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ou quand la déchéance, c'est pour les bougnoules...


L’Humanitaire dans tous ses états : Ses faits, ses bienfaits et ses méfaits


Air France, Goodyear : derrière les procès médiatisés, une répression anti-syndicale en passe de se généraliser

Les Etats voyous et les grandes voyoucraties


Le temps ne fait rien à l'affaire...

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Si arracher une chemise peut valoir de telles poursuites au pénal
et un tel acharnement politico-judiciaire, autant arracher les tripes avec...



Une chemise déchirée... 2900 licenciements : Ces agissements sont l’oeuvre de voyous !

Je rappelle que Valls ne paie pas ses billets d'avion sauf s'il est dénoncé, le vilain donneur de leçons !
Et 14.200 € pour 3 h 20 de rapine vol, ça fait presque les revenus annuels d'un smicart... (17900 €)

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Une discrimination systémique
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Drahi pète un câble


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Une toute petite partie de l'iceberg...

De Volkswagen aux stress tests bancaires, un scandale peut en cacher un autre .

Si j'ai triché, c'est qu'on m'y a forcé... Ouinnnn !

Bentir, c'est très moche, non ?





Un exemple : Bernard Kouchner ou la fraîche doctor...



Notre société ne doit pas se tromper de cible : ce sont les délinquants et les criminels qu'il faut mettre hors d'état de nuire.





Le FMI met le monde à terre

L’histoire retiendra peut-être que le plus grand complot qui ait été fomenté à la charnière des XXe et XXIe siècles aura été de plonger le monde dans une crise monumentale, parce qu’elle est sociale, économique, financière et écologique. Ou, plus exactement, de fermer les yeux sur les causes réelles de tous ces désastres, résultats d’une logique d’accumulation invraisemblable et d’enrichissement vertigineux d’une minorité. Et, ensuite, de profiter de cette crise pour accentuer encore davantage la pression exercée sur les populations, sur les travailleurs, sur les quelques institutions collectives qui survivent encore comme celles de la protection sociale et des services publics.

Depuis hier, le FMI est présenté comme le meilleur allié des peuples en crise. Le FMI et toutes les institutions sœurs comme la Banque mondiale et l’OMC, les directoires autoproclamés comme le G8 et le G20, tous ont mené et mènent des politiques qui mettent à genoux les peuples. Le FMI et l’Union européenne n’ont pas sauvé la Grèce, ils l’ont assommée. Ils n’ont pas sauvé l’Irlande et le Portugal, ils ont conforté leurs gouvernements dans la volonté de ceux-ci de faire payer la crise aux victimes de la crise et non à leurs fautifs. Une preuve supplémentaire en est donnée par la préparation du « pacte pour l’euro » par les gouvernements français et allemand et la Commission européenne, dont le Parlement européen est actuellement saisi.

Les prochaines échéances constituées par les réunions en France du G8 et du G20, seront une nouvelle fois l’occasion de constater la collusion des forces économiques du capitalisme, des gouvernements néolibéraux et de leurs institutions internationales pour non pas nous sortir de la crise mais pour nous y plonger un peu plus.

Voilà la nouvelle essentielle de ce week-end : le FMI met le monde à terre et, avec de telles politiques, les classes dominantes veulent se l’approprier définitivement. Le FMI est un symbole : celui de l’argent, celui du pouvoir, celui de l’arrogance, celui du mépris. C’est ce symbole-là qu’il faut rejeter.

Attac France,

Paris, le 17 mai 2011

[Note personnelle et jubilatoire : L’argent, le pouvoir, l’arrogance, le mépris, la violance pour soumettre, DSK a cru qu’ils le mettaient au-dessus de tout et de tous, il est tombé… qu’il crève ! Et à qui le tour ?]




C3 Consultants (liquidé-e) donne la meilleure chance à l'Homme de trouver sa place dans la société.




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Comment les industriels ont cherché à minimiser la toxicité du benzène depuis les années 1940. /
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Les laboratoires Servier : Médiator... de la dissimulation volontaire ? /
"Le prix à payer" de l’évasion fiscale à grande échelle /


Deux affaires, parmi des dizaines d'autres probablement, illustrent bien le comportement de certaines entreprises européennes qui, devant les contraintes réglementaires de l'Europe, les détournent pour faire leurs petites cochonneries aux dépens des pays pauvres.

Mépris du droit, mépris de l'environnement, mépris des populations, ces gens-là méprisent tout. Remarquablement, ce sont les mêmes, par lobbyistes interposés, qui indiquent à nos chers (et même coûteux) députés quels sont les bons textes qu'il faut voter et qu'ils ne respecteront pas.





De http://risal.collectifs.net/article.php3?id_article=1527 / 18 novembre 2005

CELLULOSE ET EXPLOITATION FORESTIÈRE : DEUX VISAGES D'UN MODÈLE DÉPRÉDATEUR

La construction de deux grandes usines de fabrication de cellulose sur les rives du fleuve Uruguay, qui risquent de polluer le cours d'eau binational [Uruguay et Argentine], est un signe du renforcement du modèle forestier imposé par le néolibéralisme dans les années 90.

par Raúl Zibechi

Raúl Zibechi est uruguayen. Journaliste, commentateur et écrivain, il est responsable de la section internationale au sein du célèbre hebdomadaire "Brecha", édité à Montevideo, il est l'auteur de plusieurs livres sur les mouvements sociaux, dont le dernier s'intitule "Genealogía de la revuelta. Argentina : una sociedad en movimiento".



Sur une scène installée dans le centre de Montevideo, l'écrivain Eduardo Galeano s'adressait d'un ton calme à la foule : " Il y a des décisions qui se prennent en 15 minutes mais qui ont des conséquences pendant des siècles ". C'était le 27 mai, à l'occasion d'une grande mobilisation contre l'installation de deux grandes usines de cellulose sur les rives du fleuve Uruguay. Ce n'était pas la première fois que les organisations écologistes et sociales descendaient dans la rue pour manifester leur désaccord avec les deux méga projets qui menacent de polluer le principal fleuve du pays qui est, en outre, partagé avec l'Argentine, mais c'était une première sous un gouvernement progressiste ou de gauche [1]. C'est pour cela qu'Eduardo Galeano fut prudent : " Avant de prendre une décision qui nous semble grave et qui peut entraîner l'empoisonnement du fleuve et la diminution du peu d'humus qu'il nous reste sur terre, qui va pourrir les eaux et assécher les terres, car c'est la triste expérience que les usines de cellulose ont laissé au Chili et en Argentine, avant de prendre une décision... réfléchissez bien à ce que vous allez faire ".

Cependant, le gouvernement de Tabaré Vazquez a décidé d'autoriser la construction des usines des entreprises espagnole Ence et finlandaise Botnia. Non seulement il n'a pas écouté les organisations sociales, les syndicats, les groupes écologistes et les universitaires qui demandaient du temps et un dialogue pour approfondir les études d'impact sur l'environnement, mais il n'a pas non plus tenu compte du gouvernement argentin, dont le pays subira aussi un préjudice par l'installation des usines. Le conflit diplomatique entre l'Uruguay et l'Argentine dure depuis trois ans mais il a généré ces derniers mois de fortes tensions entre les gouvernements de Nestor Kirchner et de Vazquez.

Le problème est qu'entre les deux pays il existe des accords signés, comme le Statut du Fleuve Uruguay, contrôlé par une Commission administrative binationale, qui stipule que si l'une des parties projette des chantiers qui affectent la navigation, le régime du fleuve ou la qualité de ses eaux, elle devra le communiquer à la Commission. Si les deux pays n'arrivaient pas à un accord, l'affaire pourrait être portée devant la Cour internationale de justice. Mais les gouvernants uruguayens n'ont jamais soumis le problème aux Argentins, parce qu'ils étaient conscients que la réponse serait négative. En tout cas, ils ont préféré violer les accords internationaux plutôt que de laisser de côté les investissements que les entreprises de cellulose promettent.



http://www.uruguay.indymedia.org

Le 14 septembre, un procureur de la justice uruguayenne a déposé une requête au ministère de l'Environnement [2] dans laquelle il exige l'interdiction de l'installation de Botnia pour " le non respect de son devoir de protection de l'environnement et qu'on interdise l'installation et la mise en marche de l'usine ". Le procureur considère que les droits environnementaux des Uruguayens seraient violés par l'usine de cellulose " au plus grand volume de production du monde ". [3]

Monoculture forestière

Dix pour cent de la superficie cultivable de l'Uruguay est exploitée avec des arbres destinés à la production de cellulose. La monoculture d'eucalyptus a déplacé l'importante production céréalière (blé, orge, lin, tournesol) jusqu'à devenir un des principaux produits d'exportation du pays. Cette fièvre de l'exploitation forestière a commencé il y a 16 ans, poussée par le modèle néolibéral et par la main d'organismes comme la Banque mondiale et la Banque interaméricaine de développement (BID). A cette époque, la tonne de bois à pâte était cotée à 60 dollars sur le marché international et la demande était importante. Pour les organismes financiers, la coupe irraisonnée de bois à pâte, à raison de 15 millions d'hectares annuels dans le monde, imposait la substitution des forêts tropicales comme facteur de production principal pour la production de papier et de carton.

