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Tropical / Équatorial
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Les tropiques, ça n'est pas que triste...

Fleur de porcelaine (Etlingera elatior ) Zingibéracées
Les régions tropicales se répartissent de chaque côté de l'équateur entre, environ, le 15e degré et le 30e degré. La ligne des tropiques se situe à 23° 27'.


Le tropique boréal fut nommé tropique du Cancer. Le tropique austral fut nommé tropique du Capricorne. La raison de ces dénominations est qu'au moment du solstice d'été, sur cette ligne, le soleil se trouve dans ces constellations du Zodiaque.

Les régions tropicales sont caractérisées par des climats pour lesquels on ne peut pas, comme pour les climats tempérés, distinguer de véritables saisons si ce n'est des périodes plus ou moins sèches ou plus ou moins arrosées.

En réalité, les climats tropicaux vont des climats subéquatoriaux ou perhumides (au sens de la classification de Holdridge) à des climats désertiques avec divers intermédiaires comme les climats de moussons caractérisés par une saison sèche marquée et une saison humide, généralement courte, mais recevant des précipitations abondantes.




Les régions tropicales ont aussi toutes en commun d'être très menacées autant sur le plan environnemental que sur le plan humain. La plupart de ces menaces ont une même origine, à savoir le comportement économique des pays développés pour lesquels les pays en développement sont intéressants tant qu'ils restent des pays appauvris.

Un article paru dans le Monde Diplomatique en 1998 sous la plume de Alain Zecchini / Journaliste scientifique.

OCTOBRE 1998 / Page 28 / MENACES SUR LA BIODIVERSITÉ / La nature en sursis

ALORS que l'exploitation de la nature s'accélère, le patrimoine végétal de la planète a-t-il encore un avenir ? La fragmentation et l'érosion génétique transforment peu à peu la planète en un archipel de terres appauvries, au milieu d'un océan humain. Il y a urgence, mais la plupart des États refusent de l'admettre, préférant mener dans ce domaine des politiques à court terme, et estimant avoir d'autres priorités. Mais qui, sinon eux, sont tenus d'être les garants de ce patrimoine dont hériteront les générations à venir ?

Par ALAIN ZECCHINI / Journaliste scientifique.

Si l'homme était déjà un prédateur important de la nature à l'époque néolithique, il a fallu attendre la révolution industrielle, au XIXe siècle, pour qu'il se donne les moyens de le devenir à grande échelle. Et, depuis un demi-siècle, cette tendance s'accélère au point que la biodiversité s'en trouve gravement menacée, à double titre. L'équilibre des écosystèmes est remis en cause par la dégradation de tout ou partie des habitats naturels ; de nombreuses espèces végétales disparaissent, ou sont en voie de disparition, qu'elles soient sauvages ou cultivées. Le constat, valable pour l'ensemble de la planète, est particulièrement sévère dans les pays en voie de développement, où sont recensés les deux tiers des 270 000 espèces végétales existantes.

Trente-quatre mille de ces espèces sont inscrites sur la liste rouge de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) comme étant menacées par les industries alimentaires, les industries du bois et l'industrie pharmaceutique. Mais très peu d'entre elles sont exclues de tout échange marchand par la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore menacées d'extinction (Cites). On évalue les disparitions naturelles de plantes, au cours des dernières 400 millions d'années, à une espèce tous les vingt-sept ans. Ce rythme s'est singulièrement accéléré : dans le monde tropical, à présent, cinq espèces sont perdues définitivement, en moyenne, chaque jour.

" Dans un pays comme la France, par exemple, souligne M. Michel Hoff, chargé de recherche au service du patrimoine naturel du Muséum national d'histoire naturelle (MNHN), si une plante se raréfie au point de n'être plus présente que dans moins de 30 communes, elle risque de disparaître. Et globalement, au niveau mondial, on a établi que si 67 % de la forêt tropicale était supprimé, comme cela pourrait se passer à la fin du prochain siècle, la moitié des espèces végétales n'existerait plus. "

