ne vaut pas pour les êtres pluricellulaires qui ne peuvent plus se couper en deux quand ils ont atteint leur taille limite et pour lesquels la mort est inéluctable. On observera alorsd'autres stratégies pour retarder cette échéance. La reproduction sexuée est un moyen d'immortalité, sinon pour l'individu,au moins pour l'espèce (ou la filiation, chère à l'espèce humaine).

Comme un gros objet a plus de volume par rapport à sa surface qu'un petit objet, un gros organisme produit plus de chaleur qu'un petit. Ces fonctions dépendent du volume ou de la masse de tissus. Mais le gros organisme a plus de difficultés à dissiper sa chaleur, ainsi qu'à assimiler la nourriture et l'oxygène, ou encore à excréter ses déchets métaboliques, car ces fonctions dépendent de sa surface externe. Lorsque le gros organisme doit fonctionner comme un plus petit, il faut qu'il compense son avantage en volume par une augmentation sélective de ses surfaces réactives. Une stratégie consiste à augmenter toutes les surfaces d'échanges en les fractalisant (lobes pulmonaires, branchies, villosités intestinales, capillarisation des systèmescirculatoires, placenta, systèmes foliaires ou floraux des végétaux, etc.). La fractalisation d'un objet permet d'augmenter considérablementsa surface sans augmentation notable de son volume.



Une merveille de fractalisation : le chou Romanesco


Dans la biosphère, tous les êtres vivants sont des systèmes ouverts qui s'efforcent, le plus longtemps possible, d'échangerde la matière et de l'énergie dans les conditions qui assurent leur viabilité, c'est-à-dire en croissant. Mais le nombre de systèmes ouvertsest fini. Tous ne peuvent pas croître dans le même temps. Il faut donc que certains "acceptent" d'être pâturés, broutés ou plus définitivement dévorés.

Mais la pression thermodynamique d'un système sur d'autres est d'autant moins forte que la diversité alimentaire est grande.

Par ailleurs, cette pression s'exerce moins durement sur un organisme si celui-ci est plus dispersé au sein d'une multitude d'autres systèmes ouverts. On pourra, par exemple, assister chez le système oppresseur, à moins de spécialisation alimentaire sur un système opprimé unique et à davantage d'opportunisme.

Une stratégie à l'égard des contraintes thermodynamiques pourrait donc être de vivre caché (isolé au sein du plus grand nombre possible de systèmes ouverts différents...) pour vivre heureux (ou au moins plus longtemps).

C'est finalement le deuxième principe de thermodynamique... lequel nous apprend que :

Un système à intérêt à se placer dans la situation de désordre le plus grand, car cette situation est celle qui offre la probabilité la plus grande d'occurrence de nouvelles situations. Les physiciens disent la même chose : lors de tout processus spontané, l'entropie de l'univers augmente...

C'est bien là la différence que l'on peut noter entre les rangs bien alignés d'un champ de maïs soigneusement sarclé chimiquement et le formidable désordre d'un peuplement spontané de végétaux dans un habitat naturel donné.


Ordre ou désordre ?





L’argent, non plus, n’échappe pas à l’hypothèse thermodynamique. À l’époque paléolithique, quand arrivait l’automne et ses premiers frimas, afin de ne pas trop perturber mes régulations homéothermes, je sentais le besoin impérieux du tricot qui me ferait chaud, là et là, voir schéma. Alors je partais en chasse. Je pistais le mouton laineux. Au terme d’une traque épuisante de plusieurs jours, je le capturais enfin. Je le tondais. Je lavais la laine (l’odeur du suint était tout autant répugnante à cette époque). Je la peignais, la cardais et finissais par la tricoter sur quelques fanons de baleine qu’il m’avait fallu capturer, pour m’en faire un vêtement dans la pure tradition des pulls marins bretons… Sauf que, lorsque j’en avais fini, c’était déjà le printemps, qu'il faisait beau, qu'on pouvait courir tout nu derrière les filles qui nous tondraient pour avoir plein de pulls et que mon pull, à l’automne suivant, serait finalement tout mité.