L'Uruguay fut envisagé - parmi d'autres pays du Tiers Monde - comme un producteur potentiellement important de bois à pâte, et les gouvernements nationaux, à partir de 1988, suivirent au pied de la lettre les recommandations des organismes internationaux. L'une d'elles concerne les subventions qu'accorde l'État : 50% du coût du reboisement ; des crédits à taux d'intérêts très bas avec une un moratoire de remboursement pouvant aller allant jusqu'à dix ans ; exonération d'impôts nationaux et municipaux, et réalisation de travaux d'infrastructure (ponts, ports, routes et chemins de fer) pour faciliter le transport et l'exportation du bois. En à peine 12 ans, l'État uruguayen a investi plus de 500 millions de dollars (des dépenses directes aux impôts non perçus) pour soutenir le reboisement, presque 4% du produit intérieur brut (PIB) [4] annuel du pays. [5]

Les résultats d'un tel investissement - qui s'est fait aux dépens des dépenses en éducation et en santé des Uruguayens- ont été clairement négatifs. Comme beaucoup de pays ont suivi les recommandations de la BID et de la Banque mondiale, l'offre mondiale de bois à pâte a augmenté et les prix ont baissé jusqu'à moins de la moitié de ce qu'ils étaient à l'époque où on a encouragé le reboisement massif comme étant un commerce " sûr, rentable et de confiance ". Aujourd'hui, avec un prix qui oscille entre 23 et 28 dollars la tonne, beaucoup de petits investisseurs privés n'ont pas pu récupérer leur investissement.

Dans le même temps, les grandes entreprises exercent une double pression : pour que l'État réalise de grands travaux d'infrastructure (un camion de 45 tonnes chargé de bois entre toutes les cinq minutes dans le port de Montevideo) et maintenant pour que des usines de cellulose soient construites afin de compenser la chute du prix du bois brut. Les principales entreprises de reboisement sont aussi celles qui installeront les grandes usines : Weyerhaeuser, des États-Unis, possède 130 000 hectares de monoculture forestière, la finlandaise Botnia en a 57 000 et l'espagnole Ence 50 000 autres.

Plusieurs études assurent que les monocultures forestières causent de graves problèmes au pays. Elles expulsent la population rurale, étant donné qu'elles occupent le dernier rang en terme de nombre d'emplois à l'hectare : à peine quatre travailleurs pour mille hectares, contre six pour l'élevage extensif, huit pour le riz et, à l'autre extrême, 133 travailleurs pour mille hectares dans l'horticulture, 165 dans la viticulture et 211 dans l'aviculture. De plus, la progression des cultures forestières empêche les paysans de continuer à cultiver leurs terres, parce qu'elles assèchent les sols qui deviennent inaptes pour l'agriculture, et les sources d'eau disparaissent.

D'autre part, l'Association des inspecteurs du travail de l'Uruguay (AITU) a réalisé une enquête qui démontre que 6 000 travailleurs forestiers environ vivent dans des conditions de semi-esclavage. Un travailleur spécialisé qui manipule la tronçonneuse, qu'il doit payer de sa propre poche, gagne à peine 5 dollars par jour, soit le salaire le plus élevé parmi les forestiers. Les inspecteurs concluent : " Le système relève pratiquement de l'esclavage. Ils passent des mois et des mois sans pratiquement rien recevoir pendant un cycle durant lequel ils coupent, dorment, envoient de la nourriture à la famille et ne voient pas l'ombre d'un peso. Ils dorment dans des conditions infrahumaines, sous des tentes presque toujours faites avec de simples morceaux de bouts de plastiques et sur un sol de terre ". [6]

Quant à l'impact du reboisement sur les sols, une étude réalisée par une équipe de chercheurs de la Faculté des sciences de l'Université de la République établit qu'après 25 ans de reboisement avec des eucalyptus les résultats sont graves. [7] Les sols sont devenus acides : alors que les prairies uruguayennes ont un pH de 6,5 à 6,8, les parcelles qui ont des plantations forestières indiquent des valeurs de 3,8 à 4. L'eucalyptus extrait de grandes quantités de calcium du sol, contribuant à ce que le pH baisse, ce qui provoque une moindre perméabilité du sol à cause de la prolifération de champignons qui empêchent la pénétration de l'eau augmentant ainsi l'érosion. D'autres conséquences, selon l'étude, sont la diminution de la fertilité, de la teneur en matières organiques, et des changements irréversibles dans la texture et la structure des sols.

Une étude réalisée au Chili démontre que les régions d'exploitation forestière sont celles qui se sont le plus appauvries. Entre 1994 et 1998, plusieurs zones ayant été l'objet d'une forte exploitation forestière ont enregistré une augmentation de la pauvreté et de l'indigence allant jusqu'à 29%. [8] Le Chili, avec plus de deux millions d'hectares reboisés, a été défini comme le " modèle forestier " à suivre. Pourtant, l'étude révèle que les municipalités où l'augmentation de la pauvreté a été la plus forte sont celles où, outre des cultures forestières, il y a des usines de cellulose et de papier, comme la Commune de Constitution et celle de Nacimiento , au sud du pays.

Au moins deux ministres de l'actuel gouvernement uruguayen (celui de l'Elevage, José Mujica, et celui du Travail, Eduardo Bonomi) ont déclaré qu'il est nécessaire de poser des limites à l'exploitation forestière. Mujica a déclaré que l'exploitation forestière dégrade les sols et a exprimé son opposition à continuer à faire bénéficier les multinationales forestières de généreuses subventions. De son côté, Bonomi a dénoncé les conditions de travail irrégulières, " l'externalisation et la sous-traitance irresponsables " qu'on a enregistrées dans ce secteur et il a assuré que l'État allait commencer à contrôler le travail dans ce secteur. [9]

Cellulose et pollution

Pendant la campagne électorale de 2004, laquelle porta à la présidence Tabaré Vazquez, la gauche [10] (Encuentro progresista - Frente Amplio [11]) n'a pas voulu débattre publiquement de la construction des deux usines de cellulose. Depuis 1996, existe dans la ville de Fray Bentos où s'installeront les deux usines, le Mouvement pour la vie, le travail et un développement durable, dont les principaux dirigeants sont des femmes militantes de gauche. Malgré cela, Vazquez n'a jamais voulu les recevoir et s'est refusé à discuter sur le sujet.

Bien que 60% des Uruguayens s'opposent aux usines de cellulose, la majorité des habitants de Fray Bentos (environ 23 000) y est favorable étant donné que les 600 emplois que créeraient les deux usines seraient une bulle d'oxygène face au taux de chômage élevé de la région. Cependant, les défenseurs de l'environnement argumentent que la pollution touchera les 2 000 personnes qui vivent du tourisme dans cette zone, ainsi que la pêche artisanale sur le fleuve Uruguay. Ce sont plus que des inquiétudes sans fondement : au Chili, le gouvernement a décidé de fermer l'usine de cellulose de Arauco après avoir eu la preuve qu'elle était responsable de la mort de deux milles cygnes à col noir, attraction touristique de la région.

Ce qui est sûr, c'est qu'une seule de ces usines déversera dans le fleuve 200 tonnes par an d'azote et 20 tonnes de phosphore, en plus des émissions de dioxines et de furannes [12] Greenpeace Argentine a élaboré une liste pour encourager la production propre de papier, qui inclut l'élimination du chlore dans le processus de blanchiment de la pâte à papier et sa substitution par de l'oxygène ; l'élimination des effluents polluants en les recyclant dans le processus ; l'augmentation du pourcentage de papier recyclé dans le papier commercialisé et l'exigence d'une exploitation durable des ressources forestières. [13] Aucune de ces recommandations n'a été prise en compte.

Ce qui est curieux, c'est que, malgré les évidences, la Direction de l'Environnement d'Uruguay ait approuvé - avec quelques réserves - l'installation des usines de Ence et Botnia. Il est plus étrange encore que le président Vazquez ait accepté de rencontrer les cadres de Botnia et qu'il ne l'ait jamais fait avec les défenseurs de l'environnement et les mouvements sociaux qui s'opposent aux usines. C'est là un des points clé qui montre que les gouvernements de centre-gauche de la région n'ont pas le moindre intérêt à aller sérieusement vers l'abandon du modèle néolibéral.

Pour le ministre de l'Economie uruguayen, Danilo Astori, les 1,1 milliard de dollars que Botnia investira impliqueront une croissance du PIB de 1,6% mais ils seraient surtout un bon signal pour les investisseurs étrangers que le gouvernement aspire veut attirer pour résoudre la crise économique du pays. [14] Cependant, au moins la moitié de l' " investissement " total est de l'argent qui ne sortira jamais de Finlande vu qu'il correspond à la part investie dans les machines.

Le professeur d'économie écologique Carlos Perez Arrarte estime que l'unique " valeur ajoutée " qu'apporteront les usines de cellulose sont quelques 270 emplois chacune. En effet, il estime que le prix que paieront les usines aux cultivateurs d'eucalyptus sera identique, voire inférieur, à celui du marché international ; que dans la mesure où les entreprises sont dans des " zones franches ", elles ne paient pas d'impôts ; que les facteurs de production et services qu'elles demanderont, y compris l'énergie, sont d'origine internationale, qu'elles ne requerront pas non plus de services portuaires parce que les usines ont leurs propres terminaux portuaires. En somme, qu'elles n'alimenteront pas d'autres industries de valeur ajoutée pour le pays et, donc, " qu'il n'y aura pas d'effets d'entraînement ni de dynamismes significatifs " pour contribuer à dynamiser d'autres secteurs de production. [15] Enfin, les bénéfices seront, comme cela arrive souvent, transférés dans des paradis fiscaux ou dans des lieux plus sûrs que le tiers monde.

Approfondir le modèle néolibéral

" L'avenir des usines de cellulose est en Asie, en Amérique du Sud et probablement en Russie ", a commenté au début de l'année le directeur général de Stora Enso, entreprise qui a des plantations d'eucalyptus et des usines de cellulose dans le Tiers Monde. [16] Tout indique que cette appréciation est correcte. Alors que dans les pays scandinaves, par exemple, les salaires et les impôts sont élevés et les restrictions environnementales sévères, dans le Tiers Monde, de nombreux pays sont devenus des " paradis forestiers " qui offrent beaucoup de facilités et de rares obstacles au commerce du papier. Mais, tout comme dans les pays du Nord, les défenseurs de l'environnement ont joué un rôle clé à l'heure d'imposer des restrictions à la pollution de l'industrie, au Sud, des mouvements remettant en question le modèle forestier sont en train de naître.

