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Les venins, poisons et autres toxines animales, végétales, bactériennes et minérales...




Sommaire de la page (Articles, Dossiers, Études...) : Les poisons dans l'histoire / Sites Internet et articles / Corrélats /


Argiope bruennichi et Crocothemis erythraea
Le Listoir (Morbihan) 2 septembre 2012 :

16 h 49 / Une libellule écarlate se pose près de nous…

16 h 50 / En s’envolant, elle percute une toile d’Argiope… Immédiatement, l’araignée est sur elle et la pique au niveau de l’abdomen, la couvre avec un peu de soie, puis s’éloigne vers sa retraite.

16 h 51 / Après deux ou trois soubresauts, la libellule cesse de bouger. L’araignée s’approche de sa proie immobilisée.

16 h 54 / L’araignée commence à emmailloter la libellule.



Les animaux venimeux sont de deux types : soit ils produisent un venin qu’ils sont capables d’injecter à l’aide d’épines, de dards ou de crochets - ce sont les animaux à effet venimeux actif ; soit ils l’accumulent dans leurs tissus et deviennent toxiques si on les consomme - ce sont les animaux à effet venimeux passif. Généralement, les animaux à effet venimeux actif utilisent leur venin pour capturer des proies ou pour se défendre. Certains animaux à effet venimeux passif utilisent le venin pour se défendre, le plus souvent en développant, en parallèle, divers signaux d’avertissement en direction de leurs prédateurs potentiels (couleurs aposématiques). Mais beaucoup d’animaux à effet venimeux passif le deviennent sans grand bénéfice pour eux, le plus souvent parce qu’ils ont été en contact avec d’autres organismes toxiques qu’ils ont accumulés en mangeant (péridiniens dans des moules, par exemple).

L’homme est très rarement le destinataire du venin des animaux, sinon parce qu’il l’a cherché (tentative de capture) ou par accident et imprudence. A contrario de ce qui se passe pour les proies qui sont rapidement mises hors d’état de se défendre avant d’être consommées, chez l’homme, les venins provoquent toute une série de réactions, parfois très graves, sinon mortelles telles que des effets neurotoxiques sur le système nerveux, le cerveau et la moelle épinière, la paralysie du système respiratoire, des actions coagulantes sur le sang, des altérations des vaisseaux sanguins provoquant des hémorragies, des actions anticoagulantes, la destruction des globules rouges, des actions sur le cœur, une baisse de la tension artérielle, une salivation intense pouvant provoquer un étouffement, des altérations des cellules, des tissus et même d'organes (reins, etc.), des oedèmes (provoquent un étouffement si la morsure est faite sur le visage ou le cou), des nécroses, etc.

Toutes ses atteintes sont à rattacher au fait que pendant très longtemps on classait les venins (principalement ceux des serpents) en neurotoxines paralysantes dont l'action est comparable à celle du curare, des hémorragines, très prononcées chez les vipéridés, causant des hémorragies ; des cytolysines détruisant les cellules, à l'origine de nécroses cutanées parfois très importantes, allant jusqu'à l'os (myotoxine des hydrophiidés en particulier) ; des hémolysines attaquant plus spécifiquement les globules rouges du sang (voir hémolyse), empêchant notamment la phagocytose, expliquant les infections secondaires fréquentes ; des substances histaminiques entraînant des réactions vasomotrices responsables du choc observé après morsure par les vipéridés., ainsi que de très nombreuses autres substances aux actions enzymatiques très diverses

Pratiquement toutes les classes d’animaux renferment des animaux venimeux.

Chez les cnidaires (méduses essentiellement), certaines espèces sont redoutables, en particulier pour les nageurs ou les baigneurs. Les méduses et les anémones sont pourvues de tentacules équipés de cnidocystes (capsules urticantes). Les cnidocystes renferment des filaments épineux en relation avec des glandes à venin (cytolysines, neurotoxines, composés histaminiques). Ces filaments sont projetés avec force sur les proies qui sont rapidement paralysées. Certaines grandes espèces de méduses peuvent être mortelles pour l’homme : Chironex fleckeri, cubo-méduse ou méduse boîte, Pelagia noctiluca ou pélagie et Physalia physalis ou physalie. On notera que certaines anémones sont très urticantes, mais en dehors du risque de choc anaphylactique chez les personnes sensibilisées, ces animaux ne présentent pas véritablement de grands dangers.