Maintenant, je fais une carte bleue à la Camif et de cette façon, j’engraisse les bergers, les tondeurs, les peigneurs, les cardeurs (même coloniaux), les tricoteuses (probablement chinoises ou indonésiennes), Phildar, qui dépensent, à eux tous, toute l'énergie qu'il m'aurait fallu dépenser tout seul et j’ai mon pull en moins de 24 heures, moyennant supplément, et j’ai chaud tout l’hiver, sans compter que notre belle époque moderne nous a donné la naphtaline, Terry Pratchett et même la chanson : " Ah ! si j'étais REACH ... "

Ce qui me navre, c'est que le berger qui garde maintenant le troupeau de moutons gagne infiniment moins de pognon que le patron de l'usine où des sans-papiers tricotent les pulls au noir. Ceux-là d'ailleurs n'ont que des pièces jaunes.

Pourtant, les besoins thermodynamiques des sans papiers, des bergers ou de n'importe quel ouvrier seraient-ils moins importants que ceux des patrons ? Quand certains de ceux-là qui caquent quarante gagnent en une année, 171 années de SMICart, est-ce la raison qu'ils occupent de grands appartements où on ne compte pas moins de six chiottes ?

Alors on nous explique que leur temps et le nôtre, c'est pas le même, qu'il ne s'écoule pas de la même façon…

C'est fort possible, alors je me pose aussi la question de savoir jusqu'à quel point leur temps est compté ?





Instaurer un revenu d'existence contre l'exclusion

Par Yoland Bresson / LE MONDE DIPLOMATIQUE | FÉVRIER 1994 | Pages 10 et 11

http://www.monde-diplomatique.fr/1994/02/BRESSON/221

RÉFLÉCHISSANT sur la grande crise de 1929, John M. Keynes proposa de changer le mode de répartition des revenus et de parier sur l'injection de pouvoir d'achat, permettant ainsi une nouvelle régulation adaptée aux trente années de croissance forte d'après guerre, dominée par le souci de la production de masse et par la lutte contre la rareté.

Et voilà qu'aujourd'hui le salariat, la puissance du capital technique et la politique keynésienne ont trop bien réussi ! Alors que la capacité de produire en abondance biens et services risque de nous étouffer, voilà qu'on nous propose seulement le retour à la conception frileuse et comptable des années d'avant Keynes, des années de pénurie où l'enjeu économique se résumait à vaincre, sans trop de heurts, la rareté !

Soulignant l'efficacité économique de la régulation par le marché, les zélateurs du néolibéralisme proposent les remèdes du début du siècle pour régler les difficultés d'aujourd'hui et organiser demain. En 1929, ils ont échoué, et les voilà qui recommencent, au risque de condamner la société à accoucher, dans la violence, de nouvelles formes d'organisation, affichant mépris - ou indifférence - à l'égard des exclus, chaque jour plus nombreux.

La valeur réelle de l'unité de temps est la même pour chaque individu. Une année d'enfant, une année de vieillard, une année d'époux au foyer, une année de salarié, de chômeur ou de patron, c'est une année d'être humain. Le temps est identique pour tous.

Mais alors, pourquoi les revenus sont-ils inégaux si la valeur d'usage du temps est identique pour tous les hommes ?

Tout simplement parce que les revenus ne sont pas une mesure de la valeur réelle du temps, mais seulement de sa valeur d'échange. Chaque année d'être humain doit avoir une même expression réelle en monnaie (pour que la monnaie puisse servir de langue commune), mais chaque individu exploite cette année différemment. Selon le temps consacré, selon la façon dont il vend et échange ce temps, selon les opportunités saisies et la compétence mise en jeu, une année réelle d'homme peut avoir des valeurs d'échange très différentes.

Chaque revenu monétaire comporte deux parts, l'une correspondant à la valeur du temps - identique pour tous -, l'autre à la valeur d'échange liée, elle, à la performance et à l'utilité reconnue par le marché au temps contraint. La valeur du temps est la mesure du revenu d'existence. La valeur d'échange est la mesure du revenu d'activité.

Tous les revenus observés constituent l'addition des revenus d'existence et des revenus d'activité. La répartition de ces revenus permet, par un calcul économétrique, d'isoler le montant du revenu d'existence que, pour la France, divers travaux évaluent à 1 575 F par mois et par personne (1).