Au Brésil, la suédoise Stora Enso, associée à la brésilienne Veracruz dans la firme Veracel, a déplacé des milliers de paysans et 37 des 40 villages indigènes de la zone, en achetant des milliers d'hectares dans le Nordeste pauvre et rural. En septembre 2004, le Mouvement des sans terre occupa des terrains de Veracel, coupa des bois d'eucalyptus et planta des haricots pour montrer que ces terrains sont aptes à l'agriculture. C'est l'option des déplacés par le modèle pour ne pas se voir expropriés de leurs moyens de survie.

Le gouvernement uruguayen s'apprête à recevoir plus d'investissements liés à la cellulose, comme vient de l'annoncer le ministre de l'Industrie après le récent sommet des Nations Unies à New york. En effet, la firme états-unienne Weyerhaeuser, qui possède déjà 130 000 hectares d'exploitation forestière, pense investir un milliard de dollars pour étendre ses affaires en Uruguay. L'entreprise finlandaise Botnia à elle seule produira en 2007 un million de tonnes, un chiffre qui dépasse la production annuelle des 60 usines de cellulose existantes en Argentine. [17]



http://www.rel-uita.org

Fin janvier, au Forum social mondial qui s'est tenu à Porto Alegre, [l'Uruguayen] Galeano et le prix Nobel de la paix 1980, l'Argentin Adolfo Perez Esquivel, ont entrepris la rédaction d'une lettre collective adressée à Tabaré Vazquez dans laquelle ils affirmaient que le modèle de monoculture forestière " a aggravé l'exclusion sociale, la concentration de la terre entre les mains d'entreprises étrangères et la dégradation de l'environnement ". Ils ajoutent que la construction des usines de cellulose consolidera le modèle et " déplacera des sources locales de travail dans les secteurs agricoles, touristiques et de la pêche, de même qu'elle aura un impact sur la santé de la population locale uruguayenne et argentine ". Même si cela peut paraître ironique, les gouvernements progressistes - qui ont été élus pour sortir du modèle néolibéral, délégitimé par la protestation sociale - sont peut-être semblent être les responsables chargés de son approfondissement, comme le démontre apparemment la politique forestière, du moins en Uruguay. Un des drames auquel est confronté le mouvement social est son énorme solitude. Devant le manque d'emplois, la population tend à soutenir l'installation de n'importe quelle source de création d'emplois sans trop se soucier des conséquences à moyen terme. De plus, et ce point est particulièrement délicat, l'arrivée de nouveaux gouvernements sensibles aux problèmes des gens crée de plus en plus de difficultés à de petits mouvements enracinés localement.

Jusqu'à maintenant, comme l'indique Greenpeace, " les gouvernements des deux pays ont préféré parier sur le fait que la polémique se diluera et perdra de l'intensité. C'est ce qui semble être la politique environnementale la plus populaire : parier que les gens ne se rendront pas compte ou ne se mobiliseront pas. " [18] Mais fin avril, environ 40 000 Uruguayens et Argentins ont participé à la plus grande mobilisation contre les entreprises de fabrication de papier : " une étreinte " qui a uni les deux rives du fleuve Uruguay sur le pont qui rallie la ville de Gualeguaychu et à celle de Fray Bentos, pas très loin de l'emplacement des fabriques de papier. Apparemment, c'est le seul langage que les gouvernements, tant de droite que progressistes, comprennent.

Sources :



Asamblea Ciudadana Ambiental de Gualeguaychú (Argentine) : http://www.noalapapelera.com.ar

Brecha, " Uruguay país forestal : Un modelo en rojo ", Claves de Brecha, 19 novembre 2004 sur http://www.brecha.com.uy

CLAES (Centro Latino Americano de Ecología Social) : http://www.ambiental.net/claes/

Greenpeace Argentine : http://www.greenpeace.org.arg

Groupe Guayubira : http://www.guayubira.org.uy

Mouvement mondial pour les forêts tropicales : http://www.wrm.org.uy

REDES-Amis de la Terre : http://www.redes.org.uy

UITA (Unión Internacional de Trabajadores) : http://www.rel-uita.org

Sites gouvernementaux :

Division nationale de l'Environnement (DINAMA) : http://www.dinama.gub.uy

Ministère du Logement, de l'Aménagement du territoire et de l'Environnement (MVOTMA) : http://www.mvotma.gub.uy

NOTES:

[1] [NDLR] Depuis le 1er mars, l'Uruguay est dirigé par un gouvernement de centre-gauche.

[2] Son nom complet est ministère du Logement, de l'Aménagement du territoire et de l'Environnement.

[3] Búsqueda, 15 septembre 2005, p. 112.

[4] [NDLR] Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées.

[5] Brecha, 19 novembre 2004.

[6] Carlos Amorin, " Trabajo esclavo en las plantaciones forestales ", sur http://www.brecha.com.uy

[7] Groupe Guayubira, " Comunicado de prensa, 5 de mayo de 2005 ", sur http://www.guayubira.org.uy

[8] " Chile : forestación y celulosa generan pobreza e indigencia ", sur http://www.wrm.org.uy

[9] Groupe Guayubira : " Trabajo forestal : algo ha empezado a cambiar ", sur http://www.gyaubira.org.uy

[10] [NDLR] Consultez le dossier " Uruguay : la gauche au pouvoir " sur RISAL.

[11] [NDLR] Coalition de partis de centre et de gauche au gouvernement.

Le Frente Amplio - Encuentro Progresista - Nueva Mayoría est composé de 18 partis et organisations politiques regroupés en quatre grands "espaces" électoraux incluant une vaste gamme de tendances qui vont de la "gauche historique" (c'est-à-dire les socialistes et les communistes), jusqu'aux "modérés" représentés par des personnages, comme Danilo Astori (le ministre de l'Économie) ou Mariano Arana (le maire de Montevideo).

[12] Carlos Amorin, " ¿Quién necesita a Botnia ? ", sur http://www.brecha.com.uy

[13] Greenpeace Argentine : " Plantas de celulosa sobre el río Uruguay. Nueva amenaza de una industria sucia ", sur http://www.greenpeace.org.ar

[14] Sergio Israel, " Visiones del desarrollo ", sur http://www.brecha.com.uy

[15] Carlos Perez Arrarte, " ¿Cuánto valor agregado suman a la vida nacional ? ", sur http://www.brecha.com.uy

[16] Alberico Lecchini, " Un futuro latinoamericano ", sur http://www.brecha.com.uy

[17] Paula Bustamante, " Las papeleras plantean un dilema a América del Sur ", AFP, 8 septembre 2005.

[18] http://www.greenpeace.org.ar

En cas de reproduction de cet article, veuillez indiquer les informations ci-dessous:

RISAL - Réseau d'information et de solidarité avec l'Amérique latine

URL: http://risal.collectifs.net/

Source : IRC Programa de las Américas (http://www.americaspolicy.org/), octobre 2005.

Traduction : Cathie Duval, pour RISAL (http://www.risal.collectifs.net).




L'affaire ayant été portée devant le tribunal international de justice, on pourra lire ce que ce tribunal en dit ! Personnellement j'ai un peu tendance à penser que les juges bottent en touche… Mais je ne suis pas juriste…

http://www.icj-cij.org/cijwww/cdocket/cau/cauframe.htm




http://www.lecourrierdabidjan.info/page_article.php?id=14775 / Le grand déballage se poursuit

Le courrier d'Abidjan : la passion de la vérité, le pari de l'indépendance / samedi 9 septembre 2006

Enquête - Au niveau international, l'on sait déjà que le "Probo Koala" a violé de nombreuses conventions. Greenpeace menace de poursuivre le Royaume d'Espagne, d'où les déchets toxiques seraient partis. Au plan interne, tout le monde s'explique après un long silence. Et la guerre des mots entre le ministre Anaky et son ex-DG, permettent d'entrevoir les graves manquements du ministre des Transports et de ses services, le départ de Tibé Bi Ballou.

Révélations, plaidoyers, réquisitoires… Depuis que l'omerta à propos de l'affaire des déchets toxiques est brisée, chaque jour qui passe apporte son lot de propos fracassants à propos du "Probokoala-gate". De Côte d'Ivoire et d'ailleurs, les langues se délient, de manière souvent très intéressée - personne ne veut sombrer dans le naufrage de ce Titanic mazouté… Revue d'une journée riche en révélations et en contre-révélations !

Le bateau a violé le droit international, le Royaume d'Espagne sur la sellette

La multinationale Trafigura, spécialisée dans le trading pétrolier, qui a affrété le Probo Koala et Prime Marine Management, l'armateur grec, pensaient se couvrir de manière radicale en faisant valoir que certes, le contenu de la cargaison du Probo Koala était toxique, mais que l'opération était légale. Ils faisaient valoir "des communications émanant du groupe aux autorités à propos de la composition des déchets, et une demande écrite assortie des documents requis afin que les déchets soient traités selon les lois de ce pays". Hier, une de nos sources d'information nous a fait parvenir la copie d'un fax qui aurait été envoyé par les responsables du bateau au patron de la capitainerie du port, le commandant Kablan - ce fax figurerait dans le dossier communiqué au Premier ministre Charles Konan Banny. Le fax est en effet très explicite : "Comme suite à nos échanges téléphoniques, notez que nous voudrions décharger approximativement 528 mètres cubes d'eaux usées du "Probo Koala" dont l'ETA (Temps probable d'arrivée) est 19 août, tôt le matin. Veuillez noter que les eaux usées à bord sont une mixture de gas-oil avec de la soude caustique et une haute concentration de sulfure MERCAPTAN. En raison de la forte concentration en sulfure MERCAPTAN, la mixture a une forte odeur et doit être retirée du navire et stockée convenablement pour éviter des problèmes environnementaux et des problèmes avec les autorités. (…) Les composés de ces eaux sont toxiques (….) Ces eaux ne doivent pas être considérées comme "Eaux usées MARPOL" mais "Eaux usées chimiques". Eu égard à ce qui précède, veuillez confirmer que vouspouvez faire le nécessaire pour le déchargement et le stockage de ces eaux usées et obtenir la documentation indiquée auprès de la compagnie chargée de l'opération sur la conformité avec les règlements de l'Administration et les douanes à propos du stockage de ces eaux." Ce document est presque trop à propos. Comme si les responsables du Probo Koala pressentaient qu'il y aurait des problèmes et voulaient se disculper d'avance en arguant justement de la caution des "autorités".