Chez les mollusques : ce sont surtout quelques espèces de cônes qui sont dangereux, voire extrêmement dangereux (Les espèces les plus venimeuses sont sans conteste Conus geographus, Conus tulipa et Conus striatus, toutes trois piscivores. Parmi les autres cônes dangereux pour l'homme, on peut aussi citer Conus pennaceus, Conus textile, Conus aulicus, Conus magus ou encore Conus marmoreus).

Pour piquer, les cônes utilisent leur trompe qui contient un dard qu’ils projettent sur leurs proies ou sur l’homme imprudent qui tente de les ramasser. Le risque de piqûre, par accident, est très faible pour la raison que les cônes sont cachés pendant la journée et ne sortent que la nuit de leurs cachettes.

Les conotoxines sont un mélange très complexe d’une cinquantaine de toxines différentes. C’est la raison pour laquelle il n’y a pas de traitement spécifique contre les piqûres des cônes. Cela écrit, même si la piqûre de certains cônes est souvent grave, elle est rarement mortelle. Les conotoxines neurotoxiques provoquent surtout des paralysies, y compris respiratoires qu’il convient de traiter de façon symptomatiques.

Chez les annélides : Il n’y a guère que Hermodice carunculata (ver de feu) dont les soies des parapodes sont très urticantes qui présente un danger pour l’homme. L’envenimement est dû à une glycérotoxine pour laquelle il n’y a pas de traitement particulier si ce n’est de se débarrasser au mieux des soies restées incrustées au niveau de la plaie, soit à la pince à épiler, soit à l’aide d’un tissu adhésif.

Chez les échinodermes : Ce sont surtout les piqûres de l’astérie couronne d’épines (Acanthaster planci) qu’il faut craindre. Cette étoile de mer possède des piquants recouverts d’un tissu qui s’avère toxique lorsqu’en cas de piqûre il reste dans la plaie. L’envenimement est dû à une glycoprotéinotoxine (saponine) et des enzymes (phospholipases, DNAses). Il n’y a pas de traitement particulier. Cette étoile de mer est redoutable pour la raison qu’elle est parfaitement capable d’orienter ses piquants, déjà extrêmement pointus, pour qu’ils pénètrent profondément dans la plaie, même au travers d’une combinaison de plongée. Si une première piqûre est généralement et seulement très douloureuse, une seconde peut entraîner un choc anaphylactique sévère, avec des conséquences mortelles, chez un plongeur, par exemple.

Chez les poissons : Plusieurs espèces de poissons sont venimeuses, le plus souvent par l’intermédiaire de nageoires épineuses sur lesquelles on se pique en voulant saisir le poisson ou en marchant accidentellement dessus. Certaines espèces possèdent aussi des dards ou bien ont un épiderme toxique avec lequel on s’empoisonne quand on les touche ou quand on les consomme.

L’un des dangers auquel on s’expose en étant piqué en mettant accidentellement le pied sur certains poissons (poisson pierre, surtout, vives, dans une moindre mesure), c’est que la très vive douleur ressentie peut provoquer une syncope. C’est de cette façon que des personnes ont pu se noyer dans quelques dizaines de centimètres d’eau en s’évanouissant de douleur.

Le Poisson-pierre ou Synancée (Synanceia verrucosa) est réputé pour être le poisson dont le venin est plus redoutable. La rascasse volante (Pterois radiata), les poissons coffre (Lactophrys), les poissons chirurgiens (Ancanthuridae), les vives, les raies venimeuses (pastenague), les murènes (Muraenidae), certains requins sont d’autres poissons venimeux.

Les tétraodons (poissons globes - fugu des japonais) contiennent une toxine mortelle contre laquelle il n’existe pas d’antidote. Ce poisson est pourtant consommé au Japon et aux Fidjis, à la condition d’enlever les organes qui contiennent la tétrodotoxine, c’est-à-dire la peu, le foie, les reins, etc. Seuls quelques « chefs » sauraient le faire, ce qui n’empêche pas que 80 accidents mortels se produisent chaque année au Japon ! Les tétraodons d’élevage ne sont jamais toxiques pour la raison qu’ils n’ont pas, dans leur menu, certaines algues rouges fermentées par des bactéries et qui produisent la toxine qui s’accumule dans le poisson jusqu’à le rendre immangeable.