La reconnaissance de l'existence et de la dignité de chaque être humain implique de lui donner l'équivalent monétaire de son unité de temps - le revenu d'existence - afin de l'engager à participer aux échanges de temps par la médiation de la monnaie. Chacun est libre de son usage : libre de s'en contenter, ou d'en profiter pour choisir son activité, pour participer à des équipes productives afin d'échanger son temps différemment.

En contrepartie, chacun obtiendra, outre cette dotation minimale versée à tous (2), des revenus différents qui varieront avec l'activité, la compétence, la performance individuelle, mais aussi avec la performance de l'entreprise, sa capacité à répondre, par des produits adaptés, aux exigences solvables du marché.

C'est la possibilité du travail choisi, dans lequel on s'implique, on s'investit ; les énergies libérées, les motivations retrouvées, sont les plus sûrs moteurs d'une économie dynamique fondée sur le capital humain. Alors la question vient, inévitable : comment y parvenir, où trouver l'argent ?

Le problème posé n'est pas celui de la masse des ressources nécessaires, mais celui de leur répartition. Imaginons une partie de bridge. Nous distribuons au hasard le jeu de cinquante-deux cartes. Mais rien ne nous interdit de changer la règle de distribution. Décidons, par exemple, de donner un as à chaque joueur. Il nous faut isoler d'abord les quatre as, les distribuer, puis prendre les quarante-huit cartes restantes et procéder comme de coutume. Le jeu peut rester le même.

Qui perd à cette nouvelle distribution ? Les extrêmes. Et d'abord le champion, qui trouve devant lui des joueurs ayant chacun une forte carte. Comme l'employeur, qui offrira un emploi à un demandeur, porté par son revenu d'existence, si modeste qu'il soit, - à faire mieux valoir ses choix. Il peut attendre de meilleures occasions, au lieu d'être obligé d'accepter au plus vite l'offre qui lui est faite. Le joueur très faible y perd aussi, car il ne peut plus imputer à la seule malchance ses échecs successifs, et doit mieux prendre ses responsabilités.

Des avances du système bancaire

La difficulté de modifier la répartition des revenus vient de ce qu'il faut opérer le changement tout en continuant à jouer une partie entamée et jamais terminée.

Parmi les nombreuses modalités possibles, on peut en présenter une qui nous semble immédiatement réalisable, tout en garantissant l'efficacité de l'économie. À raison de 1 575 francs par mois pour cinquante-huit millions de citoyens, le montant total du revenu d'existence s'élève à près de 1 100 milliards de francs. Pour un programme de transition étalé sur cinq ans, il faut, chaque année, injecter 220 milliards.

En opérant ainsi, chaque Français ayant ouvert un compte d'existence dans la banque de son choix le verra créditer de 300 F par mois la première année, puis de 600 F la deuxième année, et ainsi de suite. Les 220 milliards pourraient être prélevés par emprunt de l'État sur l'épargne accumulée, ou financés par l'augmentation du déficit budgétaire. Ou bien, solution qui nous paraît préférable, couverts par une avance de l'ensemble du système bancaire. Cette avance porterait intérêt faible, mais à un horizon quasi illimité. Si le taux est de 1 %, les banques ayant ainsi avancé 220 milliards la première année recevront 2,2 milliards d'intérêts à se partager au prorata des comptes d'existence qu'elles gèrent. Ces 2 milliards sont payés par l'État, en puisant dans les crédits rendus disponibles par la réduction des charges concomitantes, telles que la suppression des allocations familiales (chaque enfant ayant, en effet, droit au revenu d'existence). Car si ce revenu se substitue, en totalité ou en partie, à toutes les allocations de situation, les prélèvements qui les alimentent sont cependant maintenus.