Mais l'armateur grec et la multinationale Trafigura auront tout de même maille à partir avec les organisations de défense de l'environnement et les juridictions internationales spécialisées. Greenpeace, l'influente ONG, s'est déjà saisie de l'affaire et a été jointe par Le Courrier d'Abidjan (voir l'article de Wenceslas Assohou). Greenpeace nous apprend que les déchets toxiques que nous subissons sont des "boues issues du raffinage pétrolier". L'association explique également que le bateau Probo Koala avait commencé à déverser son liquide de la mort sur le port d'Amsterdam en juillet dernier avant d'être chassé. En déchargeant sa cargaison à Abidjan, le Probo Koala commet "une double violation du droit international" transformant la Côte d'Ivoire en "pays poubelle". Quelles conventions internationales ont été violées ? "La convention de Londres régissant l'immersion des déchets", et surtout "la convention de Bâle, qui interdit le transfert des déchets dangereux entre pays de l'OCDE et pays non membres de l'OCDE." Greenpeace annonce à mots à peine couverts qu'elle s'attaquera à l'Espagne, "pays de l'OCDE d'où sont partis les déchets", qui devra "assurer la décontamination des zones polluées". Les acteurs étrangers de la tragédie n'ont pas que piétiné la morale. Ils ont violé le droit. Ils s'en sortiront difficilement.

Au plan national, des "petits meurtres entre suspects"

Hier, la Douane, le District d'Abidjan et le ministre des Transports sont montés au créneau pour se défendre et rejeter la responsabilité sur les autres. Nous en faisons cas dans plusieurs comptes-rendus dans cette édition. En substance, le gouverneur du District, Pierre Amondji, explique que le District n'a pas donné d'attestation de réception du produit, mais tout juste un reçu de pesage de ce qui lui semblait n'être que des ordures ménagères. Mais n'y a-t-il donc pas des sociétés spécifiquement chargées de collecter les ordures ? N'existe-il pas des procédures pour empêcher que n'importe qui vienne déverser le contenu de son camion à la décharge, juste après avoir procédé à une pesée ? Tommy n'avait-il pas eu un agrément lui permettant de pénétrer dans la décharge ? Questions.

La Douane, quant à elle, argue de ses incapacités techniques, affirmant qu'elle n'a ni la "qualité", ni la "compétence" pour déterminer la toxicité des produits. Et elle affirme qu'une escorte douanière n'était plus nécessaire dès que Tommy avait pris possession de ce produit. Elle devrait fournir des extraits de texte de procédure pour que l'on soit convaincu, puisque le Port autonome d'Abidjan a affirmé, dans son communiqué paru avant-hier, que l'escorte douanière était prévue par les textes.

Anaky et Tibé Bi Ballou : la lutte au couteau !

Ceci dit, le plus intéressant, c'est la guerre à distance qui s'est installée entre l'ex-DG des Affaires maritimes, Tibé Bi Ballou, premier à avoir brisé l'omerta en accusant explicitement le ministre Anaky Kobena et le directeur général du Port, Marcel Gossio et son ex-patron. Durant sa conférence de presse, Anaky Kobena a brandi une lettre datée du 23 juin 2006 dans laquelle Tibé Bi Ballou, encore en fonction, évoque des demandes d'agrément d'avitaillement maritime, notamment celle de Tommy, l'entreprise qui a déversé les déchets toxiques dans le District d'Abidjan, et dit : "Après étude des dossiers par mes services techniques, j'ai l'honneur de vous faire parvenir, pour approbation et signature, les projets d'arrêtés ci-joints accordant (…) un agrément spécialisé à la société Compagnie Tommy". A mots couverts, Anaky accuse donc Tibé de l'avoir poussé à la faute, d'avoir fait du lobbying pour Tommy.

Contacté par Le Courrier d'Abidjan, Tibé Bi Ballou se défend avec véhémence. A-t-il signé la lettre conseillant l'agrément de Tommy, entre autres sociétés d'avitaillement ? "Comme je n'ai pas le document en face de moi, et comme nous avons traité beaucoup de dossiers, je ne saurais confirmer ou infirmer." L'ex-DG n'écarte pas la possibilité que ses lettres aient été manipulées par des procédés informatiques. "Quand nous traitions les dossiers, nous les acheminions au niveau du cabinet avec les disquettes pour qu'éventuellement, s'il y a des modifications à faire, on puisse les faire." Il affirme aussi qu'en tant que professionnel, il n'a pas pu conseiller à Anaky de donner un agrément en matière de "vidange", comme le stipule l'arrêté signé par le ministre. "Ce n'est pas le ministre des Transports qui doit délivrer l'agrément de vidange. Notre travail, c'est juste le soutage, c'est-à-dire le ravitaillement des bateaux en vivres ou en produits pétroliers. C'est le ministre de l'Environnement qui donne des agréments de vidange. Le ministre a outrepassé ses prérogatives !". Tibé Bi Ballou affirme en plus que le ministre a pu faire pression sur les services techniques pour qu'ils valident le dossier de Tommy… auprès de lui.

Qu'en penser ? Au fond, que la lettre de Tibé soit manipulée par endroits ou pas, elle montre bien que la procédure n'a pas été suivie, ce qui engage à la fois Anaky et son ex-DG. Pour pouvoir agréer un avitailleur, il faut qu'une commission siège. Le ministre et son directeur général sont censés le savoir. Or, le premier n'évoque pas cette commission dans sa lettre au second mais parle des "services techniques". Vice de procédure ! Le ministre ne savait-il pas qu'il n'avait pas le droit d'agréer des entreprises pour la vidange ? Tibé Bi Ballou accuse le ministre d'avoir glissé la notification de cette spécialité dans l'arrêté. Ambiance !

De toute façon, quand bien même Tibé aurait influencé la décision du ministre pour agréer Tommy, il n'était plus là quand le "Probo Koala" est arrivé. Or, le directeur général des Affaires maritimes est "l'autorité désignée" pour surveiller la procédure internationale ISPS - mise en œuvre sous pression américaine après les attentats terroristes du 11 septembre 2001. Or la procédure demande au bateau de signaler, deux à trois semaines avant d'arriver dans les eaux territoriales d'un pays, le nom du navire, la liste de l'équipage, la qualification des membres de l'équipage, la nature de la cargaison aux différents points de contrôle ISPS. Que s'est-il passé dans le cas du "Probo Koala" pour que le ministère des Transports ne s'inquiète pas ?

Publié sur le site de Novethic / 13 09 06 : Pollution chimique et crise politique à Abidjan
http://www.novethic.fr/novethic/site/article/index.jsp?id=102259




Récit : "Probo-Koala" : la mortelle errance d'un bateau-poubelle.

LE MONDE / 29.09.06 / Philippe Bernard, Jacques Follorou et Jean-Pierre Stroobants

Article paru dans l'édition du 30.09.06

Exaspérée autant qu'abasourdie, Abidjan ne croit plus à aucune explication du drame qui s'est abattu sur elle : ni aux analyses scientifiques de la pollution, ni aux dénégations politiques, encore moins aux discours sanitaires rassurants. Du quartier résidentiel de Cocody à celui, populaire, d'Akouédo, le premier des dix-sept sites de déchargement des déchets toxiques du navire Probo-Koala, le refrain est lancinant : "On nous a tellement menti qu'on ne croit plus à rien."

Depuis l'accostage du pétrolier grec, le 19 août, et la dissémination de son contenu à travers la ville, des dizaines de milliers d'Abidjanais ont ressenti des symptômes allant des migraines à la gêne respiratoire, en passant par des vomissements et des éruptions cutanées. Officiellement, huit personnes, dont quatre enfants, en sont mortes. Le danger des boues répandues dans la ville a engendré une psychose, tandis que certains cercles du pouvoir accusent la France d'une machiavélique manoeuvre de déstabilisation.

Une seule certitude demeure, partagée : tout le monde "a mangé" (en a profité). Cette certitude se double d'une conviction angoissée des citoyens de ce pays en guerre civile. "Si la Côte d'Ivoire sort de cette histoire dans l'impunité, cette fois, elle est finie", remarque un haut fonctionnaire de la santé.

Depuis le 18 septembre, Claude Dauphin, le dirigeant de la compagnie de négoce international Trafigura, qui a armé le navire, et l'un de ses directeurs, Jean-Pierre Valentini, ont rejoint à la maison d'arrêt d'Abidjan les sept premiers inculpés ivoiriens. Leur nationalité française a été exploitée par des journaux ivoiriens comme une preuve supplémentaire de la responsabilité de Paris. Placés à l'écart des autres détenus dans des cellules individuelles, ils sont poursuivis pour "empoisonnement et infraction à la législation sur les déchets". Comment ce scénario de film catastrophe a-t-il pu se produire dans ce pays qui n'en avait vraiment pas besoin ? Au carrefour du scandale environnemental et de la chronique d'une corruption ordinaire, l'affaire du Probo-Koala est emblématique de ce début de siècle mondialisé et déréglementé.

Le navire par qui le scandale est arrivé est un vraquier polyvalent transportant liquides et solides. Battant pavillon panaméen et loué à la compagnie grecque Prime Marine Management, voilà plusieurs mois qu'il sillonne les océans aux mains d'un équipage russe. Armé par Trafigura, grosse société de négoce en matières premières dont l'adresse fiscale est à Amsterdam, le siège social à Lucerne (Suisse) et le centre opérationnel à Londres, ce type de navire de 180 mètres de long est qualifié par l'association écologiste Robin des bois de "cauchemar environnemental". Après chaque déchargement, les cuves sont en principe lavées, notamment à l'aide de soude caustique, provoquant ainsi des déchets récupérés dans une citerne située au sein du bateau. Mais la diversité des produits transportés accroît les risques de réactions chimiques indésirables.