La flore des îles est particulièrement touchée. Plus de 90 % des plantes vasculaires endémiques de Sainte- Hélène, Norfolk, Lord Howe, Rodrigues et Ascension sont considérées par l'UICN comme " rares, menacées ou éteintes ". Le même constat vaut pour les écosystèmes, lesquels regroupent, dans une interdépendance étroite, des organismes vivants et leur milieu de vie. Nombreux sont les écosystèmes considérés comme " points chauds " par la communauté scientifique, à se trouver dans un état de détérioration déjà bien avancé : c'est le cas du bassin du Congo, du Chaco colombien, de l'ouest de l'Équateur, des hautes terres de l'Amazonie occidentale, de la forêt atlantique du Brésil, de l'est de Madagascar, de la région himalayenne, de la péninsule malaisienne, du nord de Bornéo, des Philippines, du Queensland australien ou encore de la Nouvelle-Calédonie.

Partout, la nature est exploitée à grande échelle : plus de la moitié de la productivité primaire terrestre (laquelle est due à la photosynthèse des plantes, des algues et des bactéries) est utilisée par l'espèce humaine. La diversité biologique " originelle ", c'est-à-dire celle d'avant les modifications durables pratiquées par l'homme, a été sérieusement érodée. Selon l'UICN, la faune sauvage en Afrique a perdu 60,3 % des forêts humides de son habitat d'origine ; 59,2 % des savanes et des steppes ; 58,4 % des forêts sèches ; 55,4 % des mangroves ; 29,1 % des zones humides et 2,2 % des zones arides.

Autre exemple éloquent : le Bangladesh ne possède plus que 6 % de sa couverture végétale ; les forêts du pourtour méditerranéen, quant à elles, ont été réduites de 90 % ; et, dans les pays tropicaux, le rythme annuel de déforestation est d'environ 0,6 %, soit 7,3 millions d'hectares (en incluant reforestation et régénération naturelle). À cette cadence, les forêts tropicales seront anéanties d'ici cent soixante ans. Un rapport effectué par les autorités brésiliennes en 1998 sur la déforestation en Amazonie est accablant : 60 257 km2 de forêts ont été détruits entre 1995 et 1997, soit une surface équivalant à deux fois la Belgique...

De toute part arrivent des nouvelles inquiétantes. En Guyane, le projet de création d'un parc national est sérieusement remis en cause par les besoins de développement de l'industrie aurifère ; les 5 000 espèces végétales de l'écosystème se trouvent du même coup menacées. À Kalimatan, en Indonésie, un million d'hectares préservés de tourbe marécageuse et de forêt risquent d'être transformés en une " super-rizière ". En Afrique du Sud, la plus grande zone naturelle protégée du pays, le parc Kruger, doit être éventrée par un oléoduc.

Pour être plus discrètes, les atteintes au patrimoine des plantes cultivées n'en sont pas moins importantes (1). L'organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) estime que, au cours de ce dernier demi-siècle, 75 % de la diversité génétique de ces plantes a été rayée de la carte. En Indonésie, par exemple, 1 500 variétés locales de riz ont disparu tout au long de ces quinze dernières années. Une des raisons principales de cet appauvrissement de la diversité : le choix de plus en plus restreint de plantes destinées à l'alimentation humaine. Sur 10 000 à 50 000 plantes comestibles, seulement 150 à 200 sont principalement utilisées à cette fin. Et trois d'entre elles, le riz, le maïs et le blé, sont capables de satisfaire à 60 % les besoins de l'être humain en calories et en protéines végétales. Les espèces à germination rapide sont privilégiées aux dépens des espèces à germination lente, car le marché, lui, n'a pas le temps d'attendre...

Tout cela entraîne un affaiblissement de la diversité génétique globale des plantes cultivées, avec des implications non négligeables : pour accroître la désirabilité (la demande des consommateurs) ou la vigueur de ces plantes, il est nécessaire d'infuser un matériel génétique nouveau. Celui-ci est expérimenté d'abord en laboratoire, mais aussi très souvent directement puisé dans la nature, sur d'autres plantes. Mais quand les écosystèmes sont mis à mal, ce matériel génétique devient rare. On entre dans un cercle vicieux (2). Car la monoculture - et la dépendance qui en découle - rend l'agriculture plus vulnérable aux agressions, en particulier celles des maladies et des insectes ravageurs... Famine généralisée due à la crise de la pomme de terre en Irlande dans les années 1840 (3), chute de 50 % des rendements du maïs aux États-Unis en 1970, récolte d'oranges réduite à sa plus simple expression au Brésil en 1991, la liste est longue de catastrophes alimentaires à travers les siècles.