L'année suivante, les banques recréent 220 milliards. Les 440 milliards de revenu d'existence sont pourvus pour moitié par les prélèvements et, pour l'autre moitié, par la nouvelle création monétaire bancaire, et ainsi de suite. Au terme de cinq années de transition, on peut estimer à environ 260 milliards le surcoût du revenu d'existence par rapport à ce qui est déjà alloué par l'État sous des formes et des guichets multiples. Un somme qui sera obtenue par la croissance des revenus monétaires sur lesquels sont assis les prélèvements. Les salariés qui, dans leurs revenus actuels, reçoivent déjà le revenu d'existence - puisqu'un salaire aujourd'hui de 10 000 F se décompose, en réalité, en 1 575 F de revenu d'existence et 8 425 F de revenu d'activité - pourraient considérer la dotation fournie par le système bancaire comme le substitut d'augmentations de salaires versées par les employeurs.

Ainsi, au terme des cinq ans, le salarié à 10 000 F serait passé à 11 575 F dans lesquels, maintenant, les 1 575 F de revenu d'existence sont payés par la collectivité et les 10 000 F de revenu d'activité versés par l'employeur. C'est dire que, pendant toute la période de transition, les charges supportées par les entreprises pourraient rester constantes, n'hypothéquant donc pas leur capacité concurrentielle par rapport à celles d'autres pays. Rien n'interdit d'accompagner cette transformation de la distribution des revenus, pendant la phase de transition, d'une modification des mécanismes de prélèvement, de changements d'assiettes, de taux incitatifs d'aménagements choisis du temps de travail, etc.

Le système bancaire pourrait-il se montrer réticent à participer à l'opération ?

C'est peu probable car il y trouvera aussi son intérêt. S'il est vrai que les prêts font les dépôts, les dépôts permettent aussi les prêts. La participation des banques est alors conforme aux lois du système, et elles devraient plutôt se faire une concurrence acharnée pour attirer les clients et leurs comptes d'existence. Sans parler de l'avantage indéniable que constitue l'intérêt annuel perçu. Il s'agit, en somme, pendant la période transitoire, d'un investissement collectif visant à innover socialement et à renforcer les cohésions entre les citoyens. Cette transition qui - soit dit au passage - ne modifie en rien la nature du système économique, ne présente pas de grands risques. Elle peut être appliquée dans un seul pays, la France par exemple, sans attendre un hypothétique accord de ses partenaires.

Pour une véritable convergence européenne

CERTAINS avancent que l'instauration d'un revenu d'existence inconditionnel coupe le moteur de l'effort et que les citoyens se " laisseraient vivre ". Mais ils en seraient vite informés, et collectivement sanctionnés. Car le revenu d'existence est calculé sur les ressources. Si, contrairement à l'attente, les activités, au lieu de se développer, se ralentissent, les ressources collectives baisseront, et le revenu d'existence avec lui.

A l'échelle européenne, la proposition d'un revenu d'existence tendant à replacer l'homme et sa dignité au centre de l'organisation sociale est certainement de nature à susciter un sentiment d'unité. Et l'objectif d'une monnaie unique, l'écu, passera, au moins momentanément, dans chaque pays par un bi monétarisme de fait. À terme, la monnaie ne sera vraiment unique que lorsque les valeurs du temps, évaluées dans cette monnaie, se seront unifiées à travers tous les pays de la Communauté. Voilà ce que sera vraiment la convergence.

En attendant, les différences nationales des valeurs du temps exigeront des variations des taux de change pour les ajuster. Ainsi, l'allocation des revenus d'existence - d'un montant adapté à chaque pays - pourrait être servie soit en monnaie nationale, soit en monnaie commune. S'il existe deux monnaies circulantes, il est tentant d'affecter l'une d'entre elles à la cohésion sociale et l'autre à la stimulation de l'activité économique. Dans cette éventualité, la loi de Gresham (" la mauvaise monnaie chasse la bonne ") exercera toujours ses effets. C'est-à-dire que celle qui apparaîtra comme la meilleure réserve de valeur, la monnaie forte, sera plutôt épargnée et capitalisée, tandis que la monnaie faible sera vite dépensée.

Il semble donc naturel d'affecter préférentiellement la création de monnaie nationale au revenu d'existence. Ce choix présente un double avantage : il réserve à chaque pays la responsabilité d'assurer la cohésion sociale de ses ressortissants, et il réduit la tentation des plus riches à exploiter le revenu d'existence comme un surplus d'épargne grâce auquel ils accroîtraient encore leurs capacités à profiter de rentes supplémentaires.