Lorsqu'il accoste, le 2 juillet, au quai d'Afrique du port d'Amsterdam, le Probo-Koala vient d'effectuer une traversée transatlantique. Il a déchargé une cargaison d'hydrocarbures à Algesiras, en Espagne. Après son escale néerlandaise, il va en Estonie charger de l'essence destinée in fine au Nigeria. La citerne à déchets étant pleine, explique Trafigura, la compagnie cherche à s'en défaire auprès de la société spécialisée Amsterdam Port Services (APS). Ce 2 juillet, la totalité des déchets - les slops -, soit plus de 500 m3 de résidus d'hydrocarbures et divers composants chimiques, est déchargée sur une barge couplée au Probo-Koala, lorsqu'une puanteur inhabituelle se répand. La police des services d'environnement de la ville et les autorités portuaires interviennent.

Un différend oppose alors les deux entreprises. "APS, chargée de la récupération du produit nous a demandé, de façon injustifiée, de payer un prix prohibitif de 1 000 euros le m3", assure Éric de Turckheim, directeur financier de Trafigura. APS dément et explique que "ces déchets n'étaient pas ceux annoncés avant l'arrivée du navire. Leur odeur révélait une pollution avancée. Nous leur avons dit qu'on pouvait les faire traiter, mais que cela coûtait plus cher".

Les discussions durent deux jours. Trafigura dit avoir reçu une autre proposition - à 750 euros le m3 - d'APS. Toujours trop cher. À Londres, Paul Duncan, directeur de la logistique de Trafigura, décide de recharger les déchets sur le Probo-Koala. De mémoire d'APS, c'est une première. Trafigura se justifie par les coûts : une journée d'immobilisation supplémentaire au port, c'est 35 000 dollars ; une journée de location du navire, elle, coûte 250 000 dollars. La conséquence est claire : il faut décharger les slops ailleurs. APS et les services d'environnement du port d'Amsterdam laissent repartir le chargement suspect, mais en gardent 16 tonnes aux fins d'analyses et de garantie. La justice néerlandaise est aujourd'hui saisie des conditions dans lesquelles les autorités portuaires ont laissé partir ces déchets.

S'il s'agissait des seuls résidus de fond de cale générés par le navire, pourquoi APS a-t-elle majoré le prix ? Si les autorités du port considéraient qu'il s'agissait de déchets toxiques, ceux-ci tombaient alors dans le cadre très contraignant de la convention de Bâle et nécessitaient un visa d'exportation. Or la seule injonction faite à ce moment-là est de décharger les déchets "au port suivant", sans s'assurer que celui-ci - le port de destination - possède les installations adéquates pour l'opération. "Qui nous dit que ces produits n'ont pas été chargés à Algesiras et que, pour des raisons financières, on a tenté de les soustraire à la convention de Bâle en les faisant passer pour des résidus de fond de cale ?", s'interroge Jacky Bonnemain, de l'association Robin des bois.

Le 1er août, après un grand détour en Estonie et des escales aux Canaries et à Lomé (Togo), le Probo-Koala atteint Lagos (Nigeria), où Trafigura fait une nouvelle et vaine tentative de vidange.

"Les garanties de sécurité n'étaient pas réunies, assure la compagnie. Il est apparu que les prestataires locaux voulaient raffiner ces déchets pour vendre le stock en tant qu'hydrocarbures."

Les logisticiens de Trafigura décident alors d'envoyer le Probo-Koala en Côte d'Ivoire. "C'est l'un des ports d'Afrique occidentale les mieux équipés", plaide le trader. Le site Internet du port autonome de la capitale ivoirienne ne mentionne cependant nullement cette donnée. Le 9 août, dix jours avant l'arrivée du navire en Côte d'Ivoire, une entreprise, "spécialisée dans la vidange et l'entretien des soutes de navire", décroche une autorisation du port pour "récupérer les huiles usagées et les résidus d'hydrocarbures afin d'éviter (...) le déversement accidentel". La Compagnie Tommy, c'est son nom, vient d'être créée et n'a jamais obtenu de contrat de ce type. Son directeur, Salomon Ugborugbo, actuellement incarcéré, est de nationalité nigériane.

Tommy n'a ni les moyens ni les compétences pour faire le travail. Elle n'a obtenu du ministre des transports ivoirien qu'un agrément d'"avitailleur" (approvisionnement des navires), et seulement depuis le 12 juillet. Trafigura, qui dispose d'une filiale sur place, Puma Energy, affirme n'en avoir rien su.

Le 17 août, deux jours avant l'arrivée du Probo-Koala, le trader londonien adresse un courriel à N'zi Kablan, administrateur général adjoint de Puma Energy, et l'avertit de la toxicité de certains composants de sa cargaison : "À cause de la forte concentration en mercaptan sulfuré, le mélange est très odorant et doit être débarqué et traité de façon à éviter toute conséquence sur l'environnement ou problème avec les autorités."

Pour Trafigura, cela démontre bien qu'il s'agit de "résidus de fond de cale" classiques ayant entraîné un excès de mercaptan. Pourtant, les analyses réalisées le 21 août par le Centre ivoirien antipollution (Ciapol), deux jours après l'émanation des odeurs suspectes sur Abidjan, feront apparaître un tout autre résultat. "Il ressort, écrit le Ciapol, que cet échantillon s'apparente à du produit pétrolier (...) très proche de l'essence, avec une très forte teneur en hydrogène sulfuré, substance toxique pouvant, à forte dose, entraîner la mort immédiate en cas d'inhalation."

L'équipe de la protection civile française dépêchée à Abidjan trois semaines après le déversement toxique n'a pas trouvé trace d'hydrogène sulfuré. "Ce gaz très volatil a pu disparaître dans l'intervalle", admet le responsable de l'équipe, qui mentionne les nombreux témoignages de la population sur l'"odeur d'œuf pourri" très caractéristique de ce gaz.

La société Trafigura a fourni, le 24 septembre, des analyses commandées par ses soins selon lesquelles "aucune trace" d'hydrogène sulfuré n'apparaît. "C'est de l'eau sale", avait-on dit aux chauffeurs des citernes qui déverseront le produit dans Abidjan. Tommy, spécialiste tout neuf de la "vidange", apparaît mieux informé. Le 18 août, son directeur adresse un message écrit à Trafigura précisant que, compte tenu de leur odeur et de leur composition, "un chimiste a conseillé de déverser les déchets chimiques dans un lieu éloigné de la ville - Akouédo - tout à fait apte à recevoir n'importe quel type de produit chimique". Akouédo est un quartier d'Abidjan. Très engageant, M. Ugborugbo assure qu'il "endossera toutes les responsabilités et assurera un bon travail". Son prix défie toute concurrence : 35 dollars le m3, soit vingt et une fois moins cher qu'à Amsterdam.

Avec l'aide de la compagnie Tommy, des autorités portuaires et bientôt du district d'Abidjan (la municipalité), le Probo-Koala accoste presque en fanfare le 19 août : des policiers aux douaniers en passant par les services sanitaires, tous les "corps habillés" l'attendent sur le quai. Le bon de livraison remis aux chauffeurs qui vont répandre la mort se conclut par un encouragement : "Bonne route, et que Dieu vous bénisse."

S'ouvre alors le versant ivoirien de l'épopée, où pointent les soupçons de corruption. Comment Tommy a-t-elle réussi à obtenir ses agréments ? "Tout s'est passé dans des délais record, très inhabituels", dit un familier du pouvoir qui voit dans les multiples courriers échangés "un scénario pour la galerie". "La corruption est si générale, ajoute-t-il, que tout, absolument tout, s'achète, même le droit de faire crever des gens."

La tornade politique consécutive au scandale environnemental ne débute que près d'une semaine après le déchargement du navire. Pendant six jours, la population ignore d'où proviennent les symptômes dont elle souffre. Au pire moment de l'exposition aux gaz, aucune précaution n'est prise.

Furieuse, la population manifeste, réclame des têtes. Le 15 septembre, le ministre des transports (opposition) est lynché en pleine rue et la maison du directeur du port - l'un des principaux financiers du clan présidentiel - est incendiée. Deux ministres en première ligne (transports et environnement) sont limogés, tandis qu'est " suspendu" le directeur du port.

Devant l'ampleur des événements, Trafigura réagit. Le 30 août, elle dépêche à Abidjan son directeur Afrique, Jean-Pierre Valentini, pour "aider les autorités dans leur enquête". L'affréteur multiplie les contacts officiels. Le 13 septembre, le ministre de la construction ivoirien réunit les experts de la Sécurité civile française envoyés sur place, ainsi que des représentants de Trafigura. L'atmosphère est lourde, rapporte l'un des convives. "Le représentant de Trafigura était très arrogant. Il contestait les expertises scientifiques et niait le lien de causalité avec les décès. Il nous prenait de haut, assurant que le produit en cause n'était qu'un résidu de nettoyage des cuves après une livraison d'hydrocarbures à Lagos."

Le patron de Trafigura lui-même débarque à son tour à Abidjan le 14 septembre. Au cours de son séjour, il rencontre les services du premier ministre ainsi que les ministres des transports et de l'environnement. Il affirme s'être engagé le 15 septembre auprès de la coordinatrice de la cellule de crise à fournir des médicaments et à payer une partie de frais de récupération des déchets. "Une mission humanitaire", souligne un communiqué de la société. "Il est surtout venu pour trouver un arrangement", affirment des sources ivoiriennes. Deux jours après son arrivée, il est pourtant interpellé à l'aéroport, où il s'apprête à prendre un avion pour Paris. À Abidjan, on se demande encore comment ce haut responsable a pu venir se jeter dans la gueule du loup.