En ce qui concerne les espèces végétales sauvages, pour qu'un brassage génétique des espèces soit possible, il faut que celles-ci puissent migrer d'un habitat à un autre. Or les exploitations et les implantations des populations créant des " poches " entre les zones non affectées, certaines catégories de plantes se retrouvent ainsi isolées (4). Lorsque ces plantes peuvent malgré tout migrer, il leur arrive de coloniser de nouveaux espaces au détriment d'espèces locales, elles-mêmes déjà affaiblies par les interventions humaines sur leur habitat. " La place est comptée dans les niches écologiques, il y a compétition entre les plantes et lutte pour la survie, explique M. Philippe Morat, directeur du laboratoire de phanérogamie du MNHN. Toutes recherchent la lumière et les sols nutritifs. "

Un bien collectif dilapidé

PAR inconscience, inexpérience, ou parce qu'ils sont mus par l'appât du gain, les êtres humains se rendent parfois coupables de dégâts plus spectaculaires. Certaines plantes introduites artificiellement dans tel ou tel milieu prolifèrent tellement qu'elles en viennent à éliminer les espèces voisines et appauvrir les habitats. Parmi ces plantes parasitaires, on peut citer la jacinthe d'eau, originaire d'Amérique du Sud. Elle s'est répandue dans 80 pays à la faveur des échanges internationaux au cours du XXe siècle, et est responsable de l'étouffement progressif de lacs et de rivières, tant en Asie qu'en Afrique. Autre exemple : la caulerpe, dont quelques spécimens, déversés dans la mer près de la côte monégasque, ont tellement proliféré que cette plante est à présent considérée comme l'une des plus grandes menaces pour l'écosystème sous-marin de la Méditerranée.

Mais c'est l'exploitation commerciale en elle-même qui est la cause principale de la perte de biodiversité à travers le monde. En Indonésie, les gigantesques incendies largement provoqués de 1997-1998 ont notamment fait disparaître des espèces herbacées de sous-bois : la canopée (le dernier étage de la forêt) étant détruite, ces espèces ont été exposées aux rayonnements directs du soleil. " Les sols tropicaux sont naturellement pauvres, souligne M. Yves-Marie Allain, directeur du service des cultures du MNHN. Ce qui fait leur dynamisme, c'est la masse de matière organique, les feuilles tombées, qui les enrichissent. Cette matière se décompose rapidement, grâce à l'humidité et à la chaleur, alors que dans les régions tempérées, le processus est beaucoup plus lent. Mais quand la végétation tropicale est rasée ou brûlée, le sol ne peut plus se régénérer comme avant. Donc l'écosystème en pâtit, et ce d'autant plus que le ruissellement et le ravinement, facilités par la diminution de la couverture végétale, vont réduire davantage la couche de terre. "

Au total, les dégradations prennent plusieurs formes : physiques (surpâturage et déboisement), chimiques (pollution), éoliennes et hydriques (salinisation et engorgement des sols). Cela concerne donc aussi bien les habitats naturels que les espaces exploités par l'homme. Depuis 1945, 23 % des 8,7 milliards d'hectares de terres agricoles, de pâturages, de forêts de la planète ont ainsi été dégradés. Dans les océans, les récifs de coraux, siège d'une extraordinaire variété végétale et animale, sont largement touchés. Selon l'UICN, 10 % de ces écosystèmes sous-marins sont déjà détruits, et 30 % pourraient l'être au cours des vingt prochaines années.

La surpêche - à la dynamite, notamment - est l'une des causes de la détérioration des récifs de corail. Elle illustre bien le problème de fond qui se pose pour la biodiversité : celle-ci est considérée comme un bien collectif dont chacun estime trop souvent pouvoir user librement. Or un écosystème est une chaîne organique. Les atteintes portées au patrimoine végétal se répercutent sur d'autres groupes d'espèces vivantes, qui en sont tributaires : la faune, les insectes, les arachnides, les vers, les champignons et les micro-organismes. Sans oublier l'homme, qui utilise la forêt pour le bois de chauffage, la nourriture, les plantes médicinales. Tout cela n'apparaît pas dans les bilans des pays concernés. On se contente en effet de comptabiliser les actifs de la biodiversité, c'est-à-dire les rentrées financières de son exploitation, mais pas le passif, autrement dit les pertes qu'elle peut subir. Plus le coût de l'argent est élevé, plus les entrepreneurs sont incités à dilapider le capital, en investissant à court terme, sans se préoccuper du renouvellement de la ressource.