Chez les arachnides : Les arachnides venimeux sont principalement les scorpions et les araignées. Les scorpions disposent d’un aiguillon avec lequel ils paralysent leurs proies tandis que les araignées mordent leurs victimes avec leurs chélicères.

Seules une trentaine d’espèces sur les 1500 que comportent les scorpions s’avèrent dangereuses. Elles sont pourtant responsables de la mort de plusieurs centaines de personnes chaque année. Le nombre de décès a beaucoup décru depuis que les populations à risque sont mieux informées des conduites à tenir à la fois pour éviter les piqûres, et surtout, en cas de piqûre. En outre, il existe de très nombreux traitements spécifiques pour lutter contre le venin. Celui-ci est d’abord un neurotoxique très puissant provoquant une forte douleur au point d’inoculation et selon les espèces et la quantité de venin injectée de l’engourdissement, des sensations de fourmillement, de sueurs, des troubles intestinaux, des problèmes cardiovasculaires, une altération de la conscience, une insuffisance respiratoire, des hémorragies internes, des accidents vasculaires cérébraux, de l‘hyperthermie, un œdème aigu du poumon, le coma et la mort.

Sur les 30 000 espèces d’araignées qui vivent sur la Terre, deux ou trois cents sont réellement dangereuses et moins d’une dizaine peuvent entraîner la mort. Tout le monde a plus ou moins entendu parler de la veuve noire (Latrodectus mactans). Cette araignée possède un venin très actif et bien qu’elle soit de relativement petite taille (à peine grosse comme une épeire diadème) et très peu agressive, il arrive qu’elle puisse mordre et provoquer des troubles importants chez les personnes mordues. Ce sont ses habitudes de vivre dans les placards, les toilettes, les endroits sombres, humides et encombrés qui rendent les morsures probables quand une personne, par exemple, recherche des objets à tâtons et met le doigt accidentellement sur cet animal. C’est ce qui se passe d’ailleurs avec d’autres espèces du genre Steatoda, en France, alors même que ces araignées peuvent à peine entamer la peau du doigt d’un adulte, mais le font plus facilement avec celle d’un enfant.

D’autres araignées sont parfois beaucoup plus agressives et suffisamment grosses pour faire courir des dangers. C’est le cas de certaines mygales. C’est le cas de l’araignée banane (Phoneutria nigriventer) ou des mâles d’Atrax robustus.

En France, très peu d’espèces sont dangereuses pour la raison principale qu’elles sont bien incapables de nous mordre ou bien qu’elles ne cherchent jamais à le faire. Les rares espèces qui le pourraient : les ségestries, certaines lycoses et un latrodecte provençal sont très peu agressives… bien moins en tout cas que certaines minuscules salticidés qui n’hésitent jamais à nous mordiller les doigts si on les approche de trop près… après quoi, on s’étonnera d’avoir le doigt tout engourdi pendant une ou deux heures !

Le venin des araignées provoque souvent des réactions musculaires comme le trismus, c’est-à-dire l’incapacité à ouvrir les mâchoires… C’est ce qui était arrivé au Professeur Richard de Rennes après qu’il eût tenté de faire sortir une ségestrie de sa retraite de toile (clic).

Chez les myriapodes : Il est apparu récemment que certaines scolopendres pouvaient être venimeuses. En l’état actuel des connaissances, nous n’avons quasiment pas d’informations sauf sur un cas au Sénégal où une femme dit avoir été mordue et où, après des recherches, une scolopendre écrasée aurait été trouvée à l’endroit présumé où la femme dit avoir été mordue.

Chez les insectes : Ce sont principalement les hyménoptères (abeilles, guêpes, bourdons, fourmis) qui sont capables de nous infliger des piqûres et nous injecter du venin. Il faut savoir qu’une piqûre d’abeille représente moins de 1000 fois la dose létale pour un homme. C’est presque la même chose pour une guêpe. S’il y a des accidents mortels avec des piqûres de guêpe ou d’abeille, c’est surtout parce que les personnes sont sensibilisées et font un choc anaphylactique. En cas de piqûre d’abeille ou de guêpe, le plus radical est de placer une vessie de glace sur la piqûre et d’attendre que la douleur passe. Cela écrit, les abeilles ou les guêpes, même dérangées répugnent à piquer quiconque se tient rigoureusement immobile… C’est de cette façon que je me suis toujours comporté, y compris dans certaines situations fort critiques et je peux me vanter de n’avoir jamais été piqué, sauf une fois, en voulant sortir une abeille coincée sur une vitre… Elle en perdit la vie en abandonnant une partie de ses tripes au bout de son aiguillon qui n'avait même pas pu percer la peau cornée de mon doigt !