En offrant son aide pour le transport et le financement des opérations de dépollution, Trafigura aurait reconnu implicitement sa responsabilité. Dimanche 24 septembre, la société le nie. "La cause de la tragédie n'a pas été établie", estime-t-elle dans un communiqué.

Entre-temps, des informations émanant du parquet néerlandais ont émis une nouvelle hypothèse considérée comme sérieuse par des chimistes : les déchets d'Abidjan proviendraient d'un raffinage sauvage, effectué en mer dès les mois de mai et juin, au moment où les cours du pétrole atteignaient des sommets. Cette version des faits - une réaction chimique incontrôlée - est corroborée par des analyses effectuées aux Pays-Bas sur des échantillons recueillis à Amsterdam le 3 juillet par le Centre national d'information sur les empoisonnements. Outre la présence d'oxyde de soufre, le document note la présence d'"un résidu qui apparaît lors du raffinage de pétrole brut".

Malgré une demande d'immobilisation au port par le Ciapol datée du 21 août, le Probo-Koala a pu quitter sans encombre le port d'Abidjan le 22. Il est bloqué depuis le 25 septembre par Greenpeace et les autorités locales à Paldiski, en Estonie.

Philippe Bernard, Jacques Follorou et Jean-Pierre Stroobants

Article paru dans l'édition du 30.09.06





Les ordinateurs, poison de Lagos (Libération 28/12/2005) /
http://www.africatime.com/afrique/nouvelle.asp?no_nouvelle=231481

Assis sur le sol poussiéreux, des jeunes s'affairent sur des machines désossées, essayant de leur rendre vie. Le marché aux ordinateurs d'Ikeja est un vaste dédale d'échoppes. Dans cette "Silicon Valley" nigériane, on vend un petit peu de neuf et beaucoup d'occasion. John Oboro, responsable de l'association des vendeurs d'ordinateurs du Nigeria, est catégorique : "La majorité de ces vieux computers ne pourront pas être réparés." "On ne peut jamais prédire au premier coup d'oeil" rétorque un homme qui trifouille dans une myriade de composants électroniques. Sur les devantures, le matériel recyclé est toiletté et emballé dans du plastique transparent. Derrière les boutiques, des piles de carcasses de disques durs, des tas de vieux écrans témoignent de l'important volume de matériel irrécupérable. "Tout ça va aller pourrir ici", explique John Oboro en montrant un bac débordant d'immondices. "Après, l'ensemble sera brûlé." Le Nigeria ne dispose pas de système de retraitement des ordures. A Lagos, mégapole de 16 millions d'habitants, le brûlage anarchique a déjà des conséquences sur la santé. Selon un avocat habitant la zone industrielle et portuaire, la combustion de produits chimiques d'une usine des environs provoque parfois des saignements de nez. Le mois dernier, une fumée dense, s'apparentant à un gaz lacrymogène, a envahi plusieurs quartiers. Les autorités ont promis une analyse de "la fumée mystérieuse" qui a occupé les gros titres des journaux. Elles n'ont jamais fait la lumière sur l'origine de cette purée de pois.

Nocives. Mais à en croire les experts, ces désagréments ne sont rien à côté de ce qui attend Lagos, envahi d'ordures électroniques. Selon un rapport du réseau d'activistes Basel Action Network (BAN), qui suit le trajet des déchets toxiques sur la planète, 500 conteneurs bourrés de matériel informatique de seconde main arrivent chaque mois à Lagos, essentiellement d'Europe ou des États-Unis. Environ 75 % des quelque 400 000 vieilles bécanes iront à la poubelle. Les émanations de leur combustion sont très nocives pour l'organisme. "Elles peuvent provoquer des avortements chez les femmes enceintes qui vivent près des décharges", affirme Oladele Osibanjo. Ce professeur de chimie à l'université d'Ibadan met aussi en garde contre la dégénérescence du cerveau et les maladies nerveuses. Le rapport insiste sur la pollution des nappes phréatiques. Enfants et animaux qui se promènent dans les cendres courent des risques de contamination. "Une bombe à retardement se met en place", estime le professeur.

L'afflux de vieux ordinateurs au Nigeria est indissociable de la révolution de la téléphonie mobile. En 2001, l'introduction du GSM en a démocratisé l'usage. De plus en plus, les compagnies de téléphone proposent des services Internet. "Tout cela a créé chez les jeunes un appétit nouveau pour les technologies de la communication et de l'information", souligne Shina Badaru, éditeur d'un magazine consacré aux nouvelles technologies. Mais la plupart n'ont pas les moyens de s'offrir du matériel neuf. "Mieux vaut un vieil ordinateur que pas d'ordinateur du tout", soutient un fournisseur de Lagos, qui rappelle que seulement 2 % d'une population évaluée à 130 millions a accès à cette technologie coûteuse. Selon lui, le marché des occasions et celui du neuf ne sont pas fréquentés par la même clientèle.

Signataires. Mais pour le BAN, l'illusion qui consisterait pour les pays riches à se débarrasser des vieux ordinateurs en étant utiles aux Africains a fait long feu. Recycler les moniteurs coûterait au moins 10 euros par unité. Les pays de l'Union européenne sont signataires de la convention de Bâle, qui prohibe l'exportation de matières dangereuses. "Je pense que les exportateurs prétendent qu'il s'agit de matériel en état de marche, souligne Jim Puckett, l'auteur du rapport. Mais parce que les gouvernements européens n'exigent pas de tests avant export, ils n'appliquent pas correctement la convention." Quant aux États-Unis, ils ont tout simplement refusé de la signer.

Les experts nigérians préconisent un contrôle accru de la part des autorités de leur pays. Le BAN invite compagnies et pouvoirs publics du Nord à investir dans le recyclage. L'organisation rappelle que, même effacées, les données sont toujours récupérables sur le disque dur. Comptabilités d'entreprise, correspondances personnelles retrouvées dans des PC usagés échoués au Nigeria sont publiées en annexe du rapport. Une manière d'impliquer aussi les usagers, en leur rappelant que se débarrasser sans précaution d'un vieil ordinateur, c'est courir le risque de voir ses secrets dévoilés.

par François-Xavier GOMEZ

QUOTIDIEN : mercredi 28 décembre 2005

Lagos de notre correspondante

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Voyou, mais donneur de leçon, par exemple au moment du référendum sur la constitution européenne...DOSSIER / Kouchner total mercenaire / Dec 11, 2003
Le rapport qui blanchit Total et la situation en Birmanie

L'ancien ministre de la Santé vient d'écrire un rapport pour Total qui lui a été payé 25 000 euros. Ce rapport dédouane totalement la multinationale Total de toute responsabilité en Birmanie. Total a fait l'objet de plusieurs plaintes pour violation des droits de l'homme dans ce pays soumis à l'une des dictatures les plus sanglantes de la planète contre laquelle la prix Nobel de la paix Augn San Susi Kyi a demandé un boycott. Récit d'un naufrage intellectuel.

Le site Total l'a bien mis en avant. Il s'agit d'un rapport écrit par Bernard Kouchner le french doctor, blanchissant les pratiques de la firme Total en Birmanie. On ne sait plus très bien d'ailleurs à la lecture de ce rapport que nous produisons in extenso si Kouchner est un observateur ou un conseiller en communication de la firme qui outre son soutien à la junte birmane a eu des attitudes scandaleuses au Nigeria quand ça n'était pas au cours de l'enquête relative à l'Erika ou encore après la catastrophe d'AZF à Toulouse.

Que Bernard Kouchner se vende pour 25 000 euros officiels est son problème. Toute vieillesse est un naufrage et plus encore celle des starlettes de la politique. Mais que Kouchner utilise une image de french doctor qui n'est pas la sienne, ne lui en déplaise, est une escroquerie morale. Et quand il prétend se substituer à Augn San Susi Kyi qui, elle a condamné les agissements de Total, nous frôlons la mégalomanie assortie d'un total manque de pudeur. Nous ne saurions hélas douter de la bonne foi de celui qui donna des leçons de morale à tous et à tout le monde.

Mais qu'avec ce style onctueux qui prétend défendre les droits de l'homme il devienne le tremplin d'une opération de vulgaire marketing est tout simplement une honte. Car Total voit son image affaiblie par les plaintes qui le visent au niveau international pour son acceptation du travail forcé et son aide conséquente à la junte birmane.

Or un mouvement s'amplifie aux États-Unis : celui du travail propre. Des firmes comme Levis ou encore Nike ont été obligés de revoir leurs relations avec des pays dictatoriaux concernant notamment le travail des enfants. Salie dans tous les sens du terme par les affaires Erika et AZF en France, nigériane et birmane à l'extérieur, Total se paye un lifting et fait appel au médecin qui est censé incarner la justice dans le monde : Bernard Kouchner.

Des précédents ont eu lieu mais moins hurlants : Claude Allègre défendant l'industrie de l'amiante, Georges Charpack insultant les anti-nucléaires Mais au moins ces deux hommes avaient l'excuse de défendre leur gamelle : l'Institut de la physique du globe d'Allègre était en grande partie financer par Eternit, le géant de l'amiante et il occupait le poste prestigieux de président du conseil d'administration du Bureau de Recherches géologiques et minières. Que l'on se rappelle lors que le directeur de l'IPG, le futur ministre avait fait paraître dans Le Point (le 19 octobre 1996) un article très virulent, écrivant entre autres : "Quant au rapport demandé à l'Inserm, qu'il me soit permis de dire qu'il ne brille ni par la rigueur scientifique, ni par le courage, ni par l'esprit d'initiative scientifique". Interrogé hier, lors d'une conférence de presse, Claude Allègre a réitéré ses critiques : "C'est nul. Ce rapport n'est pas bon scientifiquement" . Marcel Goldberg a repris point par point les études épidémiologiques citées par Claude Allègre et révélé plusieurs problèmes d'argumentation, notamment lorsque celui-ci affirme qu'on ne trouve rien de significatif chez les femmes vivant près des mines d'amiante de Thedford ou d'Asbestos, au Canada. "En fait, leur risque de mésothéliome est multiplié par dix" , remarque Marcel Goldberg.