Le revenu d'existence peut aussi constituer une piste pour remédier à l'échec patent de l'aide internationale aux pays du tiers-monde. Que de milliards de dollars déversés sur les pays pauvres, mais qui, filtrés par une succession d'écrans, ne parviennent que sous forme de miettes aux populations.

Qu'arriverait-il si cette aide était distribuée, comme en pluie, directement à chaque citoyen adulte, et ce afin d'éviter les conséquences démographiques d'une natalité déjà trop forte ? Un peu de monnaie irriguerait en profondeur ces économies et permettrait aux nombreux trocs de temps de se multiplier. Déjà, l'extraordinaire et spectaculaire capacité des habitants du tiers-monde à réutiliser des objets usés et à inventer des activités insoupçonnées est le signe d'une vitalité qui ne demande qu'à s'exprimer.

Aucune difficulté technique de mise en place ne peut être opposée au projet d'allouer directement et également l'aide internationale à chaque individu.

En deux siècles, l'Europe et l'Occident ont répandu le salariat sur toute la planète. Ce fut indiscutablement un progrès pour l'humanité, mais ce n'est pas une fin.

Le moment n'est-il pas venu de considérer chaque être humain comme une personne disposant d'un droit inaliénable à recevoir une dotation monétaire inconditionnelle et, par là, de s'intégrer à la communauté humaine, de participer, par le jeu des échanges matériels et immatériels, à un même projet ?


YOLAND BRESSON.

(1) Lire, de Yoland Bresson, l'Après salariat. Une nouvelle approche de l'économie, deuxième édition, Economica, Paris, 1993, et le Partage du temps et des revenus, Economica, Paris, 1994 ; ainsi que Bruno Lévy, " La pauvreté dans quatorze pays de l'OCDE, mesurée par la valeur temps ", communication présentée au quatrième congrès du Basic Income European Network, tenu en septembre 1992.

(2) Il n'est, bien entendu, pas question de diminuer le montant du revenu mini mal d'insertion (RMI), qui se situe actuellement à 2 146 F. Ce montant se décomposerait en un revenu d'existence (1 575 F) et un revenu d'insertion (571 F). Notons que, pour un ménage, un double revenu d'existence (3 150 F) est supérieur à un RMI. * Doyen de la faculté de sciences économiques et de gestion de Saint-Maur (université Paris-XII). DR CAMILLE PISSARRO. - " Turpitudes sociales " (1890)

À propos du revenu universel, puisque c’est comme cela qu’on y fait référence aujourd’hui…

Dans les années 1960, j’avais quinze ans et notre prof d’histoire nous avait appris comment l’Allemagne nazie, enfin plus officiellement, dans les années 46-48, avait attribué à chaque individu de race allemande,— laquelle renaîtrait de ses cendres —, une somme non négligeable en marks en espérant que cela permettrait de relancer la machine boche jusqu’à l’avènement du IVe Reich, avec Merkel et Schäuble.

D’accord, si j’étais un tant soit peu sérieux, j’éviterais ce genre de propos dont j’imagine qu’ils aideront à me déconsidérer totalement aux yeux du plus grand nombre. Sauf, que tout bien considéré, c’est malheureusement cette Europe-là à laquelle nous avons droit, juste en moins pire que pour les Grecs, mais nous ne perdons rien pour attendre si nous ne les virons pas.

Mais revenons à nos moutons dont on sait qu’ils ne craignent ni le froid, ni la faim puisqu’ils ont une bergerie, de la laine, un pré d’herbe tendre et des bergères pour s’asseoir.

Et c’est en pensant à eux, les moutons, que nous en vînmes, avec deux ou trois camarades pensionnaires au lycée, à penser aux gens bien souvent plus mal lotis que bon nombre d’animaux domestiques ou sauvages.

Et c’est comme cela, au terme de discussions enthousiastes et de recherches plus ou moins fructueuses en matière de besoins élémentaires des êtres vivants, que nous élaborâmes et proposâmes un revenu thermodynamique de base.