Bien sûr, la notion de " développement durable " commence à faire son chemin, mais elle est loin d'être acquise dans les pays pauvres, pressés par des besoins qui leur commandent souvent de sacrifier leur capital. En outre, cette notion devrait, au minimum, s'appuyer sur un recensement satisfaisant des composantes de la biodiversité. Tel n'est pas toujours le cas. 1,75 million d'espèces végétales sont en effet connues, alors que le nombre de celles-ci s'élève sans doute à 13 ou 14 millions. Quand on détruit un écosystème, on fait ainsi disparaître des espèces qui n'ont même pas eu le temps d'être répertoriées.

Les moyens manquent, il est vrai. Les scientifiques sont peu nombreux dans les pays en voie de développement. Et les méthodes, de toute façon, n'obéissent pas toujours à des choix rationnels. Comme le souligne M. Adrian Forsyth, " nous voyons prospérer les systèmes d'information géographique et les technologies de télédétection, la modélisation par ordinateur et la génétique des populations, tandis que les musées meurent et que la biologie tropicale de terrain reste un parent pauvre accroché à sa propre survie (5) ". De plus, les finalités sont elles-mêmes objets de controverses : faut-il concentrer les efforts de recherche et de sauvetage sur des plantes ou des habitats menacés considérés comme exemplaires, ou sur des écosystèmes tout entiers ?Jusqu'à présent, on a eu tendance à favoriser la première option. Mais de plus en plus on reconnaît le rôle essentiel des écosystèmes (6). Parler, à leur égard, de gestion, et qui plus est de gestion durable, suppose une mise en œuvre plus délicate, car il convient d'y associer l'économique, le social et le politique (7). C'est pourtant la seule solution réaliste si l'on veut conserver une planète vraiment vivante.


ALAIN ZECCHINI.

(1) Lire Dorothée Benoit-Browaeys et Pierre-Henri Gouyon, " Faut-il avoir peur des aliments transgéniques ? ", Le Monde diplomatique, mai 1998.

(2) Lire Pierre-Benoît Joly, " Du patrimoine commun à la privatisation des ressources génétiques ", Le Monde diplomatique, mai 1992.

(3) Lire Ibrahim Warde, " Quand le libre-échange affamait l'Irlande ", Le Monde diplomatique, juin 1996.

(4) Voir Andrew Young, Tim Boyle et Tony Brown, " The Population Genetic Consequences of Habitat Fragmentation for Plants ", Trends in Ecology and Evolution, vol. 11, no 10, Oxford, Royaume-Uni, 1996.

(5) Adrian Forsyth, " Ancrer la science de la diversité biologique dans la réalité ", Planète Conservation, 1/96, Gland, Suisse, 1996.

(6) Lire Stuart Chaplin III et autres, " Ecosystem Consequences of Changing Biodiversity ", BioScience, vol. 48, no 1, Washington DC, 1998.

(7) Lire Armand Petitjean, " Pour un contrat de l'homme avec la nature ", Le Monde diplomatique, septembre 1989.




LE MONDE DIPLOMATIQUE | OCTOBRE 1998 | Page 28
http://www.monde-diplomatique.fr/1998/10/ZECCHINI/11217

État de la diversité biologique en République Démocratique du Congo :
http://bch-cbd.naturalsciences.be/congodr/cdr-fra/contribution/monographie/chap22.htm

Les " biotopes " en Nouvelle Calédonie :
http://www.endemia.nc/biotopes/

Guyane : Nicolas Sarkozy refuse le projet de mine d'or Camp-Caïman
http://www.novethic.fr/novethic/site/article/index.jsp?id=113329

Orpaillage clandestins
http://www.wwf.fr/pdf/orpaillage.pdf

L’orpaillage clandestin détruit la biodiversité en Guyane
http://www.notre-planete.info/actualites/actu_1774.php






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