Quant à Georges Charpack il dépend en grande partie du financement d'EDF mais est aussi persuadé, en bon scientiste anciennement marxiste, de la prédominance de l'intelligence humaine sur les logiques de catastrophe.

Mais Kouchner…On le savait celui-ci et à la recherche d'une utilité. Mais à ce point-là, il s'agit d'un alzheimer intellectuel. Ou peut-être une dérive à la Régis Debray lorsque celui-ci se fit le chantre de la dictature serbe.

Kouchner tourne ainsi le dos à ses propres conclusions tirées dans un précédent rapport écrit avec le Dalaï-lama sur la dictature birmane. Il foule aux pieds les terribles misères de ce peuple qui a élu la prix Nobel de la paix mais a été maintenu dans la dictature grâce à la complicité des états dominés par les intérêts des firmes pétrolières comme Total. Il passe sous silence le génocide du peuple karen, oublié de tous et des dieux. Kouchner se vautre dans sa propre fange. Et c'est triste. Quant à Total, elle restera l'instrument d'une impitoyable loi du marché. Elle peut toujours se farder : elle est l'égale de l'Exxon Valdes ou des grandes compagnies texanes qui collaborèrent avec les nazis pendant la guerre jouant ainsi contre les Alliés. L'argent n'a pas d'odeur et encore moins de morale. Lorsqu'il s'en vêt c'est qu'il y a été obligé. En se faisant le complice d'une telle logique, Kouchner rejoint, toutes proportions gardées, le camp de ces médecins de la Croix Rouge qui, durant la seconde guerre mondiale, visitèrent les camps de concentration ne voulant bien voir que ce qu'ils voulaient voir. Croyant que les quelques comprimés d'aspirine valaient tous les compromis du monde, ils se firent les complices objectifs d'horreur. Car si l'horreur des camps fut unique dans son expression technique, elle ne l'est évidemment pas dans le vécu. La douleur d'un Birman soumis à la torture est la même que celle de tout être humain torturé. Et réduire le problème de Total à celui d'une médicalisation de la population est une fumisterie.

Quant au style de Kouchner, il est hélas celui des paragons staliniens. Remplacez Total par Staline et vous aurez une idée du simplisme du petit propagandiste Kouchner. Il sait tout mieux que les autres à commencer par les victimes. Il loue Total grand coryphée de l'humanité quand tout accable cette multinationale.

Parce que le Kouchner des droits de l'homme avait valeur de symbole, nous nous sentons le droit de repousser celui-ci dans les oubliettes de l'histoire au nom tout simplement des quelques mois de survie que son sale écrit va offrir à une junge birmane qui a besoin de l'argent de Total pour continuer son terrible travail.

Afin que nos lecteurs se fassent une idée de cette catastrophe humanitaire voici le dossier Total Birmanie.

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L' article du Canard enchaîné

Kouchner dénonce une injustice Total ....

Certains internautes ont dû en rester bouche bée: la compagnie pétrolière Total vient de mettre en ligne sur son site un rapport signé Bernard Kouchner. Évoque brièvement par " Le Nouvel Observateur , et plus en détail par Radio France internationale, ce document nous apprend que le " French Doctor " s'est rendu en Birmanie sur le chantier d'un gazoduc construit par le groupe pétrolier français.

L'ancien secrétaire d'État à l'Action humanitaire a passé quatre jours, fin mars 2003, dans cette zone contrôlée par les militaires birmans. Accompagné par les cadres de la boîte, Kouchner a notamment visité des dispensaires financés par Total pour améliorer le quotidien des autochtones. Conclusion du rapport de BK Conseil (BK pour Bernard Kouchner) " Des résultats médicaux très significatifs un vrai succès. " Un " trop grand succès ", même, qui mérite un avertissement : " Prenez garde, ceux qui triomphent peuvent devenir des cibles. "

Mais qu'est donc allé faire Kouchner dans cette galère? Sollicité par les avocats de Total, il est venu enquêter sur place. Officiellement, il fallait que ce ponte de l'aide humanitaire donne son avis sur les activités de la compagnie pétrolière en Birmanie. Laquelle s'est installée, voilà plus de dix ans, dans ce doux pays où règnent sans partage les généraux. Version moins reluisante : des accusations de travail forcé ont été formulées contre Total par plusieurs associations de défense des droits de l'homme qui s'appuient sur les témoignages d'anciens travailleurs birmans. Cela méritait bien une contre-enquête de BK Conseil.

Les villageois rencontrés ont en effet démenti ces allégations " farfelues ". Elles ont pourtant conduit une juge de Nanterre à ouvrir, en octobre 2002, une information judiciaire pour " crime de séquestration " (le crime de travail forcé n'existant pas en droit français) à l'encontre de Total. Et les avo-

cats de la compagnie ignoraient sans doute que la juge chargée de cette affaire n'est autre... qu'une ancienne collaboratrice du cabinet de Kouchner dans le gouvernement Jospin!

Joint par " Le Canard ", l'ancien ministre maintient les termes de son rapport, tout en reconnaissant qu'il avait d'abord eu des doutes. Cela dit, si Total veut " changer [son] image ", Kouchner suggère, à la fin de son rapport, que ses cadres " visitent plus souvent " Aung San Suu Kyi - Prix Nobel de la paix et opposante au régime militaire - dans sa prison. Et que, " par une démarche, d'abord discrète, et plus tard éventuellement publique, le groupe exige sa remise en liberté ".

Ce sont bien là les conclusions et conseils d'un rapport objectif, rédigé par un homme de terrain payé environ 25 000 euros par Total. Pas cher, cependant, pour un travail auquel personne ne l'avait forcé…

Laurione Gaud

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L'article de Libération

Auteur d'un rapport payé par Total, l'ancien ministre blanchit le géant pétrolier.

Kouchner fait écran Total sur le travail forcé en Birmanie

Par Philippe GRANGEREAU / mercredi 10 décembre 2003

"Ce programme socio-économique est la meilleure publicité pour Total. Une sorte de bureau en ville, un show-room..." Bernard Kouchner

Total, qui depuis août 2002, fait l'objet en France d'une plainte pour travail forcé en Birmanie, a appelé Bernard Kouchner, l'ex-ministre de la Santé du gouvernement socialiste et "French Doctor" fondateur de MSF, à la rescousse. En mars, le géant pétrolier a commandé un rapport à sa société, BK Conseil. "...Médecin humanitaire spécialiste des problèmes de santé publique et des situations d'urgence", écrit Total sur son site internet (http://birmanie.total.com/) où figure en bonne place ce rapport de 19 pages, "homme politique engagé connaissant personnellement Mme Aung San Suu Kyi (l'opposante birmane, prix Nobel de la paix en résidence surveillée, ndlr), Bernard Kouchner avait toute l'expérience requise pour être un observateur critique et impartial de l'action de Total en Birmanie".

Bernard Kouchner s'est donc rendu sur place pendant quelques jours, afin de voir le site du gazoduc construit par Total et achevé en 1998. Il a visité sept "villages modèles" du projet Yadana installés par le pétrolier dans cette zone dotée d'hôpitaux et d'orphelinats. Il n'en dit que du bien. "Ce programme socio-économique, note-t-il, est la meilleure publicité pour Total. Une sorte de bureau en ville, un show-room..."

Sur l'essentiel, c'est-à-dire le travail forcé des populations locales dont Total est accusé d'avoir profité vers 1995, Kouchner reprend l'argumentaire bien rodé du pétrolier : "Le chantier a employé 2 500 personnes (...). Toutes bénéficièrent d'un contrat écrit, de salaires réguliers, d'une protection sociale et de normes reconnues." Des travaux forcés ? Il ne s'agissait que d'une confusion avec le chantier voisin d'une voie ferrée où "il est probable que des travaux forcés aient malmené les populations". "N'oublions pas, ajoute Kouchner pour ponctuer son paragraphe, que pour détestable qu'il soit, le recours au travail forcé est une coutume ancienne, qui fut même légalisée par les Anglais en 1907." "Plus tard, au début du chantier, concède l'ancien ministre en se contredisant quelque peu, des villageois avaient été raflés par l'armée pour défricher la forêt et se livrer à d'autres besognes aux services des militaires (...). Ayant été prévenue de cette violation des droits de l'homme, la compagnie Total exigea que ces exactions cessent. Elle s'en ouvrit à Rangoon, aux dirigeants qui promirent d'intervenir et le firent. Deux décrets abolissant le travail forcé furent publiés en mai 1999 et octobre 2000." L'auteur du rapport explique donc que Total, contrairement à ce que certains esprits "mal informés" ont pu supputer, a en réalité lutté contre le travail forcé. "Il oublie de dire, commente Farid Ghehioueche du collectif Info Birmanie, que ces décrets n'ont jamais été appliqués." "En fait, ajoute le militant, Total a su que du travail forcé avait lieu sur son chantier, et lorsque l'entreprise s'est aperçu du danger que cela comportait en terme d'image, elle a changé de politique."

Nombreux sont les témoignages accréditant le recours au travail forcé au profit de Total. Il y a le rapport confidentiel "L'action de Total en Birmanie", commandité par Total en juin 1996, dont Libération s'est procuré une copie. L'ancien responsable des questions de sécurité du pipe-line relate que "les unités affectées à la protection du projet Yadana ont déjà utilisé les services des local helpers (recrues locales) réquisitionnés pour le chemin de fer, pour certaines tâches à leur profit direct ou pour du défrichage au profit de Total, alors que la société ne cesse de leur expliquer qu'elle dispose de ses propres moyens pour effectuer des travaux".