Il s’agissait, sur la base de ce qui avait été proposé après la fin de la seconde guerre, de mettre en place un système d’allocations de manière à ce que chacun puisse disposer d’un toit, de moyens décents pour se nourrir, s’éduquer, s'équiper, se loger, se distraire, se cultiver, se soigner, élever ses enfants, etc. Autrement dit, des moyens matériels, énergétiques et informationnels pour faire que son propre système thermodynamique ouvert puisse fonctionner au mieux, le plus longtemps possible, lui permette de se reproduire et s’il finissait par mourir, alors que ce soit dignement.

Nous avions aussi imaginé que ce revenu ne pourrait pas être inscrit dans la durée s’il ne s’accompagnait pas de compensations pour la raison que si l’on fait rentrer quelque chose dans un système ouvert, c’est parce qu’une partie des entrants va sortir, transformée et destinée à servir à d’autres systèmes ouverts pour leur survie et ainsi de suite.

Évidemment, la première compensation à laquelle nous avions pensé, c’était le travail et particulièrement le travail d’intérêt collectif.

Nous avions bien conscience qu’un revenu de base pouvait rapidement être une incitation à ne plus rien foutre. Or, il était évident que nous avions collectivement besoin de continuer à échanger les uns avec les autres pour nous nourrir, nous éduquer, nous divertir, nous aimer et qu’à ne rien faire qu’à nous vautrer, c’était, fissa, la décadence pompéienne.

Mes petits camarades n’étaient pas vraiment issus des classes dites laborieuses, à cette époque-là, le nombre de futurs bacheliers tournait autour de 50 000, pour toute la France et les lycéens venaient pour l'immense majorité des classes aisées. Mon père était cordonnier et je ne fréquentais guère, ailleurs, que des gens qui étaient soit des artisans, soit des paysans, des marchands de vaches, de cochons ou de chevaux.

Ce dont j’étais sûr, déjà à cette époque — ou encore (?) —, c’est que ces gens-là aimaient leur métier et le travail bien fait. Et même s’ils avaient de bonnes raisons de récriminer contre les politiques, ils ne se plaignaient pas trop. Tout le monde avait du travail ou un emploi, sauf peut-être les deux ou trois chômeurs professionnels de mon village (2500 ha) qui trouvaient quand même assez de travail à faire pour assurer au mieux leur survie pendant la saison de la pêche, de la chasse, des champignons et autres activités naturalistes susceptibles d’intéresser certains restaurateurs.

Le travail étant globalement bien partagé, nous n’avions pas entrevu qu’il puisse y avoir quelque difficulté à ce que l’on puisse se faire un salaire en travaillant à l’usine, dans les champs ou comme notaire ou médecin, artiste lyrique ou professeur en chaudronnerie.

Nous avions même imaginé que le temps de travail pourrait être réduit, surtout pour les tâches les plus difficiles ou pénibles. Et progressivement pour toutes les autres pour permettre à chacun de mieux profiter et faire profiter de son intelligence dont je rappelle qu'elle est la manière la plus efficace et la plus originale pour répondre à une sollicitation extérieure de l'environnement. Autrement dit, tous les gens sont intelligents et infiniment plus que beaucoup de ces beaux esprits autoproclamés, sortant de grandes écoles où on les aura dûment formatés, tant et si bien qu'ils sont devenus totalement incapables de constater que le monde change, évolue et que leurs recettes pour s'y adapter sont obsolètes. C'était une façon d'introduire la dose nécessaire d'information renouvellée afin que les systèmes ouverts demeurent en croissance continue, mais la plus faible possible de manière à ce qu'il n'atteigne pas trop vite sa taille limite, décroisse et meure.

C'est ainsi que le salaire thermodynamique de base assurait à chaque individu la fourniture énergétique et matérielle de base, le temps pour maîtriser l'information propre au système — le sien en premier — et pour apporter les innovations et les améliorations qui ne manqueraient pas de se révéler. Le salaire thermodynamique pouvait être autofinancé à la condition de repenser sérieusement à la manière de partager les richesses... Comme nous aurions pu le faire, par exemple, avec l'Algérie qui venait de mettre une bonne raclée et comme nous ne le ferions pas davantage avec les Africains puisque nos politiques d'alors ne juraient que par la françafric... Ou comme nous aurions pu le faire en mettant un terme à la goinfrerie dans notre pays. Mais celui-ci, enfin ses élites, avaient choisi la peur comme mode d'asservissement des peuples. On en est toujours au même point !