Chez les amphibiens : Tous les amphibiens sont peu ou prou venimeux par le biais de leurs glandes cutanées qui sécrètent diverses substances vénéneuses qui sont censées les protéger contre certains prédateurs et contre diverses infections.

En Europe, il n’y a guère que la salamandre qui pourrait présenter un danger pour quiconque les manipulerait et mettrait ses doigts dans la bouche. C’est loin de la dangerosité que présentent diverses rainettes tropicales (Dendrobates). Ces rainettes, surtout celles du genre Phyllobates, sécrètent une batrachotoxine au niveau de la peau et qui provoque, à son contact, une sensation de brûlure intense et une paralysie musculaire impressionnante. Dans certaines conditions, fort rares heureusement, cette toxine peut s’avérer mortelle pour l’homme. Ces rainettes ne fabriquent pas directement cette toxine. C’est en consommant certains insectes qui contiennent cette toxine qu’elles l’accumulent dans leurs glandes cutanées. Les rainettes sauvages sont toutes venimeuses, alors que les rainettes d’élevage auxquelles on ne donne pas l’insecte incriminé à manger sont parfaitement inoffensives. D’autres rainettes australiennes (Pseudophryne), par contre, sauraient fabriquer seules leur venin de type pseudophrynamine. On notera que toutes ces rainettes se parent de couleurs aposématiques qui sont censées décourager les prédateurs occasionnels de les capturer. Il en existe pourtant quelques-uns que ce venin indiffère, particulièrement des serpents.

Chez les reptiles : Deux espèces de lézards sont venimeuses. Ce sont des hélodermes : monstre de Gila et héloderme perlé. Le monstre de Gila (Heloderma suspectum) vit dans les zones désertiques du Mexique et en Arizona. L’héloderme perlé (Heloderma suspectum) vit encore dans ce qui reste des forêts tropicales du Mexique et doit être considéré comme extrêmement menacé par la destruction de son habitat. Ces lézards, nocturnes et lents, ne sont pas bien agressifs. Ils mordent pour se défendre et alors leurs morsures sont redoutables davantage à cause des traumatismes musculaires et osseux qu’elles occasionnent que par les envenimations qui en découlent.

Tous les serpents sont venimeux, y compris nos inoffensives couleuvres ! Mais tous ne possèdent pas de moyens pour inoculer leur venin (crochets des vipéridés et des atractaspididés ou dents creuses ou non chez les autres familles : élapidés, colubridés). Certaines espèces très grandes (cobras, mambas, taipans) peuvent inoculer, en une seule morsure, 10 à 15 fois la dose mortelle pour un homme. C’est la raison pour laquelle ces espèces sont particulièrement à craindre et cela d’autant plus qu’elles sont généralement très agressives à l’égard de tous les êtres vivants quand elles pensent qu’ils les attaquent. Pour comparaison, une vipère péliade de belle taille, n’injectera même pas un dixième de la dose létale pour un homme.

Les venins des serpents sont redoutables pour la raison que ce sont des mélanges très complexes de neurotoxines destinées à paralyser les proies et diverses substances et enzymes protéolytiques pour favoriser la digestion des proies après absorption, mais qui provoquent en cas de morsures chez l’homme diverses atteintes musculaires et sanguines, voire osseuses (nécroses, hémorragies, liquéfaction musculaire, coagulation du sang, etc.).Aujourd’hui, on dispose de sérums antivenimeux pour pratiquement tous les types de venins. On préconise de ne les utiliser, en milieu spécialisé, que dans les cas où le pronostic vital est engagé… Mais quand on sait que certains Atractaspis ou certains mambas vous tuent en moins de temps qu’il faudrait pour gagner un hôpital, même proche, il vaut mieux les avoir avec soi si l’on sait courir un risque de rencontre avec ces animaux.

Des études récentes du venin de mamba ont montré que ce pourrait être un formidable antidouleur pouvant remplacer la morphine à l’avenir.

Lire aussi : http://www.futura-sciences.com/fr/doc/t/zoologie-1/d/les-morsures-de-serpents-dans-le-monde_738/c3/221/p1/









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