La compagnie française a opéré un certain nombre de glissements sémantiques. En novembre 2002, le PDG Thierry Desmarest, affirmait que Total n'avait "jamais recouru, directement ou indirectement, au travail forcé". Mais en novembre 2003, Jean du Rusquec, chargé de mission de Total en Birmanie, déclarait à l'AFP : "Il y a eu des problèmes au démarrage du chantier. Strictement du travail forcé, vers décembre 1995, pour la construction de baraquements et pour du portage (...). Nous avons indemnisé les villageois, 400 environ. Il a fallu se bagarrer." Malgré ce demi-aveu, la ligne de défense de Total demeure la même, précise l'avocat des plaignants birmans, William Bourdon, à savoir qu'"il n'y a jamais eu de travail forcé sur le chantier".

Total, s'il n'a pas profité sciemment de ce travail forcé, pouvait-il penser qu'il échapperait à ces pratiques ? Une étude confidentielle, commandée dès 1992 par Unocal, le partenaire américain de Total, à Control Risks Information Services, dont Libération s'est procuré une copie, avertissait le pétrolier : "Dans toute la Birmanie, le gouvernement utilise habituellement des travailleurs forcés pour construire les routes (...). Dans de telles circonstances Unocal et ses partenaires n'auront qu'une marge de manœuvre très réduite."

Dans son rapport, payé selon lui 25 000 euros par Total, Kouchner se prononce pour l'engagement constructif avec la dictature : "Fallait-il répondre aux appels d'offre et installer ce gazoduc en Birmanie ? Je le crois." Et de conclure : "L'époque n'est plus à l'embargo et au boycott." Position en totale contradiction avec ses convictions d'antan. Dans la préface de Dossier noir Birmanie (Ed. Dagorno, 1994), où il qualifiait la junte de "narcodictature", il reprenait à son compte l'idée selon laquelle "il faut imposer à la junte birmane des sanctions économiques". Ajoutant que de telles sanctions "heurtent bien souvent l'intérêt des États, dont la France qui, comme beaucoup d'autres, commerce avec les généraux via ses industries pétrolières". Pour justifier son revirement, Kouchner explique qu'à l'époque : "Je n'avais pas fait d'enquête. Mais un certain nombre de prix Nobel, dont mon ami Elie Wiesel, prétendaient l'avoir menée pour moi."

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L'article du Nouvel Obs

Payé par Total, Kouchner blanchit Total en Birmanie

Le fondateur de Médecins sans frontières a touché 25.000 euros pour rendre un rapport sur le travail forcé en Birmanie, qui conclut que celui-ci n'a pas jamais été utilisé par la compagnie. Le travail forcé est d'ailleurs, selon l'ancien ministre, "une coutume ancienne, qui fut même légalisée par les Anglais en 1907".

Le groupe pétrolier Total a payé 25.000 euros en mars dernier Bernard Kouchner, ancien ministre socialiste et fondateur de Médecins sans frontières, pour qu'il rende un rapport sur le travail forcé en Birmanie. Un rapport qui conclut… à l'absence de travail forcé sous l'égide de Total.

Pour rédiger son rapport, publié sur le site internet de Total, Bernard Kouchner s'est donc rendu pendant quelques jours en Birmanie. Il y a visité le site du gazoduc de Total, ainsi que les sept villages modèles installés par Total dans cette zone. Pour n'en dire que du bien. "Ce programme socio-économique, écrit Bernard Kouchner dans son rapport de 19 pages, est la meilleure publicité pour Total. Une sorte de bureau en ville, un show-room".

Travail forcé ?

Sur la délicate question du travail forcé, qui a valu à Total une plainte déposée en août 2002 en France, le ministre conclut qu'il y a eu erreur sur la personne. En effet, il reprend l'argument du pétrolier : "Le chantier a employé 2500 personnes". "Toutes bénéficièrent d'un contrat écrit, de salaires réguliers, d'une protection sociale et de normes reconnues".

Concernant l'accusation de travail forcé, il y a eu méprise, affirme Bernard Kouchner, avec le chantier voisin d'une voie ferrée, "où il est probable qu'il y ait eu des travaux forcés". Et le ministre de rappeler que le travail forcé est de toute façon "une coutume ancienne, qui fut même légalisée par les Anglais en 1907".

Birmans "trop heureux"

Le "french doctor" note cependant qu'au début du chantier du gazoduc, "des villageois avaient été raflés par l'armée pour défricher la forêt et se livrer à d'autres besognes au service des militaires". Mais Total une fois au courant de ces dérapages, "exigea que ces exactions cessent". "Deux décrets abolissant le travail forcé furent publiés en 1999 et 2000", poursuit Bernard Kouchner.

Ce que ne dit pas cependant l'ancien ministre, c'est que ces deux décrets n'ont jamais été appliqués, selon un militant du collectif Info Birmanie interrogé par Libération.

Interrogé, par le quotidien, Bernard Kouchner s'explique : "Les Birmans que j'ai vu sont absolument heureux de la présence de Total, trop à mon avis par rapport au reste de la population. Personne ne connaît les 'victimes de Total' à ma connaissance".

Le rapport à 25 000 € de BK est sur
Le rapport qui blanchit Total et la situation en Birmanie, les protestations de Total aussi !






Sites Internet et articles :

Convention de Lomé / Interdiction d'exporter des déchets en Afrique ou aux Caraïbes
http://www.europarl.europa.eu/factsheets/4_9_4_fr.htm

Projet de loi autorisant l'approbation de l'amendement à la convention de Bâle sur le contrôle des mouvements transfrontières de déchets dangereux et leur élimination
http://www.senat.fr/rap/l01-343/l01-343_mono.html

GESTION ÉCOLOGIQUEMENT RATIONNELLE DES DÉCHETS DANGEREUX, Y COMPRIS LA PRÉVENTION DU TRAFIC INTERNATIONAL ILLICITE DE DÉCHETS DANGEREUX
http://www.planetecologie.org/JOBOURG/Francais/Action21/Action21Chapitre20.htm

La gestion des déchets
http://www.liste-hygiene.org/arcdechets.htm

Afrique : La poubelle de l’Occident
http://www.lefaso.net/article.php3?id_article=4589

Colloque Sénat-Essec-Afrique SA sur l'Afrique - 27 janvier 2005
http://www.senat.fr/international/colloafrique2005/colloafrique2005_mono.html

Environnement - Pollution
http://sources.asie.fr/nouveau/environnement.html

Quel développement pour l’Afrique ? Celui voulu par les Africains ou celui imposé par le Nord ?
http://www.cadtm.org/imprimer.php3?id_article=1702

Les pays du Sud, un marché pour les produits toxiques du Nord
http://www.novethic.fr/novethic/site/dossier/index.jsp?id=87437

Les bacchanales des patrons-voyous
http://www.monde-diplomatique.fr/2003/08/CASSEN/10302

Des « maîtres du Nord » aux « patrons voyous » / Une vie industrielle intense ponctuée de crises
http://www.esj-lille.fr/atelier/friches/rubRouge/cc_article.html

Un collectif contre les patrons voyous
http://www.novethic.fr/novethic/site/article/index.jsp?id=33897

Patrons voyous, salariés exemplaires
http://www.humanite.presse.fr/popup_print.php3?id_article=400040

Lustucru au palmarès des patrons voyous
http://www.humanite.presse.fr/journal/2004-04-01/2004-04-01-391097

Nos déchets toxiques. L'Afrique a faim: v'là nos poubelles !
http://www.cetim.ch/es/publications_details_print.php?pid=50

La pollution migre vers le Sud
http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=4244

Démagogie autour de la dépouille du Clémenceau
http://www.agoravox.fr/print_article.php3?id_article=9716&format=print

Recyclage informatique : l'enfer chinois
http://www.lelezard.com/actu/3460/recyclage-informatique-l-enfer-chinois.html

La traque aux déchets toxiques est lancée dans les ports
http://www.lefigaro.fr/france/20060908.FIG000000041_la_traque_aux_dechets_toxiques_est_lancee_dans_les_ports.html

Vers une politique en matière de destruction et de transport des stocks de déchets chimiques en Afrique
http://www.ban.org/Library/Rabat-FR-final.PDF

Intervention de M. André HUET, Professeur émérite de l'Université Robert Schuman de Strasbourg / Droit pénal international de l’environnement
http://www.courdecassation.fr/article8126.html




Articles :


Vers un nouveau règlement européen pour les exportations et les importations de produits chimiques dangereux /
Une filiale du Groupe Arcelor Mittal soupçonnée de trafic de déchets toxiques à Dunkerque /
Le tribunal des condamnés d’avance : Bernard Kouchner (1) /
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Qu'on le(s) pende (bis) : Flamanville ou les contradictions du droit social européen /
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Menteurs, voleurs, tricheurs : tout est bon pour les voyous de la dette ! /
Comment les banques ont gagné 15 milliards d’euros sur le dos des emprunteurs /
LA LUTTE CONTRE LE TRAVAIL ILLÉGAL 2010 /
L'Alzheimer, ça eût payé... /
Le meurtre de Anna Politkovskaïa : une autre manière de voir ou de lire ? /
Santini : 1er épisode / Santini : 2ème épisode /
Déclaration des conflits d’intérêts: sanctions votées, mais personne pour les appliquer. Quid de l’ordre des médecins ? /
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☞ Trois exemples, à suivre et à ne pas suivre :

Sarkozy et Medef : Vers une légalisation du chantage à l'emploi ? /
Mort d'un travailleur... par accident ? /
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Qui donc a tant que cela intérêt à ce que le registre Remera soit déqualifié ???? /
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De la « fausse » viande vendue comme de la vraie ? (Père Dodu) /
La "fraude fiscale la plus importante jamais enregistrée" épinglée par la Cour des comptes /
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Argent des syndicats : l'intégralité du rapport Perruchot /
Le rapport Perruchot /
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Spie Batignolles met sur pied un véritable « système » de dissimulation des accidents du travail /
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La société du hold-up - Paul Vacca. /
Les « prix de la honte » décernés à Goldman Sachs et à Shell, sauf qu'ils en ont rien à foutre ! /
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[ Corrélats : Lobbyisme / À bien y voir, on nous fait chocolat ! / Pourriture / Casus belli / Sarkozhii / Absurdement con, voire criminel / ...]

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