Jusqu’au jour où le proviseur du lycée, lequel avait un frère coauteur d’un livre de littérature comparée depuis le Moyen-âge jusqu’au XXe siècle, nous convoque dans son bureau, nous jette nos papiers à la figure, papiers qu’un de ses larbinervis avaient subtilisés dans nos casiers dûment cadenassés, puis, méchamment, tente de nous humilier et comble d’injustice, me traite de Trotskyste, alors que je croyais n’être qu’un anarchiste de droite (par opposition aux golistes de gôche).

Quelques années plus tard, avec la venue de Giscard, président pour 7 ans, jusqu’en 81 et qui depuis nous coûte 3 millions d’euros par an de revenu de subsistance à ne rien foutre que des conneries, nous eûmes grâce à lui droit à la montée du chômage de masse.

Alors il est vrai que dans ces conditions, le revenu thermodynamique de base pouvait paraître bien illusoire.

C’est un argumentaire de ce type que développent les communistes et certains anciens trotskystes, comme preuve que je n’en étais pas un.

Ce à quoi je crois, c’est qu’une réflexion plus systématique sur les exigences thermodynamiques pourraient bien nous aider à réfléchir plus durablement et plus sainement sur le partage des richesses, à la valeur travail et quelques autres fondamentaux propres aux sociétés humaines. Il ne faudrait pas oublier que les modificatiions du climat, les atteintes à la biodiversité, le pillage des richesses et des ressources, les pollutions grandissantes, les guerres, la lutte des classes, l'exploitation des plus démunis ou des moins bien armés, etc. ont tous une explication thermodynamique des systèmes ouverts.

Pour ceux qui le souhaiteraient, je les invite à lire quelques réflexions sur les mécanismes d’extinction massive sur ce site :

http ;//www.ecosociosystèmes.fr/extinction_massive.html

http ;//www.ecosociosystèmes.fr/thermodynamique.html









Thermodynamique sans formules (@@@) : http://www.e-scio.net/

Thermodynamique sans trop de formules :
http://fr.wikipedia.org/wiki/ThermodynamiqueNotions simples sur les systèmes ouverts :
http://www.sciences.univ-nantes.fr/physique/perso/blanquet/thermo/61sysouv/61sysouv.htm

Thermodynamique :
http://www.sciences.univ-nantes.fr/physique/perso/blanquet/synophys/42tropi/42tropi.htm

http://neveu.pierre.fr/enseign/thermo/chap1.htm

http://neveu.pierre.fr/enseign/thermo/chap2.htm

http://neveu.pierre.fr/enseign/thermo/chap3.htm

http://neveu.pierre.fr/enseign/ouverts/

http://www.univ-paris12.fr/www/labos/lmp/watzky/F/

http://www-ipst.u-strasbg.fr/jld/thermo.htm

Thermodynamique et cinétique :
http://www.chm.ulaval.ca/chm19640/materiel_cours/notes_cours/notes_cours.html

Cycles Biogéochimiques / Chaînes trophiques / Thermodynamique @@@@
http://www.unice.fr/LEML/Francour_Internet/Fichiers_en_ligne/Cours_3_Synthese_Cycles.pdf

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Pauvreté et logement :
http://www.cerc.gouv.fr/sitedoc/poor/poorc7.html

Dans : La pauvreté / Minima sociaux / Compléments de revenus d'activité / Le salaire minimum / Chômage et retour à l'emploi :
http://www.cerc.gouv.fr/sitedoc/indexsitedoc.html

Revenu d'existence, revenu social primaire, dividende social ou salaire de citoyenneté :
http://web.upmf-grenoble.fr/pepse/IMG/pdf/dico.pdf

http://perso.wanadoo.fr/marxiens/politic/revenuex.htm






[ Corrélats : Le sens de la vie - la mort / Économie / Croissance économique / Industrie / Appropriation / Développement durable / Décroissance soutenable / Violence ou Violance ? / Stratégies adaptatives / Banlieues / Salaires / ...]

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